Made in France

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160 pages

Description

Il est toujours amusant de découvrir l’image de la France ou des Français dans des films étrangers, mais aussi dans nos propres publicités où les clichés perdurent, quand ils ne sont pas volontairement cultivés. Le Français « cocorico », béret vissé sur le crâne et baguette sous le bras, le « village au clocher, aux maisons sages » chanté par Trenet, le café-croissant sur le zinc, les parfums mythiques, les grands couturiers...

Pour les Français comme pour les étrangers, la France est un trésor inépuisable d’objets ou de marques qui font partie de son patrimoine. La 2CV, la baguette, la Vache qui rit, le N°5 de Chanel, la Cocotte-Minute, le Bibendum Michelin...

Dans Made in France, retrouvez l’histoire des produits phares du « génie français ».


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Date de parution 10 mai 2013
Nombre de visites sur la page 88
EAN13 9782366020397
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Made in France

La 2CV, la baguette, la Vache qui Rit, le savon de Marseille, les madeleines de Commercy, les malles Vuitton, le cristal de Baccarat, le cachou Lajaunie, le camembert, la Badoit, le N°5 de CHANEL, le Bikini, la pétanque, le carré Hermès, le cinématographe Lumière, le Bibendum Michelin, le BIC, le Choco BN, la galette des Rois, l'image d'Épinal, le K-Way, le Carambar, le roquefort, le Vélosolex, le petit déjeuner Banania, l'Opinel, la pêche Melba...
... autant d'inventions, de traditions, d'objets cultes, de produits emblématiques, de marques de légende, tous tellement « made in France », que l'on redécouvre ici. Et avec eux, 2000 ans de la vie des Français. Riche en surprises et en anecdotes, cet ouvrage raconte la rencontre extraordinaire d'hommes et de femmes passionnés, créatifs, audacieux, visionnaires (parfois un peu fous) avec leur époque.
Michèle et Franck JOUVE
EAN : 9791090871663
Éditions Chronique
Mediatoon Licensing
15-27, rue Moussorgski – 75018 Paris
E-mail : contact@editions-chronique.com
Site Internet : http://www.editions-chronique.com
Made in France
Sommaire
  • DOUCE FRANCE
  • Ier siècle - Le TONNEAU
  • v. 495 - LA CHANDELEUR et ses crêpes
  • VIIIe siècle - Le ROQUEFORT
  • 878 - Andouillettes et ANDOUILLES
  • v. 945 - Le sel de GUÉRANDE
  • 1144 - L’art GOTHIQUE
  • 1311 - LA GALETTE des Rois
  • 1557 - CANSON
  • 1565 - Poisson d’AVRIL
  • 1610 - La poule au POT
  • v. 1620 - Le COGNAC
  • 1664 - KRONENBOURG
  • 1688 - Le savon de MARSEILLE
  • v. 1688 - LE CHAMPAGNE
  • v. 1690 - La CHARENTAISE
  • 1755 - Les madeleines de COMMERCY
  • 1764 - Cristal de BACCARAT
  • 1765 - Le RESTAURANT
  • 1778 - BADOIT
  • 1791 - LE CAMEMBERT
  • 1795 - Le crayon CONTÉ
  • 1800 - L’image d’ ÉPINAL
  • 1824 - LES SARDINES EN BOITE
  • 1825 - La Pastille VICHY
  • 1826 - L’OMNIBUS
  • 1836 - La tablette MENIER
  • 1840 - LA SOUPE D’OR
  • 1848 - Le chocolat POULAIN
  • v. 1850 - Le PETIT-SUISSE
  • 1852 - Les grands MAGASINS
  • 1853 - L’eau de Cologne IMPÉRIALE
  • 1854 - Les bagages VUITTON
  • 1854 - VITTEL
  • 1880 - Le cachou LAJAUNIE
  • 1886 - Le Petit-Beurre LU
  • 1889 - La SUZE
  • 1890 - L’OPINEL
  • 1890 - L’AVION
  • 1891 - Le Bibendum MICHELIN
  • 1894 - La pêche MELBA
  • 1895 - Le cinématographe LUMIÈRE
  • 1896 - Naissance du 7e ART
  • 1900 - Le Guide MICHELIN
  • 1903 - Le Tour de FRANCE
  • 1904 - La Santos de CARTIER
  • 1905 - Le Petit Larousse ILLUSTRÉ
  • 1907 - La PÉTANQUE
  • 1909 - LE CASSOULET de Castelnaudary
