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Lettres philosophiques

De
482 pages
Face à la production de Diderot, Montesquieu ou encore Rousseau, l’oeuvre philosophique de Voltaire ne semble pas peser lourd. On connaît Voltaire conteur, poète, dramaturge, historien, politique… qu’en est-il de Voltaire philosophe ? Les textes réunis dans ce volume, depuis son premier ouvrage polémique – les célèbres Lettres philosophiques – jusqu’à ses derniers écrits sur Dieu, moins connus, invitent à découvrir la singularité de la pensée voltairienne.
Écrites en Angleterre, les Lettres philosophiques (1734) sont « la première bombe lancée contre l’Ancien Régime » (Gustave Lanson) : avant d’éclater au visage de la royauté de droit divin, elles condamnèrent leur auteur à l’exil. Remettant en cause les certitudes dont étaient pétris les Français d’alors, Voltaire y fustige les autorités en place : nourri des théories de Newton et de Locke, il bat en brèche le cartésianisme ; attaquant Pascal, il tire à boulets rouges sur l’institution religieuse. Cette hostilité à l’esprit de système ne l’a plus jamais quitté. Farouchement opposé aux articles de la foi, il le fut aussi à l’athéisme, ainsi qu’en témoignent les brochures rédigées vers la fin de sa vie, de Tout en Dieu (1769) à Il faut prendre un parti (1775) en passant par Dieu (1770) et les Lettres de Memmius à Cicéron (1771), dans lesquelles le déisme voltairien se précise en une étonnante synthèse des idées de Leibniz, Malebranche et Spinoza.
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VOLTAIRE
LETTRES PHILOSOPHIQUES
DERNIERS ÉCRITS SUR DIEU Tout en Dieu. Commentaire sur Malebranche Dieu. Réponse au Système de la nature Lettres de Memmius à Cicéron Il faut prendre un parti, ou le Principe d’action
Présentation, notes, choix de variantes, chronologie, bibliographie et index par Gerhardt STENGER
GF Flammarion
Récemment parus dans la collection
DIDEROT,Le Fils naturel. Le Père de famille. Est-il bon ? est-il méchant ? DIDEROT,Entretiens sur le Fils naturel. Discours sur la poésie dramatique. Paradoxe sur le comédien. DIDEROT,Pensées sur l’interprétation de la nature. PRÉVOST,La Jeunesse du Commandeur. ROUSSEAU,Les Confessions(2 vol.). VOLTAIRE,Zaïre. Le Fanatisme ou Mahomet le prophète. Nanine ou l’Homme sans préjugé. Le Café ou l’Écossaise.
© Éditions Flammarion,Paris,2006. ISBN :927-80-82--0087-11222742-918.-9
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– Je n’entends pas trop bien le grec, dit le géant. – Ni moi non plus, dit la mite philosophique. –Pourquoi donc, reprit le Sirien, citez-vous un certain Aristote en grec ? – C’est, répliqua le savant, qu’il faut bien citer ce qu’on ne comprend point du tout dans la langue qu’on 1 entend le moins .
VOLTAIREPHILOSOPHE
Voltaire philosophe ? La réponse semble aller de soi e puisque leXVIIIsiècle, le siècle de la philosophie, est également appelé le siècle de Voltaire. Pourtant, on a souvent nié l’existence même d’une philosophie vol-tairienne. On a reproché à Voltaire, par exemple, de ne pas avoir employé le vocabulaire technique de la phi-losophie, d’avoir refusé ce jargon où l’on entasse tant de paroles qui paraissent avoir du sens et qui n’en ont point. À tort d’ailleurs : comme les rédacteurs de l’En-
1.Micromégas, chap. 7. La plupart des ouvrages auxquels nous ferons référence sont précisément découpés en livres, parties, cha-pitres, paragraphes, etc. Lorsqu’elles permettent de retrouver faci-lement les textes cités, nous n’indiquerons que ces subdivisions.
