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Mallarmé, poésie et philosophie

De
203 pages

Mallarmé est un poète qui traite les problèmes pleinement philosophiques du sens, de la vérité, des possibilités de l’esprit, mais strictement selon la nature et par les moyens de l’expérience poétique. Dans Mallarmé, c’est le vers, le lexique, la grammaire, les images, qui constituent la pensée comme philosophique : ses notions et sa problématique, son discours et sa logique, sa vision des choses et des dieux, son effort et son style.

PIERRE CAMPION

Rééditer aujourd’hui ce livre paru aux PUF en 1994, c’est saluer une double actualité, celle sans cesse renouvelée des actes de pensée qu’agence la poésie de Mallarmé et celle du regard que Pierre Campion porte sur cette poésie. Avec rigueur, beauté du style et intelligibilité, celui-ci nous guide dans l’écriture de Mallarmé et nous révèle sa portée contemporaine, à l’heure d’une longue crise qui en appelle à toute pensée poétique capable d’esquisser un avenir.

PHILIPPE AIGRAIN


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Pierre Campion
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poésie et philosophie
Je révère l'opinion de Poe, nul vestige d'une philosophie, l'éthique ou la métaphysique, ne transparaîtra ; j'ajoute qu'il la faut incluse et latente. (Mallarmé, à Charles Morice, 27 octobre 1892)
2 Pierre Campion| Mallarmé
www.publie.net ISBN 978-2-8145-0387-8 © Pierre Campion & publie.net_tous droits réservés
Dernière mise àjour : 05 février 2011
Mise en page & création graphique_Gwen Catalá
3 Pierre Campion| Mallarmé
Introduction
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I - L'esthétique de la négation
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1. Creuser le vers : le vers comme le lieu du Néant 2. Creuser le vers : le travail littéraire de la négation 3. La tâche philosophique de la littérature : expri-mer la réalité 4. La tâche philosophique de la littérature : imiter, abolir 5. Le sujet poétique : mort et résurrection 6. La littérature, elle-même, comme théorie de sa pratique
II - La poétique de la suggestion
1. Que le poème a un lecteur 2. Le rituel magique 3. Un drame dans l'esprit 4. Le discours poétique du sens
4 Pierre Campion| Mallarmé
5. La constitution imaginaire des possibles dans le poème 6. « La lecture comme une pratique désespérée »
III - L'obscurité dans Mallarmé
1. Que le sens est naissant 2. Le débat avec Proust 3. IV - La poésie comme vision philosophique du monde
1. La métaphysique de Mallarmé 2. Les terrassiers du chemin de fer 3. L'esquisse d'une histoire, d'une économie et d'une politique 4. La crise selon Mallarmé
Conclusion
Chronologie des textes principaux de Mallarmé
Bibliographie
5 Pierre Campion| Mallarmé
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Comment et à quelles conditions un poète comme 1 Mallarmé peut-il être considéré comme un philosophe ? On sent bien que la capacité théorique de ce poète a quelque chose à voir ici. Cette capacité éminente et si particulière éclate dans toute la durée de sa carrière poé-tique, depuis l'article de 1862 sur « l'Art pour tous » et les lettres des années 1864-67, à Cazalis, à Aubanel et à Lefébure, contemporaines des premiers grands poèmes, jusqu'aux grandes proses théoriques des années 1894-97 : rarement un poète sut mieux que Mallarmé ce qu'il faisait
1 Sauf exception, nous renverrons à l'édition de B. Marchal: Mallarmé,Œuvres complètes, Gallimard, Bibl. de la Pléiade, volume I (1998) et volume II (2003), respectivement désignés par OC1 et OC2. Pour la correspondance, nous renverrons à Mallarmé, Correspondance. Lettres sur la poésie, préface dʼY. Bonnefoy, édition de B. Marchal, Gallimard, Folio classique, 1995, désignée par CM. 6 Pierre Campion| Mallarmé
