Lettre ouverte à un tu(t)eur professionnel
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Description

Bien qu'il ait mis en extinction son "Collectif contre les abus tutélaires" (CCAT) l'auteur persiste à dénoncer la maltraitance du grand âge, éclaire la dimension sociétale d'un enfer tutélaire et pluridimensionnel, à stigmatiser un "collaborationnisme" scientifique et institutionnel qui valorise les tutelles, à contrer les insultes et les menaces que lui vaut la radicalité de ses propos et de ses "actions"...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 205
EAN13 9782296703957
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Lettre ouverte
à un tu(t)eur professionnel
Franck H AGENBUCHER -S ACRIPANTI


Lettre ouverte à
un tu(t)eur professionnel
Du même auteur


Nos Aînés entre tutelle et canicule. Une exception française (Texte d’humeur sur une production sociale) , L’Harmattan, 2006
Le Prophète et le Militant (Congo-Brazzaville). Histoires de vies, discours des génies , L’Harmattan, 2002


© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12471-4
EAN : 9782296124714

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Ce texte répond à un cortège de faits et de situations tutélaires, à leurs conséquences en chaîne, à leur signification humaine et sociétale.

Il est inspiré par un individualisme philosophique , qui décide de ses croyances, de ses valeurs et de sa différence, indépendamment des influences et des impératifs de la société du temps, à l’inverse du souci de soi et de la quête de la réussite ou du bonheur.

Il est dicté par une éducation, une expérience de vie, une déambulation dans les coulisses du « système », ainsi qu’une affaire d’honneur à régler.

Il est dédié :

À ma mère, Camille, une femme honorable, victime de sa tutelle, dépouillée jusque dans la mort, en milieu hospitalier.

À Constantin (06 83 46 77 28), victime d’un vaccin anti-hépatite B (sclérose en plaques + myofasciite à macrophages + myélite), d’une curatelle indigne, d’une maltraitance institutionnelle, et d’une indifférence quasi générale…

À tant d’autres victimes du système judiciaire et tutélaire, dont les drames et les accents de vérité et de souffrance sont inoubliables…

À Christianne, une résistante antitutélaire, solidaire au plus beau sens du terme, qui se bat pour la vie humaine et animale.

À Liliane, une guerrière associative lancée contre l’injustice, autre figure d’une France altière et minoritaire.

À Chantal, artiste et « associative » qui milite explosivement pour une vraie Justice.

Je remercie Pascale, dont l’amitié et le soutien sont au-delà des mots, comme l’oxygène.
« On peut discuter sans fin sur la légalité, le droit, la justice même, car la distinction n’est pas toujours facile à faire, hélas ! entre la Lettre et l’Esprit. Mais l’honneur est une évidence. Il s’impose au vieillard comme à l’enfant, au pauvre homme comme au riche, au savant comme à l’ignorant, et même il semble que les bêtes nobles n’en soient pas dépourvues. L’honneur est le sel de la terre. »
(G. Bernanos)


« Je vois Satan tomber comme l’éclair »
(R. Girard)
LA VIE EN MARGE…
Il n’y a de vie que dans les marges.
(Honoré de Balzac)

Monsieur,

Répondant à une violence institutionnelle, qui a fait le malheur de ma mère {1} dite « protégée » – et aussi le mien propre –, et que la justice n’a pris en compte que pour le taire, le nier ou me l’imputer à tort, j’ai l’honneur de vous adresser par la présente un défi en duel, suite à la conclusion d’un livre que je publiai en 2006 {2} .

Par ce texte, je vous avais prévenu :
– de mon incapacité de me plier devant le pouvoir « judiciarotutélaire » que vous incarnez ;
– de mon espoir, ténu mais tenace, de voir un jour ledit système faire un geste pour restaurer, même tardivement, la sécurité et la dignité de ma mère, victime de votre « protection », traduite en justice et condamnée devant le TGI de Paris à payer les « dysfonctionnements » de sa tutelle, et de plus estropiée, accidentée à de multiples reprises – notamment éborgnée – sur son lieu de vie institutionnel ;
– des risques inhérents à votre silence face à mes demandes minimales pour que soient reconnus et affichés tant la valeur humaine de ma mère, que les mesures et les droits au regard de la protection sociale et de la sécurité des biens et des personnes.
Le geste extrême et légitime, sinon légal, dont vous êtes informé par ces lignes, ainsi que cette rétrospective argumentée sur les causalités de ce cartel, je les adresse aussi à vos maîtres, m’abstenant de vous faire le « coup du mépris », et d’affirmer que vous ne seriez qu’un instrument de ma démarche vers le sommet de la pyramide des pouvoirs et des influences.
Si cet écrit vous est destiné parce que vous fûtes le tuteur de ma mère pendant huit années, longues et difficiles {3} , je m’adresse à « vous » au pluriel, plutôt que par politesse, monologuant par-dessus votre tête, à l’intention de vos supérieurs.
Je pose un symbole fort à l’intention des structures officielles et des options idéologiques ou spirituelles qui sont les vôtres, sachant d’ailleurs que vous et vos sphères d’appartenance n’êtes guère hostiles, loin de là, à quelque expression rituelle et cérémonielle.
La différence entre moi et vous tous ne pouvait que virer à l’aigre et au conflit (plus qu’inégal) dès lors que je combattais la maltraitance et l’exploitation des « Vieux ». À l’hostilité des institutions concernées par ces horreurs, s’ajouta celle – efficace et feutrée – d’un humanisme et d’une intellectualité inféodés à Dame Raison, férus d’une spiritualité de géomètre et de symboles anciens.
D’où les menaces qui s’exercèrent sur moi à plusieurs reprises, assorties de chantage pour me rappeler la vulnérabilité de ma mère. Elles me firent savoir que l’on ne me pardonnait ni mes dénonciations médiatiques des dérives judiciaires et tutélaires, ni mon soutien radical à nombre de « majeurs protégés », ni – encore moins – mon insistance à éclairer la signification sociétale de cette maltraitance.

