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Lettres sur la vie rurale

De
184 pages

PARAY-LE-FRAISIL, 2 octobre 1847.

MONSIEUR LE RÉDACTEUR,

Personne plus que moi, vous le savez, ne rend justice au mérite réel qui distingue le Journal des Économistes, et qui, je n’en doute pas, lui garantit un succès toujours croissant ; je puis donc, sans recourir à aucune apologie, vous exprimer franchement un regret entièrement exempt de toute pensée de blâme ou même de critique. Ce regret, je l’ai éprouvé depuis longtemps en remarquant que les articles relatifs à des questions agricoles n’occupent dans ce Recueil qu’une étendue qui n’est pas en rapport avec l’importance de pareils sujets.

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Victor Destutt de Tracy
Lettres sur la vie rurale
AVERTISSEMENT
re DE LA 1 ÉDITION
Les lettres qui suivent, et qui sont au nombre de s ept, ont paru, il y a déjà plusieurs années, dans une publication périodique d’un genre grave et sérieux, consacrée à la discussion des plus hautes questions de l’économie politique et sociale : aussi je considérai comme une faveur qu’il me serait diffici le de justifier l’admission de mes lettres dans les colonnes duJournal des Économistes ;ces lettres, assez car décousues dans la forme, nullement didactiques quan t au fond, avaient pour but unique d’inspirer, s’il se pouvait, à quelque lecte ur propriétaire d’un bien rural la bonne, la Sage et profitable pensée de s’y fixer, d ’en prendre en main l’exploitation, et en un mot d’adopter un genre de vie dont on voit ma lheureusement trop peu d’exemples en France ; tandis que, dans d’autres pa ys, des existences de ce genre ne sont pas exceptionnelles ; d’où il résulte de grand s avantages non-seulement pour les propriétaires, mais aussi pour les localités qu’ils fertilisent, qu’ils assainissent, embellissent et moralisent mêmepar degrés,sous ce rapport plus que sous tout car, autre, il est vrai de dire que le bien se réalise l entement. Mais c’est beaucoup qu’il doive résulter nécessairement de causes toujours ag issantes et qui ont leurs sources dans l’ordre économique et matériel. Un genre de vie tel que je viens de l’indiquer, tel que j’ai essayé de le faire comprendre, aimer et préférer, m’a paru digne d’êtr e adopté par un homme de bien, désireux d’en faire à ses semblables ; il m’a sembl é surtout devoir attirer vers lui tout homme qui, après une vie agitée, quelquefois prémat urément décolorée, désenchantée par le malheur, sentira le besoin de s e recueillir dans une retraite tempérée et nullement oisive, mais au contraire con stamment vivifiée par d’utiles et intéressantes occupations. C’est dans cette convict ion et, je l’avoue aussi, sous l’influence d’un véritable esprit de prosélytisme, que je me décidai jadis à publier mes réflexions sur ce sujet et à exprimer des vœux insp irés en grande partie par ma propre expérience. J’avais pensé qu’ayant exposé, avec une franchise u n peu rude quelquefois, certaines opinions qui pouvaient paraître paradoxal es, elles donneraient lieu à des réclamations et à des discussions que j’étais loin de redouter, car je me croyais en tonds pour me défendre et pour prouver la vérité de ce que j’avais avancé. Sous ce rapport, mon attente ou plutôt mon espoir a été com plétement trompé, et le silence le plus absolu est venu me confirmer dans la pensée qu e les hommes du monde, et même les hommes de la science, considéraient avec u ne certaine indifférence ce qui me paraissait être d’un puissant intérêt et d’une h aute importance. Je me suis demandé à cette occasion, car il est sage d’être en méfiance de soi-même, si l’entraînement volontaire de mes goûts et de mes ha bitudes ne me portait pas à m’exagérer la valeur de l’objet de mes prédilection s, et cela m’a remis en mémoire une anecdote qui peut trouver sa place ici. Vers le milieu du siècle dernier, un célèbre compos iteur de ballets, nommé Marcel, jouissait à Paris d’une grande réputation ; cet hom me avait pour son art un amour passionné, ce qui est un des attributs du génie ; u n jour, dit-on, il fut aperçu dans son cabinet se tenant la tête entre ses deux mains, plo ngé, abîmé dans la plus profonde méditation, d’où il sortit tout à coup en s’écriant avec transport : «Que de choses dans un menuet !» Probablement il voyait toutes ces choses, et il avait raison de s’exprimer
