Marseille, ville du monde

Marseille, ville du monde

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316 pages

Description

Dans un contexte d’intensification de la compétition internationale des territoires, les villes rivalisent de stratégies pour accroître leur rayonnement et améliorer leur attractivité. Marseille ne déroge pas à la règle. Ce livre analyse les politiques internationales qui visent à promouvoir une nouvelle image de Marseille, accueillante pour les investisseurs, les touristes ou les organisateurs d’événements culturels ou sportifs.



Quelles sont les facettes de Marseille mises en avant pour projeter la ville et son territoire au-delà des frontières locales et nationales ? Quels liens la municipalité tisse-t-elle avec ses homologues étrangères ? Comment la Région promeut-elle ses intérêts auprès de Bruxelles et parvient-elle à décrocher des fonds européens ? Quel est l’enjeu d’accueillir à Marseille une antenne de la Banque Mondiale ? Quels sont les effets d’une candidature à un événement international sur les recompositions des pouvoirs urbains ?



Le livre répond à ces questions et analyse les conditions de possibilité de l’internationalisation de Marseille, métropole morcelée.

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Date de parution 20 novembre 2017
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EAN13 9782811118846
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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TABLE DES MATIÈRES
LISTE DES ACRONYMES...............................................................................6
SOMMAIRE........................................................................................................7
PRÉFACE (par André Donzel)..................................................................9
PROLOGUE......................................................................................................15 Qu’est-ce que l’internationalisation d’une ville ?.................................................17 Récits d’action publique et fragmentation des pouvoirs urbains........................20 Au-delà de la marseillologie.................................................................................22 Les terrains de l’internationalisation de Marseille...............................................24
CHAPITRE 1 MYTHES ET PSEUDO-HISTOIRE DUNE VILLE DU MONDE........................................31 1. Une ville à « histoires »..................................................................................34 La fondation mythologique : l’alliance du marin étranger et de la princesse paysanne........................................................................................................... 34 La mémoire de l’indépendance : la fronde comme ressource d’une souveraineté fantasmée.......................................................................................38 e Marseille au XX siècle : chronique politique et pseudo-histoire immédiate.......... 40 2. L’immigration, une ressource ambivalente de l’internationalisation de Marseille...........................................................................................................................47 Une histoire des « migrances »........................................................................... 47 « La légitimité de l’immigration ».......................................................................49 Invention et instrumentalisation des « communautés » ?..................................... 52 3. Le port et ses transformations, un observatoire de l’évolution de Marseille dans l’économie mondiale...............................................................................................56 Grandeur et décadence du système industrialo-portuaire........................................... 56 Le tournant croisiériste.......................................................................................................58 Les enjeux de la reconversion du port dans le cas de la transformation du J1..........63
4. Les conditions de fabrication d’un « objet d’expertise ».......................................68 Idées, discours et récits d’action publique...................................................................... 68 Marseille en Méditerranée : heurts et malheurs du récit méditerranéen...................69 Stratégies d’experts ou rationalisation rhétorique ?.......................................................74 Conclusion : L’internationalisation d’une ville précédant l’action publique locale internationale.....................................................................................76
CHAPITRE 2 TISSER DES AMITIÉS TRANSN ATIONALES ET CONQUÉRIR DES MARCHÉS : INTERNATIONAUX LES POLITIQUES DE LA COOPÉRATION DÉCENTRALISÉE..............79 1. L’organisation des coopérations décentralisées au sein des collectivités locales du territoire...........................................................................................................82 La coopération décentralisée de la ville de Marseille : convertir les jumelages en coopération technique.................................................................................................. 