Léviathan

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242 pages

Description

Comment accorder la multitude et sortir de l’état de «guerre de tous contre tous» ? Par quels moyens des individus aux profils et aux désirs variés – pour ne pas dire rivaux – peuvent-ils vivre ensemble et vivre bien ?
Au lendemain d’une guerre civile qui a déchiré l’Angleterre, le Léviathan (1651) offre une réponse novatrice et déroutante pour ses contemporains : il revient aux particuliers de conclure un pacte fondateur, qui confère au souverain l’autorité de les représenter absolument et de faire la loi en leur nom.
Par la puissance et la cohérence de son raisonnement, le Léviathan a redéfini les droits et les devoirs des souverains et des citoyens. Revenir à lui aujourd’hui, c’est éclairer nos propres conditions de pensée et de pratique politique.
Cette édition regroupe les chapitres X à XVI (De l’homme), consacrés à la problématique morale, ainsi que les chapitres XVII, XVIII et XXI (De la République), dédiés au pouvoir politique et à la liberté des sujets.
Dossier :
Petit précis de philosophie politique : Aristote, Locke, Rousseau, Hannah Arendt, Pierre Clastres, Pierre Manent.

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Date de parution 22 mars 2017
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EAN13 9782081407398
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Hobbes
Léviathan
ChapitresX-XVIIIetXXI
GF Flammarion
© Flammarion, Paris, 2017. © Éditions Dalloz, 1999, pour la traduction. ISBN Epub : 9782081407398
ISBN PDF Web : 9782081407404
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081395497
Ouvrage composé par IGS-CP et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Comment accorder la multitude et sortir de l’état d e « guerre de tous contre tous » ? Par quels moyens des individus aux profils et aux d ésirs variés – pour ne pas dire rivaux – peuvent-ils vivre ensemble et vivre bien ? Au lendemain d’une guerre civile qui a déchiré l’An gleterre, le Léviathan (1651) offre une réponse novatrice et déroutante pour ses contem porains : il revient aux particuliers de conclure un pacte fondateur, qui confère au souv erain l’autorité de les représenter absolument et de faire la loi en leur nom. Par la puissance et la cohérence de son raisonnemen t, le Léviathan a redéfini les droits et les devoirs des souverains et des citoyen s. Revenir à lui aujourd’hui, c’est éclairer nos propres conditions de pensée et de pra tique politique. Cette édition regroupe les chapitres X à XVI ( De l ’homme), consacrés à la problématique morale, ainsi que les chapitres XVII, XVIII et XXI ( De la République), dédiés au pouvoir politique et à la liberté des suj ets. Dossier : Petit précis de philosophie politique : Aristote, L ocke, Rousseau, Hannah Arendt, Pierre Clastres, Pierre Manent
La philosophie politique dans la même collection
ARISTOTE,Les Politiques. BECCARIA,Des délits et des peines(préface de Robert Badinter). CICÉRON,De la république.Des lois. CLAUSEWITZ,De la guerre, livre I (édition avec dossier). CONSTANT,De l'esprit de conquête et de l'usurpation. HEGEL,Principes de la philosophie du droit. HOBBES,Du citoyen. KANT,Opuscules sur l'histoire. LA BOÉTIE,Discours de la servitude volontaire(édition avec dossier). LOCKE,Lettre sur la tolérance. –Traité du gouvernement civil. MACHIAVEL,L'Art de la guerre. –Le Prince. MARX,Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. –Manuscrits de 1844. MARX & ENGELS,Manifeste du parti communiste(édition avec dossier). MONTESQUIEU,Considérations sur les causes de la grandeur des Ro mains et de leur décadence. –De l'esprit des lois(anthologie). –De l'esprit des lois(2 vol.). MORE,L'Utopie ou le Traité de la meilleure forme de gouv ernement. PASCAL,Trois Discours sur la condition des Grands. Pensées sur la justice (édition avec dossier). PLATON,Les Lois, livres I à VI. –Les Lois, livres VII à XII. –Le Politique. –La République. ROUSSEAU,Discours sur l'économie politique.Projet de Constitution pour la Corse. Considérations sur le gouvernement de Pologne. –Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. –Du contrat social. SPINOZA,Œuvres, t. II.Traité théologico-politique. –Œuvres, t. IV.Traité politique. Lettres. TOCQUEVILLE,L'Ancien Régime et la Révolution. –De la démocratie en Amérique (anthologie). –De la démocratie en Amérique(2 vol.). VOLTAIRE,Traité sur la tolérance.
