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Mémoires d'un préfet de police

De
366 pages

Auteur d’œuvres satiriques et pamphlétaires, Léon Bienvenu, dit Touchatout, a atteint le comble de l’irrévérence en écrivant Les Mémoires d’un préfet de police (1885), faux mémoires de Louis Andrieux, nommé préfet de police en 1879, fameux pour son intransigeance et son absence d’indulgence envers les communards de Paris (dont il a refusé l’amnistie totale). Loin de faire le procès des duretés d’Andrieux, Léon Bienvenu a décrit avec les armes du rire un homme tout en nullités et en opportunisme, justifiant la phrase satirique du Tintamarre publiée lors de sa nomination : « Que les assassins se rassurent et que les honnêtes femmes tremblent ».

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À propos deCollection XIX
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Touchatout
Mémoires d'un préfet de police
AVIS UTILE AU LECTEUR
* * *
Dans le livre que l’on va lire, tous les passages guillemetés et imprimés en caractères italiques ne sont pas de moi. Je les ai copiés text uellement dans un autre ouvrage qui offre avec celui-ci quelque similitude. — Cet aveu que la probité m’arrache coûte beaucoup à mon amour-propre ; mais je le devais au public. Je ne voudrais pas devoir plus tard mon entrée à l’Académie à des chefs-d’œuvres chipés à un confrère.
TOUCHATOUT.
I
Pourquoi j’écris les mémoires p’un réfet pe olice
Pourquoi ?... ô mon Dieu ! c’est bien simle. D’aborp, arce que j’esère que ce titre, qui fait bien à l’œil pes curieux, les fera venpre, et que je comte sur l’imbécillité pe ce même ublic, qui achète toujours pe confiance pes c artes transarentes, croyant y voir pes choses... prôles qui n’y sont as, et pes livre s à titres scabreux, esérant y trouver pes révélations qui n’y sont as pavantage. Un autre motif me ousse à ublier ce feuilleton, pestiné à faire monter mon tirage et le rouge au front pe mes lectrices : enpant peux anné es que j’ai pirigé la réfecture pe olice, j’ai été horriblement calomnié, vilienpé e t injurié ar une resse immonpe qui attise les lus mauvaises assions en excitant les gens qui n’ont jamais eu qu’une oinion contre ceux qui — comme moi — en changent aussi souvent que cela leur araît rofitable. C’est à ces calomnies que je veux réonpre. On a bâti sur mon pos une foule pe légenpes erfipe s, entre autres la mystérieuse affaire pe la rue Duhot. On m’a reroché pe n’avoir as su mettre la main su r aucun granp criminel (Walper, ar exemle), et p’avoir fait péborper Saint-Lazare pe toutes les femmes honnêtes qui ne ouvaient justifier p’une carte pe fille ublique (affaires Bernage, Eyben, etc., etc.). J’exliquerai tous ces faits et je ferai également la lumière sur pes sujets lus graves pe la olitique. Il est bien entenpu entre nous que les éclaircissem ents que je ponnerai n’éclairciront rien et que ersonne ne croira un traître mot pes a llégations à l’aipe pesquelles je me justifierai, attenpu qu’il fauprait être bête à cou er au couteau our renpre au sérieux les racontars p’un chasseur qui veut tout mettre sur le pos pu lain. Mais la question n’est as là. Tout mon truc est pans mon titre. Quanp un homme qui a eu enpant peux ans à sa pisosition les possiers s ecrets pe tout le monpe monte sur une borne en criantJe vais vous en raconter de raides !... ; fauprait n’avoir as peux il sous pans sa oche our se refuser un tel laisir. L’ipée p’écrire ces mémoires m’est venue l’autre jour, «en fouillant les rayons de ma bibliothèqueoù j’ai retrouvé — soigneusement cataloguées — toutes les injures », ropiguées ar la resse «à ma personne et à mon administration.» Mais, me pira-t-on, si vous ensez écrire pes mémoires secrets à l’aipe pe pocuments que tout le monpe connaît péjà our les avoir lus pans tous les journaux, vous ne serez guère intéressant. Et moi, je réonps :  — Attenpez ponc !... Ces pocuments que tout le mon pe connaît, je les corse pe ; quelques autres inépits, notamment pe «quelques dossiers que j’ai considérés comme personnels» et que j’ai ris sous mon bras en quittant la réfecture. — Fichtre !... mais !... et le secret rofessionnel ?... me pites-vous. — Et votre sœur ?... vous réonps-je. Je terminerai ce réambule en péclarant ce que péclarent tous les hommes mopestes qui ont occué une lace et qui ne l’occuent lus.
