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Les tontines haitiennes: Historique et microéconomie des institutions financières informelles

De
207 pages
Vous voulez comprendre le mode d'organisation des tontines et en même temps pénétrer les réalités socioculturelles qui incitent la plupart des agents économiques des PED à s'associer autour de structures économiques informelles. Voilà alors un document de référence qui peut permettre aux professionnels, aux universitaires et même aux membres de ménages de tout âge d'acquérir des connaissances simples et pratiques en matière de finance informelle. Ce présent document embrasse sous différents angles le concept d'économie informelle et est conçu pour servir de référence en matière de connaissance sur la micro finance en Haïti.
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Les tontines haïtiennes :
Historique
et microéconomie
des institutions
financières informelles Joseph Fritzner
Les tontines haïtiennes :
Historique
et microéconomie
des institutions
financières informelles
Sols et Sabotages en Haiti
Recherche Université
Éditions Le Manuscrit
Paris



© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-
2009
SBN : 978-2-304-02792-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304027921 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02793-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304027938 (livre numérique)


Mémoire préparé et soutenu publiquement
en juillet 2007 par Joseph Fritzner


Pour l’obtention du
Diplôme d’Études Approfondies
En
Analyse et Politique Économiques
Approfondies


Sous la direction de :
Eric BRIYS (Professeur Associé, UAG)



REMERCIEMENTS

Ce présent travail est le fruit de la bonne
coopération entre les universités haïtiennes et
françaises, il représente un pas vers la
matérialisation de la plaidoirie pour une
nouvelle éducation académique en Haïti.

Notre propos de remerciement s’adresse tout
d’abord à Monsieur Fred CELIMENE, le
Directeur du CEREGMIA pour ses multiples
efforts en faveur de la poursuite des études
universitaires par les jeunes haïtiens. Ensuite, à
Monsieur Jean-Levelt SAINT-FLEUR, le
Directeur du Centre de Techniques de
Planification et D’Economie Appliquées
(CTPEA) de nous avoir choisi en vue de faire
connaitre l’excellence académique du Centre.

Nous avons également le privilège de
travailler avec un éminent Professeur très
distingué par sa sagesse et son support
inébranlable en faveur de la recherche et du
progrès technique. En ces termes, nous faisons
référence à Monsieur Eric BRIYS, notre
Directeur de recherche. Nous vous remercions,
Monsieur, pour tous les supports que vous
9
Les tontines haïtiennes
nous avez prodigués, et puisse Dieu dans sa
bonté infinie vous préserve la vie.

Enfin, nos remerciements s’adressent à tous
ceux et toutes celles qui d’une manière ou d’une
autre nous ont supporté tant moralement que
financièrement en vue de la réalisation de cette
étude. Nous profitons de cette occasion pour
témoigner de notre reconnaissance à Monsieur
Jean-Yves NOEL pour ses contributions à la
réussite de cette coopération interuniversitaire.
10
Joseph Fritzner

RESUME

Ce présent document a pour but de situer le
contexte historique de la finance informelle et
de mettre en valeur le rôle socio-économique
des institutions financières informelles dans le
mécanisme de financement des agents à faibles
revenus. Ce travail fait une étude descriptive et
détaillée des deux principales variantes de
tontines existant en Haïti : les «Sols » et les
« Sabotay ». Il se propose d’être un outil de
référence pour la compréhension du
phénomène des tontines en Haïti sachant qu’il
n’existe pas de manière stricto sensu des études
aussi élaborées dans ce champs.

Ce travail se propose d’expliquer également
les principaux motifs socio-économiques qui
incitent un individu à s’adhérer à une
Association Rotative d’Epargne et de Crédit
(AREC) en Haïti. Il met en exergue la notion de
confiance mutuelle, le capital social et
l’attachement des ménages haïtiens à la pratique
de l’épargne forcée comme principaux vecteurs
d’incitation à la participation aux « Sols » et
« Sabotay »

En s’appuyant sur un modèle économique
qui a été testé dans le cas du Kenya, ce présent
11
Les tontines haïtiennes
document valide la thèse selon laquelle les
ménages haïtiens sont très attachés à la pratique
de l’épargne forcée et que les mécanismes de
pression sociale seraient des facteurs clés à
l’explication de la pérennité des « Sols » et
« Sabotay » en Haïti.
12
Joseph Fritzner

INTRODUCTION GENERALE

Le financement du développement a été
pendant longtemps considéré comme un sujet
d’intérêt par les économistes du
développement. Il existe à cet effet une
littérature économique à profusion marquée par
des travaux de nombreux chercheurs en
particulier ceux de PLATTEAU (1994b),
FAFCHAMPS (1996) et FAFCHAMPS (1998). Ils
ont montré que la réussite des activités de
financement dépend non seulement des
facteurs socio-économiques qui guident le
respect des contrats, mais aussi du mécanisme
de partage des risques entre les parties
1contractuelles. Néanmoins pour d’autres
chercheurs, le problème du financement du
développement est beaucoup plus complexe et
mérite d’être appréhendé selon un double point
de vue à la fois macroéconomique et
microéconomique (HUGON, 1990).

