//img.uscri.be/pth/a287026a8830f8469ad45553e267be90c1ea59a7
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 28,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Mémoires histoire des déplacements forcés

410 pages
L'objectif central de ce collectif est d'identifier et d'analyser des marqueurs culturels issus des résistances sur les questions d'héritages, de legs culturels, sociaux, politiques des déplacés d'hier et d'aujourd'hui afin de contribuer aux réflexions critiques portées sur les révoltes populaires du présent.
Voir plus Voir moins

MéMoires, histoire des déplace Ments forcés Textes réunis par
Melica Ouennoughi
ANTHROPOLOGIE ET ETHNOHISTOIRE
Terrains et Recherches appliquées
ertaines cultures subissent des fragilités comme des sites
historiques en péril, dont les menaces sont sérieuses et Csont le refet du déracinement lié au système paysan dé-
placé, dégradé voire dénigré. Pourtant, qu’il soit naturel ou forcé,
le chemin du déplacé a mobilisé une richesse culturelle dans son
histoire sociale et politique mais également dans les mouvements
de revendication et/ou libération, révélée à travers la littérature, les
arts, les chants, les représentations, les vieux dictons, la conserva- MéMoires, histoire tion de végétaux que des hommes et des femmes ont volontaire-
ment préservés à travers les legs anciens de leurs aïeux. L’objectif
central de ce collectif est d’identifer et d’analyser des marqueurs des déplace Ments
culturels issus des résistances sur les questions d’héritages, de legs
culturels, sociaux, politiques des déplacés et des diasporas d’hier et
d’aujourd’hui afn de contribuer aux réfexions critiques portées sur
les révoltes populaires du présent.
Mélica Ouennoughi, Docteur en anthropologie. Membre-Cher-
cheur du Réseau e-Toile-Pacifque. Réseau des Océanistes franco -
phones. Après avoir étudié l’histoire d’une communauté de mon-
tagnards (Pahâri), à travers leurs mythes et légendes issus des plus
anciennes traditions hindoues en Himachal Pradesh, elle poursuit Héritages et Legs ses travaux sur les vieilles traditions nord-africaines introduites
e eedans les anciens bagnes d’Outremer en Nouvelle-Calédonie durant le XIX siècle (XIX -XXI siècles)
(palmier-dattier, assemblée, saint patron, chants, instruments, puits, gargoulet-
tes,…). Ayant fourni un premier répertoire généalogique inédit de ces déplacés, elle
apporte en annexe de cet ouvrage un échantillon d’un second répertoire à paraître
sur les mouvements de déplacés nord-africains en Guyane faisant apparaitre un
lien généalogique avec la Nouvelle-Calédonie. L’auteure est sollicitée pour des tra-
vaux en généalogie et des productions de flms et documentaires.

Illustration de couverture : L’homme aux chèvres, collection Max Shekleton.
ISBN : 978-2-343-01526-2
9 7 8 2 3 4 3 0 1 5 2 6 2
38 €
ANTHRO_SOCIO_ETHNOBOT_GF_OUENNOUGHI_22_MEMOIRES-HISTOIRE_V4.indd 1 25/09/14 18:45:21fs
Textes réunis par
MéMoires, histoire des déplace Ments forcés
Melica Ouennoughi
orcé

Mémoires, Histoire des Déplacements forcés
e e
Héritages et legs (XIX - XXI siècles)






























ANTHROPOLOGIE ET ETHNOHISTOIRE
Terrains et Recherches appliquées
Dirigée par Mélica Ouennoughi

Cette collection se propose de contribuer aux travaux de Georges Balandier sur
l’étude des sociétés colonisées, visant à une connaissance de la réalité présente
et non à une reconstitution de caractère historique, échappant ainsi aux
recherches conservées dans leur primitivité ou méditant sur le destin des
civilisations ou les origines de la société. Le lieu du déplacement et de la
migration est un terrain à défricher dans de nouvelles frontières, où peuvent
converger des études qui poursuivent le concept d’une anthropologie de la
libération suggérée par Pierre-Philippe Rey. Le lieu de la migration peut être
abordé comme lieu anthropologique où comme le souligne Marc Augé, une
frontière n’est pas un barrage, c’est un passage. L'activité de collectes propose
aux historiens, anthropologues, archéologues ethnologues, économistes,
botanistes, et autres disciplines d'apporter leurs contributions scientifiques, qui
décloisonnent vers une réflexion critique, en revisitant les vieilles migrations et
les nouvelles causées par un déracinement du système villageois déplacé,
intériorisant leurs actes coutumiers sur des sites historiques en péril, dégradés
voir dénigrés dans une mondialisation galopante. L’anthropologie appliquée
permet au lectorat de disposer d'un corpus documentaire du bien immatériel
conservé en migration qui n’a pu se reproduire naturellement. Le sens pratique
des vieux dictons se joint ici au concept d’une ethnologie organique revisitant
les travaux de Pierre Bourdieu.















Textes réunis par
Mélica Ouennoughi






Mémoires, Histoire des Déplacements forcés
e eHéritages et legs (XIX - XXI siècles)































































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01526-2
EAN : 9782343015262







En Nouvelle-Calédonie, sur la plage de la Roche Persée, il y
avait un homme de pierre, qu’on appelait le bonhomme. On
voyait bien qu’il y avait à peu près 150 ans, les vieux algériens
étaient passés par là. Les vieux chefs Kanaks et les tribus de
Grand chef Ataï nous avaient bien accueillis, nous habitions à
Bourail, près du grand fleuve (Néra) où les grands requins
tigres et les tortues pondaient leurs œufs.... J.

« L'homme bien né, dit toujours du bien du lieu où il a passé la
nuit ». Proverbe berbère en souvenir de Ali Ben Ahmed ben
Lamouri, dit « Memmet », originaire des Aurès).










































SOMMAIRE

Mémoires, Histoire des Déplacements Forcés
Héritages et Legs (XIXe-XXIe siècles).

Présentation...................................................................................... 9
Introduction des auteurs
Résumés des contributions………………………………………...15
Les contributions………………………………………………….. 33

Mélica OUENNOUGHI, Cultures et traditions arabo-berbères en
Océanie. Implication dans la gestion coutumière kanak des conflits
interethniques……………………………………………….……….35
Pierre BOURDIEU & Loïc WACQUANT, L’ethnologue organique
de la migration algérienne…………………………………………...59

Ahmed ROUADJIA, Souvenirs de la Révolution et Mémoire de
l’émigration algérienne………………………………………………71

Mohamed CHABANE, Fellahs algériens face à la dépossession
coloniale des terres agricoles……………………………………….103

Salah CHAOUCHE, L’Œuvre coloniale en Algérie : quel impact sur
la fabrique de la ville ?......................................................................129

Michel RENARD, Migrations algéro-berbères en France : Le
politique et le religieux, années 1910-1914………………………..171

Alain MONLOUIS & Melica OUENNOUGHI, Une vision de
l’échec scolaire en France. Une alternative : l’anthropologie…...…205

Eddy WADRAWANE, Emplacement et déplacement des écoles en
milieu Kanak.
Un analyseur anthropologique de la place faite aux institutions de
savoir occidental dans une situation coloniale………………….….227
7


Abdelhakim SENOUSSI, Bachir KHENE & Slimane
HANNACHI, Lecture de l'espace oasien en Algérie : Décadence ou
Renouveau ? - Cas du Pays de Ouargla et de la vallée du
M'Zab……………………………………………………………....255

Souad BABAHANI & A. H. SENOUSSI, Coutumes Oasiennes : un
Aliment et un « Médicament »…………………………………….279

Marie VIROLLE, Création littéraire de la migration algérienne
(1996-2013) dans la revue Algérie
Littérature /Action.............................................................................293

Lynda CHOUITEN, Algerian songs of exile. From Manicheism to
Hybridy..............................................................................................323

Marion CAMARASA, L’immigration algérienne au Canada : 50 ans
d’une histoire atypique……………………………………………..345

Paula SOMBRA, Influence et legs de l'expérience algérienne dans
l'Argentine des années 60-70……………………………………... 371

Annexe I. Louise MICHEL sur l’insurrection kanak
(1878)…………………………………………………………........397

Annexe II. Extrait du « Répertoire généalogique des déplacés
algériens et maghrébins condamnés au bagne de
Guyane » …………………………………...……………………...400










8


Présentation

Les études actuelles montrent un fort maintien des pratiques et
1diversités du patrimoine culturel immatériel inscrit à l’UNESCO ces
dernières années. Néanmoins, nous observons que certaines cultures
subissent des fragilités dans un monde globalisé, comme des sites
historiques en péril, causés par un déracinement du système villageois
déplacé, dégradé voir dénigré. Les minorités locales perçues de plus
en plus comme arriérés par les citadins, du fait de leur faible
alphabétisation, de leur façon de penser ou de s’habiller, provoquent
un dénigrement de plus en plus évident, prétextant une incivilité.
2Fanny Colonna évoque le changement dans l’Algérie contemporaine,
notamment chez les paysans montagnards des Aurès, sur leur façon de
penser le religieux. Ces dernières années, les faits migratoires
culturels révèlent de nouveaux défis sur le maintien des pratiques et
diversités culturelles. Par ailleurs, on a pour habitude de considérer,
par exemple, que les chants et la littérature sont le fruit d’une nation
marquée par son nationalisme, tournée sur elle-même, sans que celle-
ci ne s’interroge véritablement sur l’histoire de ses déplacés. Alors
que le lieu de la migration peut être abordé comme lieu
anthropologique où comme le souligne Marc Augé, une frontière n’est
3pas un barrage, c’est un passage , on constate que le déplacement,
qu’il soit naturel ou forcé, a mobilisé une richesse culturelle révélée à
travers la littérature, les arts, les chants, les représentations, les vieux
dictons que des hommes et des femmes ont volontairement préservé à
travers les legs anciens de leurs aïeux. Les exemples sont nombreux et
l’importance des circulations, notamment dans leur rôle intellectuel,
artistique, scientifique dans le développement et la vie des sociétés,
n’est plus à démontrer.

