Les rapports entre castes dans l

Les rapports entre castes dans l'Himalaya indien

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170 pages

Description

Fruit d'un travail de terrain de longue durée, cette ethnographie explore les rapports entre castes à partir des discours sur le corps et ses fluides dans une vallée d'Himachal Pradesh (Himalaya indien). C'est surtout l'impureté symbolique des femmes et des basses castes qui traverse toute l'analyse, montrant ainsi comment les corps sont symboles et instruments de discrimination, mais également de résistance, de négociation et de transformation sociale.

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Date de parution 12 novembre 2018
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EAN13 9782336856049
Langue Français

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Populations et trajectoires Coll. dirigée par Brigitte Tison Cette collection est destinée à décrire, analyser, développer les mouvements de populations. Les raisons de ces mouvements de populations sont multi ples, tant économiques que religieuses ou guerrières. Parmi ces populations, nous ferons une place aux trajectoires d’écrivains, d’artistes, de défenseurs des libertés et aux voyageurs. L’influence du pays à travers leurs populations expatriées pourra faire partie de cette collection : comment v ivent- elles ? Quelles adaptations ? Cloisonnements, ghettos ? Quels échanges ont-elles entre elles ? Une attention toute particulière sera portée aux champs de l’éducation et du soin. Les objectifs seront de mieux informer, d’apporter des compléments de connaissances pour mieux comprendre et améliorer les relations entre les peuples, la cohabitation dans nos villes. Les théories et pratiques seront le « fer de lance » de la collection ainsi que l’acquisition de savoir-faire et de savoir-être. Dernières parutions Brigitte TISON,Les violences envers les femmes indiennes. Divinisa tion, diabolisation,2018. Frédéric MORONVAL,de la vallée deLangue et religion au Népal, Les Néwar bouddhistes Kathmandu,2018. Brigitte TISON et Juliette LECONTE (sous la dir.),M ineurs étrangers non accompagnés. Dires et réflexions de psychologues,2018. Brigitte TISON,Jacques Dournes. Prêtre, missionnaire, ethnologue,2017. Brigitte TISON (sous la dir.),en. LeEnjeux et risques à l’adolescence dans l’océan Indi phénomène du suicide dans les îles de La Réunion, M aurice, M ayotte, àPondichéry, Paris et sa banlieue,2016. Paul MARNAY,Basic conceptsof ethics in the darshanas. Presented in the light of their respective concepts of man,2016.
Alice VAN DENBOGAERT
L ES RAPPORTS ENTRE CASTES ’H DANS L IMALAYA INDIEN
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-85604-9
Remerciements
Je tiens à remercier vivement ma directrice de thèse, Montserrat Ventura i Oller, pour m’avoir guidée avec tant de patience, de généreux conseils, d’encouragements et sans qui ce travail n’aurait pas pu aboutir, ainsi que tous les habitants de la vallée du Jalori, pour leur amitié, leur accueil, leurs explications, leur aide et leur patience lors du travail de terrain. Un grand merci aux Éditions L’Harmattan, et tout particulièrement à Brigitte Tison, directrice de cette collection. Je remercie également Josep Martí, Yolanda Aixelà et Laura Porzio, duConsejo Superiorde Investigaciones Científicasainsi que Verena Stolcke, Josep-Lluis Mateo, Alexandre (Barcelone), Coelho de la Rosa, Montserrat Clua, Mônica Martínez Mauri, Maite Ojeda et Pablo Domínguez, du groupe de recherche Anthropologie et Histoire de la Construction des Identités sociales et politiques (Université autonome de Barcelone), pour m’avoir permis d’exposer mes avancées, tout en m’offrant leurs précieux commentaires. Merci aussi à Jean-Pau l Zuñiga, Enric Porqueres et Francis Zimmermann, pour leur accueil au sein des discussio ns à Paris, grâce auxquelles j’ai tant appris, et à Daniela Berti qui m’a si généreusement aidée dans l a recherche bibliographique. Ma plus grande gratitude à Thérèse Marelle, Helena Badell et Maiol Gispert pour leur hospitalité à Paris et leur soutien sans faille. Merci à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, m’ont aidée à réaliser cette recherche, notamment Elena et Joan, Monique et Marcel, Isabel, Marie-Anne, Jeffi et Tinne, Marie-Pia et Alain, Marie- Thérèse et Sophie. Un immense merci à mes sœurs et mon frère : Éléonore, Laetitia et Rodrigue, pour leur soutien, leur confiance et leur tendresse. Merci aux amis qu i m’ont soutenue avec détermination, et particulièrement Tatiana, Raúl, Salomé, Jordina et Ramiro qui m’ont empêchée de baisser les bras. Enfin et surtout, un immense merci à mes parents, Louis et MarieChristine, et à mon compagnon Joan, qui m’ont inconditionnellement soutenue, enco uragée et aidée depuis le début de cette épopée, et pour qui je ne saurais résumer ici toute ma gratitude. Sans oublier nos merveilleux enfants Ernest et Laia qui ont fait preuve d’une patience et d’une tendresse infinies.
