Mariée à un prisonnier

Mariée à un prisonnier

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Français
102 pages

Description

Bibang, Bibalou et Henriette sont de vieux amis depuis le Lycée. Aujourd’hui les trois camarades sont respectivement cadres dans leur administration. En rentrant chez lui après une sympathique soirée avec ses amis Bibalou et Henriette ; Bibang est brutalement agressé par une bande de voyous au carrefour Rio. Il sait si bien se défendre que l’un des agresseurs décède des suites de ses blessures dans le taxi qui l’achemine au Centre Hospitalier. Bibang est arrêté et envoyé en prison. Là-bas, il fait la connaissance d’un personnage atypique qui l’initie aux pratiques des rites traditionnels. Dans sa malchance, le jour du procès il trouve une part du bonheur, car il tombe amoureux de la juge qui doit décider de son sort.


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Date de parution 30 mars 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782414015269
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Langue Français

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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01524-5

 

© Edilivre, 2017

Dédicace

A mon fils Jhost Marving Nguema Anyunzoghe, qui nous a quittés un 29 Juin à l’âge de 28 ans.

Première partie

Bibang, Bibalou et Henriette sont de vieux amis. Cette amitié a commencé depuis le lycée d’état de Makokou jusqu’aujourd’hui. Leurs parents, des fonctionnaires, y avaient été affectés. Le père d’Henriette était agent à la caisse cacao /café ; celui de Bibang, policier instructeur/formateur au CIAPO, ancienne école de police, et celui de Bibalou, percepteur au trésor. Pendant que Bibang s’était fait inscrire au club de karaté du lycée, Bibalou lui s’était illustré grand footballeur. Henriette avait montré ses talents dans le handball. Aujourd’hui, les trois compagnons sont des cadres dans l’administration. Ayant pris l’habitude de faire des virées pendant le weekend, ce samedi soir, ils ont choisi comme boîte de nuit ; « l’hippocampe », située dans la banlieue nord-est librevilloise. Cette nouvelle boîte de nuit, a ouvert ses portes lors de la coupe d’Afrique des Nations. C’était donc une occasion propice de la découvrir. Ils se sont retrouvés chez Henriette, qui habite non loin du bar « Ebôle Abana* ». Ils ont siroté des boissons alcoolisées. Tout ceci était accompagné de quelques brochettes de rognons et des « nikes », (ailes de poulet) très prisées ces derniers temps. Durant le pot, des discussions de tous ordres sont engagées. D’autres compagnons les ont rejoints. Finalement, vers vingt-trois heures, nos amis décident de lever l’ancre pour se rendre en boîte de nuit.

Arrivés sur les lieux, l’ambiance était déjà très chaude. La boîte de nuit était bondée d’adeptes du coin, il n’y avait plus de places assises. À Libreville, c’est tout nouveau tout beau ! Ce n’était pas un problème pour nos amis, l’essentiel était de danser. Une fois à l’intérieur, Henriette, Bibalou et Bibang se lancent sur la piste au rythme endiablé du “Bakala”, du “ndombolo”, du “riengo”, du makossa etc. Une fumée multicolore envahit instantanément la piste. On sentait la joie de vivre de nos trois mousquetaires. Ils ont dansé, sans relâche, jusqu’à trois heures du matin. Éreintés, ils rentrent chez eux, avec le sentiment d’une soirée réussie, et qu’il fallait absolument rebelloter.