82 La coopération décentralisée du Conseil général des Bouches-du-Rhône : s’appuyer sur les ressources des associations locales.......................................................91 La coopération décentralisée du Conseil régional PACA : promouvoir un altermondialisme institutionnel de la Méditerranée À l’Amérique du Sud...............99 2. Le Conseil international de la ville de Marseille : une coopération sans coordination............................................................................................................103 Le CIVM dans le paysage institutionnel de l’internationalisation du territoire.....103 Le CIVM et la coopération sino-marseillaise : indice du renouvellement de la coopération décentralisée........................................................................................105 Fragmentation politique et coopération institutionnelle : gouverner les luttes d’institution.............................................................................................................107 3. La coopération décentralisée contre l’État ?...........................................................111 L’évolution du cadre légal de la coopération décentralisée..........................................112 La gestion À distance de la coopération décentralisée..................................................114 La coopération décentralisée, une politique étrangère dissidente ?........................... 118 4. L’européanisation de la coopération décentralisée : nouveau guichet, nouvel espace d’action................................................................122 L’Union européenne et le ïnancement de la coopération décentralisée française..123 L’apprentissage municipal des procédures communautaires : le cas des premières générations des programmes MED............................................ 125 L’apprentissage régional des procédures communautaires : de la Politique Régionale de l’UE À la Politique de Voisinage................................... 128 Conclusion : La coopération décentralisée, de la transformation de la politique étrangère aux recompositions de la gouvernance urbaine..........132
CHAPITRE 3 : PORTER LA VOIX ET DÉFENDRE LES INTÉRÊTS RÉGIONAUX À BRUXELLES LA POLITIQUE EUROPÉENNE ET LA DIPLOMATIE DÉCENTRALISÉE DE LA RÉGION PACA.......135 1. Les effets ambivalents de la mise en récit politique de la Méditerranée : la conversion délicate d’une croyance en action...................................................137 Aux origines de la « Méditerranée » comme stratégie internationale de la Région : « l’idéologie militante » de Michel Vauzelle.........................................137 Le discours méditerranéen, l’échec d’une « idéologie militante » ?.......................... 140 Les points d’accès au système politique européen de la Région PACA................... 142 2. La formalisation stratégique de la diplomatie décentralisée : normes d’action publique et réseaux internationaux...........................................147 Les cadres normatifs de l’internationalisation de la Région PACA : la Stratégie internationale et le Plan d’Action pour la Méditerranée....................... 147 Les réseaux d’expertise au service de l’internationalisation de la Région PACA..... 151 Le combat pour une macro-région méditerranéenne..................................................154 3. Portée et limites des ambitions de la diplomatie décentralisée : le cas de l’insertion de la ville et de la région dans l’Union pour la Méditerranée.......156 La lente intégration des autorités locales et régionales À la coopération euro-méditerranéenne......................................................................... 157 Entre marginalisation et appropriation des circuits du partenariat euro-méditerranéen : de la Politique Régionale au Processus de Barcelone (1995-2005)....159 La logique projet de l’Union pour la Méditerranée et l’échec de la territorialisation de la coopération euro-méditerranéenne (2008-2015)..........161 4. Face à l’échec, une relance de la diplomatie décentralisée de la Région PACA ?...169 La « Nouvelle stratégie internationale » de la Région et ses controverses politiques...........................................................................................169 L’Agence régionale de l’innovation et de l’internationalisation des entreprises......172 Les velléités d’invention d’un soft-power régional : le destin contrarié de la Villa Méditerranée................................................................................................... 174 Conclusion : De la régionalisation des politiques européennes à l’européanisation des politiques régionales........................................181
CHAPITRE 4 : PROMOUVOIR LE TERRITOIRE ET ROMPRE AVEC LA MAUVAISE RÉPUTATION ATTRACTIVITÉ......................................................................................183 LES POLITIQUES D 1. Les impasses du marketing territorial marseillais..................................................184 L’urgence du marketing territorial dans un territoire en crise d’attractivité........... 184 La complexité du paysage institutionnel de la promotion du territoire marseillais...187
« Marseille on the move », « Ma ville accélère », « Si vous saviez... » : une dispersion des initiatives...........................................................................................190 2. À l’origine, des politiques de décentralisation d’organismes publics..............195 L’éphémère alliance Lyon-Marseille : un accord géopolitique inter-urbain............ 195 Le précédent UbiFrance : des transferts de compétences À la rupture.....................299 Entre prospective internationale et promotion territoriale, le cas de l’implantation de l’IRD À Marseille............................................................................... 201 3. L’attractivité, « ce n’est pas que du marketing ». La trajectoire de l’antenne marseillaise de la Banque mondiale......................209 La Banque mondiale À Marseille et la « coopération multilatérale »....................... 209 La transformation de l’Agence KNA-MENA en CMIM : les enjeux locaux de la survie d’une institution internationale.................................. 