Mesurer la délinquance

Mesurer la délinquance

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180 pages

Description

Les assertions gratuites ou contradictoires sur l'importance et l'évolution de la délinquance polluent un débat nourri de statistiques que chacun manie à sa guise et où l'État détient le monopole des sources et du traitement.Voici un ouvrage qui apporte une perspective scientifique dans la mesure de la délinquance. Après une histoire des méthodes de mesure et de leurs mutations contemporaines, les auteurs font apparaître les grandes évolutions de la délinquance : augmentation du vol de masse avec l'essor de la consommation depuis les années 1960 ; augmentation du vol avec violence et montée dune petite violence expressive à partir du milieu des années 1980 années de fracture sociale ; flambée, depuis les années 2000, dune répression davantage concentrée sur la défense de lordre public (trafic de produits prohibés, immigration irrégulière) que sur la sécurité du citoyen.Il plaide enfin pour trois évolutions majeures : une mesure de la délinquance analysée sur le temps long ; une mesure qui ne soit plus le monopole du pouvoir et qui combine différents types de données ; une relance urgente de la mesure de la délinquance financière et de celle des élites.Un diagnostic indispensable pour comprendre la situation actuelle de la délinquance.

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Date de parution 28 novembre 2011
Nombre de lectures 9
EAN13 9782724687750
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Philippe Robert Renée Zauberman
Mesurer la délinquance
MESURER LA DÉLINQUANCE
Du même auteur
De Renée Zauberman Victimisation and Insecurity in Europe, A Review of Surveys and their Use, Bruxelles, VUBPress, 2008. Victimation et insécurité en Europe, Un bilan des enquêtes et de leurs usages, Paris, L’Harmattan, 2008. SelfReported Crime and Deviance Studies in Europe, Current State of Knowledge and Review of Use, Bruxelles, VUBPress, 2009. Les Enquêtes de délinquance et de déviance autoreportées en Europe ; état des savoirs et bilan des usages,Paris, L’Harmattan, 2009.
De Renée Zauberman & Philippe Robert Du côté des victimes, un autre regard sur la délinquance,Paris, L’Harmattan, 1995.
De Philippe Robert (sélection) Les Bandes d’adolescents, une théorie de la ségrégation,Paris, Éditions ouvrières, 1966 (Las bandas d’adolescentes, Madrid, Studium, 1968 ; Os grupos d’adolescentes, Lisboa, Moraes, 1968), e 2 édition avec Pierre Lascoumes, Paris, Éditions ouvrières, 1974. La Question pénale,Genève, Droz, 1984 (Strafe, Strafrecht und Kriminologie ; Eine Soziologische Kritik, FrancfortsurleMain, Campus Verlag, 1990). Les Comptes du crime, les délinquances en France et leurs mesures,Paris, e Sycomore, 1985 ; 2 édition avec Bruno Aubusson de Cavarlay, MarieLys Pottier et Pierre Tournier, Paris, L’Harmattan, 1994. Geschichte und Soziologie des Verbrechens,Pfaffenweiler, Centaurus Verlag, 1990 (avec Clive Emsley). Le Citoyen, le crime et l’État,Genève, Droz, 1999 (O cidadão, o crime e o estado, Lisboa, Editorial Notícias, 2002 ;El ciudadano, el delito y el Estado, Barcelone, Atelier, 2003 ;Bürger, Kriminalität und Staat, Wiesbaden, VS Verlag für Sozialwissenschaften/GmbH, 2005). Crime et sécurité ; l’état des savoirs,Paris, La Découverte, 2002 (avec Laurent Mucchielli). L’Insécurité en France,Paris, La Découverte, 2002. Sociologie du crime,Paris, La Découverte, 2005 (Sociologia do crime, Petropolis, Vozes, 2007, 2010). Comparing Crime Data in Europe : Official Crime Statistics and Survey Based Data,Bruxelles, VUBPress, 2009 (Mesurer la délinquance en Europe ; comparer statistiques officielles et enquêtes, Paris, L’Harmattan, 2009). Evaluating Safety and Crime Prevention Policies in Europe,Bruxelles, VUBPress, 2009 (L’Évaluation des politiques de sécurité et de prévention de la délinquance en Europe, Paris, L’Harmattan, 2009).
L A B I B L I O T H È Q U E D U C I T O Y E N
