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Lou Andreas-Salomé et Sigmund Freud

De
182 pages
Sigmund Freud et Lou Andreas-Salomé ont chacun derrière eux une tranche de vie dense, tumultueuse, hors du commun, lorsque leurs destins se croisent. Vingt-cinq ans d'histoire ont lié le fondateur de la psychanalyse à celle qui fut aussi l'amie de Nietzsche et de Rilke. Que s'est-il noué entre ces deux grandes figures du 20e siècle ? Leur relation aura-t-elle joué d'une part un rôle dans le sens d'un maintien de l'ouverture à la parole féminine, d'autre part dans l'évolution finale de la pensée freudienne qui tend à mettre le féminin hors de portée ?
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Lou ANDREAS-SALOME ET SIGMUND FREUD

Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déjà parus

Frédérique F. BERGER, Symptôme et structure dans la pratique de la clinique. De la particularité du symptôme de l'enfant à l'universel de la structure du sujet, 2005. HERVOUËT Véronique, L'enjeu symbolique Islam, christianisme, modernité,2004. BENOIT Pierre, Le corps et la peine des Hommes, 2004. LEFEVRE Alain, Le spectateur appliqué, 2004. STRAUSS-RAFFY, Le saisissement de l'écriture, 2004. DINTRICH Carmen, Autopsie d'un fantôme, 2004. DUBOIS Thierry, Addiction, ce monde oublié, 2004. TOUSSAINT Didier, Renault ou l'inconscient d'une entreprise, 2004.

LEFEVRE Alain, De la paternité et des psychoses, Tome 2

-

psychotique, 2004. J.L. SUDRES, G. ROUX, M. LAHARIE et F. De La FOURNIERE (sous la dir.), La personne âgée en art-thérapie. De l'expression au lien social, 2003 BARRY Aboubacar, La double inscription, 2003. P. MARCHAIS, L'activité psychique, 2003 HACHET Pascal, Du trauma à la créativité: essais de psychanalyse appliquée, 2003

Du

(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8267-1 EAN : 9782747582674

AnneVEROUGSTRAETE

Lou ANDREAS-SALOME

ET SIGMUND FREUD

Une histoire d'amour

Avant-propos

de

Jean FLORENCE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

Harmattan Konyvesbolt 1053 Budapest, Kossuth L. u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10214 Torino IT ALlE

Crédit photographique: cg Freud Museum, London Couverture: cg Marte Sonnet, février 2005

à Valentine,

Manon, Lou, Victor.. .

"Manifestement,

elle savait

où chercher les véritables valeurs de la vie. "1 Sigmund Freud

"Ce qui en résulta avant tout pour moi est ce que j'ai connu de plus positif dans ma vie: une sensation fondamentale d'insondable communauté de destin avec tout ce qui est. "l Lou Andreas-Salomé

1

S. Freud, hommage posthume,
F. Nietzsche,

in Correspondance,

Gallimard,

1970, p.458
2001, p.21

2

Paul Rée, Lou von Salomé,

Correspondance,

PUF,

Avant-propos
Si le personnage de Lou Andreas-Salomé est désormais connu du grand public et reconnu par les psychanalystes, ce qui souvent se trouve mis en exergue est le caractère exceptionnel, intriguant, aventureux de son rôle auprès d'hommes illustres du tournant du 20ième siècle: Nietzsche, Rée, Rilke ou Freud. C'est sa place d'égérie, d'amante, d'inspiratrice, de confidente, voire de "femme fatale", qui lui confère une sorte d'aura sulfureuse ou romanesque et qui occulte, par son côté spectaculaire, le style et le contenu de sa propre pensée de femme, de philosophe, de poétesse, de psychanalyste. L'étude minutieuse que mène dans ce livre Anne Verougstraete, livre qui est la réécriture d'une recherche universitaire rigoureuse, porte quant à elle sur l'étonnante fécondité de sa pensée dont l'accès n'est ouvert qu'à celle ou celui qui s'intéresse aux genèses, aux germinations, aux secrets des grandes créations. A l'abri des agitations, des manœuvres, des intrigues, des querelles ou des emballements à quoi étaient livrés les élèves du maître, comme compagnons de lutte, comme collaborateurs ou comme dissidents, Lou Andreas-Salomé a tissé avec I'homme Sigmund Freud une étonnante et originale amitié. Dans l'hommage posthume que Freud lui rendit, il souligna les qualités de cette "femme extraordinaire" dont il apprit à apprécier l'intelligence, le tact, l'audace, la sincérité, la liberté de parole et la générosité, dans la discrétion, la réserve et I'humilité. Ce livre est original par la volonté qu'il accomplit jusqu'au bout de se fier aux écrits qu'ils échangèrent au cours de vingt-cinq années. Ce livre nous fait connaître une singulière "correspondance" : la correspondance épistolaire constituée des lettres, bouts de textes, articles, projets d'ouvrages, échanges; mais, surtout, la