1 « On entend par "patrimoine culturel immatériel" les pratiques, représentations,
expressions, connaissances et savoir-faire - ainsi que les instruments, objets, artefacts et
espaces culturels qui leur sont associés - que les communautés, les groupes et, le cas échéant,
les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine
culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les
communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de
leur histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à
promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine…». Cf. Textes
normatifs de l’Unesco, Article 2 : Définitions, in : Convention pour la sauvegarde du
patrimoine culturel immatériel, Paris, le 17 octobre 2003.
2 Cf. Les versets de l’invincibilité, Permanence et Changements Religieux dans l’Algérie
Contemporaine, Presses des Sciences politiques, Paris, 1995, p. 469-474.
3Cf. Pour une anthropologie de la mobilité, Payot, 2009.
9


L'objectif central de ce collectif est d'identifier et d'analyser des
marqueurs culturels ouvrant une contribution scientifique dans les
Programmes Euromed-Héritage, sur les questions d’héritages, legs
culturels, sociaux, politiques des migrations et diasporas d’hier et
d’aujourd’hui et de contribuer aux réflexions critiques portées par
4l’anthropologie politique du présent dont Alain Bertho démontrant
des barrières culturelles qui s’effondrent, des métissages qui se
multiplient et s’accélèrent, les flux d’images, de sons et de discours
ouvrent à la mise en partage des imaginaires de l’humanité toute
entière. Ces nouveaux champs de recherche explorent les profondeurs
des mémoires enfouies dans une histoire ancienne encore très peu
explorée dans les migrations internationales. De ce fait, les travaux
transversaux sont indispensables à la compréhension des chemins
empruntés par les migrants. La structure sociale berbère et arabo-
berbère tout comme d’autres structures autochtones préservées en
migration ou déplacées, reflètent bien l’existence de droits coutumiers
préexistants.
En intériorisant leurs actes coutumiers, le défit pour les « déplacés »,
fut de rompre peu à peu avec les liens perpétués dans la colonie, entre le
capitalisme et l’expansion coloniale (l’économie coloniale comme
supériorité matérielle s’imposant à des sociétés atechniques sur un droit
établi au préalable et à son avantage, à fondement plus ou moins racial),
impliquant des tensions et conflits, du rapport dominant-dominé (dans la
dialectique du maitre et de l’esclave), dénoncés par les théories marxistes
5sur la compréhension de la question coloniale de Georges Balandier ,
lequel compare cette notion au rapport maitre-serviteur de G.W.F
6Hegel .
Selon Georges Balandier, ce rapport peut sans aucun doute être
comparé à l’action combinée du prolétariat et des peuples coloniaux,
puisque les colonisés eux-mêmes mettent l’accent sur l’aspect
économique de leur situation, plus que sur l’aspect politique. Il est
vrai que l’on a tendance à toujours regrouper les consciences
dominant/dominé, maitre/esclave, supériorité intelligence/primitif
arriéré, atechnique, etc. Si une telle perception fondatrice de

4 Cf. Nous-autres, nous-même : Ethnographie politique du présent, Editions du
Croquant, 2008.
5Cf. La situation coloniale, Approche théorique. Extraits. In : « Les Cahiers internationaux de
sociologie, vo. 110, janvier-juin 2001, pp. 9-29 Paris, Les Presses universitaires de France ».
Le choix des extraits a été effectué par Jean Copans.
6 Cf. La phénoménologie de l’esprit (1806-1807), t.1, trad. J.
10


l’aliénation reflète une situation coloniale qui serait perpétuelle, on
peut s’interroger sur le concept d’une « Anthropologie de la
7Libération » rattachée aux idées de Pierre-Philippe Rey, Claude
Meillassoux, Emmanuel Terray. Nous perpétuons cette idée qui
perdure en migration, par des liens fraternels étudiés dans l’exemple
des relations d’affinités entretenues entre un groupe de Communards
et d’Algériens prestigieux, déportés en Nouvelle-Calédonie des suites
de la Commune de Paris et de l’insurrection d’el Mokrani (1870-
1871). Des liens directs chez les déplacés algériens de Nouvelle-
Calédonie ont été préservés dans la résistance à la sauvegarde des
noms d’origine, véritable obstacle aux objectifs coloniaux qui furent
de rompre avec les noms des ancêtres, par le lien indirect supprimant,
voir modifiant, ou transformant les noms de famille. En somme, les
vieux dictons par la voie de legs immatériels pourraient constituer les
8effets d’un lien organique suggéré par Pierre Bourdieu . Les vieux
dictons forment-ils des modèles traditionnels dits « sociaux »
(patterns des auteurs anglo-saxons) comme point de résistance, et
qu’ont-ils produits ? Alors que la nouvelle migration des années 1990
9à nos jours pourrait avoir subit une double aliénation entretenue dans
l’héritage colonial en Algérie, une distinction pourrait être observée
sur la vieille migration, à travers le chant El Menfi introduit en
migration depuis le 1871 et véhiculé dans les bagnes d’Outremer.
Poursuivant son chemin dans les années 54 dans les bidonvilles de
Nanterre, à travers le douloureux déracinement de la crise de
10l’agriculture traditionnelle en Algérie , la reconstitution historique et
culturelle de l’Algérie nécessite l’implication et le rôle joué par les
vieilles migrations depuis le déracinement forcé de 1871 aux années
1945-60. Alors qu’une tradition s’est fragilisée dans le pays d’orgine
des suites des déplacements forcés, le bien immatériel n’a pu se

7 Pierre-Philippe Rey nous apporte les éléments formateurs et conceptuels. « In : Qu’est-ce
qu’une Anthropologie de la Libération. Le devenir des Docteurs en Anthropologie
de Paris VIII originaires des pays du Sud). http://www2.univ-paris8.fr/colloque
mai/Communications/Pierre-Philippe_Rey_anthopologies.html
8 Le lien organique fait référence à l’article inédit « L’ethnologue organique de la migration
algérienne », développée par Pierre-Bourdieu lors d’un entretien mené par Loïc Wacquant.
Cf. L’ethnologie organqiue, Agone, Philosophie, Histoire & Politique, numéro 25, 2001.
9 O. Malmoni analyse les complexes qui caractérisent le « colonial » et le « colonisé » et
permettent de comprendre les relations que tous deux entretiennent. Cf. O. Mannoni,
Psychologie de la colonisation, Le Seuil, 1950.
10 P. Bourdieu et A. Sayad, Le déracinement. La crise de l'agriculture traditionnelle en
Algérie ; n° 27 ; vol.7, p. 650-651.

