Les Territoires du sentiment océanique

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Description

Le sentiment océanique est une forme particulière des états modifiés de conscience, domaine qui est attesté du plus lointain des témoignages humains. La spécificité de cette sensation, assimilée depuis Romain Rolland aux capacités de la religiosité indienne, reste un mystère de la connaissance. Celle-ci qui allie une joie à une forme de dissolution ou de rencontre de la matière est pour la première fois analysée sur des observatoires différents : spiritualités, biologie, littérature, poésie, philosophie, sport...

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Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de visites sur la page 70
EAN13 9782296500082
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L’Institut Charles Cros présente




LES TERRITOIRES DU
« SENTIMENT OCÉANIQUE »






La collection Éthiques de la Création, créée par l’Institut Charles
Cros (www.institut-charles-cros.eu) est coéditée avec l’Harmattan,
sous la responsabilité éditoriale de Sylvie Dallet, Georges
Chapouthier & Emile Noël. L’Institut Charles Cros traite et
expérimente les relations des arts avec les nouvelles technologies et
les sciences, dans une dimension qui ouvre sur les usages de société
et questionne la transmission des savoirs. Cette collection rassemble
des textes de combat aux formes diverses, dans une dimension
éthique et interdisciplinaire conjuguée, qui valorise une
« recherche-création » attentive aux mutations contemporaines.


Titres disponibles :

- La Création, définitions et défis contemporains, 2009
Sylvie Dallet, Georges Chapouthier, Émile Noël (dir.)


- Images et éthique, 2010
Élie Yazbek (coordonné par)


- Les territoires du sentiment océanique, 2012
Sylvie Dallet, Émile Noël (dir.)

Sous la direction de
Sylvie DALLET & Émile NOËL



LES TERRITOIRES DU

« SENTIMENT OCÉANIQUE »






















Remerciements et crédits maquette ouvrage
Les territoires du Sentiment océanique :
Annie Cordelle : maquette texte

Sylvie Dallet : création originale "L'eau – delà "
(tableau technique mixte, format 53cm x 74cm, 2009)

Josiane Lépée (josianelepee@ateliermetiss.eu) :
graphisme création couverture

















© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99152-1
EAN : 9782296991521
Sommaire




- Introduction ............................................................................ 11

- Émile NOËL
La vague et l’océan .................................................................. 17

- Ysé TARDAN-MASQUELIER
L’expérience océanique : une discussion entre Romain
Rolland et Freud ..................................................................... 27

- Boris CYRULNIK
Encore quelques secondes à vivre ........................................... 35

- Sylvie DALLET
Il n’y a plus de faits mais simplement des risques
(De l’Eclair de Spinoza aux extases archaïques) ...................... 41

- Michel CAZENAVE
Le divin, l’océan et la création ................................................ 59

- Régis AIRAULT
À la recherche du sentiment océanique.................................. 65

- Pascale GAY
État idéal de performance en sport et en art… ....................... 75

- Éric DELASSUS
Immanence et créativité pour une éthique du goût et du
dégoût ..................................................................................... 91

- Émile NOËL
Loin, plus loin toujours, au-delà ............................................. 105

- Sylvie DALLET
Vagabonds des étoiles ............................................................. 117

- Marc ROLLAND
Sentiment océanique et romantisme noir : D’Annunzio à
Mishima .................................................................................. 131

- Annie CORDELLE
Ce rêve bleu enfantin .............................................................. 145

- Georges FRIEDENKRAFT
Dix haïkous en suite océanique .............................................. 149

- Émile NOËL
Une proposition de jeu : La quête du sentiment océanique .... 151

- Biographies résumées des auteurs ........................................... 159














LES TERRITOIRES DU
« SENTIMENT OCÉANIQUE »
LES TERRITOIRES
DU « SENTIMENT OCÉANIQUE »





INTRODUCTION




Mesurer le risque à l’imprécision des données : les chercheurs
demeurent aux avants postes des dangers, des volcans et des beautés
de l’aurore. En 2007, suite à la mue de l’Institut Charles Cros en
association de « création-recherche » européenne, a surgi comme
un continent, le désir de poser notre regard sur l’origine des choses
qui nous troublent, nous hantent ou nous rendent heureux. Cette
demande profonde a été synthétisée par un programme de
recherche multi partenarial, nomade et international « Éthiques de
1la Création » qui s’appuie sur un archipel d’expérimentations
multiples. L’exploration des thèmes associés est menée aux
entrelacs constants des relais institutionnels et de la société
internationale, des chercheurs : Créativités & Territoires,