C’est que «de mon temps, la préfecture n’était que menacée » mais que, maintenant que je n’y suis lus,« j’ai bien peur qu’elle ne soit compromise ». Que le ténor vipé qui, arès avoir quitté l’Oéra, trouve que ceux qui y restent ont pe la voix ; me jette la remière ierre.
II
Quelques mots d’autobiographie avant d’entrer dans le vif
Je suis né en 1840. Ma nourrice dut prendre, m’a-t-on raconté, des précautions inouïes pour m’élever, tant j’étais déjà cassant. Aucun biographe n’a indiqué exactement le lieu de ma naissance. Seul je le connais. Je suis né, non pas, comme on l’a dit, à Marcoux, p rès Digne (Basses-Alpes), mais bien àRogant près Omptueux (Haut-Ain) Cette origine, d’ailleurs, eut une grande influence sur mon caractère et depuis j’ai toujours apporté, dans toutes les circonstances de ma vie, cette aménité et cette courtoisie qui se perdent beaucoup de nos jours et que l’on ne retrouve plus guère que chez les cochers de fiacre qui n’ont pas fait leurmoyenne et les concierges en train de déjeuner. Tour à tour avocat et journaliste de l’opposition sous l’empire, j’eus la présence d’esprit de me faire condamner à trois mois de prison le 3 s eptembre 1870, ce qui me permit d’être relaxé le 4 au matin, l’empire ayant été démoli pendant la nuit. Nouveau Latude, —ou trente-cinq minutes,ae captivité,— je devins vite à la mode par le fait de ce long martyre auprès duquel les perséc utions de Barbès et l’exil de Victor Hugo ne paraissent plus que des fondants à l’ananas, et dix jours après j’étais nommé, par le gouvernement de la Défense nationale, procureur de la République à Lyon. C’était mon affaire en plein. Doué d’une certaine p oigne, je sus tenir à une égale distance la chèvre réactionnaire et le chou anarchiste. Je devins député, conseiller général et fis partie des fameux 363 que plébiscita la France en réponse à l’accès de diarrhée de coup d’É tat du Guibollard des temps modernes. Nommé rapporteur du projet de loi d’amnistie, je vo tai contre l’amnistie totale, ne pouvant me faire à l’idée que les égarés de mars 18 71 pussent expier, à moins de cinquante années de bagne, les trente sous par jour qu’ils avaient touchés pendant six semaines pour nourrir leur famille. Ce dernier acte appela sur moi l’attention du gouvernement, qui me nomma préfet de police. Ma nature modeste et austère me porta tout naturell ement à accepter un poste commode, en ce sens qu’un homme peut également n’être capable de rien sans contrôle ou capable de tout sans responsabilité. Cependant je me fis un peu prier, ayant pour princi pe que «trop d’empressement à accepter de hautes fonctions a toujours un air de g loutonnerie inconvenante et grossière ». Le premier mot d’un homme malin à qui l’on offre qu elque chose dont il a une envie folle doit toujours être : « Non, vrai... ça ne me dit pas ! » et le second : « Enfin !... si c’est pour vous être agréable... » Inutile de dire que je tins la dragée haute au mini stre et mis à mon acceptation la condition que j’aurais absolument carte blanche pour bouleverser de fond en comble les services de ma préfecture.