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cyclopédie, comme Diderot lui-même, Voltaire reprend malgré lui, malgré ses prétentions à la méthode expéri-mentale, les procédés et le langage de l’École chaque fois qu’il discute de métaphysique. On l’a aussi taxé de légèreté : selon le mot célèbre d’Émile Faguet, Voltaire était un «chaos d’idées claires». Mais ceux qui ont parlé et parlent encore ainsi prennent souvent pour de la profondeur l’obscurité, voire l’inintelligibilité (parfois volontaires). Voltaire est clair, comme l’ensemble des e philosophes duXVIIIsiècle français, trop clair pour cer-tains qui ont peur de la force que cette clarté –et l’ironie combative qui la sert – donne à la critique impi-toyable qu’il a fait de la théologie et de la métaphysique. On n’est profond que lorsque ce que l’on a à dire va loin, et peut-être les choses que Voltaire avait à dire allaient trop loin au gré de beaucoup. Si Diderot est un philosophe qui est venu (tard) à la 1 littérature , Voltaire, en revanche, est né poète et le resta toute sa vie. Pour ses contemporains, il était le Virgile français, il cumulait à lui seul le génie de Cor-neille et de Racine. Mais Voltaire était aussi historien, philosophe, politique, géographe, ethnologue, écono-miste, créateur d’entreprises industrielles, financier, moraliste, contestataire, naturaliste, voyageur, etc., et cela avec une énergie qui rendait tout possible. On prétend qu’une grande partie de son œuvre a vieilli. On le calomnie encore et toujours en l’accusant d’avoir trempé dans le commerce négrier alors qu’on connaît 2 depuis longtemps l’origine de cette diffamation . Depuis quelques années, on peut vérifier quotidienne-
1. En dehors de son romanLes Bijoux indiscrets, qui doit son exis-tence à une gageure, l’œuvre proprement littéraire de Diderot (1713-1784) commence en 1757 avec deux drames, qui furent d’ailleurs un échec. À cette date, il avait déjà à son actif près de dix ouvrages classés parmi la philosophie et les sciences, sans compter plusieurs milliers d’articles écrits pour l’Encyclopédie. 2. Il s’agit du pamphletVoltaire, ses hontes, ses crimes, ses œuvres et leurs conséquences sociales publié en 1877 par Armel de Kervan (pseudonyme). La source – une prétendue lettre de Voltaire féli-citant un négrier de Nantes – ne se trouve pas à l’endroit indiqué par l’auteur (p. 127).
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ment l’actualité de son combat pour la tolérance, les droits de l’homme et contre le fanatisme religieux: l’Infâme, qu’il appelait à écraser, n’a pas encore dis-paru, il continue à sévir sous d’autres cieux. Plus que jamais, il est urgent de redécouvrir la pensée de celui qui jugeait que rien n’est aussi dangereux que la certi-tude d’avoir raison. LesLettres philosophiques sont le premier ouvrage polémique de Voltaire. On y trouve en germe l’en-semble des idées qui constitueront, peu à peu, la phi-losophie voltairienne et qui feront de lui le maître à penser de toute une époque. Héritier de la libre pensée e française qui précéda, auXVII siècle, les principales manifestations de la pensée des Lumières, Voltaire a ouvert le chemin, en 1734, à la diffusion de l’esprit philosophique, d’un esprit d’examen critique vis-à-vis des autorités que l’on n’avait pas le droit de remettre en question. Dans les années 1730, le Français moyen est encore pétri de certitudes : sur l’excellence du goût français en matière d’art et de littérature (ce dont Vol-taire convient volontiers), sur la vérité du catholicisme et la supériorité de la raison cartésienne, c’est-à-dire française (Descartes, c’est la France !). Voici qu’un de ces Français, imbu de lui-même, traverse la Manche pour visiter, on ne sait trop pourquoi d’ailleurs, l’Angleterre protestante. Il décide de rendre visite à un quaker comme on va au zoo le dimanche : « J’ai cru que la doctrine et l’histoire d’un peuple si extraordi-naire méritaient la curiosité d’un homme raisonnable » (p. 75). C’est alors que se produit l’impensable : cet animal exotique qu’est le quaker se révèle être plus sage, plus poli, voire plus noble que son visiteur fran-çais. Le reste est à l’avenant : au fil des pages, Voltaire opère un renversement des valeurs en procédant à une critique implacable de tout ce qu’un bon Français avait jusqu’alors jugédigne de foi. Gabriel Bonno l’a montré de manière convain-cante : à l’exception du genre comique, il n’est prati-quement pas un sujet abordé dans lesLettres philoso-phiquesqui n’ait été connu, et, dans le cas de Newton
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ou des quakers, très bien connu des spécialistes, par-1 fois même du grand public . La raison de la condam-nation, par le parlement de Paris, desLettres« philoso-phiques, politiques, critiques, poétiques, hérétiques et 2 diaboliques » n’est donc pas à chercher dans leur nouveauté, somme toute assez relative, mais principa-lement dans la désinvolture avec laquelle les matières y sont présentées. Il transpire de cet ouvrage unirrespect pour la chose religieuse, pour le sacré en général, inconnu à cette époque. Nul n’avait jamais osé traiter aussi cavalièrement, dans un écrit destiné au public, 3 les articles de la foi . Treize ans plus tôt, l’ironie mor-dante desLettres persanespourtant ému per- n’avait sonne. La comparaison insolente du pape à « une vieille e idole qu’on encense par habitude» (XXIXLettre) était fortement atténuée par la fiction épistolaire et orientale qui faisait office de filtre et conférait à l’auteur une certaine immunité. La publication, en 1734, desLettres philosophiqueseut l’effet d’une bombe ; ce fut la « première bombe lancée contre l’Ancien 4 Régime » (Gustave Lanson) : avant d’éclater au visage de la royauté de droit divin, elle contraignit l’auteur imprudent à l’exil.