Cette recherche a bénéficié d’une Bourse pour la Fo rmation de Personnel de Recherche (Formación de PersonalInvestigadores et Innovation: BES-2009-015007) du Ministère espagnol des Scienc (MinisteriodeCienciaeInnovación, España).fait également partie des projets « Identités Il ambivalentes. Étude comparative de systèmes de classification sociale » (Identidades ambivalentes. Estudiocomparativo de sistemas declasificaciónsocialet « Anthropologie (HAR2008-04582)) comparée de notions d’être humain »(Antropología Comparadadenocionesdeser Humano, HUMANT (HAR2013-40445-P)) du groupe de recherche « Anthropologie et Histoire de la Construction des Identités sociales et politiques »(Antropología i Historiade laConstruccióde les Identitats Socials i Politiques(AHCISP)) du Département d’Anthropologie sociale et culturelle de l’Université Autonome de Barcelone, projets financés par lePrograma EstataldeFomentode la Investigación CientíficayTécnicadeExcelencia, SubprogramadeGeneración del Conocimiento del M inisterio de EconomíayCompetitividad, ainsi que par laAgènciade Gestió d’Ajuts Universitaris i de Recerca de la Generalitat de Cat alunyaet 2014 SGR-SGR-00658 ;  (2009 00891)).
Couverture e 4 de couverture Dernières parutions Titre Copyright Remerciements Introduction Chapitre 1. Cadre théorique Chapitre 2. L’histoire de la région du Seraj Chapitre 3. La fabrique de l’humain Chapitre 4. Mécaniques de l’impureté Chapitre 5. Structures sociales Chapitre 6. Rapports au cosmos Conclusion Glossaire Bibliographie Inde aux éditions L’Harmattan Adresse
Sommaire
Introduction
Naître humain, devenir une personne, sont des concepts à la fois amplement répandus et en même temps tout à fait particuliers à chaque culture. La conception même de l’humanité, ses traits indispensables, sa supposée universalité, ne sont pas partagés de la même façon tout autour de notre planète. Jouir du sta tut de personnen’est pas plus donné par la « nature », elle-même une construction culturelle, que celuid’humain :chaque communauté aura ses réquisits, ses signes, ses graduations. Ainsi,humain pourra être, dans certains groupes, synonyme depersonne.il n’en sera qu’un des éléments nécessaires d  Mais ans une autre communauté, le concept depersonneenglobant ici et là bien plus d’entités que les seuls humains. P our le résumer, on pourra dire que to us les humains ne sont pas des personnes, et que toutes les personnes ne sont pas humaines. Or cette question, qui pourrait sembl er purement philosophique ou métaphysique, touche u n problème radicalement social, politique, culturel et même physique, et constitue dès lors un sujet indispensable de l’anthropologie. C ar la conception qu e s’en fait chaque culture est intimement liée à tous ses aspec ts sociaux, politiques et culturels : la vision des corps et les traitements qu’elle applique à ceux-c i, la représentation de la création d’un enfant, et donc la parenté, qui marquera définitivement la place assignée aux hommes et aux femmes, la structure sociale et donc politique, les rapports aux autres êtres, le lien u nissant l’humain au divin et au cosmos ; tous ces d omaines sont noués et inséparables des théories locales sur l’humain et la personne. P our étudier la notion d’humain et de personne dans la vallée du Jalori, nous prendrons systématiquement le corps comme point de départ. C elui-ci, mélange de nature et de culture, à la fois tangible, physio logique, et à la fois modelé, recréé, constituera u ne porte d’entrée formidable pour explorer successivement les divers processus concernant les formations et trans formations de l’humain et de la personne. Il se rév élera en outre, pour paraphraser F rancis Zimmermann , « expression et instrument » de la violence, de la discrimination, des jeux de pouvoir. C ar le corps est non seulement une représentation, contenant en lui-même des 1 milliers de symboles, un canal de significations so ciales, mais il est également acteur, au fort pouvo ir de transformation sociale , et nous verrons dans cette ethnographie comment le corps est utilisé, manipulé, contourné, retourné, au centre des stratégies de protestation et de négociation. C omme le souligne J osep Marti, « le corps comme texte à interpréter, et le corps comme élément capable de contribuer à transfo rmer la réalité sociale. [...] Le corps constitue l e lieu 2 d’inversion, de contrôle et de production culturelle ». D’un point de vue plus général d’analyse de la personne, du corps et des représentations symboliques à partir de l’étude de la possession (en tant que relation entre humains et cosmos) dans le contexte indien, o n peut remarquer combien cette dernière fut longtem ps considérée par les chercheurs comme un phénomène 3 marginal, relégué aux confins géographiques et soci aux (« tribus ») du sous-continent. L’origine de ce biais est certainement le poids qu ’eurent les textes classiques (étudiés par lesindianistesmme unesque dans les années 1950, elle était considérée co ) dans l’anthropologie de la possession en Inde. Ju croyance, 4 superstition oucoutume.