Les sociétés au risque des conflits

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Selon l'UCDP Conflict Encyclopedia réalisée par le Peace and Conflict Department de l'université d'Uppsala, il y aurait eu en 2011 27 conflits infra-étatiques, 1 conflit inter-étatique et 9 conflits en cours d'internationalisation. À ce constat, les chercheurs suédois ajoutent une tendance inquiétante : alors que depuis la fin de la guerre froide, le nombre d'accords de paix avait augmenté, on assisterait depuis 2008 à une inversion de la tendance : désormais, les accords de paix sont revenus à leur seuil des années 1970.
Comment interpréter les évolutions de la conflictualité depuis la fin de la guerre froide ? C'est à cette question que des chercheurs canadiens et français tentent de répondre, en abordant à la fois les débats théoriques relatifs à la paix et à la sécurité, mais en traitant aussi bien, et c'est là une originalité de l'ouvrage, des conflits réels inter- et intra-étatiques ainsi que les conflits symboliques qui traversent nos sociétés démocratiques.

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Date de parution 01 janvier 2013
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EAN13 9782849243121
Langue Français

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Les sociétés au risque des conflits
Perspectives internationales
Collection « Enjeux de société et prospective »
dirigée par Hélène Tessier & François Mabille
Cette collection a pour vocation de publier des ouvrages de prospective autour de trois tendances contemporaines : La révolution biotechnologique, que les spécialistes appellent « la grande convergence NBIC » – à savoir les synergies entre Nanotechnologies, Biologie, Informatique et Sciences cognitives – et qui est amenée à bouleverser notre anthropologie, l’ordonnancement de la société dans ses dimensions économiques, sociales, culturelles, et donc éthiques. Les relations internationales qui connaissent à la fois une accélération de leur temporalité, avec un accroissement du nombre d’acteurs, de leur interdépendance, et l’émergence d’enjeux nouveaux que l’on peut caractériser en parlant d’une société du risque, à l’échelle internationale. L’évolution de la société de la connaissance, qui est marquée par un renouvellement de nos connaissances à un rythme rapide, et qui pose un double problème : celui de l’organisation de nos systèmes éducatifs (connaissances, articulation des champs disciplinaires, pédagogie) et celui de la formation de nos élites.
Image de couverture : Fotolia « Big Wave and Cloudy Sky » © Éditions du Cygne, Paris, 2013
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-312-1
Actes du Colloque organisé à Ottawa, par la Faculté des sciences humaines, Université Saint Paul (Programme d’études de conflits) et la Faculté Libre de Droit de l’Université catholique de Lille
Les sociétés au risque des conflits
Perspectives internationales
Sous la direction de :
François Mabille, professeur des universités catholiques(Faculté Libre de droit, Université catholique de Lille, chercheur statutaire au GRSL - CNRS) et Hélène Tessier, professeur agrégée, Faculté des sciences humaines(Université Saint Paul d’Ottwa)
Éditions du Cygne
LES SOCIÉTÉS AU RISQUE DES CONFLITS
Préface Du conflit à la sécurité
François Mabille
En 2008, Hélène Tessier, professeur à l’université Saint Paul d’Ottawa, a souhaité initier un programme d’échanges intellectuels avec la France, autour de la thématique des conflits. Directrice du Centre d’études sur les conflits, il lui semblait intéressant de comparer les approches canadiennes avec celles du Centre de recherche sur la paix, dont j’assumais alors la direction à Paris. De cette initiative est né un partenariat qui se poursuit aujourd’hui entre Saint Paul et désormais l’Université catholique de Lille. Le premier colloque a réuni en avril 2010 des chercheurs et professeurs d’universités catholiques qui dispensent un enseignement en sciences sociales en français. Il a mis initialement l’accent sur trois aspects communs au Programme d’Études de conflit de l’Université Saint Paul et aux programmes de la Faculté Libre de Droit de l’Université catholique de Lille, en l’occurrence, 1) le caractère spécifique de Facultés de sciences sociales et juridiques dans une université catholique 2) l’enseignement des sciences sociales en rapport avec les conflits sociaux ou nationaux, dans une perspective qui réponde aux objectifs pédagogiques des programmes et des institutions, et enfin, 3) l’enseignement de ces matières en français. Mais ce colloque a aussi eu pour intérêt de mettre en évidence les caractéristiques propres à chacune de nos universités et à les dépasser dans une mise en perspective internationale. L’Université Saint Paul traite du conflit dans les sociétés démocratiques et non démocratiques. Ses universitaires analysent les processus qui mènent au différend, les