Comme beaucoup d’autres Français broyés par l’injustice et l’inhumain, je sus définitive la perte de notre respect des pouvoirs publics et aussi de celui qu’ils nous doivent ; impossible tout échange autre qu’économique et financier ; inimaginable ou même interdite toute vitalité ou fluidité affective, spirituelle, familiale, sociale et nourrissante dans notre France historique et matricielle ; celle dont l’état actuel n’est que celui du monde… ou ce que j’en perçois, d’un œil plus pragmatique que politique.

Les discours et les ouvrages de vulgarisation des griots et autres thuriféraires de la construction européenne idéalisent et mythifient les épisodes et les acteurs de cette farce ultralibérale et mondialiste, tandis que ces derniers s’attachent toujours plus à exténuer les politiques budgétaires des gouvernements, et à s’abstenir de quelque initiative pour contrebalancer les graves effets du marché… L’Europe sociale est en panne avant d’avoir démarré, ou seulement feint de s’aligner sur quelque « modèle social »…

Si le Nouvel ordre mondial est prôné ouvertement et autoritairement par des chefs d’État qui le justifient par une « crise » venue enrichir leur argumentaire, c’est en s’appuyant sur celle-ci que nombre de chrétiens, intellectuels et politiques expriment – implicitement, mais de plus en plus clairement – leur approbation mondialiste, réclamant à cette fin « un progrès éthique universel et une prise de conscience des responsabilités qui s’attachent à notre citoyenneté universelle {4} ».
Pour proférer de telles âneries, encore fallait-il oser {5} … pendant que la bulle spéculative tente encore d’avaler le monde… alors que des bruits de bottes annoncent un nouveau conflit majeur – dont les concepteurs, une fois de plus, y voient la meilleure sortie de la crise économique mondiale –… et tandis que le chaos ou la « stratégie du choc » semble devenir la médication pour une conscience universelle.

La France vieillit malgré le taux de natalité qu’elle doit à l’immigration ; délocalise activités, emplois et capitaux à tour de bras ; s’endette impunément jusqu’à la faillite. Bien qu’elle soit désireuse, comme toujours, de démontrer humanisme, esprit de solidarité et vitalité sociale, son trop fameux « dispositif de protection juridique des majeurs » n’en illustre pas moins (et plus que jamais) la violence institutionnelle. Si le surendettement – lié au chômage, à la maladie ou à la panne de l’ascenseur social – nécessite une « protection », c’est le grand âge, fréquemment isolé et atteint de troubles neuro-dégénératifs, qui est la première cause de prise en charge… surtout lorsqu’il s’agit – soyons clair – d’une personne aussi fortunée que vulnérable.