Les trois amis prennent alors un taxi en course, qui les dépose tour à tour, à Rio, aux Belles Peintures, et à Plein-Ciel. Arrivé à Rio, Bibang est descendu. Les deux autres sont partis sans ménagement après quelques baisers amicaux. Titubant un peu, Bibang dédallait le terre-plein du carrefour Rio, pour se rendre à son domicile non loin de là. Après avoir franchi la bretelle allant vers Dragon, il voit surgir de nulle part, un groupe de trois gaillards mal vêtus. Chacun portait une casquette noire, et des chaussures de sécurité ; des têtes de turcs. Rien qu’en les voyant, ça sentait le roussi. En une fraction de seconde, les trois badauds se jettent sur Bibang, et l’assomment de coups de poings pour, sans doute, le braquer. Le carrefour Rio était réputé zone très dangereuse aux multiples braquages et agressions. Mais ce que nos trois lascars ignorent, c’est que Bibang est ceinture noire 2ème “dan” de karaté. Il a pratiqué cet art martial, depuis le lycée d’état de Makokou, lorsqu’il était en classe de seconde. Une rixe éclate donc entre Bibang et les trois salopards. Malgré son état de fatigue très avancé, Bibang retrouve tout de même ses réflexes de karatéka. Il se dégage tant bien que mal, de la prise de ses agresseurs, et assène un coup de « mawashi guery* » à l’un des trois. Celui-ci tombe dans un caniveau rempli d’eaux usées. Deux de ses dents sautent de sa bouche, tellement le coup de pied était d’une extrême violence. Sa tête cogne violemment le bloc de béton au sol. Il reste là, étendu sans bouger. Le sang gicle immédiatement de sa nuque comme l’eau sortant d’un rocher. Voyant la dextérité avec laquelle Bibang s’est défendu, les deux autres bandits prennent la poudre d’escampette. Ils bifurquent entre les maisons avoisinantes. Les quelques passants qui se trouvent là à cette heure tardive, et qui ont assisté à la scène, se rassemblent autour du blessé. Ce sont ces derniers, qui d’ailleurs, ont alerté la police. Au cours de la bagarre, Bibang a perdu son téléphone portable. Bien fatigué, il s’est assis au bord du caniveau. Il ne peut malheureusement joindre personne, pour expliquer ce qui vient de lui arriver. Dans les minutes qui ont suivi, la police est arrivée. Le constat est effectué dans l’immédiat. Deux policiers ont mis le blessé dans un taxi qu’ils venaient de réquisitionner, et l’ont transporté immédiatement aux urgences du “CHUL”. Les autres policiers ont conduit Bibang au commissariat pour diligenter la procédure judiciaire. Une fois les policiers partis, l’attroupement qui s’était formé sur les lieux se dispersa.

Entretemps, Bibalou, deuxième à descendre du taxi, était bien arrivé chez lui. Henriette était la dernière à descendre du taxi. Elle a eu en revanche quelques petits soucis en rentrant. En serpentant doucement les dédales et sentiers longeant vers son domicile, à cent mètres de son studio, un noir absolu envahit tout d’un coup le quartier. La SEEG, (la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon) encore une fois de plus, venait de couper l’électricité. Ce problème de délestage était arrivé à son comble. Ces coupures pouvaient survenir plus de cinq fois en une journée. Les librevillois avaient même déjà du mal à sortir, craignant de se retrouver quelque part coincés dans l’obscurité. Henriette trébuche, titube un instant puis tombe. Elle reste au sol pendant une vingtaine de minutes. Elle se relève avec beaucoup de peine et continue son chemin. Au seuil de sa porte, elle trébuche à nouveau et retombe. Une grâce, elle ne s’est pas fait mal ! Le déficit criard de logements décents dans la capitale était visible. On trouvait des fonctionnaires habitant dans les « mapanes* », habitat précaire. La qualité et la quantité de l’habitat était exécrable dans ce pays. La ville n’avait pas connu l’urbanisation digne des grandes agglomérations. Le sous développement était visible. Arrivée à la devanture de sa porte, et à l’aide de l’éclairage de son portable, elle réussit à l’ouvrir. Une fois à l’intérieur, Henriette a brusquement la sensation d’une présence humaine dans la maison. Une peur bizarre l’envahit tout d’un coup. Elle s’assoit et la lumière revient quelques minutes plus tard. Elle jette un coup d’œil furtif au salon, rien de particulier n’est visible. Est-ce une hallucination, une fausse alerte, ou une prémonition ? Elle rentre dans sa chambre et se jette au lit sans même se déshabiller, puis rentre dans un sommeil profond tel un chat.

Dimanche matin vers onze heures, Henriette se réveille, un peu émoussée. Elle et Bibalou ne détiennent jusque là aucune nouvelle, au sujet de leur ami Bibang, après leur séparation au carrefour Rio. Tous les appels passés la veille après leur séparation sont restés infructueux. La voilà qui prend à nouveau son portable et rappelle ses amis. Elle commence par Bibalou. Celui-ci décroche dès la première sonnerie. La conversation n’est pas longue. C’est juste un bonjour dominical comme elle le fait d’habitude, puis une petite conversation s’en suit.

➢ Allo ! Bib, bonjour. Es-tu déjà sur pieds ? J’espère que tu as bien dormi ?

