Max Weber

Max Weber

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Livres
288 pages

Description

Responsabilité de l’homme devant les défis de son temps, responsabilité du savant devant la science, responsabilité du politique devant l’histoire : qui entreprend de lire Weber saisit la centralité de la responsabilité, mieux, la découvre comme une tonalité propre à son œuvre.
Inversement, qui entend s’intéresser à la responsabilité rencontre Weber, mais aussi la charge d’inquiétude de sa pensée, et discerne l’intellectuel qui allie responsabilité et conviction. Weber s’engage dans les batailles scientifiques et politiques de son siècle, sans pour autant renoncer aux principes qui le guident : probité, rigueur, refus du prophétisme.
Contre le discours des démagogues et le « sacrifice de l’intellect », il nous invite à regarder en face la réalité et à adopter une démarche scientifique pour penser l’action. Son œuvre offre un modèle d’exigence critique et nous lègue cette interrogation première et ultime : quelles sciences sociales peuvent rendre possible l’avènement d’un homme responsable ?
Ce livre propose des clés pour comprendre Weber, penseur des ambivalences de la modernité, penseur par excellence des sciences sociales, mais également fondateur de la pensée politique moderne. En tous points frappe l’actualité de ses enseignements pour nos sociétés contemporaines.

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Date de parution 22 novembre 2017
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EAN13 9782200273279
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Du même auteur
Sociology of Culture and Cultural Practices : The Transformative Power of Institutions, préface de Terry Clark, Lanham, Maryland, Lexington Books, 2014. Sociologie de la culture et des pratiques culturelles, Armand Colin, 2016. Max Weber, Paris, Presses universitaires de France, « Que sais-je ? », 2016. Le cas Beaubourg. Mécénat d’État et démocratisation de la culture, préface de Bernard Stiegler, Armand Colin, 2007. Le T.N.P. de Vilar. Une expérience de démocratisation de la culture, Presses universitaires de Rennes, 2006.
Maquette de couverture : Atelier Didier Thimonier Illustration de couverture : © akg – images / ullstein bild / ullstein – Archiv Gerstenberg
© Armand Colin, 2017 Armand Colin est une marque de Dunod Éditeur, 11 rue Paul Bert, 92240 Malakoff ISBN : 978-2-200-27327-9 wwww.armand-colin.com
Liste des abréviations
Sommaire
Introduction L’exigence de responsabilité
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Conclusion
Bibliographie
PREMIÈREPARTIE L’HOMME DEVANT SON TEMPS
Les tensions d’une Allemagne en mutation
La fécondité des recherches empiriques
Les ambivalences de la modernité
DEUXIÈMEPARTIE LE SAVANT DEVANT LA SCIENCE
L’exigence critique
La percée épistémologique
Le défi axiologique
TROISIÈMEPARTIE LE POLITIQUE DEVANT L’HISTOIRE
Les réquisits du tragique dans l’histoire
Les possibles de l’action politique
Les engagements politiques du savant
La responsabilité comme vocation
Éléments de chronologie
Remerciements
Table des matières
Liste des abréviations
LaMax Weber-Gesamtausgabeest citéeMWG. Les abréviations renvoient aux éditions citées des œuvres de Max Weber (pour les références complètes et la mention des traductions, voir la bibliographie).
Ouvrages CFS CT DG EP
ES ESA ETS HE JA LB LD LV OP SD SDR SP TI WL
Périodiques AES AS ASSR CIS RFS
Éditeurs LGDJ MSH PUF
Concepts fondamentaux de sociologie(Gallimard, 2016) Confucianisme et taoïsme(Gallimard, 2000) Discours de guerre et d’après-guerre(EHESS, 2015) L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme2003, (Gallimard, rééd ; 2004) Économie et société(Plon, 1971) Économie et société dans l’Antiquité(La Découverte, 1998) Essais sur la théorie de la science(Plon, 1965 ; Agora, 1992) Histoire économique(Gallimard, 1991) Le judaïsme antique(Flammarion, 2010) La Bourse(Allia, 2010) La domination(La Découverte, 2013) La ville(La Découverte, 2014) Œuvres politiques(Albin Michel, 2004) Sociologie du droit(PUF, 1986) Sociologie des religions(Gallimard, 1996 ; rééd. 2006) Le savant et le politique(La Découverte, 2003) Le travail industriel(Université de Bruxelles, 2012) Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre (J.C.B. Mohr, 1992, rééd. 1951)
Archives européennes de sociologie L’Année sociologique Archives de sciences sociales des religions Cahiers internationaux de sociologie Revue française de sociologie
Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence Maison des Sciences de l’Homme Presses Universitaires de France
Introduction
L’exigence de responsabilité
COMPRENDRE WEBER DEMANDE PATIENCE ET CONSTANCE. Autrement dit, nous ne saurions prétendre ici avoir épuisé l’œuvre de Webe r ni atteint la compréhension même de Weber. L’incommensurabilité de l’œuvre, le nombre d’écrits dont elle se compose, obligent à la modestie et à accepter l’idé e selon laquelle l’incompréhension est souvent première et des formes de mécompréhensi on toujours possibles. Ce livre s’assigne comme but de lever certaines mésinterprét ations et de faciliter le processus même de compréhension d’une pensée connue pour sa c omplexité. Weber a cherché àcomprendre le monde, en scrutant les mutations et les tensions qu’il a connues. Au moment où le monde qu’il a traversé et qui l’a trav ersé, paraissait ne posséder plus ni centre, ni fin, au moment où le sens du monde vacil lait, Weber a cherché à le comprendre, avec intégrité. Il fut donc trèsactuelson époque et, dans le même à temps,inactuelpar les thématiques et problématiques qu’il nous a léguées.