Si les partis, clubs, loges, « think-tanks » et autres courroies de l’oligarchie qui regroupent des « globalistes » à quelque niveau entre la Nation et le monde, se souciaient du grand âge et des fins de vie transformées en carnages, cela se saurait. Si ces groupes ou mouvances, leurs théorisations et leurs influences, privilégiaient la personne, qu’elle soit d’ailleurs jeune ou vieille, face à la construction et à l’assemblage de blocs politico-économiques nécessaires à l’avènement obligé d’un Nouvel ordre mondial, cela se saurait aussi. Si de grands pervers harnachés de diplômes, de fric et de relations ne pouvaient intégrer ces structures, y accroître leurs vertiges mondialistes et leur ambition de « fonctionner au-delà du bien et du mal », tout en les validant au nom des droits de l’homme et sous les auspices ou les obédiences les plus glauques, qui ne s’en étonnerait aujourd’hui, hormis les incultes, les menteurs et les imbéciles ? Certes, ces derniers (affectés d’une arriération mentale sévère) pullulent et ignorent tout projet mondial d’allégement démographique, au point que Madame ou Monsieur « tout le monde », qui espèrent justement un monde meilleur, non seulement s’en remettent, dans l’isoloir, à ceux qui les prennent pour des ongulés et autres ruminants destinés à l’abattoir, mais encore refusent de voir ou de savoir que les protecteurs tutélaires auxquels ils ont confié leur vieux parents, les traitent moins en « bons pères de famille » qu’en prospecteurs avisés qui exploitent légalement le grand âge comme de « l’or gris » : ils y voient une « mine à ciel ouvert pour y séparer le fric des vieux cartilages {6} » …
Inévitablement taxé de « conspirationnisme » ou de paranoïa, victime de cette culture du mensonge et du fayotage, et obligé de vivre en marge, je n’en dénonce pas moins ce qui a déjà été révélé par les médias. J’y ajoute de l’information à travers des faits et des situations vécus personnellement, analysés sur une longue période, révélateurs de leur ampleur et de leur portée sociétale, et en cela jugés excessifs, irrecevables…
John Edgar Hoover (1895-1972), qui dirigea le FBI de 1924 à sa mort déclara : « L’individu est handicapé en se retrouvant face à face avec une conspiration si monstrueuse qu’il ne peut pas croire qu’elle existe ».
Si cette assertion est notoirement entachée de paranoïa, elle n’en comporte pas moins un versant positif, lequel souligne la possibilité du pire, ainsi que le refus « de voir et de savoir » de la part du plus grand nombre {7} . Elle nous entraîne à en déduire la couardise, le suivisme, l’ambition, le mensonge et la cruauté d’une majorité qui font de chacun le bourreau et la victime {8} … et fait « conspirer » chacun, inconsciemment, à l’encontre de soi et des autres.
Ajoutez-y cet étonnant mélange d’imbécillité, de lâcheté et d’impudeur dont les détenteurs vont jusqu’à refuser en bloc quelque information sur un sujet dont ils ignorent tout, mais qui heurte leurs croyances, c’est-à-dire la pensée dominante.
L’interdit porté sur la réalité de la souffrance et de ses causalités est, selon moi, centré sur le « détail », celui qui « tue », inacceptable parce qu’il livre l’horreur la plus crue, la plus terrifiante pour quiconque s’imagine la subir un jour, sa permanence, sa banalité, et, en conséquence, l’impossibilité définitive pour la société de s’exonérer d’une responsabilité lourde : celle qui plongerait notre magistère sur les droits de l’homme et la démocratie dans une hilarité générale, douloureuse, par accès, comme des quintes de rire malgré la souffrance.
Autrement dit, le « détail », celui qui parle aux sens, à l’« émotionnel », secoue le public et n’est admis qu’en tant que fait regrettable, désolant, voire bouleversant, mais considéré comme exceptionnel, afin qu’il ne menace ni l’ordre social ni sa vertu.
Transgressez les consignes sur un plateau de télévision ou dans un colloque, et détaillez le viol quasi permanent de jeunes en prison, perpétré par des babouins dominants. Faites vivre au public les appels au secours toutes les nuits, les dégâts mentaux et physiologiques, brefs les images, pas les concepts et les termes techniques aseptisants, mais plutôt les sons, les couleurs, et les odeurs… Ou livrez-vous à une description aussi réaliste de la maltraitance que vous auriez longtemps connue en milieu médicalisé… Nul doute que vous seront reprochés inconvenance, incongruité, amalgame et désordre, avant que vous ne soyez mis à l’index…
N’en vouloir qu’à la télévision ou au politique, c’est ignorer ou justifier un récent et considérable accroissement de la tolérance à l’injustice, ainsi qu’une étonnante capacité de « fermer les yeux », même physiquement, devant les preuves du pire. Ces verrouillages de l’information et ce tabou de la souffrance comme fait social participent d’une culture de la coopération spontanée avec le pouvoir, de toute nature et à tout niveau. Un « collaborationnisme » fait de conformisme, d’insignifiance, de sens de l’abaissement.
Mieux vaut s’interroger sur les invités d’une émission télé qui font assaut d’humanisme et d’indignation contre la misère – dans les limites imparties, et juste au-delà, pour sembler payer d’audace. Ne sont-ils pas, eux aussi, les acteurs d’une ou plusieurs institutions, hiérarchies, stratégies et autres concurrences ? Même si la visibilité de certains est assurée par leurs actes et leur passé, comment déchiffrer cette majorité d’interlocuteurs, et partant la vérité quotidienne de chacun devant l’humain, le fric et la souffrance d’autrui au quotidien ? Je ne doute certes pas que chacun veut exciper de son honneur, ou plutôt des substituts de cette notion, plus ou moins appropriés et dictés par la « bienpensance » et les circonstances… Une interrogation que je ne formule qu’à l’exclusion de tout préjugé sur qui que ce soit, me défiant des rumeurs ou des « on dit » (p. 28) m’abstenant aussi de nommer quelqu’un.
Certes, j’ai toujours eu foi dans la force démonstrative de l’action, en tant que preuve ou accélérateur de la connaissance de soi {9} . Non sans me défier très tôt de la certitude de soi qui vire à l’enflure, et annule la « preuve » de l’action, aussi probante soit-elle, puisque, – selon moi, mais aussi beaucoup d’autres – il ne faut y voir qu’un signe, un moment, une incitation à la quête inlassable de soi et des autres, un rapport à l’humain et à l’honneur, toujours vulnérable, illustré durement par J. Konrad et son Lord Jim.
Au risque de verser dans quelque anamnèse – dont la finalité, Monsieur X {10} , ne vise qu’à justifier un peu plus le projet de vous affronter honorablement et avec votre accord –, je me souviens d’un cours de philosophie que je donnai lors de ma première année d’enseignement et avais intitulé très personnellement – sans doute maladroitement – « De l’implicite et du délibéré » : je voulais communiquer à mes élèves, et du haut de mes 22 ans, la vanité et l’exténuation de la poésie ou de la spiritualité à travers leur affirmation péremptoire, et à travers les « honneurs ». Souvenir désopilant : je brandissais le Canard enchaîné et m’apprêtais à commenter une caricature de Malraux, notre poète national, en gilet rayé et portant des verres sur un plateau, lorsque des coups frappés à la porte, presque autoritaires, me firent planquer ce journal sous mon bureau… tandis qu’entrèrent le proviseur et l’inspecteur d’Académie. La simultanéité de mon réflexe et de cette arrivée solennelle fit pouffer la classe ; d’autant plus que l’amabilité compassée des visiteurs laissa percevoir un air dubitatif, sinon suspicieux. Ils s’assirent au fond pour l’inspection (toujours imprévue à cette époque), je roulais des yeux furibonds et complices vers quelques élèves qui riaient fort, repris le cours, et tout se passa au mieux.
Cette anecdote autobiographique signifie que, non seulement l’autorité institutionnelle était alors assurée – le plus souvent-du respect qui lui était dû, et discernait l’essentiel en toute circonstance atypique, mais encore elle ne croyait pas se contredire en associant l’humain et le « professionnel ». Je vérifiai fréquemment, par le passé, cette intelligence et cette humanité encore possibles dans le champ institutionnel, notamment lorsque le secrétaire général de mon Institut de recherche – un Breton autoritaire, solide et peu enclin à sourire devant mes insolences – accepta d’emblée, à ma demande {11} et à ma surprise, de financer une greffe de rein pour l’un de nos agents africains, dont la vie se jouait à peu chose dans le contexte économique et médical de son pays {12} …
Comme vous l’avez compris, je m’en prends ici beaucoup moins à nos institutions en tant que telles qu’à notre époque, à une modernité qui part en vrille, oublie ses fondamentaux, joue au démiurge, à l’apprenti sorcier, ou rejoue Faust pour de vrais détraqués pétris d’ésotérisme.
En affirmant que « seul un État authentiquement moderne était capable de traiter ses vieux comme de purs déchets {13} », Houellebecq, me semble-t-il, prend plus à partie la modernité que des structures étatiques qui n’en sont que le produit et la consécration.
À coups de psychologie des profondeurs, celle-ci a surdéveloppé une ère du soupçon, de la dérision, et de la (dé)mystification ; psychanalysé l’enfance, les contes, et rendu équivoque la relation de Blanche-Neige aux sept nains ; dénoncé l’oblicité de grands sentiments forcément coupables d’embourgeoisement dominateur ou pire ; traduit, au tribunal de l’inconscient et de l’histoire de chacun, le père, la mère, deux grands coupables intemporels. Ok, c’est fait, mais quid des droits de la défense ?
À coups de caméras et de reality-show qui « asymptotisent » la connerie, d’ethnocentrisme qui mime l’universel, d’introspections médiatisées qui mondialisent ses prurits, inversions et désespoirs, la modernité tend vers une transparence idéale, vers l’écran extra-plat sur lequel visionner le film d’horreur de ses inconscients toujours plus féconds. Que les concepteurs ou vulgarisateurs de Harry Potter et autres agents de déculturation… Que ceux du Silence des agneaux et autres escaladeurs de l’horreur aux limites du numérique, du virtuel et du réel à la portée de tous, ne soient que des imbéciles parmi tant d’autres, guidés à la fois par le profit et la confusion fatale entre création culturelle et débridement de l’imaginaire… je peux tenter de leur fignoler quelques excuses.
Que ces apprentis sorciers soient « avancés » dans ce domaine sulfureux, c’est-à-dire informés précisément de la portée créatrice et « réalisante » de leurs fantasmes scénarisés sur le réel… Qu’ils sachent la performativité de ces « créations » culturelles, et leurs dégâts sur des esprits non structurés… je leur en fais grief. D’autant plus qu’ils sont soutenus par une mouvance médiatique et intellectuelle qui affirme l’innocuité de cette industrie (car c’en est une), de cette production décuplée par l’informatique et la plongée en apnée dans le virtuel.
Sous-estimer la portée de l’image, sa performativité, ce « potentiel d’activation » mis par l’œuvre à la disposition du spectateur (en positif, certes, mais pas seulement…), c’est faire peu cas des recherches de J.-L. Austin et de ses remarquables émules qui, se penchant sur la parole, ont spécifié les circonstances où les énoncés ne relèvent pas du constat , mais de l’action et de ses conséquences.
Si « dire c’est faire », a fortiori , se gaver d’images « fortes », c’est-à-dire ingérer continuellement des matériaux constitutifs d’identités virtuelles, c’est se déterminer à « faire »… ou se défaire (p. 108-109).
N’abuse-t-on pas d’un déterminisme psychanalytique pour associer un traumatisme initial à ses conséquences supposées ? Pourquoi pas, même si ce n’est pas ma tasse de thé ? Comment ne pas s’étonner, pourtant, de voir nier ou trancher ce lien causal, plutôt que de pointer les incertitudes et les dangers de l’interactivité entre le réel et cette industrie de l’image et du virtuel ? Un lien qui n’est reconnu que positivement créatif {14} .
Quitte à vous faire la conversation, ainsi qu’aux vôtres, Monsieur X, avant de vous proposer officiellement une concrète et dure confrontation avec le réel, je dois vous dire, par expérience, combien votre fonction de médiateur (régional, tutélaire ou autre) me semble grotesque, stupidement rationnelle et conflictuelle en regard de celle qui est assurée en Afrique, notamment au Congo, par des « féticheurs », prophètes, thaumaturges et autres « maîtres du discours ». Des acteurs sociaux au plein sens du terme, que l’anthropologie désigne justement sous le terme de médiateur. Non seulement leur parole, jugée « réalisante » et performative, médiatise les vivants et les morts, le monde sensible et l’au-delà, mais encore elle traite et résout les différends et conflits qui lui sont soumis. Vos attitudes devant la souffrance et l’injustice, Monsieur X, y sont impensables, au risque d’une sanction populaire…
Votre silence compact, rugueux, hostile face à mes demandes élémentaires relève d’une stratégie provocatoire, qu’elle émane de consignes sectaires ou professionnelles, à moins qu’elle ne suinte de votre naturel méchant.

