Manuel systémique d'accompagnement de la personne

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Description

La systémique est une manière à la fois efficace et respectueuse d'aborder la relation, la résolution des problèmes humains et le développement des potentiels. Elle trouve des champs d'application variés dans le cadre de l'entreprise et également dans la vie de tous les jours. Les aspects pratiques et opérationnels traités dans cet ouvrage s'appuient sur des fondements théoriques issus de la théorie des systèmes, de la théorie de l'information, du constructivisme et de la communication interpersonnelle.

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Date de parution 01 mars 2016
Nombre de visites sur la page 42
EAN13 9782140002847
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Manuel systé Mique
La systémique est une manière à la fois efcace et respectueuse
d’aborder la relation, la résolution des problèmes humains ’ MMet le développement des potentiels. Elle trouve des champs
d’application variés dans le cadre de l’entreprise et également
dans la vie de tous les jours. Les aspects pratiques et opérationnels e la ptraités dans cet ouvrage s’appuient sur des fondements théoriques
issus de la théorie des systèmes, de la théorie de l’information, du
constructivisme et de la communication interpersonnelle.
L’objet de ce livre est de présenter de manière didactique des
techniques issues de ces théories complexes afn que chaque
personne en situation d’accompagner d’autres personnes puisse
puiser au fl de la lecture une source d’inspiration précise au service
de l’exercice de son métier. Il s’adresse aussi bien à des coachs qu’à
des accompagnants en développement personnel, des managers,
des acteurs des ressources humaines, des consultants, formateurs,
enseignants, des travailleurs sociaux, du personnel médical ou
paramédical et tout autre métier ou activité qui suppose une posture
d’accompagnement. Enfn, il apportera des éclairages concrets à
toute personne s’intéressant à la relation et aux mécanismes du
changement.
Coach, formateur, consultant et praticien en développement
personnel, Frédéric Demarquet se spécialise dans diférentes
approches systémiques : Palo Alto, Orienté Solution et Orienté
Objectif. Il accompagne des individuels, des équipes et des
organisations dans la résolution de leurs problèmes et leur
développement. Il a créé le Si Institut et forme et supervise de
nombreux accompagnants à son approche.
Photo de couverture : Gohvito Gunawan
ISBN : 978-2-343-07948-6
9 782343 079486
31 €
HC_GF_DEMARQUET_22,5_MANUEL-SYSTEMIQUE-ACCOMP.indd 1 14/02/16 14:46:53
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Manuel systé Mique
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Manuel systémique
d’accompagnement de la personne



































© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07948-6
EAN : 9782343079486 Frédéric Demarquet





Manuel systémique
d’accompagnement de la personne




















PRÉFACE
L’approche systémique nous invite fondamentalement à penser la
complexité et à agir sur celle-ci. La réalité n’y est pas considérée comme
existant indépendamment de ses observateurs ou de ses acteurs et elle se
construit dans les interactions complexes entre les composantes d’un
système. La logique et les liens de causalité n’y sont pas linéaires, mais
circulaires. Cela nous amène à sortir de nos schémas de pensée habituels qui
décomposent les réalités complexes en unités d’analyse plus élémentaires,
comme nous y invitaient Descartes et son approche analytique cartésienne,
bien présente dans nos sociétés, leurs organisations et leurs systèmes sociaux
et notamment d’éducation. En rupture avec ces modes de pensée analytiques
et positivistes, la systémie nous invite à une approche globale et
constructiviste de la réalité. Donc, moins rassurante et moins confortable.
Dès les travaux fondateurs de Von Bertalanfy sur les systèmes ouverts,
dans les années 1930, jusqu’à sa "théorie générale des systèmes" (1968), en
passant par les travaux transdisciplinaires des Conférences Macy qui
serviront de creuset à l’Ecole de Palo Alto, toute la complexité et la richesse
de l’approche apparaissent. Les modes de pensée et d’analyse systémiques se
diffuseront dans bien des sciences : biologie, médecine et psychiatrie,
physique, sciences humaines et sociales – psychologie, sociologie, sciences
des organisations et du travail…
Ainsi, depuis les thérapies familiales jusqu’au coaching, notamment en
entreprise et dans les organisations, la systémique est une approche
privilégiée pour travailler sur la richesse et la puissance de changement que
recèlent les interactions entre personnes, sujets et acteurs.
Sans esquiver cette richesse et les fondements de l’approche, et en
mettant notamment bien en exergue son ancrage dans les épistémologies
constructivistes, Frédéric Demarquet nous propose une plongée dans la
systémique appliquée à l’accompagnement de la personne, en contexte
professionnel et personnel. Et son intention, au-delà de la découverte des
modèles et écoles, depuis la filiation avec les travaux sur l’accompagnement
thérapeutique des psychiatres de l’école de Palo Alto, est de nous entraîner
dans une exploration « pratico-pratique » des modèles et processus
d’intervention systémique. Rendre accessibles et utilisables concrètement
par des accompagnants, professionnels ou non, de tels modèles est un défi
audacieux : simplifier sans trahir, rendre opérationnel sans appauvrir ou trop
systématiser les processus d’intervention…
Et on peut dire que le défi est largement relevé ! En effet, les nombreux
exemples et illustrations permettent de rendre accessibles des concepts
complexes, voire ardus, et de ne pas perdre le lecteur. L’ouvrage permet de
bien rentrer dans la logique de l’approche systémique de l’accompagnement
et dans sa mise en œuvre. Un des mérites et une des originalités de
l’approche retenue sont également de bien mettre en évidence différentes
écoles et déclinaisons de la systémique dans le domaine de
l’accompagnement – les approches de Palo Alto, celles orientées solutions
ou objectifs… - et de montrer quels en sont les champs d’application.
La démarche retenue par l’auteur est progressive et rend l’ouvrage
accessible à des non-spécialistes. En effet, les développements théoriques et
conceptuels nécessaires à une bonne compréhension de l’accompagnement
systémique sont posés d’emblée. L’auteur nous entraîne ensuite, avec de
nombreux cas très explicites, dans la clinique, la subtilité et la complexité
des processus et des actes d’accompagnement pour aborder enfin les grands
domaines d’application de l’pagnement systémique.
Mais gardons-nous de proposer une lecture strictement linéaire dans la
préface de cet ouvrage qui peut être lu de manière circulaire et non linéaire,
dans un esprit systémique ! Les lecteurs, en fonction de leurs connaissances
préalables et de leurs préférences, pourront y entrer par la théorie et les
concepts, ou par les développements sur la mise en œuvre de l’approche
systémique en accompagnement.
Fondamentalement, ce manuel comble un manque, entre les excellents
ouvrages fondamentaux sur l’approche systémique, et les ouvrages consacrés
à l’accompagnement, et notamment au coaching, qui proposent des « boîtes
à outils » larges et généralistes ou sans ancrage conceptuel clair.
Et l’initiative est bienvenue. En effet, dans une société et des
organisations de plus en plus complexes, en raison notamment de leur
réticularité et de l’interdépendance entre leurs acteurs, l’approche
systémique devient assez incontournable pour tout professionnel de
l’accompagnement, au-delà de ses cadres de référence initiaux. Gageons
qu’après avoir lu cet ouvrage, les lecteurs ne devraient pas oublier, ainsi que
nous y invite Paul Watzlawick que pour se comprendre lui-même, l'homme a
besoin d'être compris par un autre… et que pour être compris par un autre, il
1lui faut comprendre cet autre .
Philippe Vernazobres
Coach de dirigeants et d’entreprise,
Enseignant Chercheur, PSL Research University & Université Paris Est.