Léviathan
ChapitresX-XVIIIetXXI
L'ombre duLéviathan sur la politique moderne
Présentation
«Léviathane signale, un ouvrage monstrueux comme d'ailleurs le titre l 1: le » jugement que Leibniz portait sur le chef-d'œuvre de Hobbes n'était certainement pas isolé et, longtemps, l'ouvrage a pâti de sa réputation, recouvert sous ce que l'on croyait en savoir, dans une méfiance que son titre étrange et provocateur muait facilement en aversion. Hobbes a su inquiéter tout le monde : les royalistes de son époque, qui ne comprenaient pas que l'on puisse qualifier le roi d e « représentant » du peuple, les parlementaires, qui étaient choqués par le principe de la souveraineté absolue et indivisible, les Églises, qui se trouvaient menacée s par la suprématie de l'autorité civile sur les affaires religieuses, presque tous les croy ants, scandalisés par son interprétation hétérodoxe du christianisme, les lib éraux, heurtés que les droits individuels ne soient pas institutionnellement prot égés, et les républicains, inquiets par cette puissante théorie politique qui fait l'économ ie de la vertu civique2. La réception de Hobbes au cours du temps fait aujou rd'hui l'objet de recherches approfondies ; elle raconte à elle seule l'histoire de la pensée politique occidentale depuis la parution de l'ouvrage en 1651, qui étend son ombre jusqu'en notre siècle entamé. Cette démarche critique permet en outre de mieux distinguer la pensée effectivement exposée dans leLéviathan de la manière dont le livre a été accueilli et interprété successivement au fil des siècles, de sé parer la démarche propre de Hobbes de ce que d'autres en ont retenu et qui souvent leu r a déplu. Non pas qu'il faille couper Hobbes de son contexte ni même des controverses aux quelles sa philosophie a donné lieu et auxquelles il a aussi participé de plein gr é. Mais il faut revenir au texte du Léviathand'en saisir la puissance, la finesse et la co hérence de l'argumentation, afin sans s'autoriser à applaudir ce qui satisfait nos c onceptions morales immédiates ni à condamner ce qui les froisserait. Par la force du r aisonnement, des thèses sont établies les unes après les autres, des concepts ca rdinaux sont élucidés ou construits. Aucune doctrine rivale de celle de Hobbes ne pourra par la suite se dispenser de s'expliquer avec elle, d'engager un dialogue avec e lle, en adoptant bien souvent son vocabulaire, sa conceptualité, inévitablement certa ines de ses conclusions. On est fréquemment hobbesien malgré soi et on l'est aussi souvent plus qu'on ne le croit ou qu'on ne le reconnaît, même si nous ne le sommes pa s tous de la même manière. Prenons l'idée novatrice que l'État est animé par u ne volonté propre, qui est la volonté de tous et de chacun représentée par le sou verain. Jamais avant Hobbes une telle affirmation n'avait été tenue. Certains avaie nt pu considérer auparavant qu'un peuple formait une association de droit privé que l 'on pouvait traiter comme une personne, mais c'était pour ajouter immédiatement q u'une telle personne collective était une fiction juridique, évidemment dépourvue d 'âme et de volonté. L'attribution à l'État d'une volonté en propre, donc aussi d'une re sponsabilité publique, est une innovation de Hobbes qui aura une longue postérité, aussi bien dans le courant libéral (Locke) que républicain (Rousseau, Kant), chez Spin oza comme chez Robespierre, auprès des philosophes comme des juristes3. Les conditions de formation de cette volonté commune sont âprement discutées ; son princ ipe l'est rarement.
