Maintenant prenez le pouvoir

Maintenant prenez le pouvoir

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144 pages

Description

Le 6 mai 2012, les Français ont finalement réussi à chasser Nicolas Sarkozy de l’Elysée. Enfin, quelque chose de neuf s'est produit à gauche. La campagne du Front de gauche a fait événement. Des forces individuelles et collectives se sont retrouvées et remises en mouvement, reprenant confiance et espoir.

Depuis juin, la gauche détient tous les pouvoirs. La présidence de la République, l’Assemblée nationale, le Sénat... la quasi-totalité des régions, des départements et la plupart des grandes villes. Les apparences peuvent être trompeuses. Le pouvoir de la finance est toujours en place et ne démissionnera pas. Pour réussir, la gauche ne pourra pas faire l'économie de l’intelligence collective et de la mobilisation citoyenne.

Du Pacte budgétaire européen, issu du traité Sarkozy-Merkel, voulu par la troïka européenne (BCE, Commission européenne et FMI), se profile le règne absolu de l'austérité au service des marchés financiers. Se dressent sur sa route, des femmes, des hommes, des jeunes de toute l'Europe prêts à résister à un pacte qui bloquerait pour longtemps toute politique de changement.

En France, l'envie de changement, de s'impliquer et de construire ensemble des solutions de solidarité et de progrès pour sortir de la crise, de la peur et de la haine demeurent intactes.

Comment dans ce nouveau contexte, plus favorable, reprendre la main sur nos vies et le pouvoir sur l'argent ? conquérir des droits nouveaux indispensables à une économie au service du développement humain et de l'éco-système ? Comment poursuivre l'action pour que l'emporte l'intérêt populaire ? Personne de trop dans cette bataille.

Pierre Laurent invite à développer le formidable élan déclenché par la campagne présidentielle du Front de gauche et de son candidat commun Jean-Luc Mélenchon.

La partie n’est pas facile mais passionnante.

Pierre Laurent est secrétaire national du Parti communiste français (PCF) et président du Parti de la gauche européenne (PGE). Il a animé le Conseil national de campagne du Front de gauche composé de 150 personnalités.

Alexis Tsipras, député grec, est président du parti Synaspismós et chef du groupe parlementaire de SYRIZA qui a obtenu 27 % aux élections législatives grecques de juin 2012 sur l'exigence d'une renégociation complète des accords avec l’Union européenne et le FMI.


