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Mémoire du quartier Grand Parc

De
122 pages
Cet ouvrage est un travail collectif sur la mémoire d'un quartier de Bordeaux, celui du Grand Parc, à l'initiative du centre social et culturel GP IntenCité. Son objectif est avant tout social. Il porte sur la question de la mémoire individuelle ou collective abordée sous l'angle de la lutte contre l'isolement des personnes âgées et/ou à mobilité réduite. Il est le fruit d'une cinquantaine d'entretiens d'une durée moyenne de 45 minutes auprès de 39 personnes de 60 à 100 ans et plus, vivant en établissement mais aussi à domicile.
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© ’armattan  l’Ecole polytechnique 
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http:wwwlibrairieharmattancom diffusionharmattan@wanadoofr harmattan@wanadoofr
ISBN : 99EAN : 99
Paris
Sous la direction de Sandra QUEILLE Association GP IntenCité
Mémoire du quartierGrand
Hier, aujourd’hui et demain...
Préface de JeanAJacquesAmyot
L’Harmattan
Parc
La gérontologie en actes Collection dirigée par JeanAJacquesAmyot L’évolution des connaissances sur le vieillissement et les constantes mutations de l’action gérontologique requièrent une large diffusion des études, des recherches et des actes de colloques, véritables brassages d’idées, de concepts, de pratiques professionnelles et de politiques publiques qui participent à l’innovation. La collectionLa gérontologie en actesa vocation d’éditer ces contributions qui accompagnent le développement de l’action auprès des personnes âgées.
Déjà parus Pierre PFITZENMEYERPrendre soin du grand âge vulnérable UNIORPAChoisiton d’entrer en établissement pour personnes âgées Enjeux éthiques et pratiques SophiaBELHADJINGONJONRegards d’un médecin sur la fin de vie en gériatrieEt si c’était moi 9 Gaëtan MALACUSOLe stress chez les personnes âgées  Blandine ORELLANAGELAINCommuniquer avec les personnes âgéesGuide pratique  UNIORPALe traitement social de la vieillesse  ColetteEYNARDDidier SALONArchitecture et gérontologie  OAREILLe vieillissement des immigrés enAquitaine JeanJacquesAMYOTLa naissance de la gérontologieJean Bassaler témoin en acteur  JeanJacquesAMYOT et MBILLÉsous la dirVieillesses interdites  MichelBILLÉLa chance de vieillir 
PRÉFACE
Lancer une opération de mémoire collective peut donner le sentiment qu’il s’agit d’une animation de plus qui permet de bavarder avec quelques personnes âgées pour agrémenter leur quotidien et réduire si nécessaire leur solitude.En rester serait ne rien voir de l’intérêt pour chacun et pour tous d’un recueil collectif de mémoire. Cette action sur leGrand Parc est en fait une page de l’histoire populaire qui vient d’être écrite, non par des sociologues ou des historiens, mais tout simplement par ceux qui l’ont vécue. Voilà donc des acteurs sociaux, habitants d’un quartier, qui font un coup de force… Oubliés les intellectuels qui habituellement réécrivent notre histoire, oubliée la sacro-sainte objectivité  Histoire et mémoire sont des représentations du passé, mais l’une se donne comme mission de retrouver l’exactitude des faits, alors que l’autre ne prétend qu’à son caractère vraisemblable. Voilà des personnes âgées qui viennent de reprendre le pouvoir sur leur vie. Non pas la vie au sens où nous l’entendons comme le présent pur, l’instant qui nous échappe aussitôt que nous en avons conscience. Je veux parler de leur parcours de vie : la traversée de mille événements du monde auxquels elles ont participé et qui les ont façonnées.Elles produisent ainsi une véritable révolution dans l’ordre habituel : leurs paroles s’écrivent et elles seront lues. Je le disais plus haut, la mémoire collective ressemble à un bavardage que l’on qualifie de radotage quand ceux qui racontent ont un âge plus que certain. Je suis toujours ironique devant cette manière de déconsidérer ce fait social
quand il s’agit de personnes âgées. Que faisons-nous adolescents quand nous expliquons, très fiers, à ceux qui ont deux ou trois ans de moins que nous, comment il faut s’y prendre pour faire telle ou telle chose ? Qui, en élevant des enfants, n’a pas au moins de temps à autre fait appel à ce qu’il a vécu pour expliquer ? Qui, alors qu’un ami vient chercher un conseil, de l’empathie, une oreille attentive, n’a pas fait appel à son propre parcours pour enrichir le questionnement, tenter une réponse ? Nous passons notre temps à nous appuyer sur notre passé pour comprendre le présent, pour y faire face, pour y être plus efficace. Les personnes âgées ne font pas exception à la règle. La vie est une leçon et, sans mémoire, la notion d’expérience n’a aucun sens…Bien évidemment, certains croient ou sont persuadés que leur expérience est nettement plus intéressante et constructive que