11


reproduire naturellement du fait de tabous voir même de dénigrement,
on observe néanmoins que des expressions et savoir-faires ont été
rattachés à leurs objets d’origine et ont été recréés en migration.
Qu’ils soient chanteurs, poètes, écrivains, artistes, chercheurs,
artisans, nés en France ou dans les anciennes colonies, certains ont
parcouru le monde, représentant le pays de leur adoption ou leur
filiation mixte, à travers leurs actes artistiques ou scientifiques à
l’échelle internationale, même si la société française voit toujours en
eux l’identité de leurs parents, une identité qui les ramène à l’histoire
de la colonisation et l’indépendance de l’Algérie.
Si la recherche agronomique a accepté de se joindre à la construction
de ce premier essai collectif sur les déplacés, c'est précisément parce
que les chercheurs de cette discipline souhaitent favoriser la
réciprocité des échanges scientifiques pour mieux appréhender les
sciences humaines à leurs recherches en agronomie, botanie. En
termes de réciprocité, leurs travaux peuvent considérablement
contribuer aux problématiques des cultures et des résistances dans le
contexte de la transformation du monde rural au monde urbain et dans
le contexte de la mondialisation qui fragilisent les conditions du
système paysan ou villageois. Ainsi, de plus en plus de colloques et de
journées d'études scientifiques et agronomiques ont intégré des
démarches d'anthropologues qui se joignent aux sciences
expérimentales.
Cette coopération peut permettre la constitution d’une démarche
pluridisciplinaire qui s’inscrit dans la lignée des précédents travaux
11 12novateurs en France , puis en Algérie , sur les traces et pratiques
agraires de longue durée, afin de conduire une analyse comparative
des pratiques culturelles permettant un regard novateur sur le rôle et
l’itinéraire d’un système paysan intégré, déplacé et migré. En
participant organiquement aux resserrements de liens entre les deux
rives de la Méditerranée et dans le monde, en dépit des situations
divergentes et convergentes que l'histoire des peuples a connues au fil

11 Colloque « Histoire et agronomie : entre ruptures et durée », organisé à Montpellier les 20-
22 octobre 2004, IRD Editions, Paris 2007. Durant ce colloque, nous avions abordé
l’hypothèse que les modes de diffusion des plantes et des végétaux en Océanie, permettent de
suivre les mouvements migratoires des groupes humains. L’exemple du palmier-dattier et ses
caractéristiques végétales peut permettre de tracer des chemins interconnectés entre la
Nouvelle-Calédonie, l’Australie et l’espace Médtiterranée-Maghreb.
12 Actes des Journées Internationales sur la Désertification et le Développement Durable,
Biskra du 10 au 12 juin 2006.413-423, CRSTRA, Biskra.
12


des siècles, les diasporas ou migrations sont actives plus que jamais
dans leur contribution qui leur font reconnaître d’anciens engagements
historiques.
Si les legs peuvent être nourris de marqueurs différenciés, c'est parce
qu'ils sont probablement issus d’une « filiation naturelle ou
éponyme », qui perdure entre les deux rives de la Méditerranée vers
les nouveaux mondes, ou qu’ils évoluent selon les lieux d'implantation
dans lesquels ils se sont trouvés. La production immatérielle reflète
bien l’idée d’une mémoire silencieuse des premières générations
d’immigrés dans les années 1945-60. On observe que les anciennes
résistances ont généré des revendications concrètes dans des
engagements sociaux (le syndicalisme), des idées de voie de libération
au contact de peuples autochtones portés par les mêmes causes. De ces
engagements puisés dans l’ancien « fond solidaire», des mouvements
émergents avec d’autres favorisant une certaine mixité, une certaine
pensée intellectuelle d’idées consolidées, voudraient exprimer
l’existence d’un fond solidaire en déplacement. Entre rupture et durée
dans le temps, une certaine science a été léguée. Abdelmalek Sayad,
sur les processus migratoires et questions du retour au pays natal des
premiers déracinés, propose de poursuive le chemin d’une science: « Il
faut que l’émigration cesse d’être cette “chose” honteuse dont on ne peut
13parler, pour que puisse se créer une « science de l’absence ».
L’Union européenne, en imposant aux pays du sud et du Maghreb, de
mieux contrôler leurs frontières pour éviter les migrations
clandestines, a paradoxalement contribué à interrompre le caractère
traditionnel des circulations fort anciennes. Cet ouvrage collectif a
pour objectif de démontrer la complexité historique des migrations,
afin de mieux replacer les questions de savoirs liés des origines aux
déplacements.






13 Abdelmalek Sayad, La double absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de
l'immigré. Liber, Seuil, 1999. 448 p.
13





Introduction des Auteurs
Résumés des contributions

Les auteurs qui publient dans cet ouvrage développent une recherche
et librement une opinion qui n’engage qu’eux-mêmes.



L’Ethnologue organique de la migration algérienne

Pierre BOURDIEU et Loïc WACQUANT



14Ce texte est une conversation menée entre les deux auteurs qui
débattent sur l’ethnologie organique à travers la figure du sociologue
algérien Abdelmalek Sayad.

Dans cette interview menée par son homologue et sociologue Loïc
Wacquant, au-delà de l’atlantique, ce débat nous livre de précieux
apports épistémologiques facilitant la rencontre et le débat. Le résumé
15du texte intégral est diffusé par les auteurs comme suit : « En tant
qu’ethnologue organique de la migration algérienne, observateur-
témoin du drame silencieux de l’exode massif des paysans berbères de
Kabylie vers les bas-fonds industriels de leur ancien maître colonial,
Abdelmalek Sayad nous offre la figure exemplaire du sociologue “en
écrivain public” qui enregistre et diffuse la parole de ceux qui en sont
le plus cruellement dépossédés par le poids écrasant de la
subordination impérialiste et de la domination de classe, sans jamais
s’instituer en porte-parole, sans jamais s’autoriser de la parole donnée
pour donner des leçons, si ce n’est des leçons d’intégrité ethnologique,
de rigueur scientifique et de courage civique ».


14 Pierre Bourdieu, Collège de France.
Loïc Wacquant, University of California-Berkeleyand
Centre de sociologie européenne.
15 P. Bourdieu & L. Wacquant. L’ethnologie organqiue, Agone, Philosophie, Histoire &
Politique, numéro 25, 2001.
15


Souvenirs de la révolution et mémoire de l’émigration algérienne

Ahmed ROUADJIA

16L’historien Ahmed Rouadjia s’interroge sur la question de la
« mémoire » comme étant un enjeu plus symbolique et politique que
scientifique, en apportant un esprit critique sur l’obsession de la
mémoire révolutionnaire algérienne et les questions d’appropriation
scientifique. Par ce qu’il nomme les acteurs nationalistes de la
« Révolution », il constate une mise à l’écart d’historiens réputés
« étrangers ». L’auteur nous livre de manière subjective, sa déception
sur certans monopoles qui serait d’après lui sujet à débattre. Au
regard d’une émission télévisée consacrée au déclenchement de la
guerre de libération, il nous apporte des éclairages sur certains cercles
« arabophones » issu d’un nationalisme le plus conservateur et le
moins perméable à l’esprit critique. L’auteur pose la question du
manque de chercheurs critiques et indépendants d’esprits en Algérie,
dont il constate que seule une poignée d’entres eux sont marginalisés.
Il souligne également l’émergence de jeunes chercheurs nationaux,
tant l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, et dont l’esprit critique les a
conduits à mettre en cause l’historiographie officielle en exhumant des
faits ou des figures nationales et que cette dernière en a donné une
version tronquée. En apportant plusieurs volets de réflexion historique
laissés dans l’oubli depuis les migrations forcées algériennes (XIXe
siècle) vers l’émigration (XIX-XXe siècles) dont il prend en compte
les dérives d’une clandestinité ces dernières années. Il exprime
l’intérêt d’un lien, fondé sur la solidarité, le renforcement des liens
d’échanges culturels, et voir d’« allégeance » entre ces communautés
d’expatriés et « la mère- patrie ».



16 Ahmed Rouadjia, chercheur, Maître de Conférences, Université de MSILA (Algérie).

16


Fellahs algériens face à la dépossession coloniale des terres
agricole

Mohamed CHABANE

17L’auteur nous apporte des éclairages économiques sur le secteur
agricole en Algérie depuis 1962, date de l’indépendance du pays. À
travers les spécialistes de la littérature consacrée à l’histoire de
l’agriculture algérienne, il interpelle la recherche sur le manque de
considération d’une importante frange sociale de la population
algérienne, les conditions sociales et culturelles s’ajoutent à la
question de devenir des fellahs sont fragilisées voir menacées, du fait
de leur marginalisation, des rudes conditions remontant au fait
colonial sur la dépossession des terres paysannes et la confiscation
militaire foncière, provoquant une déstructuration et désorganisation
de leurs systèmes de valeurs. L’auteur analyse la situation économique
du monde rural algérien un demi-siècle après l’indépendance de
l’Algérie. À travers plusieurs études de cas, il aborde la gestion
archaïque et aléatoire d’un secteur agricole fragilisé et reléguant en
second rang le rôle social et culturel des fellahs, du fait du nouvel
aménagement des zones rurales aujourd’hui, qui nous est développé
également dans les contributions suivantes des trois agronomes.

Mohamed Chabane prévient et rappelle les premières alertes de la
fragilisation du système paysan algérien, notamment sur ce dont
exprimait Germain Tillon sur le paysan aurésien de 1954 : Mohand-
ou-si-Tayeb... Les études de l’auteur démontrent en effet, par ses
travaux menés sur l’évolution de la population entre 1886 et 1954, une
descente et un système rural en grande fragilisé où il nous explique
que le fellah indépendant vit aujourd’hui dans des conditions difficiles
en dépit de son savoir-faire. Devenu propriétaire, il s’est
considérablement appauvri et reste toujours dans l’attente d’un
lendemain meilleur.