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Date de parution 08 novembre 2012
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EAN13 9782708244009
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Pierre LAURENT
Maintenant prenez le pouvoir
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Des extraits seront régulièrement publiés sur le blog de l'auteur, Pierre Laurent, et sur le site des Éditions de l'Atelier : www.pierrelaurent.org www.editionsatelier.com Mes remerciements à Lydia Samarbakhsh, à Bernard Stephan et à Josette Piccioli, dont le concours m'a été précieux pour réaliser cet ouvrage. Photo Pierre Laurent : © Fabrice Nicolle Tous droits réservés © Les Éditions de l'Atelier / Les Éditions Ouvrières, Ivry-sur-Seine, 2012 www.editionsatelier.com www.twitter.com/ateliereditions – www.facebook.com/editionsatelier Imprimé en France / Printed in France ISBN : 978-2-7082-4341-5
Préface
Sommaire
Introduction Ne pas spéculer sur l'échec, viser le changement L'étau de l'austérité se fendra
Chapitre 1. Les promesses de la Bastille, un feu de paille ou une étincelle ? Au-delà des élections : place au peuple Qui sont les marcheurs de la Bastille ? Le rêve d'une gauche qui cesse de renoncer L'acte de naissance du Front de gauche Une gauche diverse au service du peuple Une alternative politique aux forces de l'argent
Chapitre 2. Reprendre le pouvoir, et si tout restait à faire ? Se servir du pouvoir pour le restituer aux citoyens Le fric d'abord ? Ou l'humain d'abord ? Mépris de la démocratie L'espoir retrouvé n'est pas une friche La redoutable mécanique du présidentialisme
Chapitre 3. Comment sortir de la monarchie présidentielle ? Une vie politique réduite au match présidentiel Un mode de gouvernement ultra-centralisé Les trois fronts de la réinvention démocratique La politique a besoin de l'oxygène de la société
Chapitre 4. L'insurrection citoyenne, c'est pour quand ? Les paradoxes de l'abstention Faire entendre la parole des dominés Changer notre manière de faire de la politique Briser le vase clos des débats entre militants des partis
Chapitre 5. Front de gauche ou PCF ? Pourquoi choisir ? Les trois phénomènes qui ont fragilisé le communisme Reprendre pied dans la société, construire un changement crédible Dépasser le dirigisme capitaliste L'irréalisme du catéchisme de la finance Le contraire du chaos : des réformes radicales
Chapitre 6. L'Europe, ils la sauvent ou ils la tuent ?
Les trois dogmes intouchables de Bruxelles La défaite de l'Europe politique L'ordonnance mortifère des docteurs de l'austérité budgétaire Leur règle d'or : privatiser les bénéfices, socialiser les pertes Autoritarisme, défiance des peuples et menace nationaliste
Chapitre 7. Refonder l'Europe, oui mais comment ? Le corset étouffant du Pacte budgétaire Reconquérir la Banque centrale européenne (BCE) Trois propositions pour refonder l'Europe Naissance et développement d'une gauche alternative européenne Une autre perspective que ce système à bout de souffle Pour une Europe de la coopération
Chapitre 8. La planète peut-elle se relever du tsunami néolibéral ? Affronter les problèmes de la planète pour résoudre les nôtres Sept milliards d'humains face au tsunami néolibéral Les forces du marché, plus rapides que celle de la solidarité Le dépassement nécessaire du modèle capitaliste
Chapitre 9. Faire la guerre pour dominer ou coopérer pour partager ? Mondialisation acharnée, militarisation exacerbée La conscience planétaire plutôt que le repli sur soi Contre l'autoritarisme du marché, la liberté dans l'égalité Vers une démocratie locale, nationale, continentale et globale Proposer un codéveloppement solidaire à la Chine La démocratie, condition de l'émancipation
Chapitre 10. Extrême droite, comment menace persistante ? Une droite installée sur les rivages de l'extrême droite Diviser les salariés pour faire passer l'austérité L'exclusion de certains ou la protection de tous ? Prouver la réussite de l'option de solidarité Les racines de la xénophobie de l'extrême droite Les fondements de la stigmatisation de l'islam La laïcité, un espace, pas un uniforme Mettre en commun les diversités
enrayer
la
Chapitre 11. La victoire de la gauche, on en fait quoi, tout de
suite ? Quatre batailles cruciales Prenez le pouvoir, pour nous c'est maintenant
Préface {1} par Alexis Tsipras
Nous avons assisté dans la dernière période à un mou vement inédit et enthousiaste de solidarité avec notre combat contre les politiqu es de super-austérité en Grèce. Les forces du Parti de la gauche européenne (PGE), et e n particulier la direction et les militants du Front de gauche en France, se sont jointes pour aider SYRIZA dans cette bataille difficile, cruciale et historique qui a at teint son apogée au cours des deux scrutins électoraux de mai et juin 2012. À mesure que l'attention et les espoirs se sont tournés vers la Grèce et vers le résultat historique de SYRIZA, de nombreux camarades continu aient à nous demander comment nous avions réussi à atteindre cet élan. Je souhaite ici apporter quelques réflexions, non pour proposer un « modèle de réussite » abouti, mais pour stimuler le dialogue sur le présent et l'avenir des forces qui composent le PGE et sur leur stratégie nationale et européenne. Au fond, SYRIZA a souligné ce que nous avions déjà pris en compte depuis des années. Très peu