Dans ce dernier contexte, pour certains
chercheurs de tendance néo- keynésienne, il
existe sur le plan macroéconomique une

1 L’Agence Canadienne de Développement a révélé dans un
rapport intitulé « Coopérative et Micro finance- le cas d’Haïti,
publié en 2005 que la meilleure façon de gérer le risque est de le
partager entre le prêteur et l’emprunteur.
13
Les tontines haïtiennes
insuffisance de l’épargne nationale
(HATCHEU, 2004 ; LELART, 2005). Elle
résulte de la faible capacité de l’Etat à mobiliser
les ressources nécessaires et à les allouer de
manière la plus efficiente possible afin de
répondre aux besoins de la population
(GUERRIEN, 1997). Par contre, pour d’autres
chercheurs, il existe sur le plan
microéconomique un problème fondamental
d’accès au crédit. En particulier, pour les agents
économiques à faibles revenus n’ayant pas les
garanties suffisantes pour couvrir le risque de
2défaut au niveau du secteur financier formel .

Ainsi, depuis plusieurs années une abondante
littérature économique tend à se développer
autour de la problématique d’accès au crédit.
Dans les modèles traditionnels, la question est
ordinairement abordée sous l’angle restreint de
partage de risque entre les institutions
financières formelles et leurs clients
BERTHIER (1992). Une telle approche
minimise le cas de figure dans lequel des agents
à besoin de financement émergeant du secteur
informel se constituent en association afin de
financer mutuellement leurs projets.

2 HUGON P, « La finance non-institutionnelle : expression de la
crise du développement ou de nouvelles formes de développe-
ment » in (LELART, 1990)

14
Joseph Fritzner
Evidemment, il y a lieu de souligner que
depuis l’époque de l’économie des trocs, les
agents économiques savaient pratiquer des
arrangements informels sans qu’ils ne soient
obligés de passer par une institution
d’intermédiation financière. Aujourd’hui
encore, ces pratiques informelles sont en vogue
dans beaucoup de pays en particulier dans les
Pays en Développement (PED) et elles n’ont
cessé de susciter des débats dans les milieux des
chercheurs. Pour certaines critiques dont
BEKOLO-EBE (2001) et LELART (2005),
l’ampleur que connaissent actuellement les
pratiques financières informelles est non
seulement la résultante du rationnement du
crédit conduit par les banques vis à vis des
agents à faibles revenus, mais aussi elle résulte
de l’incapacité de l’Etat à satisfaire les besoins
de la société. Donc, n’ayant pas accès au crédit
formel, les agents économiques s’organisent à
leur manière en créant des activités financières
informelles et dont les conditions et le
mécanisme opérationnel semblent répondre à
leurs besoins et leurs capacités. Alors, l’objectif de
ce travail est d’envisager dans quelle mesure les pratiques
d’exclusion des institutions financières formelles
contribuent à inciter des agents économiques à se diriger
vers des mécanismes de financement informel dont les
tontines.

15
Les tontines haïtiennes
GURLEY et SHAW (1960) sont les premiers
à avoir initié dans la littérature économique
l’analyse moderne de la problématique du
crédit. Ils ont apporté une dimension théorique
très intéressante à la notion d’intermédiation
financière. En effet, ils ont montré que dans
une économie considérée, les agents à capacité
de financement cherchent un emploi productif
pour l’excédent de ressources dont ils disposent
sur les emplois. Alors que les agents à besoin de
financement désirent au cours d’une période
dépenser plus qu’ils ne disposent. Il en résulte
que les désirs d’emprunt et de prêt sont souvent
incompatibles dans leurs formes puisque « une
fonction essentielle des intermédiaires financiers consiste à
assurer la transformation des échéances, des risques et
des rendements en des éléments compatibles avec les
objectifs de l’institution». Ainsi, pour (CROZET et al.
2001 ; MC KINNON, 1973), l’aversion pour le
risque qui caractérise les agents non financiers
(Particuliers) et les intermédiaires financiers
(Banques) constitue une justification importante
de l’existence des Institutions Financières (IF).
La banque fait des paris sur des projets
d’investissement présentés par ses clients et elle
anticipe des profits sur les périodes à venir
selon le niveau de risque perçu.