Ce long détour nous ramène à ma relativisation de la critique des institutions, et à la nécessité d’innover en matière de responsabilité collective, de nous interpeller sans attendre que le monde ne le fasse à notre place, et de cimenter à cette fin des socles de valeurs et de réflexes communs, hormis nos exigences consuméristes. Pour autant que lesdites valeurs ne soient entachées de « conservatisme », caricaturées et diabolisées au nom de sacro-saintes libertés.
Comment ces interrogations solitaires donnent-elles lieu à des métaphores de l’honneur ? Fer à béton ? Coffrage ? Filet de sécurité ? Échafaudage ? Tuteur ??? Cette dernière image n’est supportable, que sous ma plume… Je vous imagine, Monsieur X, évoquant les mérites et l’honneur des tuteurs, les raccrochant à la justice, un peu comme ces « poissons pilotes » qui accompagnent les grands prédateurs marins…
Pour l’heure, la sensibilité majoritaire vous est acquise, vous honore comme l’un de ses rejetons obéissants et fiers de l’être. Celle qui s’est splendidement affichée en 2003, lors de cette canicule meurtrière, et dont Régis Debray a pointé son avance sur les politiques {15} . Les cadavres de vieillards non réclamés par les vacanciers et entassés dans les pompes funèbres ont décoré joliment la France… Non ? (p. 75).
Assistant le personnel (en sous-effectif) pendant cette période caniculaire et vacancière, je faisais boire les résidents du service Alzheimer où résidait ma mère, tous placés devant le seul ventilateur ; celui que j’avais apporté plusieurs années auparavant, un grand modèle, sur pied, puissant. C’est cet engin qu’une équipe de télévision filma longuement, valorisant l’établissement.