correspondance de l'esprit, témoignant d'un profond accord dans le respect d'une méthode exigeante de recherche de la vérité, en résonance avec la visée fondamentale de la psychanalyse qui ne se réalise que dans l'engagement entier de la perSOlme; la correspondance du cœur, enfin, que manifeste l'incroyable confiance réciproque qui leur permet, loin du brouhaha et de la publicité que peut parfois connaître la psychanalyse "mondaine", de se risquer l'un et l'autre à des hypothèses, à des critiques, à des interprétations qui ne craignent ni l'innovation dérangeante, ni la critique sévère. Or, comment éviter, lorsqu'on aborde les questions radicales de la destinée subjective, que les énoncés, les théories, les pratiques ne soient marqués, à l'insu de leur auteur, du sceau de l'inconscient, du préjugé, de la bévue, de l'illusion? Ainsi en va-t-il si l'on s'approche de la sexualité, de la différence sexuelle, de la féminité, de la masculinité; ainsi en va-t-il si l'on touche à l'essence de la culture, de la création artistique, de la religion. A suivre les allées et venues de cette correspondance, on mesure à quel point Freud, grâce à l'attention bienveillante mais sans concession de Lou, a pu, à certains moments, être mis en contact avec une part féconde et méconnue de lui-même - comme sans aucun doute il avait pu l'être grâce à certaines femmes hystériques dans les commencements de sa pratique d'analyste - cette part de lui-même (qu'on pourrait appeler "féminine" ?) qui a nourri son intention et qu'il a laissé affleurer, quelquefois non sans réticence, dans sa théorie. Leur confrontation soutenue, sans ménagement ni compromis, atteste sa fécondité et sa productivité tout au long de ces échanges de lettres - dans les longs intervalles ménagés entre les rencontres et les conversations directes. C'est une autre manière d'entrer dans l'expérience de la psychanalyse et qui nous livre les enjeux à la fois si singuliers et si universels de cette discipline inclassable. La lecture patiente de cette œuvre élaborée en commun permet encore de saisir sur le vif 10

la force surprenante de la résistance que suscite la pensée analytique dans son avancée, résistance sensible d'abord - et avant toute autre venue d'ailleurs - dans le chef de son propre initiateur. Fondamentalement, Lou Andreas-Salomé n'a pas eu peur de penser, comme elle n'a pas rougi d'imaginer et de croire. Je salue la publication de ce travail si attentif à montrer, avec la patience et la pénétration d'une authentique tisseuse, la trame de cet incomparable échange qui sera à coup sûr une nouvelle "introduction à la psychanalyse" mais, également et simultanément, une méditation sur ce que la vie a de déroutant, d'angoissant et de passionnant.