  • 1910 - GAULOISES et Gitanes
  • 1914 - BANANIA
  • 1921 - LA VACHE qui Rit
  • 1921 - CHANEL N°5
  • 1924 - L’HÉLICOPTÈRE
  • 1932 - Le RICARD
  • 1933 - La chemise LACOSTE
  • 1934 - Les mythiques de CITROËN
  • 1937 - Le carré HERMÈS
  • 1946 - Le VÉLOSOLEX
  • 1946 - Le BIKINI
  • 1950 - Le CLUB MED
  • 1951 - Le BEAUJOLAIS nouveau
  • 1952 - Le CHOCO BN
  • 1953 - La Cocotte-MINUTE
  • 1953 - Le Livre de POCHE
  • 1954 - Le CARAMBAR
  • 1954 - Le tailleur CHANEL
  • 1965 - Le K-WAY
  • 1965 - DIM de bas en haut
  • 1983 - Le MINITEL
  • 2005 - Le lapin NABAZTAG
  • DES MOTS et DES HOMMES
DOUCE FRANCE
DOUCE FRANCE
La France, c’est une jolie femme dotée d’un sacré caractère. Surprenante, différente à chaque rendez-vous. Un jour dégustant du champagne, un jour saucissonnant gaiement. Un jour râleuse et chauvine, un jour clamant sa devise nationale pour la terre entière : « Liberté, Égalité, Fraternité ». Mais toujours rayonnante et créative, attentive aux droits de l’homme et à l’art de vivre. Unique et si multiple à la fois... Il faut dire que son arbre généalogique n’est pas banal ! C’est justement dans ses branches régionales qu’elle puise sa force, sa richesse, son charisme et cette complexité qui fait aussi son charme et son originalité.
Il est toujours amusant de découvrir l’image de la France et des Français dans les films étrangers, dans nos propres publicités aussi, partout où les stéréotypes, les clichés perdurent, quand ils ne sont pas volontairement cultivés. Ah ! le Français cocorico avec son béret et sa baguette sous le bras. Ah ! le « village au clocher, aux maisons sages » chanté dans la Douce France de Charles Trenet. Ah ! Paris, ses p’tites femmes, ses terrasses, son café-croissant sur le zinc, ses marchands de fleurs et de quat’ saisons et l’accordéon à l’heure de l’apéro. Ah ! la France des terroirs, des charcutailles campagnardes, des « fromages qui puent », du gros rouge qui tache, du blanc-cassis et du petit rosé frappé... Ah ! la France du luxe, des grands couturiers, des parfums, de l’élégance et de la galanterie.
Pour les Français comme pour les étrangers, la France – le pays le plus visité au monde ! – est un trésor inépuisable. Tout ici, de l’art de la table aux arts et lettres, se conjugue au pluriel : voilà le secret du « made in France ». C’est, pour les bons vivants, la gastronomie, les grands cuisiniers, les grands vins, les bons pains, les quatre cents fromages... Tous envient ce que Montaigne appelait « la vraie science de gueule » (les menus de la Maison-Blanche sont écrits en français, et les Anglo-Saxons ont fini par adopter nos escargots et nos cuisses de grenouilles !). Pour les rieurs, c’est notre sens de la fête, les cabarets et les chansonniers insolents, les cafés-théâtres et les pièces de boulevard. Pour les traditionalistes, c’est notre folklore ancestral, un artisanat souvent plus que millénaire, un florilège de produits régionaux, le défilé et le bal du 14 Juillet… Pour les amateurs d’art, c’est une architecture aux cent facettes, les cathédrales, les prestigieuses collections des musées. Pour les fervents de littérature, c’est l’Académie et la Comédie françaises, et une pléiade de très grands écrivains depuis La Chanson de Roland qui chantait déjà « France douce la belle » au XIe siècle ! Pour les sportifs, c’est le Tour de France, Roland Garros, les 24 heures du Mans… Pour les amoureux de la nature, c’est une mosaïque de merveilles, des paysages qui changent à chaque virage, mille voyages en un seul ! Et pour tous, c’est tout cela à la fois !