*
* *

Si des citoyens de base, dépourvus de dispositions intellectuelles et de choix idéologiques, en viennent à dire, avec leurs propres mots, que notre démocratie n’est plus qu’un totalitarisme marchand qui les fait « vivre et penser comme des porcs {16} » ; si des soldats dignes de ce nom prennent conscience de l’injustice massive et criminelle d’une guerre dictée par des visions impériales et pétrolières ; si des scientifiques de haute qualité deviennent des « lanceurs d’alerte » face aux prédations et aux pathologies d’une hypermodernité qui, tout à la fois, détruit, asservit ou marchandise le vivant ; si des humanistes frottés d’universalisme, de serments et de rituels, y renoncent tout autant qu’à la prétendue lumière des coulisses de l’histoire… il est incontestable, que dans ce pays, des femmes, des hommes et même des adolescents ne peuvent préserver le sens et l’honneur de leur existence qu’en affichant leur mépris d’une époque, d’une société et d’un imaginaire collectif plus inféodés que jamais à l’argent… Qu’ils aient ou non lu Cervantès, tous disent avec leurs mots que « L’honneur et le profit ne couchent pas dans le même lit ».
Me comptant parmi eux et les exonérant de quelque responsabilité de mes actions personnelles ou associatives, je vous envoie ce cartel au mépris d’un système institutionnel qui non seulement a refusé le moindre geste pour reconnaître (ne serait-ce qu’ a minima ) les lourds préjudices infligés à la personne et à la dignité de ma mère, mais encore m’a contré et menacé de diverses manières suite à mon activisme contre les abus tutélaires qui salissent la France.
Les différents points énumérés ci-dessous vous éclairent sur ma démarche provocatrice et individuelle, imposée non seulement par l’injustice, mais aussi par la priorité vitale de quelques valeurs et symboles universels ; ceux qui, dans les chaos de l’histoire, et nonobstant les différences culturelles, sacralisent la personne, sa vie et sa mort, hormis, bien sûr, ce XX e siècle où la réalité devint folle, écrasa les bornes de l’entendement et de la civilisation, consacra la « mort de Dieu », et s’acheva sur une promesse à l’avenir : « never again ». Exprimé en de nombreuses langues et de diverses manières, ce « jamais plus » ne désignait pas qu’une éventuelle récurrence de l’indicible ou quelque innovation de la Bête. Il inaugurait une ère d’autant plus protégée contre la chosification de la personne, d’un âge ou d’un groupe, qu’il promettait la construction d’un pont entre les causes et les conséquences de cette extinction de l’humain. Il annonçait ainsi le règne de la conscience et de la vigilance face au Prince des menteurs.
Et pourtant la Récurrence est en marche, visible, plaçant chacun de nous devant une alternative : soit l’acceptation et la collaboration, soit le refus actif et la résistance.
Vous m’avez poussé hors de mes gonds. Vous avez confirmé votre petit rôle d’acteur consciencieux d’un destin global, d’un Nouvel ordre, d’un vaste puzzle dont vous aurez emboîté modestement quelques pièces, et dont l’image finale semble déjà préformée, mondiale, idéale… et d’une curieuse odeur.
SIDÉRATION, PATIENCE… ACTION !
Les plus nobles principes du monde ne valent que par l’action.
(Charles de Gaulle)