Jean Florence, Psychanalyste, Professeur à l'UCL

11

La vie humaine - que dis-je, la Vie! - est œuvre poétique. Sans en être conscients nous-mêmes, nous La vivons jour après jour, par fragments, mais c'est Elle, dans son intangible totalité, qui tisse notre vie, en compose le poème. Mein Dank an Freud Lou Andreas-Salomé

Introduction

Etonnantes sont ces paroles de gratitude que Lou Andreas-Salomé adresse, dans sa relation à Sigmund Freud, à la Vie. Pour dire la totalité Autre qui compose, fragments après fragments, à notre insu, le poème de notre vie, elle évoque le geste de tisser. Etonnant aussi que Freud, qui a découvert tant de choses sur les lois de la nécessité, accueille avec l'ouverture que nous découvrirons, ce qu'elle lui écrit pour son 75ièmeanniversaire. Accepterait-il qu'elle lui donne à entendre la part de lui-même qui est au-delà des limites de la pensée, part voilée, féconde qui, dans la rencontre, peut affleurer? L'apport des femmes à la civilisation par la pratique séculaire du tissage a été illustré par l'exposition "Azetta - l'art des femmes berbères".3 Elle présentait des textiles en suspension libre, de telle façon que l'endroit et l'envers des tissus étaient offerts aux regards. Manière tangible de faire éprouver le mouvement de cet art mobile
3 L'exposition Vandenbroeck "Azelta-!'art des femmes berbères" était organisée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 2000. par Paul

qui part de la marge et non d'un concept prédéterminé. "Azetta" signifie pour les Berbères, au sens propre, "métier à tisser" et, au sens figuré, le rayon de miel ou la ruche, symboles du processus de création. L'entrelacement de la chame et de la trame est appelée par la tisserande kabyle l"'âme" (erruh) du tissu.4 La sagesse des Indiens Navaho recommande aux femmes de ne pas terminer complètement l'ouvrage, de laisser quelque part une ouverture. La tradition grecque décrit le tissage comme le croisement du "fil de chaîne dont le nom, CJTGfl0V, masculin, défini comme épais et est solide, et la Kp01Q], mot féminin, la trame, plus fine et plus souple. Ces deux fils sortent des mains de la fileuse qui roule entre ses doigts humectés de salive ou sur sa cuisse, le flocon de laine qu'elle amincit, étire et solidifie."5 Que dire de l'araignée qui n'utilise qu'un seul type de fil pour faire sa toile et s'établir en son centre? Tout autre est le tissage et détissage atermoyant de Pénélope qui appelle le partenaire. Ouvrage typique mais non exclusif des femmes dans la vie domestique, travail du corps psychique, érotisé, pulsionnel, tisser nous semble réaliser une percée vers un paradigme féminin. A la maison Freud à Londres, on peut voir exposé dans la chambre d'Anna Freud, le métier à tisser dont elle se servait pour la réalisation des vêtements qu'elle offrait à Lou Andreas-Salomé. Il présente deux champs en opposition apparente: d'une part, un axe vertical fixe, d'autre part, une mobilité horizontale; mis en relation, ils font apparaître une texture complexe. Ecrire, produire un texte (du latin texere, tisser) est aussi faire œuvre de tissage. Refusant de réduire le féminin au non-mâle selon la logique du monisme phallique, nous avons choisi de mettre, côte à côte, des citations extraites des écrits échangés entre Sigmund Freud et Lou Andreas-Salomé. La tension créatrice des dialogues, le jeu de la relation, l'écart entre ce qu'ils disent et ne disent pas, vont-ils nous permettre d'entendre ce qui les a, durablement, attirés l'un vers l'autre?
4