Philippe Robert Renée Zauberman
MESURER LA DÉLINQUANCE
Cet ouvrage a été pubié avec e concours du CNRS/Cesdip.
PRESSES DE SCIENCES PO
Catalogage ÉlectreBibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po) Mesurer la délinquance/ Philippe Robert et Renée Zauberman – Paris : Presses de Sciences Po, 2011. – (La Bibliothèque du citoyen) ISBN 9782724612233 RAMEAU : − Statistiques criminelles : France − Victimes d’infractions : Enquêtes : France − Sociologie criminelle : France
− Politique criminelle : France
DEWEY :364.3 : Délinquants
Public concerné : public intéressé
La loi de 1957 sur la propriété intellectuelle interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit (seule la pho tocopie à usage privé du copiste est autorisée). Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3, rue Hautefeuille,75006 Paris).
© 2011.PRESSES DE LA FONDATION NATIONALE DES SCIENCES POLITIQUES
ISBN  version PDF : 9782724683417
Remerciements
Cet ouvrage s’appuie sur es travauX du Centre de recerces socioogiques sur e droit et es institutions pénaes (Cesdip) depuis pus d’un quart de sièce sur a mesure de a déinquance, a victimation et ’insécurité. Nous devons des remerciements particuiers à Sopie Névanen dont e travai acarné a repris a tradition d’anayse statistique ongtemps déveop-pée par Marie-ys Pottier, et aussi à David Bon qui a succédé à isa Micei dans e cadre d’un programme de recerce inancé par ’Agence nationae de a recerce (ANR) sur es victimations et ’insécurité (contrat Criminsec 07-BAN-0026). Nous avons aussi des dettes considérabes envers Bruno Aubusson de Cavaray, pour ’anayse des statistiquespénaes,ethierryGoderoy,pouréco-nomie du crime. Notre gratitude va encore à Jérôme Accardo et homas e Jeannic, puis à Mice Duée, aurence Jauzot et Sébastien Picard de ’Institut nationa de a statistique et des études économiques (Insee), François Beck de ’Institut nationa de prévention et d’éducation pour a santé (Inpes), Stépane egeye, Stanisas Spika, Oivier e Nezet et Ivana Obradovic de ’Observatoire rançais des drogues et des toXico-manies (OFDT), Syvie Scerer et Héène Heurte à ’Institut d’aménagement et d’urbanisme-Îe-de-France (IAU-IdF), Caterine Cavain de a Direction de a recerce, des études, de ’évauation et de a statistique (Drees), ouis Fernique à ’Observa-toire nationa interministérie de a sécurité routière (ONISR).
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Nous adressons aussi nos remerciements auX coèguesaemands,beges,britanniques,espa-gnos, innois, rançais, itaiens, néerandais, suédois et suisses qui ont participé au programme que nous animions sur a mesure de a déinquance et ’éva-uation des poitiques de prévention et de sécurité, dans e cadre de ’action de coordination européenne Assessing Deviance, Crime and Prevention in Europe e (Crimprev, 6 PCRDT, contrat 028300). Une aide précieuse nous a été apportée par es coègues qui ont accepté de reire tout ou partie de ce manuscrit, notamment Emmanue Bancard, hierry Goderoy et René évy. Comme d’abitude, Bessie econte a vériié avec minutie e teXte et es réérences. Nous remercions enin Marie-Geneviève Vandesande et ses coaborateurs pour eur travai éditoria minutieuX, ainsi que notre coègue Nonna Mayer qui nous a suggéré de soumettre e projet de cet ouvrage auX Presses de Sciences Po.
Introduction
Vient-on à parer de déinquance – au cours d’un dîner, à a téévision, dans un artice de presse ou sur un bog –, e débat démarre presque toujours en termes de mesure. Si ’on en pare, c’est pour dire qu’ee monte. I arrive même parois qu’on avance d’un même souLe qu’ee augmente (en matière d’agressions) et qu’ee diminue (en ce qui concerne es vos). Maîtriser a mesure constitue un enjeu crucia. Pour es ommes poitiques qui assoient eur carrière sur a traque de ’insécurité. Pour es proessionnes (poiciers, dirigeants d’agences privées de consei en sécurité, etc.) qui tentent de s’imposer comme eXperts de a