LA FRANCE, CE N’EST PAS QUE LA MÉTROPOLE !
C’est aussi la Corse, justement élue « île de Beauté », mais qui ravit également par sa charcuterie (lonzu, coppa, figatelli, prizzuttu) sans rivale, ses châtaignes et un emblématique brocciu (fromage de brebis frais ou sec) à la base de recettes traditionnelles, sucrées et salées, aussi délicieuses que conviviales. Ce sont les fabuleux coloris des paysages d’outre-mer. Ceux de la Guadeloupe et de la Martinique, qui révolutionnent les papilles avec une ribambelle de piments, enchantent les yeux, les nez et les palais avec leurs épices, enivrent avec le rhum, ensorcellent avec les acras, boudins, crabes farcis... C’est la Réunion, qui accueille chaleureusement avec ses caris, ses achards et ses douceurs (vanille, cannelle, canne à sucre, chouchou..). C’est la Guyane, qui fait décoller avec ses colombos mijotés, son piment de Cayenne et… la fusée Ariane !
LA RONDE DES PAINS
Cette longue baguette dont on ne peut s’empêcher de grignoter un croûton dès qu’on l’a en main, est le symbole du Parisien et de toute la France à l’étranger. À présent, on la trouve partout à travers le monde, adaptée à la consommation locale. Dans toute l’Europe mais aussi aux États-Unis, au Canada, au Moyen-Orient et… en Asie, en Corée et au Japon en particulier. Le plus français des sandwichs, c’est peut-être le « Paris-beurre » puisque, mine de rien, il associe la baguette nationale, le jambon de Paris et le bon beurre de nos campagnes ! Au cinéma, n’est-il pas le casse-croûte obligé des commissariats ? En tout cas, il évoque à sa manière cette simplicité croustillante made in France. Le pain y occupe depuis toujours une place très importante. Chaque région l’a décliné à sa manière : miches, fouaces, pain plat, polka, cordé, torsadé, rond, carré, en couronne, en épi, aux olives, aux anchois, aux lardons, aux oignons, à l’anis, au pavot, au sésame, aux noix, aux poires, aux pommes... Et tout ça au blé, au seigle, au froment, aux quatre, cinq, six céréales...
Sans oublier le pain Poilâne, de réputation internationale ! Les farines les plus fines, du sel de Guérande, une fermentation naturelle, un façonnage manuel, une cuisson au feu de bois. C’est le respect de la tradition ancestrale qui lui garantit sa qualité et son cachet. Chaque jour, ces grosses miches brunes partent pour le Japon, l’Arabie saoudite, les États-Unis... et l’Élysée.