5 F. Frontisi, L'homme-cerf et lafemme-araignée, Gallimard, 2003, p.235 14

J. Scheid, 1. Svenbro, Le métier de Zeus,

Errance, 2003, p.l 0

Afin d'avancer dans la découverte de ce qu'ils ont mis en œuvre des caractéristiques propres à leur psycho-sexualité dans leurs échanges sur pied d'égalité, nous suivrons le fil conducteur qu'est, dans toute sa portée, le concept de sexualité tant pour Sigmund Freud que pour Lou Andreas-Salomé qui, de la cinquantaine à la fin de sa vie, fait option freudienne, considérant que la pulsion sexuelle est le premier mobile des actions humaines et, en réalité, de la vie elle-même. Le cadre, qui clôture notre champ de recherche, apparaît dans les tableaux figurant en annexe. A la manière de l'installation verticale de la chaîne qui précède les mouvements croisés, nous avons tendu différents fils enserrés dans un cadre: les repères chronologiques d'événements de leurs vies, la mise en rapport de leurs publications, la périodicité des rencontres vécues et, enfin, l'étalement de leur "Correspondance" dans le temps. Selon trois lignes directrices, nous en avons extrait des citations: d'une part, l'attrait qu'exerce l'une sur l'autre leur personne respective; d'autre part, la défense de la cause de la psychanalyse et les relations avec les membres du groupe; enfin, les réflexions scientifiques à propos de leurs publications et de la pratique psychanalytique. Les mouvements alternatifs et ininterrompus de l'horizontalité mobile viennent s'articuler sur cet axe vertical. Avec la "navette" qu'on pourrait dire phallique, ils font passer de gauche à droite et de droite à gauche, des fils différenciés, en débat, voire en désaccord. Très librement et avec humour, Lou se déclare hérétique6, sans qu'en découle une menace de rupture avec Freud, pourtant décrié pour son intransigeance. Elle conçoit qu'on puisse s'irriter de l'opposition irréductible entre la méthode de Freud qui pousse loin l'analyse et la sienne qui déploie la synthèse. Dans un cas, dit-elle, il s'agit de l'envers du tissu, l'œil s'attachant aux fils isolés, aux lignes qu'ils suivent, à leurs entrelacs, aux points où ils

6

L. Andreas-Salomé, Lettre ouverte à Freud, Seuil, 1994, pAD 15

se nouent, dans l'autre, l'endroit du tissu, en s'attachant à
l'impression qui se dégage du motif d'ensemble.
7

Ils ont conscience de l'espace frontière où s'articulent la concordance et la différence entre eux, espace psychique où s'exerce aussi le pouvoir d'accueillir ou d'expulser l'apport endogène ou exogène, au sens de l'Annahme-Aufnahme freudien. A côté de la puissance de la "navette phallique", nous percevons, en lien avec l'archaïque et l'être/devenir femme, le pouvoir de "la trame" qui contribue à l'émergence de la forme. Il habite aussi bien l'homme que la femme, même s'il s'incarne préférentiellement en elle. Freud ne dit-il pas de Lou qu'elle est une "compreneuse" par exceUencr!, du latin "comprehendere" qui veut dire concevoir, incorporer, prendre ensemble? L'importance de faire entendre ce qui se tisse en chacun et entre eux, nous pousse à nous mettre à l'écoute, non pas d'extraits choisis, isolés de leur contexte, interprétés trop souvent à partir de concepts préalables, mais autant que possible du corpus textuel dans sa complexité, en sachant que le latin "complexus" signifie "tissé". Dans une continuité patho-analytique tout à fait freudienne, à la suite de Jacques Schotte et de l'Ecole de Louvain, notre pensée s'enracine dans le schéma pulsionnel de Léopold Szondi. Rejoignant l'intuition de Freud d'une élucidation de la question du moi par l'étude des psychoses, Szondi présente le moi comme le lieu d'une dialectique entre deux pôles mis en scène par les schizophrènes, catatonique et paranoïde9. Si le moi szondien s'inscrit dans la lignée de la pensée freudienne, il s'en dégage dans la mesure où il n'est plus seulement une instance psychique adaptative et défensive mais une visée, une dynamique. Il émerge
7

8 Carr., lettre de Freud du 25 mai 1916, p.59 Les titres et les textes mis en italique sont des citations des écrits de S. Freud ou de L. Andreas-Salomé. Les extraits repris à leur Correspondance qui a été publiée chez Gal1imard en 1970 sous le titre "Lou Andreas-Salomé - Correspondance avec Sigmund Freud". seront référés dans cette étude par l'indication Carr., suivie du nom de l'auteur de la lettre, de la date et de la page de référence. 9 P. Lekeuche, 1. Melon, Dialectique des pulsions, De Boeck, 1990, p.137