➢ Bonjour ma grande. Je viens à peine de quitter le lit. Quelle heure est-il ma puce ?

➢ A ma montre, il est dix heures. Et ma belle-sœur, comment va-t-elle avec les enfants ?

➢ Oh ! Écoute, elle va bien. Depuis qu’elle est chez les siens on se parle au téléphone, on s’envoie des Sms. Les gosses vont bien. À six heures du matin, elle m’a envoyé un message comme quoi, elle partait à l’église. C’est elle qui ouvre les portes de leur église “le réveil du saint esprit”. Ne t’étonne pas d’ici-là que je te dise qu’elle est devenue “prophétesse”. Je dois faire un petit bouillon ce matin, il faut que je fasse un tour au petit marché du PK 5. As-tu les “News” du “cos” Bibang ?

➢ Pas encore. Je l’appelle dans un instant.

➢ Ok. Tu me diras la suite.

Lorsqu’Henriette appelle Bibang, son portable est sur répondeur. De prime abord, cela ne l’émeut pas. Elle pense que son ami doit encore se trouver sous les draps. Elle tentera de rappeler un peu plus tard dans l’après-midi, se dit-elle. Elle se met tranquillement à faire ses tâches ménagères sans arrières pensées.

Bibalou quant à lui, après son réveil fit un tour au petit marché du pk 5 pour s’approvisionner en oseilles, piments, sardines fumées et autres ingrédients pour faire le bouillon. Après une bonne cuite d’alcool, un bouillon de poisson fumé ou frais, bien pimenté est souvent nécessaire pour éliminer la gueule de bois. C’est l’antidote indiqué par les ivrognes eux-mêmes. Il est idéal pour retrouver la forme le lendemain après la cuite.

Bibalou était en discorde avec sa femme Stella. Cela faisait presque neuf mois maintenant, que cette dernière était chez ses parents. Néanmoins Bibalou s’attelait déjà à aller la chercher le week-end prochain. Bibang et Henriette connaissaient ce programme. Ils s’étaient déjà préparés à leur niveau, et avaient déjà même remis à Bibalou leurs participations. D’ailleurs, c’est Henriette qui avait accompagné Bibalou pour faire les courses. Stella, jalouse comme un scorpion, avait fait une fugue suite à une violente dispute avec Bibalou au sujet d’Henriette. En fait, Elle soupçonnait depuis longtemps Bibalou, d’entretenir une liaison amoureuse avec Henriette. Ce qui n’était pas du tout vrai, car leur amitié était sincère ; elle avait commencé depuis le lycée. Mais, avouons qu’il n’est pas toujours facile d’admettre une amitié simple, et limpide entre un homme et une femme. Le constat qui est souvent fait montre que le pourcentage d’une telle amitié, aussi simple qu’elle soit est très infime.

Bibalou à son tour essayait de joindre aussi Bibang, mais en vain. Il n’avait aucune crainte ni soupçon à se faire à son sujet. D’ailleurs, il arrivait bien souvent, que Bibang fermait son portable pour ne pas être dérangé pendant son sommeil. Il aimait bien dormir ce garçon !

Le soir venu, Henriette appela à nouveau Bibang, sans succès. Intriguée cette fois-ci, elle décida alors de se rendre au domicile de celui-ci pour avoir le cœur net. Elle prit un taxi en course pour Dragon. Arrivée sur les lieux, grande fut sa surprise, de constater que son studio était fermé à clé, l’ampoule de la véranda allumée. Elle cogna la porte, pensant qu’il avait inconsciemment laissé l’ampoule allumée. Pas de réponse de celui-ci. Avait-il continué chez sa petite amie en rentrant ? Se posa-t-elle intérieurement la question. Henriette retourna chez elle le cœur noué. Elle informa tout de même Bibalou de la déconvenue.

Le bandit qui avait été transporté au CHUL avait rendu l’âme pendant le trajet. Sans aucune autre forme de procédure, il a été transféré à la morgue en attendant l’identification du corps par les parents. Ces derniers ne seront mis au courant de la mort de leur fils qu’une semaine plus tard. Ce n’était pas chose facile de pouvoir l’identifier, car ce dernier ne possédait aucune pièce d’identité sur lui la nuit de la bagarre. Celui-ci n’habitait plus avec eux depuis bel lurette. Sa famille l’aurait abandonné à l’âge de quatorze ans à cause de la délinquance. Il avait abandonné l’école à dix ans. C’est à cette période qu’il avait commencé des larcins et autres actes de banditisme.