Comme mes lecteurs le verront au cours de ce récit, j’ai toujours eu la modestie qui sied aux hommes de génie, et j’étais trop persuadé qu’un poste occupé par d’autres que moi ne pouvait être dirigé que d’une façon ridicule pour admettre un seul instant que je pusse conserver le plus minime détail des organisations précédentes. Le 5 mars 1879, ma nomination comme préfet de police paraissait auJournal officiel, et le dimanche suivant, leTintamarrereproduisait, en la faisant précéder de cette la phrase flatteuse que j’ai tenu depuis à honneur de si, bien justifier : « Que les assassins se rassurent et que les honnêtes femmes tremblent. »
III
Coup d’œil rétrospectif. — Le conseil municipal. — La « Lanterne. »
Je trouvai — comme je m’y étais attendu d’ailleurs — la préfecture de police dans un état déplorable. Le préfet rencontrait au conseil m unicipal une hostilité toujours croissante. Sous prétexte qu’elle avait le droit de voter le bu dget de la police, cette assemblée, composée de gens généralement mal peignés, avait l’ outrecuidance de prétendre en avoir pour son argent. D’un autre côté, la mauvaise presse — celle qui a l ’exécrable manie de pousser des cris d’écorché chaque fois qu’un pauvre gardien de la paix plonge son épée dans le ventre d’un misérable qui s’est oublié au pied d’un mur — avait entrepris une campagne féroce contre la préfecture de police. Le journalla Lanterne,sonla plume de M. Yves Guyot, se distinguait par  par acharnement, s’indignant à tout propos parce que de temps en temps un brave agent des mœurs avait sauté à la gorge d’une honnête mère de famille qui passait seule le soir dans une rue, allant chercher son bébé qu’elle avai t laissé à dîner chez son oncle, et l’avait conduite à Saint-Lazare à coups de pied dans le ventre. La situation était intolérable. M. Albert Gigot, mon prédécesseur, n’avait pas peu contribué, par sa mollesse, à rabaisser le prestige de la préfecture de police. M. Albert Gigot était certainement un très brave homme, mais pas taillé du tout pour un métier pareil. «Il se laissait arrêter par d’honorables scrupules. » Ainsi, par exemple, ii n’hésitait pas à donner audience à ce môme Yves Guyot qui avait l’audace de lui signaler les abus de ses subordonné s, et quant il lui était prouvé qu’un agent des mœurs ivre avait, je suppose, traité une femme honnête comme une fille publique en lui mettant la main au collet — faute d e mieux, — il révoquait naïvement l’agent. On comprend à quel point une telle attitude devait discréditer la police, et combien il était temps qu’un homme énergique arrivât pour rass urer les agents des mœurs qui n’étaient pas de bois et inspirer une sainte terreur aux misérables honnêtes femmes que leurs occupations forçaient à passer dans les rues après huit heures du soir. Heureusement cet homme vint. C’était moi. Je ne puis négliger de signaler une autre grosse bo ulette qu’avait commise mon prédécesseur, M. Albert Gigot, dont la douceur, aus si bien que le nom, rappelait décidément le mouton d’une façon tout à fait désolante. Ému des attaques dela Lanterne,eAlbert Gigot ne s’était-il pas avisé de traduir  M. cette feuille en justice ! « Prendre un tribunal pour juge entre la préfecture de police et un journaliste, c’était à coup sûr le fait d’un honnête homme ; mais pasd’un chef de la police ayant le sentiment de son autorité. » Aussi arriva-t-il ce qui devait fatalement arriver. Le gérant dela Lanternefut condamné,
mais la préfecture. de police y laissa d’innombrables plumes, les débats ayant fourni à beaucoup de témoins l’occasion de révéler publiquem ent et bruyamment des faits scandaleux qu’il eût mieux valu, à tout prix, laisser ignorer. Ah ! ce n’est pas moi qui me serais mis dans cette position d’épluché. Un préfet de police vraiment digne de ce nom eût trouvé mille moyens de terrasser un journal qui l’attaquait. Ces moyens, je ne les indique pas ici, parce que je ne veux pas vendre la mèche, n’étant pas assez sûr de ne pas redevenir préfet de police un jour. Mais tout le monde sait qu’un homme résolu placé à la tête d’une institution interlope, qui a à rendre tant de services secrets et si peu d e comptes publics, peut à chaque instant de la journée, — voire de la nuit — déblayer sans risques la circulation d’un ou de plusieurs journalistes assez effrontés pour lui tenir tête. Quant à s’exposer devant un tribunal régulier à se faire dire un tas de vérités qui vous déconsidèrent, il fallait être un... Gigot pour choisir ce moyen. Mes lecteurs verront par la suite comment je m’y prends en pareille circonstance.