ainsi ; mais lui seul les voyait, et dès lors à quo i lui servait d’avoir raison ? Avoir raison tout seul, n’est-ce pas la même chose que d’avoir tort ? Il m’est souvent arrivé dans le cours de ma vie de me passionner, car c’est assez dans ma nature, pour une idée qui me paraissait gén éreuse, féconde, et de me dire tout à coup en me rappelant cette historiette : Mai s ne voilà-t-il pas que je suis comme Marcel avec son menuet ? Cependant cela ne m’empêch erait pas, ainsi que je le fais à présent, de m’élancer sur monhobby-horseà la poursuite de ma fantaisie, peut-être de ma chimère ; bien d’autres ont fait et feront en core comme moi, j’en suis sur. En résumé, malgré certains mécomptes toujours désag réables et des ennuis passagers, mais auxquels on doit s’attendre quand d e la spéculation abstraite on passe à l’application et à la pratique, mes idées s ur les avantagés de la vie rurale n’ont fait que se confirmer, et le désir de les voi r goûtées n’a fait aussi que s’augmenter : des amis qui nous trompent quelquefoi s, il est vrai, mais de bonne foi, en s’abusant eux-mêmes, m’ont souvent engagé à rass embler ces lettres en m’assurant que ce petit recueil aurait quelque inté rêt et ne serait pas sans utilité pour mapropagandefavorite ; je me suis donc décidé à reproduire ces mêmes lettres telles qu’elles ont paru dans leJournal des Économistes. J’y ai joint pourtant une sorte de conclusion ou de confirmation développée de mes idées sous forme de nouvelles lettres ; ces dernièr es sont adressées à un jeune homme que j’aime tendrement et dont le bonheur à ve nir est l’objet de mes voeux les plus vifs. C’est dans cette pensée que je lui offre du fond du cœur le tribut d’une longue expérience, avec le sincère désir qu’il essa ye un jour de mettre en pratique des idées que je crois saines et fécondes en toutes sor tes d’avantages pour lui-même et pour les autres. Cette considération suffirait, s’il en était besoin , ce que je ne crois pas, pour témoigner de ma benne foi, et pour qu’on n’ose pas me comparer au renard de la fable qui s’était coupé la queue et qui, comme chacun sai t, engageait ses confrères les autres renards à se la couper comme lui. Lecteur impartial et équitable, c’est à vous que je m’adresse ! Vous entendez dire que tout propriétaire faisant valoir perd de l’arge nt ; que s’il persévère, c’est par amour-propre, en continuant de faire la guerre à se s dépens ; ce sont propos d’envieux ou de gens routiniers et indolents : n’y croyez pas.
AVERTISSEMENT
e DE LA2 ÉDITION
Le petit volume que je me permets d’offrir au publi c est la reproduction pure et simple de celui dont l’édition est comme épuisée de puis quelque temps ; les lettres dont il se compose sont de dates fort différentes, l’une d’elles remonte à l’armée 1847. Comme en publiant cette seconde édition, je n’ai nu lle prétention à des succès littéraires, et ne suis animé que du sincère désir d’être utile, je ne fais à la première édition aucun changement qui cependant pourrait ren dre celle-ci moins imparfaite. L’essentiel, à mes yeux, ce sont quelques idées que je m’efforce de mettre en lumière et de rendre évidentes, parce que je les crois sain es, utiles, éminemment bienfaisantes dans leur application. Une longue expérience, une pratique persévérante, e t qui m’a procuré des résultats heureux, n’ont pu que me confirmer dans mes prévisi ons et m’enhardir à encourager les personnes qui seraient tentées d’adopter un gen re de vie, mal connu, mal apprécié, et que bien des gens considèrent, de très -bonne foi, comme une source d’inépuisable ennui et, qui plus est, de ruine certaine, inévitable ; cette fatale erreur, ce funeste préjugé, sont très-accrédités dans notre pa ys ; je considère comme un devoir de les combattre par la raison et par la production de faits certains, incontestables. Si je n’ai rien changé au texte de la première édit ion, j’ai cru devoir modifier l’intitulé et mettre en tête, au lieu deLettres sur l’agriculture, Lettres sur la vie rural e : cet intitulé répond mieux à ce que renferme ce petit vo lume et au but que je me propose en le publiant.