213 L’internationalisation des villes, un champ de concurrences et un enjeu de luttes d’institutions : la création de l’AViTeM........................................218 4. La constitution d’une « plateforme territoriale d’ingénierie économique » ? La Semaine économique de la Méditerranée...........................................................220 La naissance de la Semaine économie de la Méditerranée : mutualisation organisationnelle et centralité internationale......................................221 La Semaine économique de la Méditerranée comme enceinte d’invention de l’ambition stratégique........................................................................... 224 Lieu, entente institutionnelle et collaboration public-privé : la triple unité de la Semaine économique de la Méditerranée..................................226 Conclusion : Retour sur les politiques marseillaises d’attractivité territoriale et la recherche d’une « centralité » internationale.....228
CHAPITRE 5 : GAGNER ET GÉRER DES RÉCOMPENSES TERRITORIALES LES TROPHÉES DE LINTERNATIONALISATION DES VILLES..........................................231
1. Marseille-Provence 2013 : les enjeux multi-scalaires d’une opération économico-culturelle....................233 Crise d’attractivité et reclassement de la culture dans les travaux du Club Ambition Top 20............................................................................................... 233 Crise métropolitaine et construction du périmètre de Marseille-Provence............ 237 Crise euro-méditerranéenne et promotion de la « capitale de la Méditerranée »......240
2. Gouvernance et urbaine et opération culturelle : l’injonction du « jouer collectif » et ses limites...................................................244 La mise sur l’agenda politique et les ressources politiques de la mobilisation........244 Le verrouillage du processus décisionnel et l’injonction du « jouer collectif ».......248 Les failles du « jouer collectif » et la politisation de l’internationalisation de la ville..............................................................................................................................251 3. La candidature d’Aix-Marseille au label French Tech : la « régulation compétitive de la coopération »...................................................255 Les politiques territoriales d’innovation et d’économie numérique À Aix-Marseille...................................................................................................................256 De la « guerre des quartiers numériques » À la réconciliation institutionnelle....... 259 Le tabou métropolitain et l’équilibre territorial...........................................................262 4. Gouverner par les labels territoriaux et l’internationalisation des villes........265 Les lieux et les acteurs du pilotage de la candidature................................................. 266 Sous le regard de l’État : État local et co-construction...............................................272 Le label French Tech au service de l’internationalisation du territoire.................... 275 Conclusion : les trophées territoriaux, une ressource de distinction dans la compétition internationale des villes....................................280
CONCLUSION.................................................................................................................283 Les luttes d’institution sous l’injonction de la coopération...................................284 La régulation privée-publique de l’internationalisation des villes........................285 Les crises du récit politique..............................................................................................285
BIBLIOGRAPHIE.........................................................................................................289
TABLE DES ILLUSTRATIONS.............................................................................305
TABLE DES MATIÈRES............................................................................................307
PRÉFACE
par André Donzel, CNRS-LAMES
Là àÇÈ Èŝ îÈŝ dans le processus de mondialisation suscite aujourd’hui nombre d’interrogations parmi les observateurs du fait urbain : assiste-t-on À une dissolution— ou au moins À une dilution — de leurs pouvoirs sous l’eet de la libéralisation grandissante des marchés et de la généralisation de l’économie desux ? Inversement, la globalisation économique n’ore-t-elle pas l’opportunité d’un retour des villes sur la scène politique, en compensation de l’érosion de la souveraineté des états nationaux ?
L’étude du cas de Marseille proposée par Nicolas Maisetti dans cet ouvrage aborde ce débat sous un angle relativement inédit. Il montre que la poussée de la mondialisation, loin d’avoir déstabilisé les pouvoirs locaux, les a dans une certaine mesure consolidés. En eet, « le territoire se saisit autant qu’il est saisi par les processus de mondialisation » (p.18). Sur le plan institutionnel, les dispositifs de « régulation croisée » du territoire entre l’État et les collectivités locales restent toujours en place, en dépit des velléités de recentralisation sous-jacentes aux réformes territoriales portées par le pouvoir central. Ainsi les élus conservent toute leur inuence dans la mise en forme de la société locale et « tout se passe comme si les formes contemporaines du régime urbain À la française stabilisaient le pouvoir municipal » (p.46).