1 In : La réalité de la réalité – Confusion, désinformation, communication (1984), Essais
Points.
8 INTRODUCTION
L’accompagnement de la personne a toujours été au cœur des différents
métiers que j’ai exercés, que ce soit en tant que manager, enseignant, coach,
formateur, consultant, hypno-praticien, ou encore superviseur. C’est comme
un fil rouge qui a tissé un lien d’une activité à l’autre et qui m’a amené à
sans cesse m’interroger et me remettre en question sur les meilleurs moyens
à mettre en œuvre pour développer mon efficacité et répondre au mieux aux
attentes des personnes que j’accompagne. Après avoir testé différentes
méthodes, j’ai découvert à l’occasion d’une formation universitaire la
systémique et elle m’est clairement apparue comme la réponse que
j’attendais. Je me suis immédiatement senti en adéquation avec cette
approche de la relation humaine. La systémique semblait correspondre
exactement à mes besoins tant en termes de méthodologie que de posture et
d’éthique. Je me suis alors formé plus en profondeur et j’ai pu voir qu’il
existait différentes façons d’appliquer la théorie des systèmes à
l’accompagnement de la personne. Là où beaucoup font le choix d’une
méthode, j’ai décidé de me former à l’ensemble des méthodes et de les
adapter à mes propres besoins en terme d’accompagnement de la personne et
à ceux de mes accompagnés. Au fil de mes expériences et expérimentations,
j’ai acquis une certaine dextérité tout en remettant sans cesse en cause les
méthodes afin de ne pas les figer et de les faire évoluer au gré des rencontres,
des partages et des applications diverses que j’étais amené à en faire. Je les
ai ensuite enseignées dans différents cadres et l’accueil reçu à l’occasion de
ces formations est à l’origine de l’écriture de cet ouvrage. En effet, ces
sessions de formation recevaient un accueil enthousiaste de la part des
étudiants et stagiaires qui, sachant que j’avais déjà écrit un autre ouvrage,
m’encourageaient dans l’écriture de celui-ci. Je les ai donc entendus et je me
suis demandé ce que je pouvais apporter de plus que les nombreux et
illustres auteurs sur le sujet de la systémique. Il allait de soi qu’un nouvel
ouvrage théorique n’avait pas de sens puisqu’il n’apporterait aucun éclairage
supplémentaire face à la multitude d’ouvrages de grande qualité dans ce
domaine. Puisque ce qui semblait séduire mes étudiants était ma facilité
pédagogique à transformer des théories compliquées en possibilités
accessibles d’utilisation dans le cadre d’accompagnements des personnes, je
décidais donc d’écrire un ouvrage pratico-pratique qui puisse permettre à des
accompagnants déjà formés, ou à d’autres qui découvrent la systémique, de
s’y retrouver dans ces différents mouvements et dans leurs utilisations
concrètes. Lorsque je dis accessibles, ne nous y trompons pas : j’ai fait en
sorte de décrire le plus clairement possible et en évitant le piège de la
simplification réductrice les différentes techniques que j’utilise. Néanmoins,
les applications ne sont jamais aisées et ne peuvent faire l’économie d’un
long entraînement et de formations spécifiques pour en faire un usage
pratique efficace. J’insiste d’autant sur ce point qu’un ouvrage écrit ne peut
rendre compte que de manière partielle de la complexité et de la richesse
d’un accompagnement.
Ce manuel s’adresse à toute personne en situation d’accompagner
quiconque dans le cadre de son activité professionnelle et donc à des coachs,
thérapeutes, formateurs, consultants, superviseurs, mais également à des
managers, des responsables de ressources humaines et aussi à du personnel
médical et paramédical, des travailleurs sociaux, des enseignants… Il est
aussi destiné aux gens qui accompagnent d’autres personnes sans en faire un
métier mais avec une responsabilité tout aussi importante comme des
parents, des bénévoles, des amis attentionnés et enfin, à des individus qui
souhaitent comprendre les rouages du changement et de l’évolution humaine
vus au prisme de la systémique. Chacun pourra puiser dans ces techniques
des sources d’inspirations adaptées à ses besoins et, a minima, enrichir son
approche de la relation humaine et des influences qui s’y jouent.
10 PARTIE 1

Des théories au service de la pratique
CHAPITRE 1

Le constructivisme
Quelques repères historiques
Si l’on retrouve les premières traces de la pensée constructiviste dans les
approches philosophiques de l’antiquité telles que le scepticisme, c’est
Emmanuel Kant qui s’en fera le premier grand porte-parole dans « critiques
èmede la raison pure ». Au 19 siècle, le philosophe allemand Hans Vaihinger
dans « Philosophie du comme si », aborde l’idée de la construction de
modèles que nous ferions à partir de phénomènes et auxquels nous
attribuerions une valeur de réalité.
èmeAu 20 siècle, le constructivisme prendra une place prépondérante avec
les travaux de Norbert Wiener, fondateur de la cybernétique, Grégory
Bateson, fondateur de l’Ecole de Palo Alto et Heinz Von Foerster. Jean
Piaget publie en 1967 « Logique et connaissance scientifique » et devient
une figure incontournable de la pensée constructiviste. Ernst Von Glasfeld
écrira alors de nombreux ouvrages sur le constructivisme radical et enfin
Paul Watzlawick, qui reprit avec brio les travaux de l’Ecole de Palo Alto et
sera une figure de proue de la nouvelle communication, va vulgariser la
pensée constructiviste au travers de nombreux ouvrages dont « L’invention
de la réalité ». Edgar Morin avec son ouvrage « La méthode » et Jean-Louis
le Moigne qui publiera de nombreux ouvrages sur le sujet contribueront,
parmi beaucoup d’autres, à donner ses lettres de noblesse à la pensée
constructiviste. Associée à l’approche systémique, elle va inspirer maintes
pratiques d’accompagnements telles que les thérapies brèves, les thérapies
familiales ou encore le coaching.
Une théorie de la communication et de la relation
« Penser constructiviste » est un incontournable pour qui veut aborder
efficacement et dans le respect de l’autre l’accompagnement des personnes.
Et c’est sans doute un des enjeux majeurs de la communication
interpersonnelle. En effet, tout au long de notre vie, nous allons faire de
nombreuses expériences et ces dernières vont participer à construire notre
représentation de nous-mêmes, des autres et du monde qui nous entoure. Ces
expériences seront toutes vécues en interaction avec un environnement qui
va nous influencer, avec d’autres personnes et enfin avec nous-mêmes.
Lorsque nous interagissons avec nous-mêmes, avec nos pensées, notre
propre langage intérieur, il est intéressant de noter que nous le faisons
toujours en lien avec notre histoire passée, présente et future et donc dans
l’interaction avec notre environnement. Se penser revient donc à se voir,
s’imaginer, se projeter dans le bain de nos constructions mentales qui se
nourrissent de nos interactions d’hier, d’aujourd’hui et de demain. « Penser
constructiviste » implique alors d’intégrer à nos pensées que ce que nous
vivons en termes d’expériences est une construction mentale de cette
expérience, une représentation que nous nous sommes forgée. Par
conséquent, chaque être humain ayant une histoire singulière, il construit des
représentations uniques qui lui sont propres.