17 Mohamed Chabane, Docteur en économie.Centre Universitaire de Recherches
Administratives et Politiques.Université de Picardie.
17


Migrations algéro-berbères en France
Le politique et le religieux, années 1910-1940
Michel RENARD

18Michel Renard à travers ses travaux et nombreuses fouilles
d’archives, pose la question d’une migration algérienne de la
résistance ; en d’autres termes, il développe une série de
questionnements : une migration économique de misère est-elle en
mesure de résister à une culture qui n’est pas la sienne dans le pays
d’accueil ? Est-elle condamnée à rompre avec son identité ? N’a-t-elle
comme horizon, à l’issue d’un séjour plus ou moins prolongé, que la
dépossession de soi ? Après avoir tracé un bilan sur les motifs de
l’émigration algérienne vers la France depuis le début du XXe siècle,
à l’époque coloniale comme étant indéniablement économique,
l’auteur observe trois dynamiques qui ont façonné les pratiques et
mentalités des ouvriers algériens venus travailler en France durant les
premières époques de la migration en France. L’auteur présente une
première dynamique pré-migratoire dont il étudie comment les
Algéro-Berbères ont contribué aux travaux agricoles et viticoles
chaque année. La seconde dynamique est le contact migratoire en
métropole. Il étudie comment les immigrés ont développé des
dispositifs sociaux, compagnons de travail, syndicat, partis politiques
(surtout communiste, et plus tard PPF ou autre…). L’ancienne
solidarité n’est plus « communautaire », mais syndicale et
institutionnelle. Les Algéro-Berbères ne cèdent pas à une
déculturation migratoire. Michel Renard avait mentionné dans son
précédent ouvrage dont il nous fait part, que les rituels religieux
étaient souvent observés. Le jeune du mois de ramadan est observé, se
distinguant d’une chéchia rouge. L’auteur apporte un comparatif avec
plusieurs villes de France ayant connu un fait culturel et migratoire
algérien durant le XXe siècle entre Paris et Marseille. Il apporte des
éclairages sur la main-d’œuvre kabyle suscitée également dans les
régions rurales de France notamment du Lot, de la Gironde, du
Cantal, de la Côte d’Or, de l’Aisne, de la Haute-Marne, de la Corse ».
Ces embauches ont suscité des demandes de renseignements

18 Michel Renard, Docteur en Histoire. Enseignant chercheur, Université Paris VIII.


18


« émanant de diverses régions de la France. La troisième dynamique
est l’action économique, politique et religieuse des immigrés est
observée. Ce qu’il nomme le champ non institutionnalisé de l’Islam
en France confirme des initiatives prises par certaines « élites »
politiques et religieuses algériennes en métropole même. Enfin ces
dynamiques sont selon lui, développées autour de trois axes de
conduite qui sont propres à l’immigration arabo-berbère :
économiques religieux et politiques. Ainsi, l’immigration algéro-
berbère en métropole a dû, tout d’abord subvenir à ses besoins
matériels et économiques. À travers ses ressources morales,
culturelles et politiques, la vieille communauté algéro-berbère de
France s’est perpétuée et l’auteur nous démontre comment de ses
capacités à déployer ses ressources on pu pérenniser les éléments son
identité berbéro-arabo-musulmane, et comment par de telles
ressources avait pour but de s’engager dans une confrontation ayant
pour objectif l’indépendance de l’Algérie.


Une vision de l’échec scolaire en France.
Une alternative : l’anthropologie

Alain MONLOUIS & Mélica OUENNOUGHI

19Alain Monlouis , à travers ses travaux d’analyse sur l’apprentissage à
l’école, s’interroge sur les obstacles subis par nombre d’enfants
d’immigrés dont l’école française républicaine a du mal à intégrer.
L’auteur nous donne ses analyses sur les origines des difficultés
d’intégration des jeunes dans le tissu social éducatif particulièrement
en provenance du Maghreb et d’Afrique. Il relate les carences
éducatives et les effets du décrochage scolaire provoqués par un
déséquilibre. Ses travaux de doctorat apportent des éclairages sur la
question des déstructurations familiales aux Antilles provoquant
aujourd’hui d’importantes désarticulations. En étudiant les structures
familiales traditionnelles des origines africaines, il constate un
déséquilibre d’héritage chez les nouvelles générations provoqué, voir
remplacé parfois brutalement, par un système familial colonial au
demeurant et inadpaté à la situation postcoloniale d’aujourd’hui. Il

19 Docteur en Sciences de l’Éducation. Diplômé de l’Université Paris VIII.

19


observe ainsi que certains professeurs, notamment au collège et au
lycée, du fait d’une méconnaissance de la socio-anthropologie-
historique du contexte familial des élèves, véhicule une perception
négative des banlieues que la médiatisation leur renvoi dans les débats
qui agitent la société au dehors de l’école. En conceptualisant la vie
périscolaire en périphérie et à travers ses enquêtes menées en
Guadeloupe, il constate que les enfants qui n’ont pas accès aux formes
de préparation de cette éducation, sont défavorisés. Cela signifie que
ce n’est pas l’intelligence de l’enfant qui est ici pris en défaut, mais
une modernisation de l’apprentissage éducationnel, qui actuellement
se base sur trois champs qui ne sont pas pris en compte par leurs
parents. En comparant tout ce qui se situe à la périphérie de l’école,
c’est là que la différence se fait entre certains enfants et les autres. Il
propose avec Mélica Ouennoughi, une alternative pour rompre avec la
vision négativiste assez généralisée chez les jeunes arrivants dans les
écoles de banlieue. En remontant aux anciens legs issus des
migrations et du milieu ouvrier, notamment basés sur des principes de
solidarité basée sur une culure politique liée à la résistance et le
syndicalisme, l’apport anthropologique à l’école permettrait à des
spécialistes de cette discipline de poursuivre les réflexions sur la
création d’ateliers pédagoqiques et anthropologiques, en y impliquant
les élèves sur des pratiques d’enquêtes, portant ainsi un regard positif
et instructif sur leur environnement culturel, social et familier. On
posera la question du savoir sur l’histoire sociale et culturelle de
parents et/ou grands-parents en provenance du Maghreb et d’Afrique
dont on évoquera malgré le manque d’outils nécessaires pour ces
familles modestes, combien la culture familiale et la réussite scolaire
ont contribué à la formation de leurs héritiers dans les acquis
universitaires.


20


Emplacement et déplacement des écoles en milieu Kanak
Un analyseur anthropologique de la place faite aux institutions de
savoir occidental dans une situation coloniale.

Eddy WADRAWANE

20 21Cet article ayant fait l’objet d’une première publication par l’auteur
est nourri d’une bonne connaissance du terrain. Il permet de réaliser
des passerelles de travaux collectifs transversaux, notamment sur les
problématiques de l’échec scolaire « à l’école ». Après nous avoir
rappelé brièvement le phénomène d’introduction de l’école en Nouvelle-
Calédonie par les missionnaires puis par l’administration coloniale
française, Eddy Wadrawane apporte, à travers une étude systématique
un volet novateur au bâti scolaire dans l’espace des tribus kanaks.
C’est au moment où l’échec scolaire touche de nouveau une
proportion massive des jeunes kanaks issus des tribus et de la
périphérie de Nouméa, qu’il tente, à travers quelques bases
épistémologiques, de développer son analyse à travers les facteurs de
notion, d’agencement, de caractérisation, d’implantation, de désir
et/ou d’imposition, que se sont appropriés les Kanaks. Eddy
Wadrawane suggère de rompre avec un exotisme détestable ou à
l’inverse, au risque d’un repli sur soi, aboutissant à des mondes
opposés « kanak » « occident ». En effet, les enquêtes menées par
l’auteur sont d’un apport méthodique plutôt prometteur et
encourageant dans le devenir de l’école. C’est à travers de nombreuses
sources, suggérant une démarche inversée - sur le regard des savoirs
occidentaux réappropriés par les acteurs du système qui se révèle un
analyseur, que la place des notables kanaks ont assigné aux savoirs de
l’école blancs. Trop souvent négligée, la création kanak avait pourtant
permis à travers cet analyseur, de régler les limites litigieuses lors de
déséquilibres ou de conflits entre les tribus. Bien que ces équilibres

20 "Cet article a fait l'objet d'une première publication dans la revue Les sciences de
l'éducation Pour l'ère nouvelle". Wadrawane E. W « Emplacement et déplacement des écoles
en milieu Kanak », Les Sciences de l'éducation - Pour l'Ère nouvelle 1/2008 (Vol. 41), p. 115-
139. URL: www.cairn.info/revue-les-sciences-de-l-education-pour-l-ere-nouvelle-2008-1
page-115.htm.DOI : 10.3917/lsdle.411.0115.
21 ème Maitre de conférences, CNU 70 section, Docteur en Sciences Humaines et Sociales,
mention Sciences de l’Education, Professeur Formateur à l’Institut Universitaire de Formation
des Maitres de l’Université de Nouvelle-Calédonie : Centre des Nouvelles Etudes du
Pacifique (CNEP-EA 4242-UNC).