s'étaient jusque-là vraiment intéressés au « phénomène » SYRIZA. Néanmoins, en quelques mois, nous avons réussi à ma rquer l'histoire politique contemporaine. Pourquoi ? À mon humble avis, c'est parce que nous nous sommes consacrés aux luttes sociales, parce que nous avons porté avec constance une orientation fondée sur l'analyse de la réalité économique, politique et sociale, mais parce que nous avons aussi eu le courage de dépasser les mentalités et les concepts établis, y compris les nôtres. Ces dernières décennies, la gauche grecque a traver sé des épreuves extrêmement difficiles et douloureuses. Une gauche grecque qui, depuis la chute du mur de Berlin et du « socialisme réel », avait passé plus de temps à se déchirer qu'à établir des convergences pour contre-attaquer l'offensive capitaliste. Or, depuis le début de cette offensive sans précédent, nous nous sommes employés aux luttes sociales, tant spontanées qu'organisées. L'hégémonie ne se gagne pas en un dimanche d'élections. Elle se conquiert dans et à travers la lutte sociale. Les résultats électoraux en Grèce sont profondément liés aux évolutions sociales. Si nous ne parvenons pas à dev enir idéologiquement et politiquement hégémoniques dans les espaces sociaux, alors nous n'obtiendrons pas de résultats positifs. Depuis l'effondrement du « socialisme réel », la gauche a été historiquement classée comme une force critique du capitalisme. À juste titre, à mon avis. Cela ne suffit pas. D'une force critique, nous devons également devenir une force de perspective alternative. Au cours de ces deux années, nous avons fait valoir et mis en avant de façon persistante en Grèce une proposition alternative de démarche et de rassemblement pour la construction d'une transition politique. Nous avons parlé d'un « bloc du pouvoir » composé des forces qui existent dans le cadre plus large de la gauche progressiste et radicale, « de la gauche de la social-démocratie à la gauche de la gauche », avec pour objectif commun de défaire les attaques néolibérale s. Lorsque nous avons émis cette idée, nous avons été traités avec dédain et mépris, parce que les sondages d'opinion
mt utopique. Nous avons persistéontraient qu'il s'agissait d'une option marginale e malgré tout, car c'était, selon nous, la seule alternative. Alors que l'offensive du capital se montrait de plus en plus dure et inhumaine, ce qui, hier, semblait utopique et fou est apparu réaliste. Pour la première fois depuis 1974, ce n'était pas nous qui déterminions notre stratégie en fonction de celles de nos adversaires, celles de la social-démocratie et de la droite traditionnelle, mais c'étaient eux qui fondaient le s leurs en fonction de la nôtre. En d'autres termes, l'élément crucial qui nous a rendus capables de représenter les classes et groupes sociaux devenus « politiquement orphelins » (ceux dont les intérêts sociaux ne sont pas représentés par les deux « partis du pouvoir ») fut de nous saisir d'une force de contestation pour en faire une force qui travaille au changement. Avant d'en dire davantage sur notre stratégie, la stratégie nationale et européenne de la gauche pour contrer l'offensive capitaliste et surmonter la crise, quelques mots sur la stratégie de nos adversaires. Posons-nous la question : nos adversaires ont-ils u ne stratégie ? Après la Seconde Guerre mondiale, les forces capitalistes, qui désiraient maintenir les contradictions au fondement des modes de production capitalistes, avaient un plan : la reconstruction de l'Europe, la réglementation, la création de structu res de protection sociale et le développement, mais aussi le maintien de l'antagoni sme entre capital et travail. Au cours des années 1990, quand le néolibéralisme a pr évalu, on pouvait aussi identifier une stratégie : celle de livrer et soumettre toutes les structures politiques et instances de décision au pouvoir des marchés. Aujourd'hui, alors que la crise bouleverse tout, je considère qu'il n'existe pas de cadre capitaliste néolibéral unique dans lequel nos adver saires tentent de soumettre aux marchés le droit social ou toute relation sociale de manière méthodique et systématique. Ils n'ont pas de plan stratégique, mais un unique objectif : le sauvetage des banques. On voit bien que les centres de décision dépassent les cadres nationaux et régionaux. Et je ne sais pas si nous pouvons parler d'une stra tégie capitaliste commune qui serait définie par Mme Merkel ou par le président des États-Unis, quand il existe des agences de notation et des institutions financières – ce qu e nous appelons le capitalisme financier – qui prennent les décisions et ont davantage de pouvoirs que les nations. Il y a un an, par exemple, l'une d'elles a dévalué la no te des États-Unis. Il s'agissait de montrer qui domine aujourd'hui. En ce sens, nous po urrions dire que le capitalisme financier mondial a une stratégie. Mais pour ce qui est des États ou des entités régionales, comme l'Union européenne (UE), il semble que nos adversaires n'aient pas de stratégie claire, mais qu'ils soient mus uniquement par la panique. À mesure que la crise s'aggrave, l'UE est conduite à se dissoudre en proportion et nous confronte à cet oxymore : c'est nous, la gauch e européenne, la force qui porte la critique structurelle des traités européens, de l'U E, du traité de Maastricht et de l'architecture de l'Union monétaire ; c'est nous qu i devenons la force qui cherche à maintenir l'Europe en vie, alors que nos adversaire s font de leur mieux pour la dissoudre ! L'argument principal contre SYRIZA, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, surtout pendant la seconde campagne électorale, était que, si nous prenions le pouvoir, cela conduirait la Grèce hors de la zone euro et, éventuellement, détruirait la zone euro elle-même. En réalité, s'il y avait un espoir pour la Gr èce, mais aussi pour la zone euro et pour l'Europe, c'était que SYRIZA l'emporte. C'était le seul espoir à même de provoquer un choc créatif salutaire en Europe, non seulement pour les Grecs, mais aussi pour tous les peuples européens. Car si nous allions à un som met de l'UE, ce serait pour refuser