A titre d’exemple, imaginez un millier de personnes qui assistent à la
même représentation d’une pièce de théâtre. Vu de l’extérieur et sans
« penser constructiviste », on dira qu’elles viennent de faire la même
expérience et pourtant, il en va tout autrement si on interroge chacune de
ces personnes sur ce qu’elle vient de voir et de vivre. C’est ce qui nous vaut
parfois de vives discussions à la sortie d’un spectacle ou d’une séance de
cinéma, chacun étant persuadé que l’expérience qu’il a vécue est la bonne et
voulant convaincre les autres…

« Penser constructiviste » implique un autre élément important : le
langage. Nous ne pouvons construire nos représentations que par le biais du
langage et nous utilisons pour cela des mots. Nos expériences nous amènent
à fabriquer des mots pour communiquer sur celles-ci, mais également pour
en fixer l’idée. Lorsque nous vivons quelque chose de nouveau, si nous
manquons de mots pour le décrire, alors nous devrons soit fabriquer un autre
mot, soit utiliser une autre forme de langage. Certaines expériences sont très
difficiles à décrire car nous n’avons pas les mots adéquats. Se figurer
quelque chose qu’on ne peut nommer est un enjeu de taille et bien souvent,
nous devons utiliser la comparaison, l’analogie ou la métaphore. L’art sous
toutes ses formes participe à décrire ce qui est indescriptible par les mots et
utilise pour cela une autre forme de langage que l’on nomme analogique. Le
langage par les mots est par définition digital. Il existe donc deux formes de
langage distinctes et complémentaires qui participent à la construction de la
représentation de nos expériences. Les êtres humains ne réagissent pas tous
de la même manière face à ces deux formes de langages. Certains sont plus
habiles avec le langage digital, d’autres avec le langage analogique. « Penser
constructiviste » implique de développer une habileté à utiliser ces deux
14 formes de langage. En effet, le langage digital est très précis mais il participe
à refermer la représentation que l’on se fait de l’expérience vécue et à la
limiter à ce que les mots peuvent décrire. Le langage analogique est en
revanche très ouvert, mais parfois imprécis et ne convient pas à tout type de
communication. Pour développer un mode interactionnel efficace en
fonction des différentes situations rencontrées, nous pourrions donc tendre à
cultiver ces deux modes de langage afin de préciser notre vision et sa
construction, tout en ouvrant des possibilités nouvelles de représentations.

Les Inuits, du fait de leurs interactions constantes avec la neige, ont dû
inventer de très nombreux mots pour la décrire. Un grand nombre de ces
mots ne seraient pas traduisibles dans d’autres langues et pour des
civilisations qui n’ont pas à vivre dans les mêmes conditions. Mais pour les
Inuits, il en va de leur survie quotidienne. Alors, l’invention de ces
différentes appellations leur permet d’appréhender des nuances de neige
qu’un étranger ne pourrait voir. Cependant, l’ensemble de ces mots ne sont
pas en mesure de décrire la complexité des expériences qu’ils peuvent vivre
avec la neige et ils ont dû aussi inventer des histoires, des contes…

Tout ceci implique que nos expériences participent à construire notre
langage, qu’il soit digital ou analogique, mais également que le langage
détermine notre manière de vivre l’expérience et de nous la représenter.
L’évolution humaine a permis en premier lieu le développement du langage
analogique pour progressivement glisser vers le langage digital au gré des
besoins en termes d’adaptation et de survie. L’être humain est un être
communicant qui évolue dans l’interaction avec son environnement et qui
construit la représentation de ses expériences par le biais des deux formes de
langage qui sont à sa disposition. « Penser constructiviste », c’est être dans la
conscience que les constructions mentales sont aussi nombreuses et
différentes que le sont les personnes et d’intégrer cette conscience à son
propre mode de communication. C’est donc se construire une représentation
qui intègre l’idée même du constructivisme.
Lorsqu’on s’inscrit dans une dynamique de changement, de
développement, d’apprentissage, « penser constructiviste » est un des
éléments fondamentaux qui permettra d’optimiser, d’ouvrir, de débloquer
certaines situations. On pourrait dire que la pensée constructiviste est,
audelà d’un moyen, un terreau dans lequel les évolutions possibles pourront
puiser une partie de la nourriture nécessaire à leur croissance.
Une ou des réalités
La réalité se divise selon deux types distincts : un type de réalités avec
lequel l’ensemble des êtres humains pourraient être d’accord et que l’on
15 nomme « réalités de premier ordre » et un type de réalités qui appartient à
chacun, qui est singulier et individuel et que l’on nomme « réalités de second
ordre ».
Les réalités de premier ordre sont des réalités factuelles ou
scientifiquement prouvables, en tout cas, au regard des différentes sciences
aujourd’hui, et à la condition d’accepter ce qu’elles nous disent. On pourrait
également dire que les réalités de premier ordre sont des réalités de terrain,
sorties de l’observation et des déformations que celles-ci peuvent engendrer.

Par exemple, si vous entrez dans une pièce dans laquelle se trouvent 10
chaises, 3 autres personnes et une table, on peut dire que cette observation
factuelle entre dans la catégorie des réalités de premier ordre et que tout
être humain verra les mêmes éléments en entrant. Par contre, si la table
vous rappelle celle qui était chez votre grand-mère, peut-être allez-vous être
ému à sa vue, faisant revivre en vous des souvenirs ? L’interprétation que
vous en faites à ce moment-là s’inscrit dans la catégorie des réalités de
second ordre.