Une légitimation de l’action publique par lesoutputs Mais cette stabilisation ne conduit pas À un simplestatu quo, car elle va de pair avec un profond changement dans les modes de légitimation du pouvoir politique local. Désormais l’action publique locale ne repose plus exclusivement sur la mise en valeur des ressources internes d’une collectivité, mais sur l’aptitude
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À attirer des ressources externes qu’elle ne produit pas. C’est le passage d’une « légitimation par lesinputs» À une « légitimation par lesouputs» (p.81) , selon une catégorisation désormais courante en science politique.
Marseille ore une illustration particulièrement parlante de cette transformation. L’ouvrage de Nicolas Maisetti dresse un tableau très complet des initiatives prises par les collectivités territoriales (ville de Marseille, département des Bouches-du-Rhône et région PACA) pour accompagner l’insertion internationale de la métropole marseillaise. Il dresse une « cartographie » des dispositifs d’action publique qui ont accompagné les stratégies d’internationalisation de ces collectivités au cours des dernières décennies. Ils sont répertoriés selon le degré d’extraversion des ressources mobilisées ainsi que par l’intensité de leur impact sur l’économie et la société locale. On y trouve : la coopération décentralisée, la participation aux programmes européens, les politiques d’attractivité À l’égard des entreprises, les échanges protocolaires avec des collectivités étrangères, la tenue de grands événements culturels et sportifs, la course aux labels décernés par les institutions nationales et internationales, etc.
La réactivation du « rêve méditerranéen »
L’impact de ces actions sur la société locale est loin d’avoir été négligeable. L’implantation de plusieurs organismes publics À vocation internationale À Marseille (Banque mondiale, OCEMO, Anima, etc.) ont conforté son image de « ville globale ». Cette présence a permis de faire émerger un secteur d’emplois relativement conséquent dans le domaine des relations internationales et de l’ingénierie du développement. De nombreux équipements publics ou privés, soulignant le rayonnement international de la ville, ont vu le jour (tour CMA-CGM, MUCEM, Villa Méditerranée, etc.). Enïn, de grands événements culturels, tels ceux liés À la désignation de la ville comme Capitale européenne de la Culture en2013, ont permis de conforter son aura internationale.
Parallèlement s’est façonné un nouveau référentiel discursif où tous les marqueurs symboliques de l’internationalisation de la ville sont mis en avant. La réactivation du «rêve méditerranéen » en est leïl conducteur. Après le reux colonial, le positionnement géopolitique de la ville en tant que « Porte de l’Orient » refait surface sous de nouvelles appellations plus ou moins bien assumées : « capitale de la Méditerranée », «hubeuro-méditerranéen », etc. Cela suppose la reconnaissance du cosmopolitisme de la ville, étayé par deux arguments complémentaires : d’une part, la reconnaissance du fait migratoire comme composante déterminante de l’identité marseillaise et, d’autre part,
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la réaIrmation du rôle moteur de l’outil portuaire dans son développement économique. Bien que d’abord réticents À abandonner le terrain de la proximité politique, et de ce fait longtemps À la traïne des élites économiques locales dans sa formulation, les élus politiques ontîni par souscrire À cette stratégie d’ouverture internationale, en y voyant un moyen peu coûteux de requaliîer l’action publique locale. Mais cette orientation présente aujourd’hui des signes de plus en plus évidents de fragilisation, et le consensus assez large qui avait accompagné son déploiement tend désormais À s’émousser.
Des politiques en porte-à-faux
Les controverses suscitées par la création et la mise en service de la Villa Méditerranée fournissent un indice particulièrement symptomatique de ce désaveu. Cet équipement, créé À l’initiative de la région PACA, entendait constituer un trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée, enmême temps qu’il devait conforter la centralité géopolitique de Marseille dans cet espace. Célébré par ses concepteurs comme « le plus grand porte-À-faux architectural du monde », il est désormais critiqué pour son coût de fonctionnement élevé, son insuIsante fonctionnalité et surtout sa faible légitimité politique. Ce « porte-À-faux » architectural est devenu, en réalité, le symbole de l’impuissance des acteurs politiques À ancrer le projet méditerranéen dans le réel.
Plusieurs facteurs, plus ou moins conjoncturels, expliquent cet état de fait. Demanière générale, les diIcultés des pays émergents À se constituer en relais durables de la croissance mondiale restreignent l’attrait économique de l’internationalisation des villes. De plus, À l’échelle du bassin méditerranéen, le protectionnisme grandissant des pays de la rive nord, et la non résolution des divers conLits aFectant ceux de la rive sud, compromettent largement les projets de coopération politique en son sein. Enîn, la réduction des ressources înancières des collectivités territoriales tend À amener un recentrage de leur action sur l’échelon local et ainsi, À restreindre leur horizon. Dans ces conditions, les réLexes protectionnistes reprennent le dessus. Tant au sein des institutions que de l’opinion, on commence À percevoir des signes de plus en plus nets de réticence, voire de rejet, À l’égard de cette stratégie d’ouverture internationale.
Mais on sait que, méditerranéen et renaïtre... C’est le toute la puissance
depuis des siècles, Marseille a rarement renoncé À sonrêve qu’en dehors de brèves éclipses, celui-ciînit toujours par mérite de l’ouvrage de Nicolas Maisetti de nous en rappeler mobilisatrice dans cette « ville du monde ».