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contextualisent pour comprendre à la fois les similitudes mais aussi ce qui les distinguent en fonction de la nature des régimes politiques et des acteurs et entités politiques en conflit. Ce mode intellectuel d’appréhension s’accompagne d’une démarche pluridisciplinaire, dont on retrouve la présence dans cet ouvrage. L’approche qui était celle du Centre de Recherche sur la paix, et aujourd’hui qui est l’une des caractéristiques de la Chaire « enjeux de société et prospective » est liée au contexte intellectuel français. Joseph Maïla, internationaliste reconnu, a longtemps travaillé aux Etats-Unis ; son approche des conflits, plus globale que celle habituellement retenue en France, l’avait amené à y intégrer « l’art de la paix ». Doyen de la Faculté de sciences sociales et économiques à la fin des années 90, il y créa le Centre de Recherches sur la Paix dont je fus l’animateur, sous sa direction, dès sa création en 1997. De mon côté, une thèse consacrée à un mouvement de paix catholique, un travail mené au sein puis auprès d’Ong, puis une collaboration pendant 10 ans avec les universitaires duPeace and Conflict Departementde l’Université d’Uppsala en Suède, m’avaient également sensibilisé aux approches scandinaves et fait entrevoir, sous un autre jour, les efforts menés par l’Onu, si décriés en France. Ce sont donc ces traditions intellectuelles qui sont sous-jacentes à l’organisation de notre colloque et aux communications qui y ont été faites. En 2010, il semblait important d’établir un bilan de l’évolution des nos thématiques depuis la chute du Mur de Berlin. D’où deux communications, « De quelques tendances dans les recherches sur la paix depuis la fin de la guerre froide » (François Mabille) et « Les défis de la profusion des approches dans l‘étude des relations internationales » (Jean-François Rioux) qui toutes deux, à partir des spécificités de nos universités respectives, tentent de dresser une synthèse des évolutions, des mutations mais pointent
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également des interrogations. Deux autres communications se penchent sur des conflits à l’intérieur de nos sociétés démocratiques : l’une porte sur « Éthique, pluralisme religieux et sociologie des conflits » (Corinne Valasik) et donc sur la manière dont les religions, tendues vers l’absolu de leur vérité, et donc de leurs normes, acceptent,volens, nolens, d’entrer dans le jeu du pluralisme. La seconde est liée à la situation des autochtones au Canada :«L’imaginaire politique et religieux : une clé d’interprétation des conflits entre Autochtones et Allochtones au Canada » (Jean-Guy Goulet). Elle traite de l’imposition d’une histoire, des conflits entre des histoires et des mémoires, et convoquent également à sa façon le religieux. Sans doute aurait-on tort d’en restreindre la compréhension au seul cas canadien. Car, plus globalement, c’est bien du sort des minorités dans nos sociétés démocratiques qui est ici évoqué. Enfin, sous l’angle du droit et de la psychanalyse, le colloque se penchait sur le fait marquant de la post-modernité : l’évolution du travail face au conflit qui lui est en quelque sorte consubstantiel (Hélène Tessier). Peut-on tirer de l’ensemble de ces travaux des avancées significatives ? Oui, mais sans doute pas celles que l’on attendait ! Première évidence en lisant Jean-François Rioux : un appel à la modestie et à l’humilité. L’étude des relations internationales est traversée, de manière légitime, par des débats intellectuels. Quelle valeur exacte donner à ces controverses, peut-on véritablement appeler « paradigmes » certaines analyses ? Sous la plume de Jean-François Rioux apparaît en filigrane une sociologie de la production intellectuelle nord-américaine, qui en affaiblit quelque peu les prétentions théoriques. Moins de théories, plus d’études de cas, telle est l’une des remarques fondamentales de l’universitaire d’Ottawa. En contrepoint, la communication de François Mabille tend à souligner la forte augmentation des organisations
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centrées sur la paix, mais aussi la faible teneur théorique de ces travaux. En quelque sorte, plus de théories et moins de cas pratiques serait-on tenté de dire ! A leur manière, Corinne Valasik et Jean-François Goulet nous ramènent à nos sociétés. La conflictualité n’est pas une donnée exogène, elle nous est plus familière qu’on veut bien le croire. Telle est aussi la thèse d’Hélène Tessier, à propos du monde du travail. Toutes ces approches insistent enfin sur la prise en compte de la dimension morale, et peut-être est-ce là le second acquis de ce travail collectif : des interrogations sur la « guerre juste » -légitimité de l’action armée – à celle sur la subjectivité aux prises avec l’organisation collective du travail, ces communications écrites soulignent cet aspect, qui est finalement l’indice du retour du sujet dans le champ de la conflictualité. Enfin, il apparaît que l’évolution la plus évidente concerne l’émergence de la notion de sécurité comme notion englobante et prédominante, qui se substitue aux approches classiques de la guerre et de la paix. Mais on aurait tort de croire que seul l’Etat en est le garant; les notions de sécurité humaine, celle de « responsabilité de protéger », chacune dans leur domaine, ainsi que l’extension des mesures juridiques visant à mettre en place un ordre sécuritaire, manifestent que si l’Etat demeure l’acteur central, il ne peut être considéré aujourd’hui comme le seul acteur, son rôle évoluant suivant les configurations politiques et historiques. L’interrelation entre les Etats, autrement dit le multilatéralisme, la prolifération des acteurs privés – en premier lieu les ONG – contribuent à élargir le champ des enjeux de sécurité, tandis même que la notion de menace tend à s’effacer au profit de celle du risque. Sécurité et risque devient ainsi les deux termes d’un enjeu politique qui modifie quelque peu ceux de l’ancien binôme guerre et conflit.