En matière d’analyse de risques bancaires
GUILLE (1994) a montré que la relation
16
Joseph Fritzner
bilatérale que la banque entretient avec ses
clients lui assure avec le temps la production
d’un savoir idiosyncratique. L’historique de
crédit, les mouvements et soldes des différents
comptes que la banque gère, constituent autant
d’informations internes que la banque dispose
et qui ne sont pas nécessairement transmissibles
au marché. Ainsi, la banque pour se protéger du
risque de défaut de ses débiteurs et pour
renforcer sa sécurité financière, fait appel à
toute une batterie de stratégies et de
réglementations BELSEUR (1994). Parmi
lesquelles figure le contrat de prêt qui détermine
les conditions d’application du financement. Ce
contrat dépend à la fois du profil du débiteur,
du niveau de risque associé aux caractéristiques
du projet, des informations disponibles sur le
client et des signaux émis par ce dernier suivant
son type. Le niveau d’accès à l’information
permet à la banque de jongler entre le niveau du
taux d’intérêt optimal qu’il peut fixer et le
niveau de garantie qui peut être exigé en
couverture du risque. Ensuite, viennent les
garanties qui ont pour but de limiter le risque pour
la banque au cours de ses engagements vis-à-vis
de la clientèle. Les garanties peuvent prendre la
forme de références personnelles « avaliseurs ou
garants » et dans d’autres cas, elles peuvent être
constituées de biens matériels appelés
« nantissements ». Elles renforcent les marges de
17
Les tontines haïtiennes
manœuvre de la banque et constituent un
facteur de remboursement pour le client.
Ces outils permettent à la banque de
bénéficier d’une certaine supériorité sur le
marché mais, cette supériorité du savoir
bancaire ne signifie pas pour autant
l’élimination des asymétries d’information entre
le débiteur et la banque. D’ailleurs, une
asymétrie d’information irréductible persiste
entre les deux entités sur la qualité du projet à
financer. Et cette asymétrie s’étend à deux
niveaux :
D’une part, une asymétrie d’information « ex-
ante » ou « information cachée », elle est inhérente à
des situations de marché où s’échangent des
produits dont la qualité est mieux connue par le
vendeur que par l’acheteur. De telle situation
crée des problèmes d’anti-sélection car, la
banque ne peut être certaine a priori de ne pas
prêter à de « mauvais emprunteurs ». Ainsi, les
banques gèrent de manière individuelle cette
asymétrie par un ensemble des méthodes
comme l’imposition de collatéraux, ou par un
processus de rationnement fondé sur la
différenciation et la segmentation de sa
clientèle.
Dans ce contexte, STIGLITZ et WEISS
(1981) est une référence importante pour étayer
le mécanisme « d’asymétrie d’information ex ante »
dans le processus d’octroi de crédit. Leurs
18
Joseph Fritzner
analyses ont montré que l’emprunteur possède
une information privée sur ses intentions et
cette information est non disponible pour le
banquier. « Au niveau de la banque, le rendement
anticipé du prêt dépend de la probabilité de
remboursement, donc de la réalisation du projet de
l’emprunteur ». Cette probabilité étant
inobservable pour le prêteur, il doit alors mettre
en place des dispositifs de filtrage des
informations. Dès lors, le taux d’intérêt qu’un
emprunteur est disposé à payer peut être perçu
comme « un miroir de reflet de la situation ».
Ceux qui sont disposés à emprunter à des taux
d’intérêt élevés sont en moyenne ceux dont les
projets sont les plus risqués, car ils savent que
leur probabilité de remboursement du prêt est
faible. Ainsi, quand le taux d’intérêt débiteur
augmente, le risque moyen de ceux qui
empruntent s’élève, ce qui peut diminuer les
profits de la banque. En augmentant ses taux, la
banque risque de provoquer un effet d’anti
sélection, c’est-à-dire de retenir les projets les
plus risqués ; ou par un effet d’incitation, de
favoriser la prise de risque par l’emprunteur et
conséquemment « l’aléa moral ».

Par contre, il arrive dans bien des cas que les
banques font l’objet d’une asymétrie
d’information « ex post ». Elle se manifeste par
un changement de comportement de
19
Les tontines haïtiennes
l’emprunteur durant la durée du contrat de prêt.
Une fois le crédit accordé, celui-ci peut être
tenté dans certaines circonstances, d’accroitre
son exposition au risque et d’augmenter ainsi
l’exposition au risque de crédit de la banque.
Pour se prémunir, les banques appliquent des
techniques de contrôle et de surveillance
(monitoring) afin de réduire ce type de risque
de comportement. Dans ce contexte,
DIAMOND (1984) a montré qu’ « en cas
d’asymétrie d’information « ex post », le prêteur ne peut
directement observer le rendement du projet financé et
conséquemment la capacité du débiteur à rembourser le
prêt ». L’emprunteur peut ainsi ne pas révéler la
totalité du profit qu’il retire de l’investissement
ayant fait l’objet du prêt, ce qui nécessite la mise
en œuvre d’un contrôle couteux SCIALOM
(1999). Ne disposant pas de d’informations
précises sur le comportement ex post du client,
les banques adoptent alors une stratégie de
rationnement de crédit qui limite l’éligibilité de
certains clients en particulier ceux à faibles
revenus. Cet état de fait oblige certains acteurs
économiques à contourner le secteur financier
formel à la recherche de nouvelles formes de
financement alternatif.
L’apparition de la finance informelle date de
période plus vieille que la finance formelle. En
dépit de ses contributions à la création
d’emplois et à la lutte contre la pauvreté, elle a
20