Lundi matin, Bibalou et Henriette allèrent respectivement à leur travail en essayant au passage de rappeler leur ami, mais en vain. Tous ses deux numéros mobiles étaient sur répondeur. Vers dix heures, Bibalou prit une permission et se rendit au lieu de travail de Bibang, Il n’y était malheureusement pas. Ce garçon ne s’absentait jamais sans raisons, surtout sans aviser sa hiérarchie.

Bibang était chef de service chargé de l’environnement dans son ministère. Il devait se rendre à Makokou pour une mission de sensibilisation, car les éléphants, comme dans d’autres localités du pays, ravageaient les plantations des villageois. Ces pachydermes ne laissaient rien après leur passage. Depuis l’arrivée au pouvoir des émergeants en 2009, les éléphants ont reçu quitus de dévaster les champs et autres plantations des pauvres villageois dans les neuf provinces de notre pays. Ces mastodontes rôdaient même aux alentours des maisons. De plus, leur chasse était interdite par l’administration centrale, dû au fait qu’ils sont intégralement protégés par l’État, au détriment des populations, qui n’avaient que leurs yeux pour constater les dégâts. Cette interdiction a pris de l’ampleur, le 30 Août 2002 lorsque, de retour du 2ème sommet de la terre en Afrique du Sud, le président Omar Bongo Ondimba avait pris la décision, de concéder 10 % du territoire national, à la préservation des écosystèmes. C’est ainsi que 13 parcs nationaux furent créés.

À Ekowong, Allarmitang, Ntsenguele, Nvadi, Batouala, Awa, Bolossoville, Doussala, en passant par Guidouma dans la Ngounié ou Gamba ; c’était l’hécatombe. La famine, semblable à celle de 1914 lors de la Première Guerre Mondiale était en perspective. Au marché de Makokou, on ne pouvait plus voir exposer sur les étals, les denrées de première nécessité. Les villageois de Makokou, chef lieu de la province de l’Ogooué-Ivindo, meurtris par cette situation dramatique, s’étaient constitués en petits comités pour rencontrer le gouverneur à cet effet. Malheureusement, aucune réponse favorable ne leur avait été apportée après cette rencontre tant attendue qui, finalement avait accouché d’une souris. Les villageois ne savaient plus à quel saint se vouer.

Bibang avait donc été dépêché par son administration, afin d’apporter une solution aux habitants de Makokou d’abord, et ceux des autres localités provinciales par la suite. Son Directeur l’attendait ce lundi matin pour peaufiner les dernières recommandations. Quel fut son étonnement, de constater que Bibang n’était pas à son bureau ! Le chef tenta de le joindre sur ses portables mais ils étaient sur répondeur. Quelque chose ne tournait pas rond. Bibang était un garçon travailleur, assidu et apprécié de ses patrons ; il était déjà inscrit au tableau d’avancement. Dès cet instant, les choses commencèrent à devenir très sérieuses. Qu’on le veuille ou non, Bibang était porté disparu. Henriette et Bibalou entreprirent alors des recherches. D’abord dans les centres de santé, et dans les pompes funèbres par la suite. Aucune trace de Bibang. Mais où était-il passé ce grand garçon de trente-six ans ? Bibalou et Henriette conclurent qu’il était temps d’alerter la police de la disparition de ce dernier.

En arrivant à la préfecture de police, Henriette et Bibalou sont surpris d’apercevoir Bibang monter dans une petite voiture de police blanche, les mains menottées. D’un pincement du cœur, s’en suivit un ouf de soulagement. Bibang était bel et bien vivant malgré tout. Mais la question était de savoir, pourquoi celui-ci se retrouvait les mains menottées, dans un commissariat de police, et où l’amenait-on maintenant ? La réponse à leur préoccupation se trouvait devant eux. Il fallait se rapprocher naturellement d’un supérieur. Les deux amis entrèrent dans le bureau du capitaine Manzala Guy Roger, chargé de la circulation routière, pour en savoir un peu plus. Celui-ci leur expliqua que Bibang avait commis un homicide involontaire, à la suite d’une rixe survenue au carrefour Rio, dans la nuit de samedi à dimanche. Un des garçons de la rixe aurait succombé à ses blessures. Maintenant on l’amenait au parquet pour être entendu sur procès verbal. La garde à vue...