1. L’inactuelle actualité de Max Weber
Sa pensée irrigue en effet encore nombre de problém atisations contemporaines. Et les perspectives qu’il a ouvertes conservent leur actua lité au point de paraître presque « inactuelles », au sens nietzschéen du terme. Pour W olfgang Schluchter, « Nietzsche, Simmel et Weber sontactuelsencore que contemporains] dans la mesure où ils [plus partagent un problème central de l’époque, le probl ème des valeurs après la mort de dieu, du dieu chrétien ainsi que de la métaphysique … Mais, ils sont aussiinactuels dans la mesure où, reconnaissant la dépendance à l’ époque, ils s’en défendent. Mais comment s’en défendent-ils ? Quelle solution trouve nt-ils ? Voilà le point qui les 1 différencie » . Ce livre cherche à comprendre commen t Weber a défendu certains héritages, mais aussi comment il s’en est défendu e n se plaçant à la croisée de problématiques cruciales et tel un « esprit libre » sur la ligne de crête qui lui permettait de faire dialoguer le passé, le présent et l’avenir.
À la croisée de problématiques cruciales
L’actualité de Weber s’impose à qui cherche à compr endre la modernité. Weber pressentait que ses contemporains étaient loin d’êt re prêts à entendre la nouvelle nietzschéenne, de la mort de Dieu, « vérité » aussi inédite que fracassante. Pour e autant, à l’aube du xxi siècle, les hommes semblent toujours aussi peu prê ts à admettre ou à tirer les conséquences de l’annonce d ’un tel décès. De fait, Dieu, ou les dieux, paraissent encore bien vivants dans l’esprit de la plupart des hommes. Partout à travers le monde, la vie de milliers et millions d’ individus reste ponctuée de gestes
religieux, orientée par des croyances. Ni la foi ni les pratiques religieuses n’ont disparu. De même, la lecture deL’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme s’avère aujourd’hui plus que jamais d’actualité pour qui en treprend de comprendre les particularités de l’ordre économique moderne, sous l’angle de la conduite de vie comme sous l’angle de la puissance des économies ca pitalistes. Le projet porté par Weber d’une « histoire universelle comparée du capi talisme » permet aussi de mieux comprendre la signification culturelleactuelledu capitalisme. Une actualité politique s’affirme également pour qu i relit sa conférence de 1919 sur 2 la politique commeprofession-vocation(Politik als Beruf) où il dresse un tableau de la vie politique en laquelle les partis risquent de se priver d’idéal (gesinnungslos). Sa lucidité quant à l’asservissement de la démocratie par le capitalisme demeure 3 également d’une brûlante actualité . Weber reste act uel jusque dans sa conscience 4 des effets de la bureaucratisation de l’Université sur la condition de l’universitaire , mais également dans ses intuitions quant à la fonct ion de « salut-délivrance » par 5 lequel l’art concurrencerait la religion . Une actualité épistémologique émerge également auto ur de la résurgence des positivismes et du développement des neurosciences qui posent les lois de la connexion synaptique comme fondement réel de l’acti on, occultant ainsi les dimensions de l’histoire et de la culture dont il a vait montré le caractère fondamental pour la compréhension sociologique de l’action soci ale dotée de sens. Le combat épistémologique des neurosciences visant à affirmer une mono-causalité « naturaliste » montre la pleine actualité de Weber qui se défiai t des prétentions à fonder une explication « en dernière instance » comme en témoi gnent sa critique de l’émanatisme de Roscher, de l’organicisme de Stammler, mais auss i sa critique des marxismes 6 posant l’économie comme facteur explicatifen dernière instance, sa critique du psychologisme (et de la psychanalyse) posant l’inco nscient comme substrat 7 ontologique premier de l’homme , sa critique du posi tivisme de Mill, présente déjà chez Dilthey, véhiculant la prétention de fonder un savoir nomologique (établissant des lois) qui mutile l’infinie diversité