21


coutumiers ont toujours été instables, l’auteur nous apporte les
fondements de l’introduction de l’élément étranger « l’école » ayant
pu servir de base de réconciliation, en opposition à un lieu exogène
imposé.


L'œuvre coloniale en Algérie : quel impact sur la fabrique de la
ville ?
Salah CHAOUCHE
22Salah Chaouche analyse la situation de la ville algérienne, de sa
fondation architecturale à nos jours, en posant la question : la ville
algérienne a-t-elle encore un sens ? En relevant que le schéma de
développement urbain n’est pas lié à l’origine coloniale ; Il apporte
des éclairages sur la complexité de l’œuvre coloniale des villes en
analysant les mutations qui se sont opérées en posant, et que les
schémas successifs de développement urbain ne sont pas liés à
l’origine coloniale. Ainsi recherche-t-il les empruntes autochtones de
l’espace ville et comment s’est-il « fabriqué » indépendamment de
l’empreinte coloniale, dans le façonnement de l’espace ? Sur la
question de la responsabilisation et l’implication des citoyens dans la
réappropriation des projets de développements, l’auteur L’auteur
tente de démontrer à travers deux systèmes (l’un, le déterminisme
colonial, comme puissance économique et capitaliste, l’autre,
autochtone reposant sur l’enracinement du terroir et la solidarité du
groupe. Le patrimoine architectural algérien étant en perdition
aujourd’hui voir même menacé de disparité. Au-delà des traumatismes
et dommages crées par l’urbanisme coloniale de la Médina ou l’ancien
ksar, difficiles à recouvrer, l’auteur explique, à travers diverses études
de cas, comment l’œuvre exclusive menace et continue de peser,
entrainant la perte des valeurs et savoir-faire pausan. Selon l’auteur,
l’urbanisation européenne n’a pas été exclusivement l’œuvre
coloniale. En effet, il étudie de façon concrète, commet les villes
algériennes évoluent et s’organisent spatialement d’aujourd’hui : par
les nouveaux urbanistes algériens de l’indépendance formés à
l’étranger qui prônent de nouvelles villes sans prendre en compte

22 Salah Chaouche, Maître de Conférences, Faculté d’Architecture et d’Urbanisme, Université
de Constantine 3 (Algérie).

22


l’enracinement, modifiant l’ancienne structure culturelle. Le nouveau
réseau routier qui, autrefois relié par d’anciens systèmes dynamiques,
est aujourd’hui délié, dénaturé, dévitalisé, écarté de la vie paysanne.
La ville colonisée, au découpage implacable de son sol en parcelles ou
en lots, avait pour objectif de redéfinir le tissu social et culturel
algérien considéré alors comme « médiocrité et rejet du monde
indigène » au profit d’une culture dominante, engendrant de nouveaux
profits mondiaux. L’auteur distingue trois processus chronologiques
de la production architecturale coloniale française en Algérie vers les
politiques urbanistes d’aujourd’hui.


Lecture de l'espace oasien en Algérie : Décadence ou Renouveau ?
- Cas du Pays de Ouargla et de la vallée du M'Zab

& Abdelhakim SENOUSSI, Bachir KHENE Slimane
HANNACHI

23Ces trois auteurs s’interrogent sur la place que détient l’espace
eoasien à l’aube du XXI siècle ?

Dans une perspective similaire de préservation des faits culturels
oasiens, c’est à travers un diagnostique relatif à la structure et au
fonctionnement du système oasien, que les auteurs constatent la
fragilité de tels espaces désormais métamorphosés de leur structure
originelle, au regard d’une dominance de la monoculture variétale. La
question de la disparité du système de culture ancestrale du système
paysan, plus communément appelé le « fellah » est ici abordée sur
l’orientation sélective dictée par les forces du marché provoquant de
ce fait, un système monovariétal « Deglet Nour » qui modifie
considérablement la diversité paysagère jusqu’à la diversité génétique
phœnicicole, qui pourtant jouait un rôle primordial dans le maintien
des écosystèmes oasiens. L’immensité du territoire saharien (plus de
80 %) reste pour eux toujours marquée par l’existence d’espaces
oasiens. La présente enquête nous présente les espaces oasiens comme

23 Abdelhakim Senoussi, Docteur en agronomie, Laboratoire Bio ressources Sahariennes,
Préservation et Valorisation.
Bachir Khene, Docteur en agronomie, Université Kasdi Merbah, Ouargla.
Slimane Hannachi, Docteur en agronomie, Université de Ghardaïa.
23


un véritable œkoumène. En effet, les études agronomiques intègrent le
palmier-dattier, dont l’hybride Deglet-Noor fait référence aux
agronomes musulmans andalous dès le VIIIe siècle et à l’histoire du
commerce transsaharien, où les routes de l'or alimentaient le Moyen-
Orient à partir du Soudan, se déplaçant de la vallée du Nil vers le
Sahara occidental et Central. Ce travail est nourri d’un guide
d’enquête préétablit en recherche agronomique complété d’entretiens
menés au pays Ouargla et dans la vallée du Mzab, ponctués par des
observations sur site, dans la perspective de situer concrètement l’état
de la biodiversité phœnicicole. L’objectif de ce travail étant
d’interpeller les politiques de développement. L’intérêt est de
conduire des projets de développement durable à ces espaces avec un
effet participatif des communautés locales dans l’aménagement agro-
touristique et écologique, afin d’enrayer le déclin du système social et
culturel oasien. En proposant des stratégies qui se projetteraient dans
la durabilité, celles-ci pourraient permettre de répondre aux attentes
des communautés locales.

Coutumes Oasiennes : un Aliment et un « Médicament »

Souad BABAHANI & A. H. SENOUSSI

24Nos auteurs ont apporté leur contribution en matière d’agronomie,
autour de l’aliment traditionnel « la datte » dans l’espace oasien. Leur
étude vise à recenser les utilisations traditionnelles des dattes. Elle a
pour objectif de réaliser un recensement exhaustif des préparations qui
existaient ou qui continuent à être utilisées dans les domaines :
culinaire, cosmétique et de la thérapie traditionnelle. Ces deux auteurs
ont mené une étude sur les bienfaits de la datte et démontrent qu’en
dépit des minorités locales déplacées voir fragilisées, les traditions et
cultures sont encore vivaces aujourd’hui sur le plan de la transmission.
Malgré les études réalisées durant ces dernières années, sur les
questions de maintien de la culture du palmier dattier, la question des
bienfaits thérapeutiques et de médecine traditionnelle reste encore

24 Souad Babahani, Docteur en sciences sociales.
A.H. Senoussi, Docteur en agronomie. Laboratoire Bio Ressources Sahariennes
Université KASDI Merbah Ouargla – Algérie.


24


méconnue malgré un fort patrimoine dans ce domaine. Cette étude
novatrice a été réalisée sur la nécessité de préserver les savoirs et
connaissances de minorités locales oasiennes sachant que leurs savoirs
peuvent contribuer notamment à l’utilisation des traitements de
nombreuses maladies, dans les oasis où elles constituent la production
de base. Ils démontrent en effet que depuis l’Antiquité, elles sont
utilisées également en médecine traditionnelle dans la plupart des
oasis du monde et leur utilisation thérapeutique est révélée. Leur pré-
enquêtes leur ont permis de réaliser un guide d’enquête effectué dans
cinq zones phoenicicoles algériennes qui représentent les régions
potentielles de production de dattes en Algérie. Ces régions sont :
Ouargla, Oued Rhir, Ghardaïa dans la vallée du Mzab, Biskra et le
Souf, afin de vérifier l’existence de telles pratiques. Ils constatent que
les mutations socio-économiques ont fait disparaître de nombreuses
préparations, mais qu’il existe un fort maintien préservé notamment
dans la transmission des vieilles femmes, en médecine traditionnelle ;
les dattes rentrent dans de nombreuses préparations avec des plantes à
vertu thérapeutique. Ces préparations sont utilisées pour
l’accouchement, la stimulation de la lactation, l’anémie, nouveaux
nés, problèmes gastriques, les fractures et autres. Cette étude vise à
recenser les utilisations traditionnelles des dattes. Elle a pour objectif
de réaliser un recensement exhaustif des préparations qui existaient ou
qui continuent à être utilisées dans les domaines : culinaire,
cosmétique et de la thérapie traditionnelle.