Les réalités de second ordre sont la représentation que nous nous faisons
d’une expérience vécue, représentation qui est influencée par notre passé,
nos idées, nos valeurs, notre personnalité, nos cultures (ethniques,
religieuses, familiales, professionnelles, idéologiques…), notre état d’esprit
du jour, notre humeur… On peut alors avancer qu’en réalités de second
ordre, il n’existe pas de réalité en soi, mais uniquement une réalité pour soi.
Il en découle donc qu’en second ordre, il existe autant de réalités possibles
que d’êtres humains et que ces réalités individuelles sont en perpétuelle
évolution.

Je vais prendre un autre exemple : si je vous parle d’eau, on sait que sa
formule moléculaire est H2O. Cela signifie que chaque molécule d’eau est
constituée de deux molécules d’hydrogène et d’une molécule d’oxygène.
Jusqu’à preuve du contraire, les êtres humains sont tous d’accord sur ce fait
scientifiquement prouvé, ce qui en fait une réalité de premier ordre.
Maintenant, essayez de visualiser ce que représente pour vous l’eau...
Chacun peut en faire une évocation subjective selon son imaginaire nourri
de son histoire. Vous entrez là dans une réalité de second ordre.

Lorsque nous vivons une situation quelle qu’elle soit, les deux types de
réalités sont toujours présents et se chevauchent. Chaque expérience va
contenir des éléments factuels et précis sur lesquels tout le monde tombera
d’accord et des éléments issus de nos représentations qui nous appartiennent
et sont uniques. Bien souvent, une confusion s’opère entre premier et second
ordre et, plus particulièrement, le second ordre est confondu avec le premier.
Ceci entraîne des distorsions dans la perception des expériences vécues et
16 participe à créer des difficultés relationnelles et personnelles. Un
accompagnement de la personne visera, entre autres choses, à participer à la
création de réalités plus adaptées à l’évolution souhaitée et l’accompagnant
devra porter une attention particulière à la réalité de l’accompagné, en
distinguant nettement premier et second ordre.
« Penser constructiviste » nécessite d’intégrer cette idée qu’il existe
autant de réalités de second ordre que de personnes et que, de plus, ces
réalités évoluent en permanence. Cette implication entraînera alors une
conscience qu’en second ordre, chacun a raison pour soi et que tout le
monde pourrait en théorie avoir tort pour tout le monde, puisque la réalité
n’existe pas dans cette catégorie. On en arrive donc à l’idée que « penser
constructiviste » revient à accepter que chacun a une réalité de second ordre
différente et a, par conséquent, raison dans sa réalité. Cela va alors conduire
à des conséquences relationnelles et interactionnelles importantes et, entre
autres, va nous ouvrir la possibilité d’accueillir l’autre dans sa singularité.
Les implications dans les différents types d’accompagnement des personnes
seront importantes et reprises au cours des prochains chapitres.
Les réalités de second ordre comme processus cognitif
Les réalités de second ordre sont donc la résultante des interprétations
que nous faisons au cours de nos expériences et de nos observations. En cela,
elles sont en mouvement plus ou moins permanent et évoluent au cours de
notre vie.
Les fonctions cognitives couvrent différents domaines dont la perception,
l’attention, la mémoire, le langage ou encore les activités intellectuelles
telles que penser, réfléchir, analyser, synthétiser… Le cognitif participe
donc, de manière directe, à la construction de nos réalités de second ordre en
utilisant des réalités de premier ordre et en croisant d’autres phénomènes tels
que les émotions, l’affectivité, la motivation…

Prenons l’exemple d’un homme qui arrive au travail après avoir eu une
dispute virulente avec sa femme au petit déjeuner. Lorsqu’il arrive, il croise
sa secrétaire et, de mauvaise humeur, répond froidement à son « bonjour »,
le tout en se disant que s’il avait une secrétaire plus efficace, les choses
seraient plus faciles. Il se rappelle le dossier remis la semaine passée et
bourré de fautes. Pourtant, la veille au soir, il avait pris le temps de discuter
quelques minutes avec elle et l’avait trouvée plutôt sympathique. Il s’était
alors dit que personne n’était parfait, qu’il fallait bien lui passer certaines
lacunes et qu’elle apprendrait progressivement.

Dans cet exemple, on voit comment notre homme construit sa réalité
visà-vis de sa secrétaire. Pour cela, il part de sa mémoire, de son vécu, de la
17 perception qu’il a de ses expériences, de l’attention qu’il porte à certains
éléments, de son langage interne, de ses facultés d’analyse et aussi de ses
émotions, de ses affects… Pour construire cette réalité, il procède
inconsciemment à un tri des informations qu’il a reçues et s’engage ainsi
dans une direction de pensée et, par conséquent, d’action. A partir
d’observations, il fabrique par la pensée une règle, une norme dans laquelle
il va classer sa secrétaire. C’est comme s’il ouvrait un dossier « inefficace »
dans lequel il la range. Le fait même de cataloguer ainsi sa secrétaire va
participer à construire la suite de leur relation. Cette construction sera
influencée par la recherche plus ou moins consciente de nouvelles
informations qui vont valider les premières.
Les engagements qui nous engagent
Dans l’exemple cité dans le chapitre précédent, on voit que le
protagoniste s’engage dans une direction dès lors qu’il construit sa réalité.
On ne peut en effet façonner notre réalité que par des engagements
successifs. Il est au commencement un engagement, bien souvent relégué
dans notre inconscient et donc oublié, qui a entraîné un second engagement,
puis un troisième, chaque engagement dans la même direction renforçant
cette direction.

Imaginons une jeune femme qui a entendu dire que de s’inscrire dans une
voie scientifique était plus sûr en termes d’orientation professionnelle. Elle a
alors adhéré à ce qu’elle a entendu dire et s’est dirigée vers une seconde
scientifique, a passé un bac S, avant d’enchaîner avec une prépa. Comme
elle aimait bien l’informatique, elle s’est ensuite inscrite dans une école
d’ingénieurs spécialisés. Aujourd’hui, elle exerce le métier d’ingénieur
informatique depuis 4 ans dans une société qui fabrique des logiciels.