1. G. Bonno,La Culture et la civilisation britanniques devant l’opi-nion française, de la paix d’Utrecht aux Lettres philosophiques, Phila-delphie, American Philosophical Society, 1948. 2.Voltaire à Formont vers le 15 août 1733. 3.Voici la réaction d’un des premiers lecteurs desLettres, l’abbé Leblanc : « je suis choqué d’un ton de mépris qui y règne partout et ce mépris porte également sur sa nation, sur notre gouvernement, sur nos ministres, sur tout ce qu’il y a de plus respectable, en un mot sur la religion. […] Les jansénistes surtout le vont beaucoup décrier, il tire sur eux dès qu’il en trouve l’occasion, et il tire à bou-lets rouges. Il les attaque de front. M.Pascal, le géomètre si renommé, cet homme de tant d’esprit et de savoir, l’auteur desPro-vinciales, en un mot l’un des patriarches du parti, il le traite comme un misérable, comme un laquais. Ce sont sesPensées sur la religion qu’il attaque, et cela d’un ton cavalier qu’on n’avait peut-être encore jamais porté dans des matières si graves et avec un ton aussi méprisant » (lettre au président Bouhier du 15 avril 1734). 4. G. Lanson,Voltaire, Hachette, 1906, p. 52.
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Et pourtant, Voltaire était sur ses gardes. Cons-e cient du caractère explosif de sa XIIILettre sur Locke, il la retira au dernier moment pour lui substi-tuer une version plus anodine – qui le perdit. Il ne pouvait cependant ignorer que sa mise en cause de l’immortalité de l’âme aurait des conséquences autrement plus graves dans la France toute catho-lique que les chicaneries auxquelles Locke s’était exposé quarante ans plus tôt en Angleterre. «Voici un petit précis de M.Locke que je censurerais si j’étais théologien», avoue-t-il ingénument dans la première version de laLettreironie à(p. 285). Cette l’égard des théologiens n’est guère atténuée dans la version finale: «les théologiens commencent trop souvent par dire que Dieu est outragé quand on n’est pas de leur avis » (p. 133). De nos jours, le conte philosophique voltairien, la quintessence de la littérature des Lumières, a éclipsé une grande partie de ses autres écrits, en particulier ceux de la dernière période de sa vie. Voltaire se répète, dit-on volontiers, il radote, il ne démord pas de 1 son « rémunérateur-vengeur ». Circulez, il n’y a rien à voir! Personne, en dehors des spécialistes, n’est capable de citer une œuvre de Voltaire écrite après le Dictionnaire philosophique(1764). Les textes publiés ci-après, que nous avons rassemblés sous le titre « Derniers écrits sur Dieu », témoignent pourtant du constant renouvellement de Voltaire. DeTout en Dieu (1769) àIl faut prendre un parti(1775), on découvre non seulement un Voltaire plus que jamais féru de métaphysique, mais aussi un philosophe qui, sous l’influence tardive de Spinoza, congédie le Dieu tout-
1. « Il est donc absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples, que l’idée d’un Être suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits »,écrivait Voltaire dans leDictionnaire philosophique (article Athée, athéisme). L’expression dédaigneuser«émunérateur-vengeur » est une trouvaille de Grimmpour qualifier le Dieu de Vol-taire dans son compte rendu de la brochureDieu. Réponse au Sys-tème de la naturepour laCorrespondance littéraire.
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puissant et libre de Newton en faveur d’un principe d’action général et anonyme auquel tous les êtres sont soumis. Pourquoi Voltaire s’accroche-t-il à ce fantôme au lieu de sauter le dernier pas qui le sépare du maté-rialisme athée auquel il s’affronte, en 1770, dans sa réfutation duSystème de la natureintituléeDieu? D’abord, parce qu’il continue à défendre l’explication finaliste, qui lui semble plus vraisemblable, contre 1 l’interprétation évolutionniste de la nature . Ensuite, parce qu’il est farouchement opposé à une société athée dans laquelle les hommes ne sont plus retenus 2 par aucun frein . Enfin, parce que le principe d’ac-tion lui permet de sauvegarder l’idée d’une morale universelle tout en disculpant Dieu de l’existence du mal. LesLettres de Memmius à Cicéron(1771), l’une des dernières méditations voltairiennes, d’une gra-vité qui demeure attachante, expliquent que l’Être suprême a fait ce qu’il a pu et qu’il ne pouvait faire mieux ; qu’il est puissant, sage, juste et bon comme un bon père, mais un père qui n’a pu faire le bien de tous ses enfants. Tous les maux ne sont pas néces-saires au monde. Il faut se soumettre au mal inévi-table tout en essayant de le limiter ; il faut combattre le mal dont les hommes sont eux-mêmes respon-sables et dont une bonne partie provient des que-relles religieuses.
L’HÉRITAGECLASSIQUE
La jeunesse de Voltaire est partagée entre un jansé-nisme familial et une éducation jésuite. À la maison, il apprend très tôt à détester cette religion sévère, étroite
1.Le célèbre distique, «L’univers m’embarrasse et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger », date précisément de 1772 (Les Cabales). 2. Le vers non moins célèbre, « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer », apparaît quant à lui pour la première fois en 1768 dans l’Épître à l’auteur du livre des Trois Imposteurs.