et ce qu'il voulait faire, le raisonna avec plus de rigueur et l'exposa avec plus de force et de clarté, malgré les appa-rences, et c'est pourquoi le fait de considérer Mallarmé comme un philosophe ne représente pas vraiment un paradoxe. Mais la théorie n'est pas nécessairement une activité philosophique. Chez Mallarmé en particulier, la théorie n'est pas explicitement ni directement philoso-phique, et cela justement parce qu'elle remplit exactement la fonction primordiale et spéci"que de toute théorie, qui est de ré#échir, de penser et "nalement d'informer une pratique déterminée : autrement dit, la poésie de Mallarmé est tellement elle-même de l'ordre de la pratique que toute la ré#exion qu'il formule s'absorbe dans la théorie de cette pratique. À la différence de Hugo, Mallarmé ne se présente donc pas comme un philosophe, il n'a pas vraiment d'« idées générales » ni surtout de doctrine constituée, il se veut littéralement et en toute rigueur un homme de lettres. Mais précisément c'est par là qu'il appartient au moment philosophique de son époque : de même que Nietzsche et
7 Pierre Campion| Mallarmé
Marx, ou même Renan (pour prendre une pensée de moins grande classe, et qui n'en atteste que mieux le phénomène), ne se veulent pas des philosophes mais un poète ou des savants qui entendent dépasser la philosophie dans et par leur activité propre, de même Mallarmé est bien un philosophe, mais ce genre de philosophe qui dé-passe philosophiquement la philosophie par son activité poétique, et essentiellement par la disposition critique dans laquelle il l'exerce. Dans une lettre de mai 1867, à l'âge de vingt-cinq ans, Mallarmé cite et reprend à son compte l'expression d'Eugène Montégut, pour énoncer le principe de sa poétique et de son œuvre, qu'il considère comme déjà réalisée :
Il parle du Poëte Moderne,dernier du qui, en fait « est un critique avant tout ». C'est bien ce que j'observe sur moi — je n'ai créé mon Œuvre que parélimination, et toute vérité acquise ne naissait que par la perte d'une impression qui, ayant étincelé, s'était consumée et me permettait, grâce à ses ténèbres dégagées, d'avan-cer profondément dans la sensation des Ténèbres Absolues. La 8 Pierre Campion| Mallarmé
Destruction fut ma Béatrice. (À Lefébure, CM, p. 348) Nous reviendrons sur ce texte, mais déjà on saisit la pertinence et la force d'une image, dans laquelle Mallarmé se décrit en poète « au marteau », ou plutôt en ouvrier mineur foudroyant les sous-sols : la poésie et la poétique de Mallarmé sont philosophiques dans la mesure où elles sont critiques, et critiques des fondements de lavérité, tel est le premier point. Mais elles ne peuvent l'être qu'en restant dans le do-maine des Lettres et en s'y déployant de manière rigou-reuse et radicale. Chez lui, l'abstraction philosophique prendra donc le sens de la réduction des problèmes à leur extrême simplicité, c'est-à-dire au problème de l'usage 2 littéraire des seules « vingt-quatre lettres » dévolues à un écrivain français. En même temps, ces problèmes seront bien ceux que traite la philosophie, même s'il s'agit ici, en quelque sorte, d'une philosophie négative : au niveau au-quel la théorie et la pratique de la littérature les portent
2 C'est l'expression habituelle de Mallarmé et son décompte: le poète, «en tout oubli de l'encombrement intellectuel de ses contemporains, […] a […] pris soin de conserver de son débarras strictement une piété aux vingt-quatre lettres […]» (La Musique et les Lettres, OC2, 66). Apparemment, il s'en tient à «l'orthographe, des antiques grimoires, […]» qui ne notait ni le J ni le V. 9 Pierre Campion| Mallarmé
chez Mallarmé, ils concernent le sens, c'est-à-dire les relations que l'esprit humain institue au sein du monde extérieur et celles qu'il entretient avec ce monde, la na-ture même de cet esprit, le genre de raison(s) que les hommes peuvent mettre en œuvre à l'égard du monde et par conséquent entre eux. En somme, ce qui s'est passé avec Mallarmé peut, pour le moment, s'énoncer ainsi : le travail de la poésie, exclusivement, l'a conduit très rapi-dement à élaborer une critique fondamentale du Sens et, par suite, du fonctionnement de l'Esprit. C'est pourquoi nous nous proposons de décrire et d'analyser la pensée de Mallarmé à travers sa pratique et sa théorie poétiques du sens, à travers la manière même qu'il a de lier celles-ci au sein d'une conception du sens comme étant une production et une action humaines parmi d'autres, à travers les problèmes fondamentaux que cette conception du sens a posés et pose à ceux qui abor-dent les questions du sens et de la signification chez Mallarmé. Nous considérerons donc comme un principe l'idée suivant laquelle la philosophie de Mallarmé doit se lire uniquement dans les traits mêmes de son écriture et
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