LES CROISSANTS NATURALISÉS FRANÇAIS
La France est connue pour ses cafés, ses consommateurs qui avalent le matin un « p’tit noir » au comptoir, avec un bon croissant encore chaud. Les viennoiseries, dans leur mignonne corbeille d’osier, sont les incontournables du petit déjeuner français, avec les imbattables tartines de pain-beurre-confiture. Pourtant, comme leur nom l’indique, ces viennoiseries, dont notre emblématique croissant, viennent de Vienne. C’est « l’Autrichienne » Marie-Antoinette qui les apporta en 1770. Mais ce sont bien les Français qui leur ont donné ce feuilleté croustillant à l’extérieur, fondant à l’intérieur… comme ce sont eux qui ont instauré le café-croissant-journal au bistrot du coin. C’est ça, la french touch ! Qui touche maintenant le monde entier…
LE COQ GAULOIS
Le coq est attaché à l’image de la France, les mauvaises langues trouvent même que cet animal hautain, sûr de lui, petit chef, représente bien les Français. Tsss !... En fait, il s’agit à l’origine d’un antique amalgame, fait par les Romains, entre le nom commun gallus, qui veut dire « coq », et le nom propre Gallus, qui signifie « Gaulois »… Le volatile national a surtout fait parler de lui après la Révolution (avec une éclipse sous Napoléon Ier et Napoléon III, quand on lui préfère l’aigle d’une envergure plus impériale), et il remonta sur ses ergots au cours de la Première Guerre mondiale. C’est le coq fier, âpre au combat, qui lance alors son cocorico ! Depuis, il ne cesse de chanter sur les terrains de sport.
MARIANNE, IMAGE ET SURNOM DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Date de naissance : 1792, lors de la proclamation de la république.
Signe particulier : porte le bonnet phrygien, symbole d’affranchissement des esclaves, de liberté.
Domiciliation : depuis 1877, dans les mairies et les écoles.
Album photos : figure sur tous les documents officiels, timbres-poste, pièces de monnaie.
CV : incarnée par Brigitte Bardot (1970), Mireille Mathieu (1978), Catherine Deneuve (1985), Inès de la Fressange (1989), Laetitia Casta (2000) et Évelyne Thomas (2003).
LA FRANCE, C’EST LA TOUR EIFFEL !
Notre-Dame, l’île Saint-Louis, les quais et les bouquinistes, la Seine et les bateaux-mouches... Le Louvre, les musée d’Orsay, Guimet, des Arts premiers et Beaubourg... Les Invalides. La place de l’Étoile et l’Arc de triomphe. Les Champs-Élysées, la Concorde. Les grands boulevards, le Marais, Montmartre, la place du Tertre... Paris n’est pas que la tour Eiffel ! Mais la tour Eiffel est Paris. La tour Eiffel est la France !
Pourtant, la grande dame de fer, construite en deux ans pour l’Exposition universelle de 1889 n’était pas destinée à contempler la capitale du haut de ses trois cent vingt-quatre mètres ad vitam aeternam. Conçue par Gustave Eiffel et les ingénieurs Nouguier et Koechlin, elle aurait dû être démontée sitôt sa mission accomplie : illustrer dans le genre grandiose – c’est le centenaire de la Révolution – l’essor industriel français. Mais six mois après son ouverture au public, 2 millions de visiteurs ont déjà découvert, ébahis, l’incomparable panorama qu’on a de là-haut. C’est gagné : elle restera ! Tant pis pour les oiseaux de mauvais augure qui prophétisent qu’elle va s’écrouler ou s’enfoncer dans le sol, que les visiteurs vont étouffer dans ses ascenseurs... Cent vingt ans plus tard, la tour est bien debout, et ses 1665 marches semblent mener aux portes du romantisme près de 7 millions de personnes par an, souvent venues de l’autre bout du monde pour la voir, elle avant tout. C’est vrai que quand elle scintille la nuit, elle est la star des soirées parisiennes, l’étoile de la Ville lumière.
Ier siècle - Le TONNEAU
Le TONNEAU
Invention gauloise au même titre que la charrue et la moissonneuse, le matelas et les braies (l’ancêtre du pantalon), le tonneau allait révolutionner les conditions de transport et de stockage de la bière, du vin, de l’huile, du grain... Bien plus tard, on découvrira avec émerveillement que le tonneau de chêne sait aussi opérer dans ses flancs (in tonneau veritas !) la mystérieuse transmutation du vin. Avec un tel secret, tout allait bien rouler pour le vieux tonneau gaulois.