À partir de ces années-là, commence une séried’études de villages , dans lesquelles la possession est considérée en tant que pratique religieuse parmi d’autres. L’apport de ces études f ut de réintégrer la possession au sein des structur es et dynamiques sociales. À partir des années 1960 , les recherches anthropologiques replacent la possession dans un système d’interprétation globale du monde, ce qui permet de dépasser les fonctionnalismes sociologiques ou ethnomédicaux. À cette époque, se développe une approche textuelle de certaines forme s de possession, ce qui ouvre la réflexion sur les mécanismes de causalité de l’infortune, sa gestion et les stratégies de communication mises en place. Quant à l’étude de la personne et du corps, l’indianisme (à partir des textes classiques de l’Inde) a placé toute son attention sur les caractéristiques que doivent avoir les participants aux rituels (sacrifiant, sacrificateur, etc.) et sur les correspondances entre microcosme du corps et macrocosme de l’Univers, avec les possibilités d’action que cela engendre. 5 L’intérêt du corps, comme sujet d’étude anthropologique, n’est cependant pas nouveau et s’est accru dans les dernières décennies. Véronique B ouillier et Gilles Tarabout énumèrent une série de bouleversements dans la société occidentale, qui ont certainement mené à ce retour du corps au centre de la recher che 6 anthropologique, sociologique et historique : le dé veloppement des biotechnologies, avec les problèmes éthiques qu’elles posent (Le B reton 1990) ; le changement des regards sur le corps depuis l’hédonisme hippie et la valorisation concomitante de « médecines douces » (Zimmermann 2002); la redéfinition de l’image du corps dans le cadre des transformations des rapports de production dans la société « post-industrielle » (Martin 1992) ; les changements de perspective philosophique et les réflexions sur le corps (Merleau-P onty 1945); et enfin les évolutions internes de certains champs disciplinaires qui réinterrogent les rapports 7 entre nature et culture, ce qui conduit à penser au trement les corps. Il faut ici mentionner la nouvelle inflexion ontol ogique en anthropologie, déclenchée 8 notamment par les travaux de P hilippe Descola, qui replace le corps en tant quephysicalitécomme un des axes des notions d’humanité distribuées sur la planète. 9 E n ce qui concerne spécifiquement l’Inde et la région himalayenne, plusieurs auteurs se sont attachés à étudier les corps, soulignant certains aspects comme leur multiplicité, plasticité, fluidité, ouverture ou perméabilité, pour une compréhension approfondie de la notion de personne. La vallée du Jalori s’étire entre le col de montagne appelé Jalori P ass (3120m d’altitude) et la petite ville de B anjar (1356m d’altitude) où le torrent Jalori se jette dans la rivière Tirthan, elle-même affluent du fleuve B eas. E lle fait partie de la région appeléeeraj,Inner S appartenant à un ensemble plus vaste du nom de « vallée de Kullu », dans l’Himalaya indien. Administrativement, il s’agit duTehsilB anjar, radesh. N ous sommes juste à l’entréetat d’Himachal P District Kullu, É duanctuary,Tirthan Wildlife S une zone de « bordure »P roject Area(E codevelopment ouEcozone)servant de couloir-tampon avant de pénétrer dans leGreat 2 Himalayan National Park,établie en 1984, et reconnue par l’U une réserve naturelle de 1171km en juin 2014 comme Site du P N E SC O ’estatrimoine mondial. C une région d’une richesse naturelle spectaculaire, par la variété d’arbres (chênes,sâla (S horea robusta),noyers, marronniers, pins bleus,chir (P inus roxburghii), 10 cèdres de l’Himalaya, etc.) , de plantes (médicinales entre autres, commekhora, khûnt, shunt, mrod-fali, jai-fal, harda, kau di, patish (Aconitum heterophyllum ouannabis sativa)palmatum), nheni, losar, bhang (C ) et par sa faune (ours brun, ours noir, léopard, léopard des neiges, gorals et autres chèvres sauvages, cerfs porte-musc et une quantité incroyable d’oiseaux, comme le tchirec du paradis(Terpsiphone paradisi), le barbu géant (M egalaima virens), le bulbul himalayen, les gobemouches (comme leTarsiger rufilatus) ou encore le fameuxophophorus impejanus),monal (L  emblème de l’É radesh, sans compter lestat d’Himachal P innombrables rapaces et corbeaux).