1 « Éthiques de la création » réunit, sous la responsabilité de Sylvie Dallet, des
partenaires institutionnels diversifiés : l’Institut Charles Cros, le Centre
d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (Université de Versailles
Saint-Quentin), l’Institut d’Études Scéniques & Audiovisuelles (Université
SaintJoseph du Liban), l’Institut Atlantique d’Aménagement des Territoires, la Maison
des Sciences de l’Homme Paris Nord, mais aussi le Centre la Gabrielle (Mutuelle
de la Fonction Publique), Médiadix et le Pôle des métiers du Livre (Université de
Paris Ouest Nanterre–la Défense), la Fondation des territoires de demain…

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2Créativités & Thérapies, Éthiques & Mythes de la création , Savoirs
créatifs & Savoirs migrateurs…

Penser l’éthique comme un socle des connaissances communes,
dont on peut interroger la généalogie et la pertinence des récits, est
une dynamique forte qui conjugue les arts, les sciences et la
perception nécessaire à la construction des savoirs et du vivre
ensemble. L’éthique devient la ressource secrète de la création, dans
une démultiplication d’aventures, de figures et de postures
paradoxales.

La création, pierre d’angle de la pensée occidentale, comme
l’éveil est le socle de la pensée orientale, révèle dans nos sociétés
prométhéennes, une volonté de liens et de médiations : ce désir
éthique s’appuie sur la diversité du vivant, dans une exploration qui
révèle des interfaces et les synergies complexes des territoires de la
pensée. La sensation d’une aventure « océanique » pose des limites à
cette construction systémique des savoirs. Une pérégrination
obstinée, qui, comme l’oiseau-guide de Noé, issu de la nef fracturée
de nos savoirs traditionnels, doit nous aider à voler vers la lumière.
Mais quelle lumière ?

Que ce vocabulaire fleuri ne nous abuse pas sur ce que nous
allons lire : les exercices menés dans le cadre du séminaire
interdisciplinaire « Éthiques & Mythes de la Création » ont voulu
confronter des expériences scientifiques, artistiques et spirituelles
dans une volontaire désorganisation des disciplines universitaires.
Changer le regard, même soutenu par des savants et des artistes, est
une chose difficile qui nécessite un dialogue multiple en adaptation

2 Le séminaire EMC, labellisé par la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord,
a dans une combinatoire de connaissances, conjugué de 2009 à 2011 des
hybridations artistiques et des résurgences symboliques associées concrètement à
des expériences scientifiques.

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constante. Cette notion d’ « univers-cité » se confronte de plus en
plus, non au localisme des mémoires du village global Mc luhanien,
mais au concret des territoires, dans une fluidité des paysages, des
hommes et des « choses » vivantes, que sont les savoirs
« multivers ». Ces espaces fluides rayonnent bien au-delà des objets
d’étude classiques ou, du moins, participent d’une densité subtile
des traditionnels sujets d’études : le fonds, la forme, l’énergie ou la
dynamique, la valeur relèvent de cet inconnu du cerveau humain et
de la toile pauvre ou chatoyante, qu’il tisse avec son
environnement.

Nous sommes à l’aube d’une refondation des savoirs qui ne
peuvent rester des savoirs de traçabilité économique ou techniques,
mais doivent réconcilier des aspects multiples du vivant. Il nous
faut donc inventer des cartographies intuitives qui prennent la
mesure analogique de nos connaissances. La science n’est pas le seul
moyen d’accéder à la qualité épistémologique. L’art fait vibrer le
vivant dans une étonnante discontinuité d’illuminations
simultanées et successives. L’éthique reste la dimension de socle qui
permet les rameaux successifs de l’épistémologie et de l’esthétique,
fruits sans lesquels on ne peut évaluer à rebours la matière de
fondation. La création, comme l’innovation scientifique, sont des
valeurs qui construisent l’architecture de l’avenir et embellissent le
présent. Nous avions décidé, pour construire cet ouvrage collectif,
de travailler sur les savoirs interstitiels qui restent souvent nichés
dans la transmission orale ou spécialisée : les Journées d’Études
telles que « créer, c’est résister », « prospectives et impensés de
l’innovation » ou « handicaps créateurs »... ont préparé l’étape
difficile des « territoires du sentiment océanique ».

Nous avons voulu, parce qu’elle correspondait à un espace de
convergence inhabituel des mythes et des sciences, valoriser la
dernière séance de l’année 2011, située en point d’orgue du
séminaire Éthiques & Mythes de la Création. Nous avions invité le

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9 décembre 2011 quelques spécialistes (mais peut-on être spécialiste
en la matière, puisque nous ressentons ce sentiment comme
Monsieur Jourdain fait de la prose) issu de disciplines différentes,
attentifs aux récits de chacun. Ces témoignages ont été complétés
par des articles sollicités auprès d’amis et de collègues qui ont bien
voulu participer de l’aventure. Leur capacité exploratoire offre au
phénomène océanique de nouvelles approches.