En poste à Lutèce dans les années 355-360, le gouverneur des Gaules Julien (le futur empereur Julien dit l’Apostat) percevait les Gaulois comme d’« éternels assoiffés ». Déjà, au Ier siècle avant J.-C., Diodore de Sicile évoquait leur penchant pour le vin, qu’ils buvaient pur, signe de barbarie pour les Grecs et les Romains, lesquels le coupaient toujours d’eau. Et Diodore ne parlait ici que de la Gaule du Sud, cette « province » romaine qui donnera son nom à la Provence. Car au nord, dans cette Gaule chevelue qu’allait conquérir Jules César, on était plus porté sur l’hydromel et la bière (cervoise). De là à penser que le tonneau ne pouvait être inventé que par ces assoiffés...
Quoi ! Pas de tonneaux avant les Gaulois ? Et celui des Danaïdes de la mythologie grecque, alors ? Rien qu’une traduction approximative : le fameux « tonneau » percé des Danaïdes était en fait un bassin sans fond. Le tonneau à proprement parler est bel et bien « made in Gaule » ! Son apparition est antérieure à notre ère, mais c’est à partir du Ier siècle que son usage se généralisa dans le monde antique. Auparavant, les Anciens ne connaissaient guère que les outres en peau, les amphores et autres jarres en terre cuite, lesquelles pouvaient atteindre 3 mètres de haut. Moins fragile que l’amphore – et moins lourd à contenance égale –, le tonneau allait s’imposer.
Même si les Gaulois étaient aussi bons charrons et forgerons que menuisiers et... tonneliers, les premiers tonneaux qu’ils fabriquèrent n’étaient pas cerclés de fer, comme on le croit à voir les miniatures médiévales, mais de tiges de châtaignier assouplies dans l’eau. S’ils virent tout de suite l’intérêt commercial d’un tel produit, ils étaient loin de se douter que son seul défaut – aucun fût de bois n’est complètement étanche à l’air – deviendrait finalement sa plus grande qualité. Car loin d’être un simple contenant, le tonneau est bien le meilleur ami du bon vin !
Produit vivant, le vin change et se bonifie au contact du bois, qui joue sur son bouquet. Cela fait deux mille ans qu’il se passe quelque chose entre eux, une alchimie faite d’échanges subtils entre les tanins, l’oxygène et l’alcool. De cette intimité dans l’ombre complice des tonneaux naissent les grands crus... L’affinage du vin en fût porte le joli nom d’« élevage sous bois ». Bien sûr, tous les fûts ne sont pas du même tonneau ! Les meilleurs, de loin et de tradition immémoriale, sont en bois de chêne, chêne qui était déjà le roi des grandes forêts de nos ancêtres les Gaulois.
v. 495 - LA CHANDELEUR et ses crêpes
LA CHANDELEUR et ses crêpes
Les crêpes de la Chandeleur sont une institution en France, au même titre que la galette des Rois ou les œufs de Pâques, ces autres rencontres de la gourmandise et de la religion. On a tendance à oublier aujourd’hui que le populaire « jour des crêpes » est d’abord une très ancienne fête chrétienne, celle des chandelles, ces dernières ayant donné leur nom à la Chandeleur.
L’histoire commence à la toute fin de ce Ve siècle qui signe le passage de l’Antiquité au Moyen Âge. À cette époque, l’Église combat les derniers rites païens hérités de l’Empire romain, qu’elle remplace habilement par des fêtes chrétiennes. Le pape Gélase Ier s’attaque ainsi à la scandaleuse célébration des lupercales (qui donnait lieu à des scènes indécentes en l’honneur de Lupercus, divinité de la Fécondité) et la remplace par la sobre et pure Chandeleur, fixée depuis lors au 2 février, soit quarante jours après Noël. La Chandeleur chrétienne commémore le jour de la présentation au Temple de l’Enfant Jésus. C’est là qu’il fut reconnu comme la « Lumière du monde »... d’où les chandelles ou cierges bénis que les fidèles rapportaient de l’église en guise de porte-bonheur.