Dans cet exemple, on voit comment cette jeune femme a reçu des
informations de son environnement, à savoir que la voie scientifique était
plus sûre et comment elle a adhéré à cette idée. Cette adhésion sera son
premier engagement et elle intègre cette notion dans sa réalité. A partir de là,
on dit que l’engagement va créer un effet de gel qui rendra plus difficile un
changement de direction. En effet, l’engagement pris empêche de voir
d’autres possibilités. Les mises en actes qui vont suivre, à savoir
l’orientation successive dans les études et le premier emploi vont
systématiquement renforcer l’effet de gel et l’engagement lui-même. C’est
ainsi que nous oublions souvent les raisons mêmes qui ont motivé certains
de nos choix. Nous nous construisons dans notre réalité plein d’autres
justifications qui vont renforcer l’idée même du choix et créer une escalade
d’engagements. Chaque décision enlève, in facto, d’autres possibilités. Le
18 renforcement de la représentation que nous nous faisons participe ainsi à la
construction de notre réalité. Il en va de même pour les choix idéologiques,
les opinions ou encore les valeurs auxquelles nous adhérons.
Des croyances qui nous limitent
Parmi les engagements que nous prenons, se trouve un type
d’engagement particulier qui participe à construire notre réalité individuelle.
On nomme ces engagements « croyances ». Les croyances sont des idées
auxquelles nous adhérons et qui deviennent des filtres pour décoder nos
expériences. Les croyances sont toutes en soi limitantes puisqu’elles font
partie de la catégorie des engagements. Par conséquent, elles entraînent un
effet de gel qui nous empêche de voir certaines choses qui ne cadreraient pas
avec nos croyances. Une croyance agit bien souvent malgré nous, et
participe à trier les informations que nous captons sans que nous en ayons
conscience. Parmi nos croyances, certaines sont tout à fait intéressantes,
alors que d’autres deviennent des freins à notre développement, à nos
apprentissages et à nos possibilités d’évolution. Nos croyances vont
participer à conditionner des pensées, des actions et peuvent parfois nous
entraîner dans des boucles cognitivo-comportementales à répétition.

Imaginons un homme qui vient d’être engagé dans un nouveau poste. Cet
homme a une forte croyance sur lui-même qui pourrait se résumer ainsi : je
ne suis pas quelqu’un qui paraît sympathique, je suis froid et, par
conséquent, les autres ne m’apprécient pas. Le matin de sa première
journée, il a une demi-heure de trajet en voiture pour se rendre sur son lieu
de travail. Pendant le trajet, il anticipe son intégration et il imagine
comment les choses vont se passer. Sa croyance agit alors déjà comme un
filtre cognitif qui dirige sa pensée dans certaines directions. Ainsi, il se dit
que ça va être comme à chaque fois, ses collègues ne vont pas l’apprécier et
il va se sentir isolé. Il sera mal à l’aise et, progressivement, sera mis de côté.
Les autres parleront dans son dos, on lui proposera au début de venir
déjeuner avec le groupe par politesse, puis, petit à petit, on ne le lui
proposera plus. De toute façon, il ferait mieux de trouver un job solitaire. Au
moins, il ne serait plus confronté sans cesse à ce genre de situations. Et
notre homme continue son trajet tout en laissant ses pensées vagabonder.
Progressivement, il sent le stress monter. Il se sent de plus en plus mal à
l’aise. Enfin, il arrive sur le parking de l’entreprise et là, il n’a plus qu’une
envie : rebrousser chemin et rentrer chez lui. Mais il faut bien travailler,
alors il prend son courage à deux mains et il se présente à l’accueil. Une
hôtesse le reçoit et appelle son manager qui vient le chercher pour le
présenter au reste de l’équipe. Evidemment, l’emballement de ses pensées
n’est pas sans conséquence : il se présente à l’équipe avec une attitude et un
19 visage fermés. C’est d’une certaine manière une façon pour lui de se
protéger d’une situation anxiogène. Les autres membres de l’équipe le
regardent et eux-mêmes sont aux prises avec leurs propres croyances face à
ce visage fermé. Certains associent un visage fermé à une personne peu
sympathique, d’autres à une personne qui n’a pas envie d’être dérangée.
Tout ceci se joue très vite, bien souvent suffisamment vite pour que l’on n’ait
pas le temps de prendre conscience des associations que nous faisons
lorsque nous sommes dominés par certaines croyances. Peut-être d’autres
membres de l’équipe penseront qu’il est mal à l’aise et tenteront de l’aider à
s’intégrer pour son premier jour. Du fait, peut-être vont-ils aussi l’aider à
modifier sa croyance, mais rien n’est sûr, car notre homme va avant tout
percevoir toutes les informations qui vont aller dans le sens de la croyance
et donc la valider. Remarquer et prendre en compte les signes qui vont à
l’encontre de la croyance sera plus difficile. Par exemple, si la croyance est
très forte et que quelqu’un lui sourit, il est à même de penser que cela cache
quelque chose, que ce n’est pas normal.
Notre homme croit donc que les autres ne l’apprécient pas, ce qui
conditionne un comportement froid que l’on pourrait appeler un mécanisme
de défense, de protection. Mécanisme qui va participer au fait que les autres
vont le mettre à l’écart. Il va alors pouvoir constater cette mise à l’écart, ce
qui va entraîner une validation et donc un renforcement de la croyance. La
boucle se referme et entraînera une prochaine boucle.
Les prophéties AA
Dans l’exemple ci-dessus, notre homme déclenche malgré lui une
prophétie auto-accomplissante, appelée également prophétie
autoréalisatrice. Bien souvent, du fait du mécanisme de protection qui en résulte,
nos craintes liées à nos croyances participent à déclencher ce que nous
redoutons.

Imaginons une femme qui travaille dans le même bureau qu’une collègue.
Depuis bien longtemps, elle trouve cette collègue agaçante car elle ne cesse
de se plaindre et passe son temps à râler. Aussi, pour éviter qu’elle ne
vienne se lamenter trop souvent, la femme fait semblant de ne pas entendre
ses remarques, ignore les petites réflexions sur les uns et les autres, sur le
travail et feint de rester concentrée. Sa collègue ne se sentant pas prise en
compte et écoutée, commence alors à râler plus fort et entre de plus en plus
dans la plainte.

Bien souvent dans des cas comme celui-ci, un étiquetage participe à
mettre en place la boucle redoutée. En effet, nous confondons fréquemment
les comportements des personnes avec les personnes elles-mêmes. La langue
20 française participe à construire cette confusion puisque nous employons
fréquemment le verbe être pour parler des comportements : il est paresseux,
il est distant, elle est maniaque… Cette confusion entraîne une réduction de
la personne à un comportement et, du coup, un contre-comportement que
l’on pourrait dire adaptatif. Ceci entraîne un renforcement du comportement
initial, et ainsi de suite.

Une femme se plaint que son mari n’est pas capable de faire quoi que ce
soit de bien à la maison pour l’aider. Aussi, elle fait tout dans la maison
puisque son mari n’est pas en mesure de bien faire les choses. Evidemment,
puisqu’elle s’occupe de tout, le mari en fait de moins en moins et la femme
accentue ainsi le comportement du mari qui accentue celui de sa femme…

Dans ce genre d’exemple, chacun pensera que l’autre est responsable et
aura sa théorie sur la question. Chacun validera ses croyances sur l’autre et
aboutira à créer ce dont il se plaint.