La force d'attraction duLéviathan est ambivalente. Elle repose à la fois sur une rhétorique fascinante et sur une méthode rationnell e qui prend la géométrie pour modèle4s l'édition. D'un côté, le frontispice iconique qui figure dan princeps, censé représenter l'État sous les traits d'un géant compo sé de petits hommes agglomérés, et le brio avec lequel Hobbes défend ses thèses et rai lle celles de ses adversaires. D'un autre côté, l'application du principe selon lequel « penser, c'est calculer », la rigueur des définitions et la sobre nécessité des raisonnem ents et de leurs conséquences. Hobbes a réclamé pour lui le titre d'inventeur de l a science politique. Comme Copernic est le père de l'astronomie, Galilée le fondateur d e la physique et Harvey le premier à connaître le corps humain5jeune, Hobbes soutient que la philosophie civile est si qu'elle date très exactement de son précédent ouvra ge, le traitéDu citoyen (De cive, 1642-1647)6iquement dans l'histoire. Par là, il tenait à inscrire son œuvre non pas un de la pensée politique, mais aussi au cœur de la ré volution scientifique qui se produit au XVIIe siècle. Hobbes, il faut le rappeler, n'est pas seulement un penseur politique. Il a, comme d'autres à son époque, une vision encyclopédique et unifiée de la science. Quels que soient ses objets, la science est une et identique, elle est l'œuvre de la raison naturelle7s du savoir. Pas de. Des liens organiques attachent les différents pan philosophie politique sans anthropologie, pas d'ant hropologie sans physique, pas de physique sans géométrie, pas de géométrie sans logi que ni philosophie première8. Si on lit davantage aujourd'hui ses traités politiques , Hobbes a aussi consacré de nombreux ouvrages aux mathématiques, à la physique, à l'optique ou à l'histoire, et l'on ne saurait véritablement comprendre sa doctrin e civile en l'isolant du reste de ses travaux. Tel est peut-être le premier grand enseign ement de Hobbes : la philosophie politique ne se donne pas complètement à elle-même ses propres principes. Qui après lui a été capable de construire une théorie politiq ue aboutie en l'articulant à une philosophie totale ? À certains égards, l'œuvre politique de Hobbes répo nd au contexte spécifique de l'Angleterre du XVIIe siècle, au point que l'on a pu faire duLéviathan un « libelle politique partisan, quoique vaste et ambitieux9 ». Quoi de commun entre cette époque prérévolutionnaire, marquée par le triomphe des mon archies absolues et secouée par des guerres civiles et des troubles religieux, et l a nôtre ? Le fait que la pensée politique soit, plus que toute autre, étroitement liée à l'hi stoire ne doit pas nous faire croire que Hobbes ait peu à nous dire. Car l'histoire n'est pa s le passé, mais ce que celui-ci détermine de notre présent. Nous vivons, pensons, d écidons, réussissons et échouons aujourd'hui grâce à – ou à cause – des catégories q ue nous avons collectivement reçues et adoptées comme un legs. Et Hobbes ne comp te pas pour rien dans cette transmission. Revenir à lui, c'est aussi élucider n os propres conditions de pensée et de pratique politique. Que lui devons-nous ? Au premier chef, une théorie de l'État. D'un point de vue historique, les États européens se sont formés sur la durée, par la centralisation du pouvoir royal, l'affaiblissement du système féodal, l'extension de l'administration civile. Certes. Mais une formation historique ne livre pas encore les concepts qui permettent de la rendre intelligible, d'en comprendre la natur e et, ce faisant, de reconnaître en elle la réalisation d'une idée. Hobbes nous y aide en th éorisant pour la première fois l'État moderne, sur la base d'une part de la souveraineté, d'autre part de la représentation politique. Il n'est qu'à comparer l'œuvre du philos ophe français Jean Bodin (1530-1596) et celle de Hobbes pour saisir tout ce qui les sépa re et combien le second ne se contente pas de raffiner le concept de souveraineté que le premier avait érigé en