La Chandeleur fut ainsi instituée en 495, l’année même du baptême de Clovis. La France, « fille aînée de l’Église », allait rapprocher cette fête, hautement spirituelle à sa naissance, des nourritures terrestres en y incorporant l’ingrédient qui a fait depuis quinze siècles son succès urbi et orbi : les crêpes ! Étonnant mélange de profane et de sacré... Les Berrichons ne s’y sont pas trompés, qui ont baptisé la fête de la Chandeleur « Notre-Dame des crêpes » !
Pourquoi des crêpes ? Pour leur forme et leur couleur : rondes et blondes comme le disque solaire, elles évoquent le retour prochain du printemps (« À la Chandeleur, l’hiver se meurt »). C’est du moins la version poétique. Plus prosaïquement, le temps de la prochaine moisson approchant, on utilisait les restes de farine de la récolte précédente pour préparer à peu de frais ces délices. Le Moyen Âge en fut si friand qu’il inventa un mot afin de désigner ces crêpes-parties de l’époque : des crépillons.
LES CRÊPES PORTE-BONHEUR
La tradition des crêpes de la Chandeleur s’accompagne encore en France de superstitions d’un autre âge. On doit ainsi faire sauter les crêpes de la main droite en tenant dans la gauche une pièce (un louis d’or, normalement...) si l’on veut ne pas manquer d’argent pendant tout le reste de l’année. Mais attention : il faut les rattraper au vol – et éviter qu’elles se collent au plafond ! On dit aussi que la première crêpe doit être lancée en haut d’une armoire où elle restera sans moisir jusqu’à la prochaine Chandeleur, assurant ainsi la prospérité de la maison. Des crêpes porte-bonheur en plus d’être jaunes et jolies... que demander de mieux ?
VIIIe siècle - Le ROQUEFORT
Le ROQUEFORT
À fromage de légende, naissance légendaire. On raconte que le roquefort apparut comme par enchantement grâce à une bergère qui fit oublier son casse-croûte au fromage à un pâtre des collines de Combalou. Revenu à ses moutons plusieurs jours plus tard, il retrouva le quignon dans un drôle d’état : laissé au frais dans une grotte, le fromage de brebis s’était couvert d’un léger duvet verdâtre piqué de pointes bleutées. Il le goûta du bout des lèvres… et cria au miracle. Le roquefort venait de faire sa première conquête !
Cette découverte amena les autres bergers à renouveler l’expérience dans les grottes voisines, qu’ils équipèrent d’étagères – pour entreposer les fromages – et d’une petite cabane à l’entrée. C’est en souvenir de ces installations de fortune que celles et ceux qui travaillent depuis dans les caves de Roquefort sont encore appelés cabanières et cabaniers. Si le récit du casse-croûte oublié a tout d’un conte populaire, le miracle de la nature qui a créé le roquefort est parfaitement authentique. Et ce n’est pas pour rien que les caves d’affinage de Roquefort ont été aménagées au flanc de l’éboulis du causse du Combalou. Il y circule un air humide venu des entrailles de la montagne ; il passe par des failles joliment dites « fleurines » (en parfait accord avec ce fleuron du patrimoine fromager français qu’est le roquefort) et donne petit à petit au fromage de brebis sa texture et sa saveur sans pareilles. Stimulé par ce microclimat, un champignon microscopique, baptisé comme de juste Penicillium roqueforti, se charge de creuser dans le fromage ces veinures vertes… qui font de lui un « bleu ».
Premier fromage à bénéficier d’une AOC (appellation d’origine contrôlée) en 1925, le roquefort est aujourd’hui connu – et exporté – dans le monde entier. Mais il n’a pas attendu les temps modernes pour entrer dans l’histoire de France. Au VIIIe siècle, il conquit Charlemagne : de retour d’Espagne, l’Empereur le goûta chez l’évêque d’Albi et l’aima au point d’en commander deux pleines charges de mulet à livrer dans son palais d’Aix-la-Chapelle chaque Noël ! Muni de telles lettres de noblesse, il ne cessera de bénéficier de la protection royale. Signé par Charles VI en 1411, le privilège accordant aux habitants de Roquefort le monopole de l’affinage du fromage « tel qu’il est pratiqué de temps immémorial dans les grottes du village » sera confirmé par Charles VII, François Ier, Louis XIII et Louis XIV. En attaquant le XXIe siècle, le fromage des rois s’impose encore et toujours comme le roi des fromages.