Observons maintenant une famille qui se plaint que le fils cadet est très
colérique. Ce fils a donc été étiqueté colérique. Effectivement, si on regarde
les interactions dans la famille, on peut voir ce fils développer fréquemment
des comportements de colère. Un jour, il est invité à passer une semaine de
vacances dans la famille d’un de ses amis. On peut alors observer qu’il ne
développe aucun comportement de colère dans ce nouveau contexte.

Cela peut permettre de déduire que cet enfant n’est pas colérique en soi,
mais qu’il développe des comportements de colère dans un certain
environnement et en interaction avec cet environnement. Ceci met en
évidence le principe d’influences comportementales réciproques.
Les influences comportementales réciproques
Avant de parler d’influences comportementales réciproques, il est
nécessaire d’évoquer l’un des principes essentiels de la communication
interpersonnelle : « on ne peut pas ne pas communiquer ». Une déclinaison
possible est : « On ne peut pas ne pas influencer ». En effet, lorsque nous
sommes en présence d’autres personnes, quand bien même nous
souhaiterions ne rien communiquer, nous entrons inévitablement en
interaction avec notre environnement et, par conséquent, nous l’influençons.

Observons cet homme qui entre dans la salle d’attente du médecin.
Lorsqu’il arrive, quatre autres personnes sont assises. Il dit un bonjour
discret et deux personnes le regardent et lui répondent. Les deux autres
continuent de lire leur revue et ne réagissent pas. Pourtant, celles qui n’ont
21 pas répondu communiquent au moins autant que celles qui ont répondu. De
même que cet homme influence le comportement de l’ensemble des
personnes, qu’elles choisissent ensuite de répondre ou non.

Lorsque nous communiquons les uns avec les autres, nous nous
influençons forcément et, en cela, nous détenons une part de responsabilité
sur le comportement des autres qui détiennent également une part de
responsabilité sur notre comportement.

Imaginons un formateur qui anime une session devant un groupe de
quinze personnes. Il débute sa journée et, au bout d’une demi-heure, il
observe que certaines personnes ne semblent pas très concentrées. Il en
déduit que le sujet ne les intéresse pas et qu’il ne sait pas le rendre vivant. Il
perd alors confiance et se trouble. Il devient nerveux et, progressivement, le
groupe se désintéresse de plus en plus du sujet.

Lorsqu’on parle d’influences réciproques, il est important de ne pas
l’appréhender sur un mode accusatoire ou culpabilisant, puisqu’il s’agit bien
d’un incontournable de la communication. L’intérêt de ces influences
réciproques réside dans le fait que si nous sommes en partie responsables
d’un comportement qui ne nous convient pas, nous sommes alors, par
définition, tout aussi capables de le faire évoluer vers un comportement plus
adapté à nos attentes.
Il convient cependant pour des accompagnants d’être fort prudent avec
l’utilisation de cet aspect interactionnel. En effet, au delà du sentiment de
culpabilité qu’il peut entraîner pour l’accompagné, il pourrait également
participer à inciter l’accompagnant à se positionner en faveur de l’une ou
l’autre des parties. Ceci mérite alors la mise en œuvre d’une vigilance
particulièrement redoublée et de fortes précautions dans le cadre
d’accompagnements.
La puissance de l’implicite
Lorsque nous entrons en interaction avec d’autres personnes, nous
communiquons au travers du langage, qu’il soit digital ou analogique, mais
nous communiquons également à travers nos comportements, nos émotions,
nos attitudes… On parle alors de communication non verbale (tout ce qui
touche à l’observation visuelle) et de communication para-verbale (tout ce
qui touche aux intonations vocales, à l’auditif). Les études d’Albert
Mehrabian ont mis en évidence l’impact du langage visuel et auditif dans la
communication et démontrent qu’une grande partie de ce que nous
percevons est issue des implicites véhiculés par ces deux autres formes de
22 langage. Les implicites sont également transmis par des intentions plus ou
moins conscientes qui nous animent.
Nous pourrions considérer que lorsque nous communiquons, les
messages que nous transmettons sont soigneusement disposés, à la fois sur,
et également dans une commode. Sur la commode, bien visibles, se trouvent
les messages explicites, factuels, clairement énoncés et que l’on nomme
« informations ». Dans les tiroirs de la commode, se nichent les messages
implicites, plus ou moins visibles selon si les tiroirs sont ouverts ou fermés.
Parmi les implicites, on peut distinguer ceux que l’on nomme
« injonctions » ou « ordres » et qui visent à mettre nos interlocuteurs en
mouvement, à obtenir une réponse comportementale.

Imaginons par exemple un père de famille se réveillant un dimanche
matin et qui, au petit déjeuner, lance joyeusement à ses enfants et son
épouse : « Il fait vraiment un temps magnifique aujourd’hui ! ».
L’information est clairement énoncée et posée sur la commode : « Il fait
un temps magnifique aujourd’hui ». Mais, caché dans un tiroir, ne dit-il pas
également : « Ce serait bien que l’on sorte faire une balade en forêt cet
après-midi plutôt que de regarder un film à la télévision » ? Il y a là
peutêtre une intention cachée, plus ou moins consciente, qui rentre dans la
catégorie d’implicites de type ordre ou injonction.

Les implicites sont bien souvent beaucoup plus puissants que les
explicites et nous réagissons en priorité à leur écoute, bien que le message ne
soit pas clair et que nous n’avons pas toujours bien conscience de ce à quoi
nous réagissons.

Imaginons un homme qui dit à sa femme sur un ton agacé « Mais oui je
t’aime ! ». Il est évident que cette dame ne pourra pas entendre
l’information « oui je t’aime » et qu’elle entendra toute autre chose du type
« arrête de me casser les pieds ! ». Cette fois, l’implicite est suffisamment
clair pour qu’elle l’entende en toute conscience et qu’elle puisse y répondre.
Le tiroir de la commode est grand ouvert !

Dans le dernier exemple, on peut voir que certains mots véhiculent
également de forts implicites au-delà des messages visuels et auditifs. Le
« mais » placé en début de phrase appuie et renforce grandement l’implicite.