Création littéraire de la migration algérienne
(1996-2013) dans la revue Algérie
Littérature /Action

Marie VIROLLE

25Marie Virolle nous apporte sa contribution sur la littérature
algérienne dont elle explique qu’elle est une mémoire constante
d’inspiration algérienne. Pour l’auteur, la littérature algérienne,
notamment celle de la migration, dont elle rappelle à juste titre qu’elle

25 Chercheur au CNRS (UMR 7023, Université de Nice. Responsable éditoriale de la revue
Algérie Littérature /Action.

25


commence très tôt, intègre autant les travailleurs migrants et leurs
descendants, que les créateurs réfugiés fuyant les violences en
Algérie, venus s’installer en France ou à l’étranger à partir des années
fin 1990. A travers ses études, on observe que la production de
littérature n’est pas forcément née d’un statut intellectuel ou élitiste de
départ ou d’origine, mais bien d’une mémoire collective en migration,
des premières générations d’immigrés dans les années 1945/50/60
(vieilles migrations, se référant au travail) vers les années 1990 à nos
jours, devenus créateurs en migration (réfugiés au sens large du terme)
en France pour la plupart, mais aussi en Allemagne, Belgique,
Canada, USA, dont les nouveaux auteurs à compter des années 90 et
étaient déjà « en écriture ». La revue Algérie Littérature/Action est
devenue précieuse pour les Algériens de la migration, comme
l’explique l’auteur car elle est à la fois le creuset, le tremplin, miroir
où se croisent les expressions multiformes d’inspiration algérienne,
inventant l’interculturel et l’universel à chaque livraison, contre les
ghettos, qu’ils soient géographiques, idéologiques, historiques,
politiques ou sociologiques. Son article présente un rappel
sociohistorique d’Algérie Littérature/Action, l’auteure a exploré sous
l’angle thématique une vingtaine de créations littéraires constituant
cette mémoire de la migration. Une mémoire devenue patrimoniale
dont elle tente de dégager les grandes lignes du contenu et les
objectifs des œuvres entre migration ancienne littéraire des années
1960, et migrations récentes et internationales (des années 1990 à nos
jours). C’est une première création plurielle liée à ces parcours
transméditerranéens, qui nous révèle que le fait culturel littéraire est
préservé en migration, dans les dictons, les récits les poèmes, les arts,
... riches de sens et permettant de constater qu’il existe un legs
dynamique créant son implantation culturelle dans les Mémoires et
déplacements forcés.







26


Algerian songs of exile: from Manichaeism to hybridity
Lynda CHOUITEN
26Lynda Chouiten propose dans Algerian songs of exile : from
manicheilm et hybridity, de nous retracer les itinéraires historiques des
chants algériens en poursuivant le chemin qui s’ouvre aux chants nés
dans l’histoire de l’exil. L’exemple du chant El Menfi (dont a été
démontrée, dans la présentation de cet ouvrage, l’existence ancienne
(en tribu kanak) durant les déportations coloniales de 1871 dont l’exil
des Algériens en Nouvelle-Calédonie) avait révélé l’existence de
musiciens et chanteurs traditionnels de l’Algérie ancienne du XIXe
siècle, par l’utilisation de flûtes fabriquées en bois de sagaïe kanak).

El Menfi pousuit son chemin vers d’autres interprètes étudiés par
l’auteur, comme le chanteur Akli Yahyaten. Il en dévint le symbole de
l’exil. Lynda Chouiten nous fait un état des lieux des chants algériens
et explique comment ils vont se retrouver véhiculés en migration et en
quoi leur texte sont les témoins en quelque sorte des mémoires de l’exil
entre l’Histoire de l’Algérie de ses artistes et la France selon le lieu et
la conjoncture où ils se sont créés. Ainsi propose-t-elle de les référencer
par thématique ainsi : Akli Yahyaten, Slimane Azem et Cheikh El
Hasnaoui liés à l’histoire de la période coloniale (Songs of Tears and
Remembering). À travers l’étude de leurs textes, elle apporte des
éclairages au niveau du sens historique véhiculé entre les deux rives de
la Méditerranée. Durant la période coloniale et durant la période
contemporaine, de nouveaux artistes font apparition comme Rachid
Taha, Idir, and Khaled. Elle nous fait revivre ce passé historique du
chant des artistes de l’exil des années soixante à la World Music (A
Sweeter France) et explique que les chants prennent un sens différent
selon les motivations, lieux et conjonctures où ils se sont trouvés. Elle
étudie les héritages entre les chants durant la pré-indépendance et la
post-indépendance des expatriés et nous révélent par son étude
approfondie des chants, qu’ils n’ont pas la même expérience sur la
notion même de « l’exil ». Selon elle, la double appartenance qu’elle
qualifie comme « Hybridity » a mieux intégré les nouveaux chanteurs
« Beurs » comparée au manichéisme rigide de leurs ainés, avec qui ils
partagent l’expérience de l’exil.

26 Linda Chouiten, Docteur en Littérature. The Moore Institute for Research in the Humanities
and Social Sciences National University of Ireland, Galway.
27


Entre Saint-Laurent et Méditerranée : un monde à
inventer…
L’immigration algérienne au Canada : 50 ans d’une
histoire atypique

Marion CAMARASA

27Marion Camarasa , à travers l’étude de l’immigration au Canada,
témoignant d’une expérience de terrain, se livre à une critique sur les
politiques d’immigration canadienne, dont elle fait un rappel
nécessaire dans la mesure où elles évoquent des mémoires souvent
négligées ou oubliées. Il semble certain que la dimension historique,
politique et sociale devait se dévoiler par le biais de la transmission,
dont il s’agissait à la fois de les replonger dans l’histoire de l’Algérie
et tenter pour l’auteur de porter un éclairage original sur cette part de
l’histoire canadienne et québécoise jusqu’alors peu étudiée. Les
chiffres sur ce fait migrant algérien ont leur importance, pour tenter de
mettre en lumière ensuite l’apport intellectuel et politique de ces
hommes et ces femmes ayant fait le choix, un jour de partir vers le
nouveau Monde. Ces mémoires font remonter la présence algérienne
au Canada et notamment au Québec dès la Seconde Guerre mondiale.
Ce sont les acteurs, fils d’un tel et d’un tel qui assurent ces mémoires
algériennes déplacées. Cette implantation culturelle commence par
une petite communauté venue travailler sans doute, comme le dit
l’auteur pour palier au départ des conscrits québécois... sans doute
d’avantage pour trouver des débouchés que la France en guerre et
occupée ne pouvait offrir. Pour l’auteur, l’immigration algérienne a
considérablement évolué. Atypique, elle s’inscrit dans l’évolution de
la société québécoise depuis les années 1960. C’est à partir de 1962 et
l’Indépendance de l’Algérie que l’auteur peut suivre précisément
l’histoire statistique de cette immigration. Les statistiques des
autorités québécoises, que l’auteur suit, mentionnent le chiffre de
quatre cents personnes essentiellement composées d’hommes jeunes
célibataires. Éduqués pour beaucoup dans une double culture arabo-
francophone (voire triple avec l’amazigh), ces émigrants sont riches
d’expérience, dotés d’un cheminement intellectuel déjà bien structuré.
En dépit de la réussite sociale et la préservation de leur implantation

27 Docteur en Histoire, de l’Université Toulouse Mirail.

28


culturelle nourrie de legs particuliers, les enquêtes menées par l’auteur
montre que cette émigration est ainsi souvent vécue comme un exil,
un éloignement forcé. Probablement du fait de l’éloignement de la
Méditerranée, de la douceur de vivre sous un climat clément. Ce point,
précisément abordé par l’auteur, rappelle les questions sur
l’appartenance à la terre des ancêtres, de vouloir rester le fils ou la
fille d’un tel et d’un tel qui n’est autre que la filiation de la mémoire
des pères. En d’autres termes, peut-on poursuivre sur ces déplacés et
intégrer le fait que la transmission des valeurs culturelles serait à son
tour vectrice du bien-vivre sur cette terre nouvelle. L’assise
coutumière devient plus que nécessaire pour forger un être du désir
d’être libre et de faire vivre sa famille élargie. Ces legs permettent de
conserver un bien immatériel de l’ancienne assemblée du village
familial en Algérie : un bien qui aurait fondé la structure du droit, de
la solidarité, de la protection, mais également du partage des legs de la
résistance défendant la cause des minorités côtoyées. L’auteur, en
effet, étudie l’idéologie développée dans les Damnés de la Terre de
Frantz Fanon, le RIN (Rassemblement pour l’Indépendance
Nationale) qui accentue l’importance de la culture nationale dans
l’idée de Nation et inscrit son combat dans un mouvement de
décolonisation. La guerre d’Algérie fut l’un des conflits les plus
symboliques de la décolonisation. De ce fait, cette voie de libération
est apparue comme un instrument et un moyen d’accès à
l’indépendance pour le Québec. Dans ses révélations sur les réserves
indiennes du Nord Québec, l’auteur explique qu’il n’est pas rare
d’entendre sur les ondes de CBC North des airs de musiques venus
d’Algérie. Les réserves indiennes tout comme d’autres réserves
autochtones d’un territoire ou d’une Nation, par le fait de sa minorité
culturelle et son déplacement forcé, seraient-elles en résistance
culturelle, face à la politique de l’uniformisation, voire même de
dénigrement envers les minorités culturelles et/ou autochtones,
qu’offrent les États comme le démontre le Canada ? Dans ce cas, les
legs algériens provoqués par les déplacements en France et dans le
Monde, provoquent-ils des vecteurs organiques des mémoires
enfouies dans les résistances politiques de libération culturelle ?




