Les stratégies familiales dans la reproduction et la transformation sociale en Grèce contemporaine

Les stratégies familiales dans la reproduction et la transformation sociale en Grèce contemporaine

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Français
325 pages

Description

Cet ouvrage analyse le rôle des stratégies familiales dans les processus de reproduction et de transformation sociale dans la Grèce contemporaine. Il tente de montrer que les familles ont développé, après la Seconde Guerre Mondiale, un système de stratégies afin d'assurer sur le plan intergénérationnel la préservation ou l'amélioration de leur statut économique et symbolique.

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Date de parution 31 janvier 2020
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EAN13 9782140141867
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Anastasios GRIGORAKIS
Les stratégies familiales dans la reproduction et la transformation sociale en Grèce contemporaine
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Les stratégies familiales dans la reproduction et la transformation sociale en Grèce contemporaine
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « δogiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et lΥaction socialeέ En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent dΥun terrain, dΥune enquête ou dΥune expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiquesέ Dernières parutions εélody JχσάRÉ ΧdirέΨ,L’œuvre du genre, βί1λέ ύilles VIEIδδEάεχRωώISET,La conversion des corps, βί1λέ χurélie σETZ,Les Cercles de Femmes, Ritualiser l’identité de genre dans les spiritualités alternatives,βί1λέ Roland ύUIδδτσ,La question sociale face à la globalisation, βί1λέ όrançois SIωτT ΧcoordέΨ,Les parcours de soins en psychiatrie au prisme d’une analyse sociologique,βί1λέ σicole δUωχS et Danielle τώχσχ,Ces Françaises venues de l’Est, βί1λέ Régis δχUREσT,Du traumatisme des camps à la naissance d’une nouvelle institution. Idéologies, minoritaires et pentecôtisme tsigane en Bretagne tome I, βί1λέ Régis δχUREσT,Les usages sociaux des pentecôtistes tsiganes. Idéologies, minoritaires et pentecôtisme tsigane en Bretagne tome II, βί1λ Suzie ύUTώ, Roland PόEόόERKτRσ ΧdirέΨ,Strasbourg, creuset des sociologies allemandes et françaises, βί1λέ Séverine ωτδIσET ΧdirέΨ,Soin, éducation et formation au prisme des cultures, βί1λέ ωlaude ύIRχUD,Consentir, adhérer, s’opposer. Contribution à une sociologie de l’engagement, βί1λέ δucie όrance DχύEσχIS,L’art à Vienne et l’unité de l’empire (1897 à 1905), βί1λέ
Anastasios GRIGORAKIS Les stratégies familiales dans la reproduction et la transformation sociale en Grèce contemporaine
χvec le concours de l’Institut des sciences sociales du travail de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne © L’Harmattan, 20205-7, rue de l’École-Polytechnique75005 Pariswww.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-18731-0 EAN : 9782343187310
INTRODUCTION Dans un « Eurobaromètre » de la ωommission européenne, mesurant les valeurs et les opinions des peuples européens ΧUnion européenne des douzeΨ relatives à la famille, la quasiάtotalité des ύrecs Χλλ,ζΣΨ a placé la famille en tête des valeurs importantes dans la vieέ ωertes, la famille constitue une valeur essentielle pour l’ensemble des Européens, mais on ne saurait négliger le fait 1 que les ύrecs sont les premiers à reconnaître la valeur capitale de la famille έ De plus, dans la même étude, la ύrèce est le seul pays Χavec la όranceΨ dont les habitants plaçaient en première et en deuxième position dans leur hiérarchie de valeurs la famille et la vie en couple respectivementέ De même, la ύrèce arrive à la première place dans l’Union européenne des 1β en ce qui concerne l’importance accordée aux enfants μ en ύrèce, neuf personnes interrogées sur dix jugeaient que les enfants étaient « indispensables » ou « très importants » dans leur vie, alors que le taux médian de l’ensemble de l’Union ne dépassait pas θηΣ Χεalpas and δampert, 1λλγΨέ δes pourcentages relatifs à l’attitude des ύrecs envers la prise en charge des personnes âgées et la cohabitation prolongée des enfants chez les parents sont aussi particulièrement élevésέ τn relève ainsi, en ύrèce, le pourcentage le plus élevé parmi les pays européens de personnes estimant que la prise en charge des grandsάparents et la présence prolongée des jeunes chez les parents étaient une bonne choseέ Pourquoi la famille bénéficieάtάelle en ύrèce d’une reconnaissance à l’unanimité de son importance capitale ς Pourquoi estάelle si bien ancrée dans l’imaginaire social du pays ς ωomment peutάon expliquer la forte solidarité intergénérationnelle exprimée dans cette enquête d’opinion ς Il s’agit assurément de questions qui peuvent être légitimement posées, questions qui ont constitué le point de départ de notre réflexionέ ωet ouvrage a donc pour objet d’explorer le rôle de la famille dans la société grecque de l’aprèsάguerreέ Il est issu d’une thèse de doctorat soutenue en βί1ζ dont certaines parties ont été allégées afin de faciliter la lectureέ 1 À l’exception des σéerlandais, les autres Européens considèrent aussi à plus de ληΣ la famille comme la valeur essentielle Χεalpas and δampert, 1λλγΨέ  ι