de la réalité historique. Une actualité sociologique se fait jour également p our qui veut comprendre les ambivalences de la modernité, les conséquences irra tionnelles de l’hypertrophie du rationalisme occidental. Il a ainsi fécondé nombre de traditions intellectuelles, irriguant presque toutes les sciences humaines et sociales, e n pensant les ambivalences du monde moderne à travers l’analyse des processus de rationalisation et d’intellectualisation qui ont traversé l’ensemble d es sphères de l’activité sociale (Adorno, Horkheimer, Marcuse, Habermas), mais aussi en diagnostiquant l’avènement des systèmes bureaucratiques (Neumann, Lefort, Croz ier, Habermas, Luhmann), en s’intéressant aux formes élémentaires du capitalism e (Schumpeter, Polanyi, Braudel), et aux techniques ascétiques d’autocontrainte (Elia s, Foucault) qui y sont liées en tant que « formes éthiques spécifiques », ainsi qu’aux v oies de délivrance (Simmel, Benjamin) permettant à l’homme de sortir des conséq uences parfois paradoxales du rationalisme occidental. Comprendre Weber procède ainsi tout à la fois d’unenécessité, née de l’actualité de ses questions, d’unevolonté, celle de lever quelques mésinterprétations tenace s attachées à la présentation de sa pensée, considéré e à juste titre difficile, pour mieux e servir la compréhension d’une des plus fortes contr ibutions du xx siècle à la fondation des sciences sociales.
Un « esprit libre » face à l’histoire
Weber nous a donc légué une pluralité de problémati ques qui demeurent tout à la fois actuelles et inactuelles, mais également une tensio n, propre cette fois à son positionnement qui le définit à la fois comme ce qu e Nietzsche eût appelé unesprit libre et comme un savant engagé ou un politique érudit p leinement ancré dans l’histoire. Pour mémoire, Nietzsche distinguel’esprit libredulibre penseur. Alors qu’il définit le libre penseurun homme réactif, un homme du ressentiment, qui se définit par comme opposition à une idéologie ou à quelqu’un d’autre, il caractérisel’esprit librecomme un guerrier, un « nomade intellectuel ». L’esprit libr e se déprend de la seule actualité, et en cela il est inactuel, pour accéder à une compréh ension qui suspend l’immédiate actualité. C’est l’exception. Celui qui pense autre ment que l’on ne s’y attend dans le climat des opinions régnantes de son temps. L’espri t libre se spécifie par la volonté de répondre de soi devant soi-même, et non devant un j uge. Il correspond à l’éthique de la responsabilité, et non de la culpabilité. L’esprit libre est l’aventurier de l’esprit qui prépare en lui-même l’ouverture de chemins inédits. Weber s’apparente à maints égards à un telesprit libre, dans le rapport à son temps qui marie actionet réflexion, dans l’invention d’une méthode originale dont il a doté les sciences sociales, et dans son rapport à la chose politique caractérisé par la conjonction d’un engagement sans faille et d’une distanciation sans restriction. Mais contrairement à cet autre esprit libre que fut Nietzsche, son contemporain, qui cultivait l’éloignement des institutions et en qui Weber dénonçait une forme d’irresponsabilité à vouloir ainsi éluder la chose politique, le sociologue allemand assume l’ancrage dans la réalité historique. En cel a, il dessine une originalité foncière qui rend difficile la saisie même de ce qui pourrai t sinon le définir du moins le caractériser. La spécificité est donc ici de tenir la conjonction des contraires : comment penser unesprit libre ancré dans l’histoire? Éminemmentactuelu présent et, Weber assume la responsabilité de se confronter a d’en élaborer le diagnostic, mais sur le mode de l’inactualitésavant, il crée lorsqu’en un suspens et voit par exemple dans le singulier un e dimension universelle non 8 antinomique . Max Weber abrite donc en lui-même le p aradoxe d’être à la fois actuelet inactuel. Il conjugue l’inconciliable : la figure d e l’esprit libre et de l’historien engagé dans son présent.