Observons maintenant un couple qui se promène dans une rue
commerçante. En passant devant une boutique de vêtements, la femme dit
« Chéri, tu as vu la robe dans la vitrine, elle est vraiment magnifique ! »
L’information est donc « La robe dans la vitrine est magnifique ». Peut-être
dans un tiroir, on peut apercevoir « Tu veux bien me laisser le temps de
l’essayer ? » ou encore « Je peux me l’offrir sur le budget du mois ? ». Et le
23 mari répond en regardant sa montre « N’oublie pas qu’on va dîner chez ta
mère ». Une chose est sûre : il ne répond pas à l’information. Réagit-il à
l’un ou l’autre des implicites ? Si on regarde la situation en prenant de la
hauteur, on voit que ce couple est marié depuis un an et qu’ils vont dîner
tous les samedis soirs chez la mère de Madame et que Monsieur aimerait
bien passer de temps en temps un samedi seul avec sa femme, ou avec des
amis. Comme il sait que sa femme est assez proche de sa mère et que le sujet
est sensible, il n’a pas osé l’aborder de manière directe et, peut-être alors
véhicule-t-il un implicite de type injonction comme « j’aimerais que nous
arrêtions d’aller chez ta mère tous les samedis ». Cet implicite est dans un
tiroir plutôt bien fermé et il n’est pas sûr que sa femme puisse l’entendre. En
revanche, elle va vraisemblablement interpréter la réponse d’une manière
qui pourrait entraîner une belle dispute !

Dans l’exemple ci-dessus, on voit comment cette dame peut interpréter le
message de son mari qui donne une information (on va dîner chez ta mère)
qui n’est pas du tout en rapport avec l’information qu’elle-même a donnée
(la robe est magnifique). Elle va donc interpréter ce message à travers le
prisme de ses propres représentations, de sa réalité, et va réagir en fonction
de son interprétation. En effet, les implicites que nous véhiculons étant par
définition imprécis, ces derniers vont donner libre cours à des
interprétations, source de difficultés de communication, et
d’incompréhensions.
Parmi les implicites, on trouve également une autre catégorie qui est la
qualification de la relation. Lorsqu’on communique, notre attitude dit à
l’autre de quelle manière nous nous positionnons par rapport à lui et
comment nous le positionnons par rapport à nous.

Imaginons par exemple un manager qui dit à son équipier « Quand vous
serez chez le client, vous devrez prendre garde de ne pas évoquer les aspects
financiers. Je m’en chargerai ». Au-delà de l’information, il qualifie les
rôles de chacun et donc la relation.

Pensons également à un homme qui dit à son collègue « Tu aurais quand
même pu faire attention ! ». On voit là une qualification de la relation qui
pourrait dire à un niveau implicite : « A ta place j’aurais fait autrement ! »
et donc « Je suis mieux que toi ! ».

Les implicites de qualification de la relation entraînent soit une
acceptation de la qualification, ce qui conduira à une relation de type
complémentaire, soit un refus et donc une compétition, ce qui aboutira à une
relation de type symétrique.
Les règles interactionnelles, relationnelles et communicationnelles se
définissent et se jouent en grande partie à des niveaux implicites. Ces
24 implicites participent pour une large part à la construction de notre réalité, de
nos croyances sur les uns et les autres, sur nous-mêmes, sur les différentes
situations que nous rencontrons. Aussi, savoir les reconnaître et leur donner
la part qui leur incombe dans la communication interpersonnelle est un enjeu
important de développement.
En guise de conclusion
Avant de conclure ce chapitre, je vais donner un dernier exemple qui
reprend l’ensemble des éléments étudiés. Cet exemple est issu d’une
expérience qui a été faite aux Etats-Unis dans les années soixante-dix :

On avait confié un groupe d’étudiants à deux enseignants. De manière
aléatoire, le groupe avait été scindé en deux et on avait dit au premier
enseignant qu’il avait le groupe des plus doués et au second qu’il avait le
groupe des plus difficiles. De cette manière, la réalité de second ordre des
enseignants a été manipulée par les expérimentateurs. On avait pris soin de
leur en parler suffisamment longuement pour s’assurer qu’ils s’étaient bien
chacun engagés dans leurs croyances respectives sur le groupe qui leur était
confié. Quelques mois plus tard, le groupe des doués obtenait de très bons
résultats et le groupe des difficiles des résultats médiocres.

Cet exemple montre bien les processus cognitifs des enseignants qui, à
partir d’une forte influence, basculent dans une représentation normée et
développent une croyance sur chacun de leur groupe. Pour cela, ils se sont
engagés à voir les étudiants comme on les leur a décrits et ils ont
vraisemblablement recueilli au fil du temps tous les indices qui ont validé et
renforcé leurs croyances dans leurs réalités de second ordre. Ceci va
entraîner, par le jeu des influences réciproques, des conséquences fortes sur
les étudiants. Ils vont finir par cadrer avec la croyance de leur enseignant et
développer eux-mêmes une croyance similaire, qui va à son tour engendrer
des modifications dans les processus d’apprentissage et de développement.
Ces influences se sont construites en grande partie dans le terreau des
implicites véhiculés et vont participer à créer la prophétie AA.
Cet exemple est particulièrement intéressant dans le présent ouvrage qui
traite de l’accompagnement des personnes. En effet, il met en lumière
comment la pensée constructiviste peut être utilisée pour participer au
développement de l’autre ou, au contraire, pour le freiner dans son ent. Nous ne pouvons pas ne pas influencer nos accompagnés,
aussi il est souhaitable de les influencer dans le sens désiré et, dans cette
perspective, de développer des croyances aidantes qui permettront à la
prophétie de s’accomplir selon les besoins et les demandes de l’accompagné
25 lui-même. Ce dernier sachant mieux que quiconque ce qui est bien et
profitable pour lui à l’instant de son accompagnement.

Intégrer la pensée constructiviste à son rapport au monde, aux autres, et
en tenir compte dans ses interactions avec son environnement est un défi
quotidien tant notre culture est influencée par des normes et des modèles.
C’est cependant un défi qui, relevé, peut ouvrir des possibilités d’adaptation,
de souplesse, de curiosité, d’agilité nécessaires pour vivre et, bien sûr pour
accompagner les personnes dans leur développement et la résolution de leurs
difficultés. Dans les chapitres qui suivront, la pensée constructiviste sera
omniprésente et, au-delà des aspects théoriques, voir philosophiques, nous
en verrons les aspects pragmatiques et pratico-pratiques. Il va de soi que vu
sous l’angle constructiviste, le constructivisme n’est qu’une représentation
parmi d’autres des phénomènes complexes que sont la construction mentale
et ses implications dans les relations humaines qui influencent la
construction mentale… Cette représentation a l’avantage qu’elle apparaît
comme aidante car adaptative, respectueuse, éthique, et donc écologique.
C’est une manière de se représenter nos différentes expériences qui,
associées à l’approche systémique, participent à aborder la complexité des
situations interactionnelles en évitant les blocages et les freins à l’évolution
et aux changements désirés. En cela, on peut dire que cette façon
d’appréhender les choses réduit la complexité, d’une part en évitant le piège
des normes et des modèles qui enferment et sclérosent les possibilités et,
d’autre part, en contournant la tentation de tout comprendre de cette
complexité qui, par définition, restera peu compréhensible.
26 CHAPITRE 2