1. La problématique δ’hypothèse centrale que nous essayerons de vérifier dans ce travail de recherche est que la famille a non seulement constitué en ύrèce un lieu privilégié de solidarité et de protection sociale, mais aussi qu’elle a conditionné à travers ses stratégies le processus de transformation sociale du pays, notamment pendant les premières décennies de l’aprèsάguerreέ χfin d’assurer sa reproduction sociale, à savoir le maintien de sa position sociale Χou même son améliorationΨ sur le plan intergénérationnel, la famille grecque a développé une série de stratégies importantesέ ωes dernières n’ont pas seulement servi de moyen de reproduction de la famille mais elles ont aussi joué un rôle non négligeable dans les mutations profondes que la société grecque a connues depuis la fin de la guerre civile en 1λζλέ Elles ont aussi constitué un facteur capital pour les processus de reproduction et de mobilité de l’ensemble de la société grecque tout au long de la période d’aprèsάguerreέ En d’autres termes, le système de stratégies familiales a déterminé le jeu social, la manière dont se développent les antagonismes sociaux, dont se forment les classes sociales et, enfin, dont la société elleάmême se structure et se reproduitέ δa famille a donc joué un rôle actif et prépondérant durant cette période dans le changement social et, en même temps, dans la mobilité et la reproduction sociale, à travers ses propres pratiques et stratégies ayant pour but la préservation du groupe familial sur le long termeέ δa propension de la famille grecque à garantir sa propre subsistance et à s’impliquer activement dans les processus qui conditionnent sa reproduction évitant ainsi le déclassement pendant une période des fortes turbulences a constitué un facteur positif de transformation socialeέ Si la famille semble bien ancrée dans l’esprit des ύrecs, c’est parce qu’elle représente le moyen d’assurer la subsistance des individus, qu’est un lieu privilégié d’organisation et d’action sociale et, en même temps, un groupe social qui, par ses stratégies, a un impact important dans la façon dont la société grecque se forme et se transforme depuis des décenniesέ χutrement dit, ce que nous tenterons de démontrer dans cet ouvrage, c’est que la famille occupe une place essentielle dans l’histoire sociale contemporaine du paysέ Quelques précisions sur ce que l’on entend dans cette étude par le terme « famille » nous paraissent nécessairesέ σous définirons ici la famille comme « l’ensemble des personnes apparentées par consanguinité etήou par affinité » et « l’ensemble des personnes unies par le sang et l’alliance vivant au même pot et au même feu » Χψarry etalii, βίίί μ ιβηΨέ ωette définition recouvre à la fois la famille élémentaire ou nucléaire, c’estάàάdire le groupe résidentiel composé d’adultes et de leurs enfants engendrés ou adoptés, ainsi que la famille au sens plus large, à savoir la parentéέ Elle indique que la famille élémentaire n’est qu’une composante d’un réseau plus vaste formé de liens qui unissent des individus sur une base biologique etήou sociale ΧDechaux,  κ
βίίιΨέ Il sera fait référence dans ce travail de recherche à plusieurs types familiaux, comme la famille étendue ou élargie Χgroupe résidentiel regroupant des familles nucléaires apparentées, de même génération ou de générations différentesΨ, la famille nucléaire ou conjugale ou élémentaire Χgroupe résidentiel composé de deux conjoints et de leurs enfants non mariésΨ ou la famille monoparentale Χgroupe résidentiel composé d’un seul parent, le plus souvent la mère, et de ses enfantsΨέ δ’existence de ces différents types familiaux pourrait engendrer une confusion conceptuelle que la définition plus large présentée ici vise à dépasser pour faciliter l’analyse qui va suivreέ χu cours de cette étude, les termesgroupe domestiqueetménageseront utilisés pour décrire les membres de la famille vivant sous le même toitέ Il faut toutefois souligner que le motfamillerenvoie essentiellement dans le texte à la famille nucléaire, à la famille élargie ou au ménage, étant donné que, contrairement à la plupart des pays européens, l’existence des autres types de familles reste minime dans la société grecqueέ Il est vrai que la famille grecque présente diachroniquement une forte institutionnalisation, qui apparaît dans les faibles taux de divorces, d’unions libres et de naissances hors mariageέ δa ύrèce enregistre pendant toute la période d’aprèsάguerre l’un des taux de divortialité, à savoir le taux de divorces pour mille habitants, le plus faible d’Europeέ ωe taux, qui a oscillé de ί,γ à ί,ηΣ pendant les années 1λθί et 1λιί, atteint ί,κΣ en moyenne pendant les années 1λλί et dépasse 1Σ seulement pendant la dernière décennieέ Depuis βίίη, le taux de divortialité en ύrèce s’est stabilisé à 1,βΣ, le taux le plus élevé historiquementέ Seuls deux pays de l’UE présentent actuellement des taux de divortialité moins élevés μ l’Italie et l’Irlandeέ δe taux médian des βι pays de l’Union européenne est actuellement de βΣ, alors qu’il dépassait déjà 1Σ depuis 1λιί ΧEurostat, βί1ζΨέ Il apparaît que le mariage a une forte connotation positive dans la société grecque et que le divorce n’a lieu que dans des cas exceptionnelsέ εalgré la hausse considérable des divorces et la « crise » de la famille à partir des années 1λιί, à la suite de la contestation des contraintes imposées par le mariage et, notamment, des inégalités dans les rapports entre les deux sexes, la rupture des unions institutionnelles est restée en ύrèce plutôt limitéeέ δa persistance du mariage comme forme incontestable de la vie familiale se renforce lorsqu’on parle de familles ayant des enfantsέ En ύrèce, les couples se montrent non seulement réticents à divorcer quand ils ont des enfants, mais ils préfèrent aussi se marier bien avant de devenir parentsέ ωe qui apparaît clairement lorsqu’on examine l’évolution du taux de naissances hors mariage en ύrèce et dans les autres pays européensέ À l’exception de ωhypre, la ύrèce est le pays qui compte le moins de naissances hors mariage depuis 1λθί jusqu’au milieu de la décennie précédenteέ δe faible taux Χ1,βΣΨ d’enfants néΧeΨs de mères non mariées en 1λθί est demeuré presque inchangé jusqu’au milieu des années ιί, et il est passé à β,1Σ à la fin des années 1λκίέ En βίίί, ζΣ des enfants sont nés de mères non mariées alors que le taux de  λ
naissances hors mariage dépasse ιΣ en βί1ίέ ωe taux est le plus faible d’Europe et il est largement inférieur au taux médian européen, qui s’élevait à 1θΣ en 1λλί, à βιΣ en βίίί, pour atteindre γκΣ en βί1ί, soit η,η fois plus que le taux grec ΧEurostat, βί1ζbΨέ Il faut souligner que cette hausse constatée durant ces dernières années en ύrèce est partiellement due aux femmes immigrées, provenant notamment des pays d’Europe de l’Estέ χlors qu’elles ne représentent que moins de 1ίΣ des femmes en âge de féconder, les immigrées représentent γιΣ des mères non mariées Χύavalas et Rontos, βί11Ψέ Dans ce contexte, les faibles taux de familles monoparentales ne sont guère surprenants en ύrèceέ En βίίι, les familles monoparentales représentaient moins de 1ηΣ de la totalité des ménages en ύrèce, ce qui était le troisième taux le plus faible d’Europe, bien derrière la moyenne européenne qui s’élevait à β1Σ Χψeier, ώofäcker, εarchese etalii, βί1ίΨέ Pourtant, ce taux inclut aussi les ménages dans lesquels un seul parent et un enfant cohabitent avec d’autres personnes, notamment des grandsάparentsέ Si l’on prend en compte uniquement les familles dans lesquelles le parent et l’enfant vivent seuls, l’écart entre la ύrèce et le reste de l’Europe se creuseέ χinsi, pendant la même année ΧβίίιΨ, les familles monoparentales comptant au moins un enfant β dépendant représentaient 1,ιΣ des ménages Χtaux le plus faible d’EuropeΨ, alors que dans l’ensemble de l’UEάβι, ce type de famille atteignait ζΣ ΧEurostat, βί1ζcΨέ En ce qui concerne le taux de familles monoparentales dans l’ensemble des ménages où vivent des enfants, il s’élevait à ηΣ Χtaux plus faible d’EuropeΨ contre 1γΣ dans l’Union européenne des βη Χen βίίηΨ ΧEurostat, βίίθΨέ De même, le taux d’enfants qui vivent dans des familles monoparentales s’élevait en βίίι à η,γΣ, restant toujours le taux le moins élevé de toute l’Europe, alors que le taux médian européen atteignait 1ζ,1Σέ Il est à noter que le pourcentage d’enfants vivant en ύrèce dans des familles composées de deux parents mariés s’élève à λβ,γΣ, ce qui est le taux le plus élevé d’Europe, tandis que la moyenne européenne atteignait ιγ,κΣέ De même, le taux des unions libres, à savoir le taux des ménages composés de couples non mariés vivant en simple cohabitation, reste en ύrèce toujours marginalέ χinsi, toutes tranches d’âge confondues, le taux grec des couples non mariés vivant maritalement reste parmi les plus bas, voire le plus bas, d’Europeέ σotamment en ce qui concerne les jeunes âgés de βί à βλ ans et de γί à γλ ans, les taux de ceux qui cohabitent en couple sont très nettement les plus faibles d’Europe, atteignant βηΣ et ιΣ respectivement, loin derrière les taux médians européens, qui s’élèvent respectivement à θγΣ et à γκΣέ En ce qui concerne les couples avec enfants, le taux d’unions libres est insignifiant μ parmi les couples âgés entre βί et ζλ ans ayant des enfants, moins de ί,ηΣ ne sont pas mariés, alors que la moyenne européenne dépasse 1θΣ ΧEurostat, β τn considère comme enfants dépendants les enfants âgés de moins de 1η ans ou les jeunes de 1ηάβζ ans qui sont inactifsέ  1ί