29


Influence et legs de l’expérience algérienne dans
l’Argentine des années 60-70

Paula SOMBRA

Tout en poursuivant les questions de legs, d’héritages et
28d’implantation culturelle algérienne tel que le démontre notre auteur
sur le Canada, les présents travaux novateurs de Paula Sombra
démontrent le cas de l’expérience algérienne dans l’Argentine des
années 60-70. Comment celle-ci a-t-elle abouti ? Sur quels
militantismes politiques endogènes et/ou endogènes ? Pour répondre à
ces questions, la sociologue aborde les épicentres très archétypiques
des courants émancipateurs engagés dans une lutte contre la
colonisation et pour l’indépendance. Elle évoque alors une résistance
culturelle et politique comme étant le ferment révolutionnaire venu de
l’étranger et constituant un élément important, sans être pour autant
déterminant, dans la construction d’une identité et d’un ensemble de
convictions partagées. Pour poursuivre son analyse, il lui semble
fondamental de suivre, à travers ses enquêtes de terrain, l’influence
des récits algériens sur l’avènement du militantisme révolutionnaire
argentin. Elle produit des écrits révélateurs en étudiant la première
organisation armée péroniste : les « Forces Armées Péronistes »
(« Fuerzas Armadas Peronistas »). L’auteur définissant les
militantismes en Argentine, aborde en second plan, à travers d’autres
exemples, le rôle de l’expérience algérienne dans la gestation des
organisations révolutionnaires et l’élaboration du militantisme
politico-militaire péroniste, d’une part, et de l’autre, dans la
désintégration de ces dits mouvements dans l’Argentine des années
1960-1970. Pour l’auteur, c’est le contexte social qui donne naissance
à des mouvements de la guérilla péroniste en Argentine, à travers
l’incorporation autochtone du mouvement ouvrier dans le système
politique, puis le mouvement étudiant qui lui succéda, le Mouvement
des Prêtres pour le Tiers-Monde (« Movimiento de Sacerdotes para el
Tercer Mundo »). Ces mémoires se construisent d’un côté, par
l’incorporation autonome du mouvement ouvrier dans le système
politique sous la forme d’un parti ou une représentation corporative,
de l’autre, par une alternative révolutionnaire de gauche, « Forces
Armées Péronistes » (« Fuerzas Armadas Peronistas », FAP).

28 Paula Sombra, Doctorant en sociologie, EHESS/UBA/IHTP.
30


Les alliances se sont manifestées en 1969 autour des insurrections
développées à Cordoba et à Rosario - le « Cordobazo » et le
« Rosariazo », par le sentiment d’appartenance à une identité
commune, par une cause, par l’action collective pouvant renverser la
situation et porter remède aux maux de la société.
Dans sa présentation sur l’influence des expériences de lutte en
Algérie dans la naissance des « Forces Armées Péronistes », l’auteur
explique qu’en l’absence d’armée régulière, les insurgés ne disposent
pas des mêmes ressources et utilisent les moyens matériels à leur
disposition. D’après son analyse, c’est précisément l’action de ces
groupes de libération (en citant la Bataille d’Alger, même si celle-ci
fut remportée par la France coloniale), qui marqua l’avènement d’une
nouvelle forme de lutte et allait inspirer durablement les groupes de
guérilleros qui se constituèrent massivement en Amérique latine dans
les années 60. À son sens, si la Révolution cubaine avait été une
révolution armée, alors l’insurrection de l’Argentine pouvait être
pensée à travers des méthodes semblables. Cet épisode a donc
démontré l’efficacité de la guerre de guérillas dans la lutte pour la
prise du pouvoir. À travers les récits d’hommes argentins, la
sociologue nous révèle l’influence et les legs algériens encore vivaces
en Argentine, en apportant des témoignages inédits sur l’expérience
algérienne qu’ils ont suivie de très près. L’auteur analyse ces récits de
la mémoire révolutionnaire argentine dans le contexte historique de
l’époque. Nombreux récits font ressortir les liens forts avec
l’Algérie perçue à cette époque comme un lieu de concentration des
réfugiés latino-américains et africains, qu’elle accueillait avec une
hospitalité et une générosité exemplaire. À travers l’enracinement de
la libération, les legs d’implantation politique et culturelle se sont
diffusés dans les domaines sociaux, politiques, mais également
éducatifs auprès notamment des latino-américains (Vénézuéliens,
Mexicains, et même Argentins). Sans qu’il y ait une quelconque
influence directe de l’Algérie vers l’Amérique Latine, comment les
mouvements de libération se sont-ils diffusés à travers le monde ?
Quels sont les legs des voies de libération des peuples autochtones ou
des minorités locales ? Ses enquêtes ont révélé 131 témoignages
inédits permettant de revisiter l’histoire de l’Argentine des années 60-
70.

31






























Les contributions


























Cultures et traditions arabo-berbères en Océanie. Implication
dans la gestion coutumière kanak des conflits interethniques.

29Mélica OUENNOUGHI

Résumé

Mes enquêtes anthropologiques (1999 à 2004, puis 2007 à 2009)
démontrent démontrer l’intérêt de la méthode d’observation
30participante suggérée par Malinovski . Cette méthode aura permis de
formuler, par le fil conducteur du palmier-dattier, l’existence d’une
architecture de type mausolée et l’instauration de rites arabo-berbères
néo-calédoniens (bœuf noir pour le saint éponyme, dattes pour les
offrandes ou pèlerinages locaux des saints de l’Islam). Ces rites
particuliers étudiés dans l’environnement mélanésien, permettent de
revisiter l’ancienne assemblée villageoise algérienne, et de faire
découvrir comment celle-ci, en dépit des affres de la déportation, s’est
reformulée dans le contexte kanak quelle est son implication
aujourd’hui dans le destin commun néo-calédonien. La poursuite de
mes travaux s’est organisée sur les conseils coutumiers kanak et nord-
africain organisant des réunions informelles, pour apaiser les révoltes
des jeunes kanaks des quartiers de Saint-Louis dans le grand Nouméa,
notamment sur dans leur implication à la gestion des conflits
interethniques de Nouvelle-Calédonie.

Abstract

Cultures and Arab-Berber traditions in Oceania. Implication in
the management of the interethnic conflicts.

My anthropological inquiries of my long grounds (on 1999 in 2004,
then 2007 in 2009) demonstrate the interest of the method of
participating observation suggested by Malinowski. It will have

29 eme Qualifiée Maitre de conférence CNU 20 section, Docteur en Anthropologie, Université
Paris VIII. Notre présent article a fait l’objet d’une récente communication au Colloque
intitulé : L’envers du décor : émergence des formes et agencements d’existence / Behind the
Scenes : Emergence of Forms and Assemblages of Existence. Collège de France –
Amphithéâtre Lévi-Strauss, les 2e 9-30-31 mai 2014.
30 Cf. Journal d’ethnographe, Traduction de Tina Jola, Le Seuil, Paris, 1985.
35


allowed to formulate, by the electrical main thread of the date palm
tree, the existence of architecture of type mausoleum and the
institution of New Caledonian Arab-Berber rites (black ox for the
eponym saint, dates for the offering or the pilgrimages of saints of the
Islam…). These particular rites studied in the Melanesian
environment, allow to revisit the old North African basis, and to make
discover how this basis repeated in the kanak context and in its
implication in the New Caledonian common fate. The continuation of
my works got organized on the Kanak and North African customary
councils organizing informal meetings to calm the revolts of the
young kanaks of the districts of Saint-Louis in big Nouméa, in
particular on their implication in the management of the interethnic
conflicts of New Caledonia.

Introduction
Ces travaux s’ajoutent naturellement à la poursuite de mes premières
enquêtes anthopologiques menées durant une dizaine d’années entre
l’Aurès, le Kabylie, la Nouvelle-Calédonie et la Guyane, dans
lesquelles nous avions rapporté, à travers les récits et légendes
recueillis, comment la vieille assemblée villageoise nord-africaine
s’est maintenue au fil des siècles en Algérie, particulièrement en
Kabylie et dans les Aurès, et pour quelles raisons elle devait se
reformuler, en dépit des mesures assimilationnistes du système
colonial. En dépit de la confiscation du droit coutumier algérien
durant la situation politique coloniale en Algérie, - Les nouvelles
mesures coloniales avaient pour seconde fonction de désagréger, voir
d’interdire les solidarités coutumières séculaires telles que les twizi,
touiza, par l’établissement de nouveaux agents ou fonctionnaires
« indigènes ». Le saint-simonien Ismaÿl Urbain poursuivit le combat
contre les colonisateurs à outrance, contre les spoliations foncières,
contre l’avidité et les abus des immigrants, pour la prospérité du pays
31par la civilisation des indigènes . C’est en retraçant les institutions

31 Il publia en 1862 « pour enfoncer le clou », L’Algérie française, indigènes et immigrants,
Cet article inspira la lettre-programme du 7 février 1863 que l’empereur adressa au général
Pélissier, ainsi que le vote du sénatus-consulte du 23 avril reconnaissant aux tribus la
propriété de leur territoire traditionnel (ce que l’on nomme le lien direct qui fonde une
généalogie fil d’un tel et d’un tel Algérien ancêtre sur cette terre). Urbain fut choisi par
Napoléon III pour être son interprète officiel pendant son voyage de 1865 en Algérie, et ses
idées furent reprises dans la lettre-programme que l’empereur adressa au maréchal de Mac-
Mahon, qui avait succédé au maréchal Pélissier. Cf. « La Société des Etudes Saint-
36


traditionnelles algériennes et berbères avec les données du sociologue
32Ibn Khaldoun qu’il fonde ses analyses. Parralèlement, le saint-
simonien Emerit, précurseur de l’union entre l’Orient et l’Occident,
dans son essai pratique d’association entre le monde musulman et le
33monde chrétien , considèrait que la Méditerranée en serait le centre.
La politique du « Royaume arabe » de Napoléon III, comme nouvelle
invention « socialiste » du saint-simonisme, serait basée sur une
politique de partage des richesses et des responsabilités dont l’Etat
français aurait le monopole. Nous en avions conclu qu’il s’agissait en
effet dans ce rapprochement entre Occident et Orient, d’unir
Européens et Autochtones, afin d’éviter des privilèges de
revendication.

1 -Des pistes pour démarrer notre recherche.

34Les premières retombées de A.-G. Haudricourt sur les végétaux ont
été déplacés/ou emportés d’un continent à un autre. Selon
l’ethnobotaniste, il fut déjà possible d’imaginer à une époque forte
ancienne, un ou deux siècles avant notre ère, l’existence d’une
flottille de pirogues doubles ayant pour origine les premiers
immigrants en Océanie et en Asie et leur savoir faire, m’ont permis
d’utiliser ce fil conducteur à travers un vieux dicton véhiculé par la
tradition des vieux kanak faisant référence à l’arrivée des déportés
d’Algérie : « Lorsque tu vois un dattier, c’est qu’un «Vieil-arabe » est
35passé par là ».

simoniennes » a largement regroupé ses œuvres et ses engagements auprès des populations
autochtones en Algérie.
32 Cf. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale, trad. de
Slane, 4 vol., Paris, 1978.
33 M. Emerit, Les Saint-simoniens en Algérie, Édit. Les belles lettres, Paris, 1941, p 243.
34 Cf. La Technologie science Humaine. Recherche d’Histoire et d’Ethnologie des
èmeTechniques, 4 partie. Chap. 26. « Nature et culture dans la civilisation de l’igname :
l’origine des clones et des clans. M.S.H., Paris, 1987.
35 M. Ouennoughi, Les déportés magrébins en Nouvelle-Calédonie et la culture du palmier-
dattier (1864 à nos jours). Collection : Histoire et perspectives méditerranéennes. Paris :
l’Harmattan, 2006.
37


Je propose d'examiner également les travaux menés en collaboration
36avec Francis Kahn , dans la recherche de connexion possibles entre
les anciennes oasis sahariennes et l’Océanie.
L’introduction du palmier-dattier en Océanie liée aux origines de
clans familiaux arabo-berbères complétent les travaux d’al-Andalus de
37Pierre Guichard sur les structures sociales arabo-berbères et les
38travaux de Pierre-Philippe Rey orientés vers un transfert du
rationalisme universaliste en Andalousie au IX siècle.

La typologie de dattes néo-calédonienne tient compte par exemple des
généalogies.

« Ici, c’est Kébir. D’autres diront : c’est Kouider, c’est
Ben Ali, Taïeb ben Mabrouk,… »

Paroles dites en désignant les dattiers comme étant les personnages
eux-mêmes. A une quarantaine de km de la Commune de Bourail, sur
la route en direction de Nouméa, on trouve la petite ville de Moindou,
qui semble porter la mémoire du passage des Algériens dans cette
ville. Une vieille pancarte affiche encore : « Pont du dattier ». Le chef
kanak de la tribu de Moindou nous informe.

« Le pont du dattier se trouve à quelques kilomètres
avant d’arriver à Moindou sur la route de Nouméa.
Vous passez l’ancienne charbonnière et à quelques
mètres après le pont, vous verrez un manguier, là où se
trouve le dattier. Dernièrement, j’ai cru l’avoir vu
tomber, il est encore couché par terre. Il est très vieux.
Et on dit : tiens il y a un vieil-Arabe qui est passé par là. Ça
se dit chez nous les Kanaks ».


36 M. Ouennoughi & F. Kahn, Behind the Date Palm in New Caledonia. Vol. 49(2)73, Palms,
USA, 2005.
37 Cf. Structures sociales « orientales » et « occidentales » dans l'Espagne musulmane. In
Annales, Histoire, Sciences Sociales. Paris, Ehess, 1977.
38 Cf. L’influence de la pensée andalouse sur le rationalisme français et européen. In Les
routes d’al-Andalus : patrimoine commun et identités plurielles. Paris, Unesco, 2001.


38


2 - Insurrections et mouvements des déportés en Nouvelle-
Calédonie.

Les insurrections algériennes et notamment kabyles, particulièrement
l’insurrection dirigée par Al Mokrani en 1871, ralliée à la confrérie
Rahmanya, dirigée par Améziane Ben Cheihh El Haddad ont duré
environ une année et se sont achevées en janvier 1872. Etendue à
l’insurrection des chefferies Bou-Azyd de Doucen (Biskra, 1876) qui
hébergèrent les caravanes des tribus ouled mokrane durant leur fuite
vers le désert depuis leur lieu de refuge à El Hamel, l’insurrection
d’El Mokrani est en grande partie liée à la révolte des spahis après la
chute de Napoléon III ; ceux-ci en effet étaient liés par des
engagements d’honneur avec les officiers des bureaux arabes, qui sont
relégués à l’arrière-plan au profit d’administrateurs civils lors de la
mise en place de la Troisième République ; or, ces officiers étaient
pour une bonne part saint-simoniens avaient rêvé d’une
reconnaissance réciproque entre les valeur tribales des populations
algériennes et le communautarisme saint-simonien, sur la base duquel
ils comptaient organiser les groupes de colons français ; voyant ce
respect disparaître à l’arrivée de la République et du mépris d’une
organisation clanique menacée, le déclenchement des insurrections
politiques autochtones donna lieu au procès des Chefs (Fig. 1).



Fig. 1. Le procès des chefs. Source : Archives d’Aix en Provence.





39


- Certains Communards construisent une alliance commune

Les insurrections kabyles coïncident avec la Commune de Paris et des
Communards. Condamnés à la déportation en enceinte fortifiée et à
la déportation simple en Nouvelle-Calédonie, les insurgés algériens
vont subir le même sort que les Communards dans les territoires
politiques (île des Pins et Presqu’île Ducos). L’île des Pins accueille
les déportés simples et la presqu’île Ducos accueille les déportés en
enceinte fortifiée. Les chefs les plus connus, El Haddad, El Mokrani,
El Ouennoughi, Ou Kaci, Abdallah ben Ali Chabbi, Ahmed ben
Dahmani, le Caïd de Souk-Akhras, les Chioukh Ahmed ben Brahim et
Brahim ben Chérif, les Cheikh Bou-Azyd, les Ouled sidi Cheikh, se
joignent aux Communards Henri de Rochefort, Charles-Eugène
Mourot, Henri Bauër, Louise Michel, Affiliés à la confrérie soufie
Rahmanya en Nouvelle-Calédonie, leurs compatriotes vont être leur
porte-parole pour défendre leurs causes respectives. Au cours de leur
peine, se construit une influence réciproque qui liait la cause sociale et
culturelle algérienne à celle des Communards. Dans cette situation de
condamnation commune, ces résistants ont établi des contacts et des
rapports socioculturels et politiques communs. Alors qu’en 1879,
l’amnistie des Communards est proclamée, les déportés des territoires
politiques en sont exclus, obligation leur est faite de résider sur le
territoire calédonien. Rochefort, évadé de la presqu’île Ducos
(enceinte fortifiée), ayant rejoint Londres puis Paris en 1886, avait
revendiqué la libération des condamnés politiques algériens dans le
39journal de la déportation des Communards . Il créa les premiers
40mouvements associatifs de France .

Louise Michel évoque l’arrivée des insurgés à la presqu’île Ducos, en
décembre 1977 :

« Nous vîmes arriver dans leur grand burnous blanc,
les arabes déportés pour s’être, eux aussi, soulevés
contre l’oppression. Ces orientaux emprisonnés loin de

39 Le journal illustré (Journal de la déportation des Communards, article du 26 octobre 1878.
N° 2. Paris.
40 H. Rochefort, Les aventures de ma vie. Tome 2, P. Dupon, Paris, 1886.
40