principe. Dans lesSix Livres de la république (1576), Bodin pose que le roi est souverain en son royaume, ce qui signifie qu'il est doté de la « puissance absolue et perpétuelle10 », clé de voûte de toute république bien ordonnée . Il n'est juridiquement pas tenu par les lois civiles, bien qu'il soit hono rable qu'il s'y tienne. Par ailleurs, sa puissance est limitée par les lois divines et natur elles et par les lois fondamentales du royaume ; il n'a pas le droit de lever les impôts s ans le consentement de ses États, hors situation d'urgence, ni de rompre ses contrats . Ce souverain l'est au fond bien peu, et l'on a pu dire de Bodin qu'il demeurait dan s la stricte continuité du droit médiéval dont il résolvait certaines ambiguïtés en systématisant les prérogatives du pouvoir politique. Mais il ne remet pas en question le cadre constitutionnaliste, théologique et finaliste qui avait cours depuis le bas Moyen Âge11. On ne trouvera rien de tel chez Hobbes, dont le propos est de fonder ph ilosophiquement la communauté civile en en reprenant les conditions théoriques à tout nouveaux frais. La souveraineté s'en trouve totalement redéfinie et elle acquiert s on sens moderne avec lui. Elle est un pouvoir – c'est-à-dire une puissance légitime – abs olu et indivisible qu'aucune coutume, loi fondamentale, naturelle ou divine ne p eut juridiquement borner. Dans tout État, nous dit Hobbes, il existe ou doit exister un e autorité souveraine, bien que parfois la confusion soit entretenue à son sujet et que cer tains l'imaginent répartie en différentes instances. Mais c'est une erreur de jug ement : qu'un magistrat suprême ait le droit de déclarer la guerre sans avoir celui de mettre en place de nouvelles taxes pour la financer et voilà l'État paralysé. Indivisi ble, la souveraineté est aussi absolue, puisqu'elle serait sinon limitée par un autre pouvo ir, plus grand qu'elle, et réellement souverain. Peu importe où se loge la souveraineté, l'important est qu'elle existe et qu'elle soit reconnue par tous là où elle est. Le p rincipe moderne de la souveraineté populaire emprunte exactement son concept de souveraineté à Hobbes. Mais la souveraineté absolue n'a nulle part chez Ho bbes les traits du despotisme (qu'on lui a parfois prêtés). Elle n'est pas lamajestas des théoriciens prémodernes12, mais une institution qui repose sur un double conse ntement. Tout leLéviathan est construit autour de la fondation consentie de l'aut orité souveraine. Car en étudiant la nature de l'homme, Hobbes est d'abord conduit à rem ettre en question la sociabilité naturelle que toute la tradition lui reconnaissait depuis le IVe siècle av. J.-C. et les thèses aristotéliciennes. L'homme est une machine v ivante animée de mouvements. Sa nature première ne le distingue en rien des autr es animaux : capable d'expérience grâce à ses sens et à son imagination, il est tout au plus apte à vivre avec prudence. L'acquisition de la parole, cependant, modifie profondément sa condition en lui donnant la possibilité de raisonner, de s'enquérir des caus es de ce qu'il observe ou des effets de ses actes. Sa perspective temporelle s'élargit c onsidérablement dans le passé, qu'il peut mieux retenir, et dans l'avenir, qu'il peut an ticiper. Le voilà en mesure, grâce aux mots, de s'abstraire de l'expérience et d'associer ses idées de manière logique, mais aussi de se laisser piéger par des discours absurde s. Les hommes se différencient alors mutuellement, et Hobbes met l'accent sur cett e grande diversité des profils humains, qui a pour conséquence que l'on ne peut pl us inférer les intentions de son voisin à partir de sa propre expérience. Mon procha in m'est devenu étranger. Dans leur condition naturelle, de tels hommes ne peuvent ni v ivre isolément (ils ont besoin de la reconnaissance des autres) ni s'associer (ils se mé fient trop les uns des autres). C'est cette contradiction dans laquelle ils se sont eux-m êmes placés qu'ils doivent dépasser en fondant une communauté civile artificielle, l'Ét at, leCommonwealth duLéviathan. Il faudra ainsi un contrat, une convention libre des p articuliers pour instituer un pouvoir commun capable de les protéger les uns des autres p our leur plus grand bénéfice.