celle des autres ; on peut aussi imaginer que d’autres personnes, plus rares, ont la vision inverse. Tous ceux-là ont tort.Cparcours de vie est une successionhaque de situations et d’événements si singuliers qu’ils n’ont d’intérêt que pour l’individu qui les a vécus. Par contre, l’enchevêtrement d’histoires individuelles excède la valeur de l’anecdote. Un quartier raconté par un seul est un point de vue ; un quartier raconté par plusieurs est une contribution à l’histoire. Le bon historien multiplie ses sources, les confronte.De même, la mémoire collective est un ajustement interindividuel des souvenirs métabolisés par le temps.Elle rappelle que notre expérience d’animaux sociaux est collective, qui plus est pour un quartier  Les opérations de mémoire collective remplissent trois fonctions essentielles. Il s'agit en tout premier lieu de ne pas laisser disparaître un patrimoine culturel dont la survivance tient à la vie des personnes âgées. Quand une génération arrive à son terme, 8
c’est toute une culture qui perd son support vivant, qui ne s’incarne plus.Dès lors, si l’on n’a pas pris soin de recueillir ce qui en fait l’originalité culturelle, la perte est irrémédiable. La sauvegarde d’un patrimoine culturel tient tout autant au besoin des générations descendantes à se retourner sur le passé vivant, leurs racines culturelles, qu'à notre capacité de restituer aux personnes âgées leur rôle de dépositaires et de transmetteurs d'éléments culturels. e deuxième objectifque l’on peut assigner à la mémoire collective est de redonner aux personnes âgées une situation d’acteurs sociaux. Une opération de mémoire collective implique toujours, quelle qu'en soit l'importance, du projet d'établissement à l'action d'envergure régionale, une dynamique sociale locale qui participe à une resocialisation des informateurs-acteurs. La mémoire collective mobilise les retraités, les personnes âgées et très âgées. Sortir, rencontrer, affermir son réseau de relations, confronter sa mémoire à d'autres mémoires sont autant de possibilités d'investir ou de réinvestir l'extérieur et les autres. Il n’est pas rare de voir les personnes interrogées reprendre des contacts en fonction des interrogations soulevées, s’intéresser à ceux, connus ou inconnus, qui participent également à une opération et dépasser ainsi la sphère spatiale et relationnelle qui était la leur quelque temps auparavant. Il s’agit encore de renforcer le sentiment communautaire, ainsi que nous le proposeGuy Rocher : « Le passé fournit à une collectivité une part de son identité, tout comme pour les individus (...) La mémoire collective est un puissant agent de solidarité sociale. Les symboles qu'elle utilise sont lourds de sens. Les souvenirs qu'évoquent ces symboles sont chargés d'affectivité communautaire (...)ls proposent des leçons pour lavenir.C'en est assez pour qu'ils contribuent puissamment à la solidarité des collectivités, à la participation 9
de leurs membres et à l'orientation de l'action individuelle et collective »1. Malheureusement, le passé, excepté s’il a valeur de préhistoire, n’a pas bonne presse chez les nombreux marchands de futur. L’avenir nous fascine, nous nous prosternons devant l’image du futur, mais le passé nous est vital au point que celui qui est dépourvu accidentellement de mémoire nous paraît relever d’une grande souffrance morale. e troisième objectifde la mémoire collective est plus ancré dans la sphère intime de l’individu. Il n’a échappé à personne que l’inutilité sociale des retraités est au cœur de la perception sociale et de leur problématique identitaire.Cette dévalorisation prend appui, notamment, sur l’obsolescence de leur savoir et, conséquemment, sur leur incapacité à transmettre connaissances et savoir-faire aux générations suivantes. Or, la sollicitation de personnes âgées pour participer à de telles opérations exprime bien autre chose. «Ce que vous avez vécu nous intéresse, ce que vous êtes nous intéresse et nous ne sommes pas les seuls : nous voulons vous entendre et diffuser ce que vous avez à dire ». Cette voix dissonante, après l’étonnement, devient structurante.En privilégiant l'aspect éducatif de la remémoration du passé, dans un contexte valorisé et garant d'une certaine crédibilité, l'image de la vieillesse vis-à-vis de l'entourage social et de soi-même devient plus positive. La transmission d'un savoir par le nouvel investissement que représente ce rôle éducatif, l'appartenance à un groupe permettent de lutter contre, d'une part, les sentiments d'inutilité sociale et d'isolement et, d'autre part, l'exclusion mutuelle des jeunes et des vieux. La mémoire collective participe effectivement à une véritable revalorisation narcissique.
p. cit. supra
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