PREMIÈRE LETTRE
PARAY-LE-FRAISIL, 2 octobre 1847.
MONSIEUR LE RÉDACTEUR, Personne plus que moi, vous le savez, ne rend justi ce au mérite réel qui distingue le Journal des Économistes, et qui, je n’en doute pas, lui garantit un succès toujours croissant ; je puis donc, sans recourir à aucune ap ologie, vous exprimer franchement un regret entièrement exempt de toute pensée de blâ me ou même de critique. Ce regret, je l’ai éprouvé depuis longtemps en remarqu ant que les articles relatifs à des questions agricoles n’occupent dans ce Recueil qu’u ne étendue qui n’est pas en rapport avec l’importance de pareils sujets. Mais c e fait ne m’a jamais surpris ; il s’explique facilement par l’indifférence du public pour tout ce qui concerne l’agriculture, et c’est précisément cette dispositi on des esprits qui m’engage à vous adresser quelques considérations qui, si vous le ju gez convenable, pourront trouver leur place dans l’un des numéros de votre journal. Quant à moi, je ne penserais pas qu’elles fussent sans utilité, si elles pouvaient c ontribuer à dissiper certains préjugés très-fâcheux, et surtout si elles pouvaient inspire r à quelques-uns de vos lecteurs la bonne pensée d’adopter franchement la vie rurale, e t de diriger eux-mêmes des travaux pleins d’intérêt, et qui sont pourtant bien souvent dédaignés, méprisés même comme les procédés traditionnels d’une routine inin telligente et vulgaire. Mais ce qui est peut-être plus fâcheux encore, c’est que les en treprises agricoles elles-mêmes sont généralement considérées comme des causes de r uine inévitable pour les propriétaires aisés qui seraient tentés de leur con sacrer le temps et l’argent dont ils peuvent disposer. Ce sont là certainement des erreu rs énormes et, selon moi, déplorables ; mais elles sont tellement accréditées presque partout en France, que celui qui a le courage, je dirai même la témérité, de braver le despotisme qu’elles exercent et de n’en pas tenir compte, inspire aux p lus bienveillants l’espèce de compassion que chacun doit éprouver pour ces infort unés rêveurs qui se ruinent et se consument à la recherche de la pierre philosophale, du mouvement perpétuel, ou de toute autre folie du même genre. L’universalité et la puissante influence de cette croyance ne sauraient être contestées : eh bien ! e n m’appuyant, non pas seulement sur une conviction raisonnée, mais sur la plus ferm e des certitudes, celle qui résulte de l’expérience personnelle, j’affirme que la vérit é, que la réalité des faits, démentent absolument cette opinion, disons le mot, ce préjugé sans fondement. J’ajouterai que, dans une multitude de localités, et sur une immense étendue du territoire de la France, des exploitations rurales, dirigées avec une intell igence suffisante, mais fort ordinaire, offriraient aux propriétaires des chances assurées de succès profitables et souvent même des bénéfices considérables. J’irai plus loin encore, et je dirai que c’est ainsi et seulement ainsi, c’est-à-dire par l’intervention di recte des propriétaires dans la mise en valeur du sol, que la France pourra voir naître et se développer les immenses richesses agricoles dont elle devrait jouir, ainsi que tous les autres avantages qui seraient les conséquences de cette bienfaisante imp ulsion. C’est en entrant largement dans cette voie qu’on po urrait voir un jour se réaliser les espérances de Mathieu de Dombasle, de ce savant hom me de bien, de cet écrivain pur et élégant, doué d’un admirable esprit d’observ ation et dont les éminentes facultés furent constamment dirigées par une pensée élevée e t dans les vues les plus désintéressées. Il a consigné dans ses Annales, et il se plaisait à répéter, que si l’activité et l’intelligence étaient dirigées parmi nous dans le sens de nos véritables