Avant de survoler les horreurs tutélaires, j’insiste non seulement sur mes dernières tentatives de dialogue pour un accord et une oblitération du lourd contentieux qui m’opposait à la tutelle, mais encore sur les causalités majeures de ce que j’appelle « la maltraitance extrême au-delà des maux ».
Bien que j’inscrive celles-ci dans une démarche anthropologique, je ne puis traiter les faits dans une rationalité satisfaisante. Il s’agit plutôt d’une ethnographie difficultueuse, puisque participante malgré moi, « impliquante », militante et résistante face à son objet…. Un panorama institutionnel, gigantesque, réactif, menaçant… L’argent ! Il est votre moteur, votre philosophie, votre horizon. J’en traite ici, en contraste avec l’honneur, rappelant ma longue patience à votre égard, avant que ne s’imposent le ressentiment et le dégoût qui me dictent ce texte, et par celui-ci une invite en duel. Une patience, à laquelle je m’astreignis dès votre prise en charge de ma mère, espérant que vous agiriez à l’inverse du précédent tuteur. C’est pourquoi, me disais-je à votre sujet…
Si tout maniement de l’argent au sommet de la hiérarchie des impôts (votre ex-carrière) est en soi compatible avec les plus grandes vertus, mieux vaut n’en pas douter… et dire avec Guy de Rothschild que « Gagner de l’argent n’oblige personne à salir son honneur ou sa conscience »…
Si cette vocation financière persiste alors même que la retraite vous offre d’autres regards sur la vie, toute interrogation personnelle à votre sujet serait oblique et injustifiée, lorsque portée en toute ignorance de votre parcours dans notre société affolée par l’argent…
Si l’on découvre que ladite vocation s’affine et s’affûte en direction de l’argent des « Vieux » et à la tête d’une association tutélaire, des questions se posent. Bien que devenue scandaleuse, cette profession, lucrative et facilement travestie en bénévolat, n’est pas sans évoquer l’Arc et sa gestion scandaleuse au mépris des cancéreux. Radical en toutes mes options, mon refus de généralisation hâtive compte parmi celles-ci, et ne me laisse pas ignorer l’humanité et la rigueur de certains tuteurs professionnels. C’est pourquoi, si le destin, de quelque manière, vous avait soumis à ma perplexité et à mon autorité, je ne me fusse interrogé que dans mon for intérieur ; j’eusse rigoureusement suspendu mon jugement dans l’attente d’en savoir plus, m’interdisant les allusions, sous-entendus et autres lâchetés mensongères et diffamatoires qui ébranlent ou détruisent nombre de réputations et d’existences…
Si des procédures comptables et financières s’étaient avérées obliques, contestables, mais moins comparables à une pompe à fric ou à une bande organisée qu’à une main distraite, baladeuse et tentée par les arrondis du pot de confiture maintes fois caressés… Si cette main y avait pioché furtivement, puis habituellement, sous les yeux d’une justice aveuglée par un bandeau (qui, souvent, retombe, à cause d’élastiques aussi distendus que la séparation des pouvoirs)… eh bien, j’eusse fermé les yeux à mon tour. À une condition (une seule), en dépit de ma rigueur personnelle et adamantine : si ces comportements malhonnêtes s’étaient accompagnés d’une humanité élémentaire et d’une réactivité minimale face à une maltraitance flagrante et subie par un majeur protégé (ma mère en l’occurrence), ainsi que d’une chaleur humaine occasionnelle, mon attachement filial, aussi connu que mon dédain de l’argent, et de plus assorti d’angoisse dans ce contexte tutélaire, eussent éteint chez moi toute velléité de riposte… Bien que, d’ailleurs, je n’eusse pas annulé mon projet associatif au service des majeurs protégés, encore en gestation lors de votre apparition dans ce cirque (le 21 novembre 2000).