L’impératif d’assumer « un point de vue »
La pluralité de problématiques entrecroisées et la complexité de l’homme traversé de tensions ne rendent-elles pas dès lors difficile et vaine l’idée de dégager de son œuvre une ligne directrice ? Dessiner une ligne de partag e entre les contributions wébériennes se révèle de prime abord impossible mêm e si, parmi les plus informés de ses commentateurs, certains s’y sont essayés. Ainsi de Wilhelm Hennis qui énonce 9 son projet d’extraire «la» de Max Weber (die Fragestellung) , en problématique réponse à Friedrich Tenbruck qui souligne les évolu tions de la rationalisation propre au 10 monde moderne , ou à Wolfgang Schluchter qui approfo ndit la question des 11 spécificités du rationalisme occidental , qui défend aient donc l’un et l’autre l’idée que laproblématique de Weber était autre, en dépit des c onsonances qui les lient. Comment dès lors honorer le pari de ce livre dont l ’éditeur souhaitait voir dégager
une idéel’associer à l’auteur présenté ? Y aurait-il pour unecentrale pour question Weber ? Et alors quelle serait-elle ? Faut-il voir en son œuvre une sociologie comparative des civilisations ? Ou une exploration de la particularité de la culture occidentale dans son ensemble ? Les deux questions sont connectées historiquement et logiquement puisque la question de la particular ité de l’histoire du rationalisme occidental trouve son ancrage dans un point localis é et daté d’histoire de la culture et conduit à une sociologie comparative des civilisati ons. Faut-il y voir une question plus large sur l’efficience des symbolismes religieux da ns l’histoire des mœurs et des idées ? Ou encore la fondation d’une tradition épistémolo gique qui, posant une sociologie de compréhension pour mieux appréhender l’action socia le dotée de sens, cherche à se donner les moyens intellectuels d’aller « le plus l oin possible dans la conquête et la 12 “reconquête” du sens » et ce faisant à inventer une méthode affrontant difficultés épistémologiques et responsabilité éthiques ? Toutes ces perspectives possèdent leur légitimité e t leur validité. Il s’avère donc délicat d’absolutiser un aspect de sa pensée ou de son œuvre. Et un recentrage du questionnement wébérien sur une thématique serait c onsentir à la réduction de son œuvre et de sa pensée, parmi les plus protéiformes et les plus complexes de la sociologie. N’importerait-il donc pas plutôt de ren oncer au projet si ardu de dégager une ligne pour caractériser l’œuvre wébérienne ? Et pourtant, si cela demeure difficile, cela n’est pas pour autant impossible. Si l’on accorde avec Weber que penser est un acte périlleux , il importe de se tenir à la hauteur de ce défi et risquer non point une ligne i nterprétative nouvelle, mais une écoute de la manière avec laquelle il aborda chaque objet, qu’il fût politique, économique, religieux. Ce parti permet de déceler p ar-delà ou en deçà de cette pluralité, sinon une unité, du moins une problémati que, qui trame l’ensemble de son œuvre. Pour en décider, le parti qui nous a paru le plus adéquat fut donc celui de la fidélité à lalettreet àl’espritde l’œuvre. Comment présenter une œuvre qui se caractérise par son actualité, sa validité plus d’un siècle après, sa fécondité critique, sa portée éthique ? Comment être fidèle à une pensée aussi vaste ? La fidélité n’est pas dans l’a dhésion, dans l’exposition exhaustive, mais dans la fidélité au mouvement même auquel Weber nous invite. Si l’on accorde que Weber refuse le relativisme et cho isit le perspectivisme, une manière de lui être fidèle sera d’assumer un point de vue i ntégrant la pluralité de ceux qu’il a su poser sur la réalité. La pensée de Weber pourrait nous conduire à ce sent iment d’écrasement qui accompagne parfois le vertige que l’on peut éprouve r devant l’incommensurabilité des savoirs et des connaissances qu’il mobilise. Mais s e soumettre conduirait à se mettre en deçà du texte, au risque de trahir Weber. Demeur er fidèle à son esprit c’est reconnaître qu’il nous oblige à nous placer par rap port à son œuvre si inspirante pour répondre aux défis présents. C’est donc choisir, ex ercer la responsabilité de choisir le fil directeur. Mais alors comment sélectionner parm i des thèmes aussi cardinaux que celui de la modernité et de ses ambivalences, celui de la rationalisation et de l’intellectualisation du monde, celui de l’avènemen t de l’homme de la « profession-vocation » (Berufsmensch), celui de la bureaucratie et de la rationalisatio n ? Par fidélité à sa manière de scruter chaque questio n, à sa manière de se dévouer à la cause de la science, à sa manière de s’engager e n politique, par fidélité donc à son ethos, la responsabilité s’impose comme voie possible po ur qui entreprend de lire et de relire Weber. C’est donc par fidélité que nous avon s assumé le travail de « sélection », 13 de « découpage » auquel il nous invite en choisissa nt un « point de vue ».