L'État ne corrige donc pas un état de nature imparf ait, il enraye le mouvement d'autodestruction dans lequel les hommes sont pris et lui oppose l'institution politique d'un monde commun. La rupture est nette. Cependant, le pacte fondateur ne consiste pas simpl ement à se soumettre à un pouvoir souverain. Dans lesÉléments de la loi naturelle et politique(1640) puis dans le traitéDu citoyen, Hobbes avait pris conscience de ce qu'un pacte de soumission était insuffisant : on ne peut en effet transmettre au fu tur souverain ni ses droits (il a déjà un droit naturel illimité13a force (elle ne), ni sa volonté (elle ne se communique pas), ni s se transfère pas réellement). S'engager à obéir à u n homme ou à une assemblée qui n'ont pas les moyens de se faire obéir est logiquem ent nul et non avenu. C'est la raison pour laquelle Hobbes a développé sa théorie de la r eprésentation dans le chapitre XVI duLéviathan, chapitre clé de l'ouvrage. Les particuliers vont donc autoriser cet homme ou cette assemblée à les représenter tous et chacun , de telle sorte que la volonté et les actes du souverain seront reconnus comme étant aussi la volonté et les actes de tous et de chacun. Le souverain, qui ne peut recevo ir plus de droits qu'il n'en a déjà, reçoit néanmoins uneautorisatione. Chacun devient alors l'auteur des décisions que l souverain prend : il identifie politiquement sa vol onté à celle du souverain et l'assiste au besoin de ses forces. Le pouvoir souverain devie nt réel grâce au processus de représentation qui complète et valide le pacte fond ateur. L'importance de Hobbes repose pour beaucoup dans ce tte interdépendance qu'il établit entre la souveraineté et la représentation, qui définit l'État moderne. Nous avons tout autant rejeté le principe de la démocratie dir ecte, non représentative, des anciens Athéniens, que celui d'un pouvoir patrimonial que c ertains exerceraient en leur nom propre. Le pouvoir politique ne peut ni se loger en tre les mains des particuliers – car ils ne forment pas naturellement une communauté – ni êt re aliéné au bénéfice d'un homme ou d'une assemblée – il serait simple force b rute dépourvue d'autorité et de caractère politique mais aussi de stabilité. Le peu ple n'existe que dans sa représentation, et c'est en tant qu'il est représen té que le peuple est souverain. La représentation n'est donc pas, chez Hobbes, un mode de gouvernement, mais une disposition constitutive de l'État qui place l'inst ance souveraine à distance et en surplomb de la multitude des citoyens-sujets. Elle désincorpore la communauté politique et institue conjointement l'État et ce qu e l'on nommera plus tard la société civile. La communauté n'est en effet plus conçue co mme un organisme structuré où chacun serait situé vis-à-vis des autres et où il r emplirait un rôle au sein de la collectivité (ce qu'elle était à l'époque médiévale et prémoderne). Elle est libérée parce que l'instance du pouvoir s'érige et s'élève désorm ais au-dessus d'elle comme un lieu où elle n'est plus incarnée mais simplement représe ntée : l'État. Il n'y a certes pas de société naturelle ; toute société doit son existenc e à l'institution politique qui lui donne son unité. Mais en raison de son statut représentat if, l'État se tient à distance de la multitude sociale.
LeLéviathandans son contexte
L eLéviathansans nul doute l' est opus magnum de Hobbes, un Everest de la philosophie politique, mais il est loin d'être le p remier et le dernier ouvrage de son auteur. S'il constitue bien l'achèvement de longues recherches, on ne saurait réduire son parcours à ce seul horizon. Il convient donc de situer l'ouvrage majeur de Hobbes au sein de ce cheminement. Hobbes (1588-1679) a traversé presque un siècle de mutations sociales, politiques,