intérêts, la France, avant un demi-siècle, devrait compter cinquante millions d’habitants, deux fois mieux pourvus de tout ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins matériels, moraux et intellectuels, que ne le sont maintenant les habitants qu’elle contient. En exprimant cette pensée patriot ique, Mathieu de Dombasle ne formulait pas une utopie généreuse, mais fantastiqu e ; il ne faisait que révéler à son pays un avenir possible, mais, je me hâte de le dir e, un avenir peu probable. Ce n’est pas sans réflexion que j’indique cette restriction à la pensée du philosophe de Roville. Il me sera très-facile de la justifier quand j’aura i à examiner les causes diverses qui doivent exercer leur influence, dans des sens oppos és, sur l’accomplissement des destinées de la France, en ce qui touche la mise en valeur de son sol. Cette grande œuvre, à laquelle on ne songe guère et qui, sur la moitié de notre territoire, est à peine ébauchée, peut être favorisée ou contrariée, accélé rée ou retardée par une multitude d’influences prenant leur source tantôt dans le rég ime économique et financier, tantôt dans le système politique et administratif qui nous régit, enfin dans les habitudes morales et intellectuelles de nos concitoyens habitant les villes ou les campagnes. Je ne sais si la direction habituelle de mes réflex ions, si l’influence de mes goûts et de l’attrait qu’ont toujours eu pour moi les travau x de la campagne, auraient pu grandir démesurément à mes yeux l’importance de tout ce qui se rapporté à l’agriculture ; mais il me semble que les questions que je viens d’ indiquer sont d’un intérêt général très-réel. Je me propose donc de les passer en revu e, sans m’astreindre cependant à un ordre rigoureux et méthodique. Toutefois, avant de rechercher quels sont les moyen s les plus propres à étendre, même sur nos contrées les moins favorisées, les bie nfaits d’une agriculture intelligente, il semble utile de déterminer ce qu’e st réellement cette immense industrie, et quelle action elle exerce sur la fortune publiqu e et privée, aussi bien que sur les conditions économiques et même hygiéniques des popu lations soumises à son influence-directe. Ces considérations feront l’obje t de la première lettre que je me permettrai de vous adresser. Agréez, etc. V. TRACY.
DEUXIÈME LETTRE
MONSIEUR, Je viens de recevoir votre numéro d’octobre, dans l equel vous avez accueilli avec un empressement plein de bonté pour moi la petite l ettre que je vous avais adressée. Les expressions très-flatteuses qui précèdent l’ins ertion de cette lettre me causeraient une satisfaction sans mélange, si je pouvais penser que quelques réflexions sur un sujet tout spécial dussent mériter de prendre place parmi les savants travaux des publicistes et des économistes distingués qui ont f ondé et maintenu la réputation bien méritée de votre journal ; mais, je vous le dis en toute sincérité, je me rends trop justice pour me faire aucune illusion à cet égard. Le nom cher et révéré que vous citez de manière à me toucher vivement, suffirait pour me rappeler au sentiment d’une juste défiance de moi-même. A chacun son lot ici-bas ! Au x organisations puissantes par la pensée et par la force de déduction, il appartient de découvrir, en remontant aux principes premiers de toute certitude, des théories fécondes, parce que leur base est inattaquable ; aux intelligences ordinaires, il res te le vaste champ de la pratique et des applications, où viennent aboutir en définitive tou tes les théories. C’est donc dans une humble sphère que j’entends me renfermer, car elle me suffit. D’ailleurs, quand on y pénètre avec un sincère désir de faire le bien, les moindres succès qu’on obtient sont pleins d’intérêt ; on y trouve un charme de poésie où l’imagination se complaît, et qui procure les jouissances les plus douces et les moin s trompeuses, car elles sont inépuisables comme la nature dans sa fécondité. Mai s je me hâte de mettre fin à cette digression toute personnelle à laquelle votre