Il semble en effet que la connaissance issu de cette fusion
océanique ait été attestée du plus lointain des témoignages
humains. Cette sensation qui allie une joie avec une forme de
dissolution ou de rencontre de la matière ne peut rester sous le
silence d’une perception troublante, à la fois individuelle et
fortement commune. Elle corrobore, quand on y songe, un des
mythes premiers de création du monde : celui du plongeon dans
l’océan qui, avant le mythe de la création du monde par un corbeau
divin ou le façonnage de la glaise par la parole, forme la tierce
matrice de nos genèses légendaires. Avant et après, à l’origine
comme au final, comme une boucle dont nous aurions, parfois, la
réminiscence.

Le « sentiment océanique » est une forme particulière des états
modifiés de conscience, domaine qui, selon les interprétations, peut
recouvrir diverses expériences comme toute notion d’éveil spirituel,
religieux ou profane, N.D.E. (Near Death Experience), expérience
psychédélique sous drogue hallucinogène, et qui peut même
s’étendre, pour certains, jusqu’au « paranormal ». La spécificité de
cette sensation, dit « sentiment océanique», assimilé depuis Romain
Rolland aux capacités de la religiosité indienne, n’est pas admise
comme telle par tous. Nous en avons reçu un récent témoignage
très profane de la part de l’acteur français Jean Dujardin recevant
son prix d’interprétation, lors de la cérémonie hollywoodienne des
Oscars le 26 février 2012. Il décrit pour la presse une sorte

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d’éblouissement sensoriel et d’extension corporelle, dont il n’avait
jamais ressenti l’existence.

Pour décrire cet état fugitif de plénitude, vivre cette expérience,
c’est s’éprouver uni, comme la vague ou la goutte d’eau dans
l’océan, comparaison que l’on trouve fréquemment dans les
philosophies de l’éveil spirituel.

La forme non pathologique de cette expérience, qui ne dure que
« la fulgurance d’un moment », peut-elle ouvrir à une étincelle
créative et peut être faire communiquer ce « grand Tout du
monde » avec ce que le Dalaï Lama et Stéphane Hessel appellent le
3grand « Nous » ? Les chapitres qui s’inscrivent dans cette taille
panoptique du nous, ont été rédigés par Régis Airault, Michel
Cazenave, Annie Cordelle, Boris Cyrulnik, Sylvie Dallet, Éric
Delassus, Georges Friedenkraft, Pascale Gay, Émile Noël, Marc
Rolland et Ysé Tardan-Masquelier. Tout à tour, l’observatoire a été
centré sur la littérature, la spiritualité, le jeu, la philosophie, la
poésie, l’histoire, la biologie, la psychologie, les religions et le sport.
Ces approches s’inscrivent comme le tiers livre de la problématique
de la collection « Éthiques de la Création », conjuguée par l’Institut
Charles Cros en partenariat avec l’Harmattan. Le proverbe de
sagesse livre son constat séculaire : quand le vent se lève, certains
construisent des murs et d’autres des moulins.

La question qui nous préoccupe (et fait moudre notre grain)
s’inscrit dans le passage de nos sociétés à des savoirs nomades, qui
concilient les différents niveaux de l’universalité, les territoires
enchevêtrés de la culture et cette capacité extraordinaire de l’esprit
humain à pousser les limites, non plus comme le signalait Nietzsche
par-delà le Bien et le Mal, mais vers une étape de la connaissance

3 Dalaï Lama, Stéphane Hessel, Déclarons la paix ! Pour un progrès de l’esprit,
Indigènes éditions, 2012

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qui apaise et réconcilie. Cette connaissance aléatoire et
transdisciplinaire prépare, par les récits de fiction, la biologie et les
expériences de connaissance du passé, les savoirs créatifs que
demain exigera de nous. Comme des exercices de résistance qui ne
seraient plus des « arts de la mémoire », mais des « arts de la
création ».

Le poème qui nous vient de Nacogdoches, composé dans les
années 1920 par Karle Wilson Baker, une des premières femmes
enseignantes de l’université du Texas, apporte sa part de lumineuse
familiarité :

« Ma vie est un arbre
Fortement uni à la terre
Tenu par des racines immémoriales
De résister à la tempête,
De remplir ma place.
Mais, là-haut,
Dans les branches de cet arbre verdoyant,
Chante un oiseau sauvage,
Les ailes de mon oiseau ne sont point esclaves du vent :
4Ce n’est pas un nid terrestre qu’il a bâti ! »



Sylvie Dallet & Émile Noël



4 The Tree, « My life is a tree, Yoke-fellow of the earth; Pledged, By roots too
deep for remembrance, To stand hard against the storm, To fill by Place. (But
high in the branches of my green tree there is a wild bird singing : Wind-free are
the wings of my bird : she hath built no mortal nest.) »

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