L. Andreas-Salomé,Lettre ouverteà Freud, Seuil, 1994,p.36

16

dans la structure d'ensemble des pulsions selon la dialectique entre avoir et être, masculin et féminin, ipséité et altérité. Battement pulsionnel, systole et diastole, que le moi a pour charge de mettre en jeu et que nous questionnerons à propos de la double direction du narcissisme saloméen. L'affinité élective entre, d'une part, le féminin et l'être, la dilatation du moi, l'écoute, et d'autre part, le masculin et l'avoir, le rétrécissement du moi et le savoir, guidera notre exploration de la question du féminin qui, loin de se réduire à une question sexuelle, nous apparaît, via le moi, en affinité ontologique avec la problématique du destin. Afin que puisse s'opérer la dynamique de la mise en relation, nous avons choisi d'esquisser d'abord séparément, dans une première partie intitulée "A la rencontre de deux destins", les trajectoires de Lou Andreas-Salomé et de Sigmund Freud. A partir de la notion szondienne de destin, notre étude tentera de cerner ce que chacun a fait de ses possibilités d'exister, en partie héritées, en partie décidées, avant la mise en relation choisie, en pleine responsabilité, sur fond de crise pour l'un et pour l'autre. Cette psycho-biographie nous fera revisiter des légendes qui enferment et advenir à plus de réalité ces deux personnalités qui ont eu à souffrir d'idéalisation. Nous terminerons cette évocation scindée et pourtant comparative de leurs parcours, par une analyse de leurs échanges à propos de Nietzsche et de Rilke. Les deux parties suivantes aborderont, sous l'angle de la relation personnelle, de la défense de la cause psychanalytique et de la recherche scientifique, la question du féminin à la lumière de la thèse d'une évolution de Freud. Monique Schneider considère que la définition ablative du féminin - "sexe auquel manque le morceau estimé par-dessus tout" - domine la construction freudienne au point de faire oublier que les déclarations inaugurales campent un maître crypto-féministe, faisant sienne la "protestation" émise par des femmes. la Elle pose l'hypothèse que "le ralliement à la thèse de la castration s'inscrirait au niveau d'une structure de surface, structure s'étayant elle-même sur la présence
la M. Schneider, Le paradigme féminin, Flammarion, 2004, p.336

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d'un sous-sol textuel gardien d'une thématique ourdie grâce à l'écoute de paroles féminines ayant porté le début de l'œuvre."l1 Nous nous mettrons d'abord "A l'écoute du féminin au fil des écrits avant 1922", c'est-à-dire avant le séjour prolongé de Lou AndreasSalomé à l'invitation de Sigmund Freud dans l'intimité familiale Berggasse 19. De quelle manière le féminin agit-il en cette période comme opérateur psychique? Au fil des écrits, nous vérifierons notre hypothèse que "l'espace creux" fonctionne comme un pouvoir inséré dans un va-et-vient ouvert à l'inconscient, offrant un laisserêtre personnel, un appui à la cause et un abri à la recherche. Nous verrons ensuite qu'''Au regard de la définition ablative du féminin après 1922", l'appréhension du féminin se fait plus scopique, à partir d'un regard extérieur, privilégiant la possessivité, la lignée personnelle et les concepts verticaux qui, selon la logique de la dénégation, tendent à ramener l'autre au même, le féminin au non-mâle. Comment comprendre ce virage terminal par lequel la pensée freudienne semble se soustraire au féminin?

La relation entre Sigmund Freud et Lou Andreas-Salomé auraitelle joué un rôle, d'une part, dans le sens d'un maintien de l'ouverture à la parole féminine, d'autre part, dans l'évolution de la pensée qui tend à mettre le féminin hors de portée? y a-t-il un apport typiquement féminin de Lou Andreas-Salomé dans le corpus analytique? Comment préciser ce que la femme apporte de différent?
11

Ibid., p.18!

18