878 - Andouillettes et ANDOUILLES
Andouillettes et ANDOUILLES
La charcuterie française est simplement imbattable au niveau mondial : les salaisons corses, le jambon de Bayonne, le pâté en croûte d’Alsace, le saucisson de Lyon, les terrines, rillettes, rillons... Chaque région y va de sa spécialité. Les cochonnailles rivales se livrent bataille, comme la froide andouille et la chaude andouillette...
L’andouillette de Troyes s’enorgueillit d’être entrée dans l’Histoire en l’an de grâce 878, et par la grande porte : au menu d’un festin royal et papal ! Cette année-là, le pape Jean VIII sacre roi Louis le Bègue, fils de Charles le Chauve, dans la bonne ville de Troyes, où se tient un concile. Après la cérémonie, le Saint-Père, le nouveau roi et leurs convives dégustent la spécialité locale. L’Église et l’État penchés sur une assiette d’andouillette... Une telle onction vous confère de sacrées lettres de noblesse ! Lettres qui, mille ans plus tard, sous la Ve République, passent au nombre de cinq : les cinq A. En effet, depuis les années 1970, faute d’une protection officielle (A.O.C., Label rouge..), la grandeur de l’andouillette est défendue par l’Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique : la candidate doit décrocher le célèbre diplôme « AAAAA » pour mériter son titre.
Trois cents ans après le sacre de l’andouillette, c’est l’andouille qui déboule dans la littérature, en 1178. Avec son fumet à damner un saint, elle est un suprême objet de convoitise dans le truculent Roman de Renart. Quatre siècles plus tard, Rabelais déclenche la « grande bataille des andouilles » de Pantagruel. Andouille, andouillette, même combat. Leur grand âge et leur dignité n’empêchent pas nos grassouillettes de guerroyer aujourd’hui comme hier. L’andouille de Guémené bretonne contre l’andouille de Vire normande, sans oublier l’andouille de Jargeau en embuscade au cœur de son Loiret natal (avec ses partisans, les chevaliers du Goûte-Andouille). Même tableau dans l’autre branche, où la suprématie de la belle Troyenne est contestée par un chapelet d’andouillettes d’Amiens, de Clamecy, de Chablis, de Cambrai, de et au Vouvray, à la rouennaise, lyonnaise, provençale...
L’andouillette bien-aimée a inspiré des vers au gastronome Charles Monselet :
« Crépine sur le gril, Ô ma fine andouillette. Certes, ta peau douillette Court un grave péril...Siffle, crève et larmoie, Ma princesse de Troyes... »Tout cela a des allures chevaleresques. C’est que l’affaire est grave ! Au« pays de la bonne bouffe », on ne fait pas l’andouille avec les choses sérieuses. Les plaisirs de la table ont une telle importance que pour une ville ou une région, une cochonnaille peut avoir valeur de blason.
v. 945 - Le sel de GUÉRANDE
Le sel de GUÉRANDE
Il était une fois un pays blanc qui s’appelait Gwen Rann en breton, plus tard Guérande. Il avait la couleur du sel né des quatre éléments : l’eau (la matrice originelle), l’air et le feu (le vent et le soleil, maîtres de l’évaporation) et, symboliquement, la terre, où l’homme recueille le sel de la vie. Sel qui, à Guérande, est tout simplement le meilleur du monde, aux dires des grands cuisiniers.
Vers 845, le moine Ermentaire, témoin des invasions vikings et de la puissance commerciale du sel (alors monnaie d’échange en Bretagne, comme avec l’Irlande et la Grande-Bretagne) cite pour la première fois le nom de Batz, proche de Guérande. Cent ans plus tard, Barbe-Torte,...