l'austérité et amener le sommet à décider d'une stratégie alternative de sortie de crise au lieu de persévérer dans l'impasse actuelle. La capacité de SYRIZA de s'attaquer au problème réel de l'Europe a été bloquée par des offensives inédites. Lorsque Slavoj Zizek{2} est venu nous soutenir, il a eu une belle image nous comparant à Tom et Jerry. Pour lui, SYRI ZA est la souris qui irrite constamment le chat qui marche dans les airs jusqu'à ce que la souris apparaisse : elle lui indique qu'il n'y a pas de sol sous ses pieds, et alors il tombe à pic. Voilà ce qu'il en est de l'Europe. Elle marche dans les airs ; les fo rces dominantes refusent de reconnaître que leurs mesures la conduisent à sa perte. Nous serions ainsi la souris qui révèle au chat sauvage du capitalisme européen que ses politiques sont inefficaces. Mais alors, si nos adversaires n'ont pas de stratég ie, comment pouvons-nous les battre ? En les suivant ? Non. En les copiant ? Non plus. La gauche européenne ne doit pas se limiter à la légitime critique, mais concevoir une stratégie alternative et un plan, et déterminer l'ordre du jour. Il ne s'agit pas de revenir à 2007, avant l'éclatem ent de la crise du crédit immobilier aux États-Unis, car ce modèle de production et de consommation mène à la crise. Nous devons dépasser ce modèle et offrir une vision, por ter une société qui réponde aux besoins sociaux, débattre de socialisme, sans crainte ou culpabilité de tout ce qui s'est passé dans les soi-disant « vrais régimes socialistes » qui n'ont rien de commun avec nous. Nous devons parler au nom d'un socialisme du XXIe siècle, un socialisme contemporain de reconstruction de modes de production, de redistribution sociale des richesses aux plans national et supranational. Nous vivons une époque de guerre asymétrique. Cette guerre n'est pas seulement menée contre les peuples de l'Europe du Sud. Ces de rniers ne sont que les cobayes d'une crise internationale et européenne, dans une expérimentation qui produit un modèle politique européen à visée universelle. La crise va atteindre le cœur de l'Europe et nous devons prendre conscience, à partir de l'expérience grecque, que le conflit sera très difficile. Nous devons être réactifs et efficaces dans la ripo ste aux préjudices d'ampleur que nos adversaires essaient de créer afin de stimuler la destruction sociale. Car le populisme est devenu le meilleur allié du néolibéra lisme. Il n'y a pas plus grand mensonge que le préjugé des « peuples du Sud paresseux » qui « ont vécu au-dessus de leurs moyens ». Nous devons démonter ce mensonge et diffuser le message : nous sommes tous visés. L'exemple grec montre qu'il faut même oublier le cadre légal bourgeois tel que nous le connaissons. Les pouvoirs législatif, exécutif et j udiciaire sont aux ordres de la médiocratie moderne, de ces hommes d'affaires cajol és par l'État au nom du « sain esprit d'entreprise » et qui ont reçu des financements publics pendant toutes ces années où ils délocalisaient leurs entreprises et transfér aient leurs fortunes à l'étranger. Un exemple à petite échelle de ce qui prévaut à l'identique dans toute l'Europe. C'est pourquoi, il nous faut dès maintenant promouv oir une stratégie alternative qui tienne compte de l'insuffisance des formes et des outils classiques. La grave crise de la représentation signifie que les mouvements sociaux doivent être notre priorité, non pour les manipuler, mais parce qu'ils sont des éléments essentiels de notre politique qui, dans certains cas, peut être guidée par eux. Enfin, sans action coordonnée au plan européen, nou s ne pourrons pas aller de l'avant. Notre succès en Grèce se révélerait être u n feu de paille si, dans la prochaine période, ne se multipliaient des exemples et des ex périences similaires à travers l'Europe. Nous avons besoin de grandes conquêtes so ciales et aussi de victoires
électorales aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie, en France, en Allemagne... sur tout le continent. Si nous n'y parvenons pas, nous demeurer ons, nous Grecs, un « village gaulois » isolé. Nous avons besoin de coordination, de communication et d'objectifs communs et je suis convaincu que, dans l'avenir, nous pourrons do nner vie au slogan « SYRIZA partout », non comme un modèle ou une recette idéale à « copier-coller », mais comme une expérience de coopération pluraliste, d'union d es diverses cultures politiques progressistes et de convergence dans toute l'Europe. La gauche peut et doit en ce XXIe siècle devenir la première force en Europe.
Athènes, août 2012