Constatant la continuation du pire jusqu’à la mort de ma mère, et même au-delà puisqu’elle fut bafouée et volée, à l’hôpital Ambroise Paré, par une prédatrice chargée de la toilette mortuaire, je m’explique, ici et à plusieurs niveaux, sur la nature et la fréquence de faits, de situations et de comportements inqualifiables qui lui furent infligés ; sur les multiples causalités de mon engagement associatif contre des abus qui, pour être tutélaires, n’en sont pas moins d’ordre sociétal et quasiment civilisationnel ; sur mes raisons personnelles de mettre l’honneur en avant – notion obsolète mais fortement symbolique, performative, et aussi cathartique en ce qui me concerne – face aux diktats d’une démocratie-marché ; sur mon dégoût profond, réflexe, face à votre extrême normalité, votre adaptation (éminente, reconnue, sèche, comptable et lucrative) aux normes de comportement social et professionnel qui, en l’occurrence, font de vous un conformiste absolu et dénué d’imagination et d’empathie… autant dire un profil de normopathe {17} ; sur mes raisons de vous considérer – en sus de votre posture psychopathologique de la normalité, du suivisme, de l’obéissance institutionnelle – comme un représentant du système tutélaire, exemplaire, efficace, garant d’un déni ou d’une déploration hypocrite de la souffrance des « majeurs protégés » et autres résidents de maisons de retraite ; sur l’irréversibilité de vos comportements et de vos stratégies qui, selon moi, relèvent de l’entomologie et des insectes sociaux (fourmis, termites), puisque ceux-ci, purement adaptatifs et dépourvus de singularité et d’inventivité, ne sont comparables aux humains qu’à travers cybernétique et totalitarisme… encore que des formes de solidarité (sinon de compassion) leurs sont dictées par leurs phéromones et autres enzymes nécessaires à la communication chimique et à la (sur)vie de la multitude {18} ; sur mon projet de désinsectisation nécessaire à votre disparition, nonobstant mon respect de la nature, et bien que le nombre de vos semblables semble s’accroître irrésistiblement, porteurs de virus et annonciateurs d’une pandémie apocalyptique ; sur mes raisons de ne point vous haïr, puisqu’elles sont à la fois entées sur le message christique selon lequel vous ne savez guère ce que vous faites, et d’autre part corroborées par une récente découverte scientifique selon laquelle, si nous sommes différents en termes d’empathie, c’est parce que la construction de celle-ci tient moins à des facteurs sociaux et environnementaux… qu’à une variation du gène qui code le récepteur de l’ocytocine – la « molécule du bonheur » – et module notre aptitude à éprouver de l’empathie {19} ; sur les zestes d’honneur social que je voulais vous concéder – un souci des apparences et un simulacre des valeurs officielles –, mais dont l’insignifiance et l’oblicité se traduisent déjà par un recours à vos alliés politiques, judiciaires et psychiatriques…

Découvrant quotidiennement, mais tragiquement, un lien de cause à effet entre d’une part la course au fric dans le champ des « seniors » – toujours plus prometteur –, la mise en boîte de tous ces « Vieux » (à tous les sens du terme, humoristique, institutionnel et funéraire), et d’autre part l’avidité boulimique d’un système… autant dire une mentalité, une culture, une volonté massive, une matrice civilisationnelle… certes féconde, mais affectée d’un prolapsus , ou plutôt d’une réelle « descente » d’humanité.
Si ce décrochage ne peut être mesuré ou quantifié par un appareillage technique et fiable en tant que tel, il n’en serait pas moins attesté clairement par tous les « majeurs » dits « protégés », ainsi que par leurs proches, ceux qui les soutiennent… Encore eût-il fallu qu’une étude honnête soit initiée sur ce thème par les sciences sociales… et appuyée par les pouvoirs publics {20} . Excusez l’antinomie ou l’aporie.
Certes, Léon Bloy évoquait, il y a plus d’un siècle, le rôle essentiel de l’argent dans la déchéance sociale et la fin de la vie meurtrie, affirmant que « le sang du pauvre, c’est l’argent. On en vit et on en meurt depuis des siècles. Il résume expressivement toute souffrance {21} . » Non sans dire sa colère d’anarcho-chrétien face à une injustice violente et systémique : « Le riche est une brute inexorable qu’on est forcé d’arrêter avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre {22} . »
Sans traiter ici du rapport entre la souffrance et l’argent – vaste sujet ! – je tiens plutôt à le situer dans le champ tutélaire, et à souligner tant le refus de la plupart des juges et mandataires de prendre humainement en compte cette évidence douloureuse, que leur froide imputation du « problème des tutelles » à des impératifs techniques, comptables et organisationnels face à une surcharge des dossiers, face au manque de moyens et au vieillissement de la France… Un bla-bla-bla qui s’entend jusqu’au sommet d’une hiérarchie judiciaire et menteuse.
Ayant consacré mon existence à l’anthropologie africaniste, je ne découvris que tard – expérience directe et imprévue à l’appui – les arcanes et les ressorts « high-tech » d’un système socio-économique et institutionnel d’exploitation du grand âge. La découverte d’un fonctionnement systémique, mais aussi l’expérience d’un délaissement, d’une dépressurisation de ma vie privée, familiale et sociale, due à mon action filiale, citoyenne et associative.