La systémique
Repères historiques
La systémique liée aux sciences humaines et à la communication est
initiée par les travaux et recherches de Grégory Bateson, anthropologue et
fondateur de l’Ecole de Palo Alto. En 1942, il assiste aux conférences Macy
qui réunissent des chercheurs dans des domaines de sciences très variées,
notamment Norbert Wiener, fondateur de la cybernétique qui inspirera
largement les travaux de Bateson. Dix ans plus tard, en 1952, il réunit trois
autres scientifiques : John Weakland, ingénieur chimiste et
psychothérapeute, Jay Haley, étudiant en sciences sociales et futur psychiatre et
William Fry, psychiatre, et crée ainsi le groupe de Palo Alto. Ils seront
rejoints en 1954 par Don D. Jackson, psychiatre qui travaille notamment sur
la schizophrénie et les interactions familiales. C’est à cette période qu’un
autre acteur entre en scène, Milton Erickson. Il ne fera pas, à proprement
parler, partie du groupe, mais exercera une influence très forte par son travail
sur la relation thérapeutique et les influences qu’exerce le thérapeute sur son
patient.
En 1956, le groupe publie la théorie de la double-contrainte qui va
grandement influencer la psychiatrie moderne.
En 1958, un autre collectif parallèle se forme sous l’impulsion de
Jackson, le Mental Research Institute. Outre Jackson, il est constitué de Jules
Ruskin, psychiatre, de Virginia Satir, psychologue et sera complété en 1961
par Paul Watzlawick, psychothérapeute et psychanalyste qui jouera un rôle
majeur par ses écrits, et ensuite par Richard Fisch, psychiatre.
Les influences des travaux et des publications de l’Ecole de Palo Alto
sont considérables et alimentent encore les découvertes actuelles. Leur force
tient en grande partie à l’équilibre entre la théorie et les applications
pratiques. De nombreuses approches modernes de la communication, de la
thérapie, du coaching, du développement personnel ont pris racine dans ces
recherches qui révolutionnèrent l’idée même de la communication et de son
importance dans le développement des systèmes humains.
Qu’est-ce qu’un système ?
Dans la définition qui va suivre, nous allons nous intéresser
particulièrement aux systèmes humains qui sont l’objet de ce livre. Il existe
bien sûr d’autres systèmes vivants et également des systèmes mécaniques,
informatiques ou autres, qui ne s’attachent pas au vivant et que l’on nomme
systèmes inertes.

« Un système est un ensemble complexe d’éléments qui entrent en
interaction les uns avec les autres, qui échangent de l’information, de
l’énergie et qui s’autorégulent dans le but d’assurer leur équilibre, leur
développement et leur survie. Chaque système peut être lui-même un
soussystème qui devient alors un élément d’un système plus large. »

A titre d’exemple, nous pourrions citer un vendeur en boulangerie dans
la grande distribution qui est un sous-système de l’équipe de vendeurs, qui
est un sous-système du service boulangerie qui est un sous-système du
magasin, qui est un sous-système de l’enseigne, qui est un sous-système du
groupe…
Et le vendeur lui-même, en tant qu’être humain, est déjà à lui seul un
système complexe qui est constitué de sous-systèmes organiques,
physiologiques, émotionnels, psychiques, eux-mêmes constitués de
soussystèmes plus petits…

Si l’on considère le tout comme un système, on peut alors partir de
l’infiniment petit étudié aujourd’hui, entre autres, par les sciences
quantiques, pour aller vers l’infiniment grand, le cosmos ou encore l’univers.
Les éléments ou sous-systèmes sont en interaction les uns avec les autres,
c'est-à-dire qu’ils communiquent, s’influencent, échangent des informations,
de l’énergie, et ces flux sont la nourriture même du système. Ils garantissent
son évolution par régulations successives. La régulation étant un mécanisme
d’adaptation aux différentes interactions, aux informations qui en découlent
et donc aussi aux différents changements.
Dans les systèmes humains, on doit également intégrer des éléments
inertes dès lors qu’ils entrent en interaction avec les humains et les
influencent.

Par exemple, les radars posés le long des routes influencent les
conducteurs qui vont autoréguler leur vitesse dès lors qu’ils ont conscience
de la présence du radar. On peut alors définir le radar comme un élément
inerte, qui sera néanmoins à considérer si on étudie le système des
conducteurs d’automobiles dans un pays.
De même, une règle de sécurité dans une entreprise est un élément inerte
qui va influencer les comportements humains.
28 On peut également penser à l’influence des nouvelles technologies sur les
comportements des êtres humains.
Les propriétés des systèmes humains
La finalité
La finalité est ce vers quoi tend le système et qui va conditionner des
comportements, des intentions, des interactions particulières entre les
éléments. La finalité ultime est cependant toujours la survie du système et on
pourrait alors dire qu’il existe des finalités de moyens qui vont toujours
tendre vers la finalité ultime.
La finalité est vécue de manière plus ou moins consciente par les
systèmes et leurs éléments et, par conséquent, les comportements émergents
ne sont pas toujours conscients. Ils se génèrent comme des mécanismes
d’adaptation permettant aux systèmes de poursuivre leurs buts tout en
s’adaptant aux pressions environnementales par des régulations
autogénérées.
La finalité peut cependant aussi être consciente et intentionnelle. Elle est
alors clairement énoncée par le système et ses éléments.
Parfois, il existe des décalages entre la finalité intentionnelle affichée et
une finalité inconsciente. Ceci génère alors des comportements qui peuvent
paraître contradictoires au premier regard et seule une observation
minutieuse permettra de mettre à jour cette double finalité qui crée un
dysfonctionnement.

Imaginons une famille composée des parents et de trois enfants. La
finalité affichée est « nous devons toujours aider les autres ». On peut alors
voir cette finalité comme un moyen de finalité puisque la finalité restera la
survie de la famille. Cette survie ne peut exister dans la représentation
commune et agréée que, entre autres, par le moyen énoncé et donc la
solidarité vers d’autres systèmes. Cependant, cette famille traverse une
période difficile et le repli sur elle-même devient alors essentiel pour garder
son équilibre. Une finalité plus inconsciente pourrait alors émerger et entrer
en conflit avec la finalité affichée. Dans certains cas, ce type de conflits de
finalités peut entraîner des difficultés et des dysfonctionnements par la mise
en péril de certaines règles, de certaines valeurs qui génèrent alors de la
culpabilité, du mal-être et des tensions.

L’ensemble des éléments d’un système humain n’aura pas toujours une
représentation identique de la survie et la survie d’un sous-système tendra
parfois à prendre le pas sur la survie du système plus large, et parfois le
contraire.
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