bienv eillance m’a entraîné, et de reprendre notre sujet au point où je crois l’avoir laissé. Je vous disais qu’il fallait d’abord bien s’entendr e sur la valeur réelle de l’industrie agricole et sur les causes diverses de la grande im portance qu’elle doit avoir dans un pays tel que la France ; car toutes ces questions, étant ordinairement mal posées, ne sauraient être bien comprises. En effet, on veut bi en admettre généralement que l’agriculture, considérée uniquement comme l’ensemb le des procédés au moyen desquels on obtient de la terre tous les objets d’u ne indispensable nécessité pour la nourriture, le vêtement, etc., mérite, à ce titre, d’occuper la première place parmi toutes les industries ; mais, en l’envisageant d’un point de vue aussi étroit, il n’est pas possible de s’en faire une idée un peu exacte et co mplète, et de reconnaître que sa prééminence est fondée sur bien d’autres motifs et sur des considérations de l’ordre le plus élevé, que je vais indiquer rapidement. Ainsi, non-seulement l’agriculture est, dans les te mps les plus difficiles, comme au sein de la prospérité générale, la source la plus f éconde et la moins variable de la richesse financière de l’État ; non-seulement les c apitaux qu’elle a depuis si longtemps fixés dans le sol, et qu’elle ne cesse d’ y déposer chaque année, égalent et surpassent peut-être la somme des capitaux de toute s les autres industries réunies ; mais, quand on étudie avec quelque attention les di vers effets de son action et de son influence, on reconnaît qu’en obtenant de la terre tant de produits variés, elle modifie la nature et la composition du sol lui-même, et, pa r suite, les phénomènes physiques dont l’ensemble constitue le climat particulier de chaque contrée ; enfin on voit que l’agriculture, par la diversité de ses travaux, de ses procédés et des habitudes locale, qui en résultent, parla nature et la variété des pr oduits alimentaires et autres, qu’elle met à la portée de chacun, détermine d’une manière absolue, sous le rapport physique, moral, et même intellectuel, les conditio ns d’existence de l’immense
population qui, plus ou moins directement, concourt à ses travaux. Vous le voyez, il s’agit donc du sort des cinq septièmes, suivant les uns, des six dixièmes, suivant les autres, mais assurément de plus de la moitié, dès h abitants de la France. De ces considérations générales, que je me propose de just ifier en les développant, je me crois fondé à conclure, dès à présent, que ce vaste sujet est d’un grand intérêt, et qu’il n’en est pas de plus digne de fixer l’attention et d’appeler sur lui les méditations des économistes, des philosophes, des moralistes, et su rtout des dépositaires du pouvoir, dont la mission devrait être de travailler sans rel âche à améliorer, sous tous les rapports, le sort de leurs concitoyens. Cependant i l ne paraît pas que les hommes d’État de notre, temps, et dans notre pays, aient j amais considéré ces questions d’un point de vue assez élevé pour se pénétrer de leur é tendue et de leur gravité ; mais, il le faut dire aussi pour être juste, l’opinion ne le s excite guère à entrer dans cette bonne voie. Le public, j’entends celui qui se disti ngue par ses lumières, ses richesses et la position sociale des personnes qui le compose nt ; ce public enfin qui, quoi qu’on en puisse dire, exerce nécessairement une influence presque irrésistible sur l’opinion générale, se préoccupe fort peu de ces intérêts ; s on indifférence à leur égard est complète : cependant on le voit souvent se passionn er avec une extrême vivacité, avec une ardeur vraiment fébrile pour d’autres inté rêt, pour d’autres industries, qui, appréciés avec une impartiale équité, n’obtiendraie nt qu’un rang secondaire. Je pourrais en citer une foule d’exemples, mais je choisirai résolûment, comme le plus retentissant de tous, celui que nous offrent l es chemins de fer.