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Tout à la fois stratégique et délinquante, la fonction tutélaire est éprouvée et affinée comme un atout majeur par nombre de professionnels du grand âge – de celui qui, dit-on sur tout document officiel, « bénéficie » d’une « protection juridique » et se trouve aussi « placé », le plus souvent, dans une maison dite de repos ou de retraite. Elle est dénoncée et prise à partie par ses victimes récalcitrantes et leurs parents, mais aussi par de nombreux médias qui y voient une pompe à fric. Elle est à la fois niée en tant que telle, et valorisée tranquillement, non seulement par les juges et les tuteurs, mais aussi par beaucoup de médecins ou assistantes sociales et autres affidés du système tels que médiateurs, conciliateurs, experts en relation avec les « usagers », dont la formation en droit et en « sciences sociales », l’« expérience de terrain », ainsi que la connaissance des procédures (terme clef) assurent, en sus de la gestion des biens, celle de l’« émotionnel ».
La souffrance (celle des « majeurs protégés » et autres « résidents ») qui, avant d’être médicalisée et judiciarisée, se voit appliquer la première phase de sa rationalisation, de son désamorçage. Il s’agit bien dans l’esprit et dans les manuels de ces experts, d’une « matière » à la fois ductile, imprévisible, potentiellement explosive, voire fissile. Il leur importe non seulement de la neutraliser, mais aussi de la lyophiliser en quelque sorte et de la réhydrater en vue des colloques ou séminaires qui, chartes, médias et pause-café à l’appui, attesteront l’humain et le progrès en marche…
Un progrès d’autant plus incertain et conflictuel que la représentation de l’humain est battue en brèche dans ses fondements sociaux et biologiques. Son idéologie, à bout de souffle et de contradictions, continue de réclamer le « sens de l’histoire », alors même qu’il ne cadre plus avec les revendications des classes populaires, tandis que la gauche et le « populisme » ne peuvent s’accorder sur une idée commune de la « société décente {23} ».

Si nos « Vieux » et autres « surnuméraires » (!) font tiquer les politiques et les démographes qui conseillent le Prince, pensent l’avenir et ruminent eugénisme rénové ou euthanasie de masse, ils n’en constituent pas moins un gisement d’« or gris » ; une réserve colossale de patrimoines qui ne peut laisser l’État indifférent ; une source de profits supplémentaires et illicites pour beaucoup d’acteurs institutionnels ; un mode lucratif de rencontres interdisciplinaires {24} , colloques, innovations structurelles et autres médiations…

Je découvris, à travers votre fonction de médiateur dans les Yvelines, un cumul de pouvoirs stratégiques et complémentaires, également affiché à Nanterre par votre vice-président (celui de l’Association tutélaire de Boulogne-Billancourt ATBB). C’est dire mon étonnement, mâtiné d’admiration, pour l’intelligence toute mécanique d’un « dispositif de protection juridique des majeurs ». Je ne fus pas sans m’inquiéter quant à l’esprit dans lequel vous prîtes le relais de votre brutal prédécesseur (en collaboration avec la juge Gailly), et aussi quant à mes possibilités de négocier la sécurité et la dignité de ma mère avec un notable local ou simili-oligarque régional tel que vous… Négocier la sécurité et la dignité de ma mère. Oui, en France, à Boulogne-Billancourt.

Si cette double casquette me suggéra quelques investigations, je ne pus les approfondir conformément aux démarches rigoureuses des sciences sociales, en raison de la permanence de mon devoir filial et de mes obligations associatives dans le cadre du Collectif contre les abus tutélaires (CCAT). Je n’en récoltai pas moins quelques informations qui me glacèrent, comme toute déambulation dans les coulisses du réel.
C’est dans leur ampleur que je découvris, tout à la fois, les synergies institutionnelles, solidarités de corps et autres accointances professionnelles et financières – rarement stigmatisées –, leur automaticité et leur nocivité – qui expriment moins quelque dérive du système tutélaire que sa nature et sa finalité initiale ; les complicités entre Justice, Affaires sociales et pouvoir médical, qui en font une mécanique, dont la double fonction de broyeur et de récupérateur prend en charge le grand âge, son handicap, son patrimoine et sa dignité (!) ; le sentiment de ridicule, pour un anthropologue en fin de carrière, de découvrir l’énormité de ce qu’il croyait savoir depuis longtemps, et aussi la collaboration active de quelques chercheurs ou universitaires avec le système tutélaire (p. 34-35)… Non seulement celui-ci finance une série télévisée (« Le tuteur », ou Zorro compatissant des tutelles, incarné par un acteur de seconde zone, moustachu, « hyper sympa », et spécialisé dans les rôles de brave type ou d’humaniste – mais encore il se trouve pourvu d’un label éthique et scientifique {25} .

Pour être interdiscip