déinquance, donc de sa mesure. Enin, pour es journaistes, sans cesse appeés à injecter dans e débat de ’inormation sur es luctuations de a déin-quance. Dans cet univers concurrentie, cacun essaie de promouvoir a mesure qu’i contrôe au détriment de cees qui ui écappent. Aujourd’ui, ’eXercice est devenu pus compeXe : mesurer a déinquance par es seus cifres de a poice ou de a justice, c’est aire preuve d’arcaïsme. Désormais, i aut aussi savoir mobiiser d’autres sources d’inormation : es enquêtes en popuation générae, es statistiques pubiques non pénaes (comme cees des causes de décès) ou des estimations monétaires… I aut surtout apprendre à conronter et non seuement juXta-poser ces diférentes données. I est enin devenu impos-sibe de ne pas maîtriser ce qui se ait dans d’autres pays, en particuier cez nos principauX voisins européens. Cet ensembe de savoirs et de savoir-aire demande un apprentissage. À déaut, a mesure de a déinquance res-sembe à une oire d’empoigne où ’on ne sait qui croire.
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On dit : « a vioence augmente ». Certes, mais es omicides sont à eur minimum istorique, même si surviennent toujours queques aits divers orribes. Ajoutons que es bessures graves continuent de ne représenter qu’une aibe part des agressions. Enin, a seue vioence qui sembe vraiment croître évoque moins e sang qui coue que des reations sociaes de pus en pus rugueuses et de a prédation (injures, menaces, racket, vo à ’arracé, etc.). On dit : « es vos et cambrioages diminuent ». C’est vrai ces vingt dernières années, mais beaucoup moins qu’is n’ont augmenté des années 1960 auX années 1980. Sans oubier que pour es citoyens, is restent e risque e pus important. En outre, si e cambrioageetevodevoiturediminuent,esvosvioents, euX, augmentent. On dit : « sans a poice et a justice, e citoyen serait eXposé à ’agression et au vo ». Certes, mais es quatre cinquièmes des vos ne sont pas éucidés ; et es deuX tiers des agressions restent inconnus des services oficies, principaement occupés à traiter une masse d’inractions de circuation et d’ordre pubic. On dit : « a proibition protège a jeunesse contre a drogue ». Oui, mais a France est à a ois ’un des pays européens es pus proibitionnistes et ’un de ceuX où e pus grand nombre de jeunes consomment du cannabis. On dit : « ce qui est grave, c’est a vioence ». Or es imprudences au voant coûtent bien pus cer à a coectivité et préèvent bien pus de vies que toutes es agressions ; quant au poids économique de a raude iscae, i dépasse argement ceui de toute orme de déinquance ordinaire. Comment s’y reconnaître ? Jusqu’à a seconde e partie du xx sièce, es coses étaient simpes : on ne disposait d’autre mesure que es comptages d’activité des tribunauX, des prisons et de a poice – ce que ’on nomme gobaement statistiques pénaes – et ’on
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eignait de croire que ce qui était traité par ces institu-tions représentait bien ’ensembe de a déinquance. Depuis, on a vu s’ajouter une série de nouveauX ins-truments de mesure (statistiques démograpiques ou sanitaires, estimations monétaires et surtout enquêtes en popuation générae) qui ont rendu arcaïque e monopoe traditionne. a quaité des institutions qui produisent ou di-usent a mesure de a déinquance varie beaucoup seon ’autonomie dont ees disposent réeement par rapport auX instances poitiques et auX administra-tions pénaes, et seon es compétences scientiiques qu’ees réunissent. De ce dernier point de vue, peu d’organismes atteignent e niveau d’eXceence méto-doogique qui ait a réputation du Home Ofice Researc, Deveopment and Statistics Directorate angais ou même du Wetenscappeijk Onderzoek-en Documentatiecentrum (WODC) néerandais, ou encore du réseau des Observatoires européens sur a drogue et a toXicomanie (OEDT), et notamment de ’Observatoire rançais (OFDT). Quant à eur statut institutionne, e probème vient du ait que e personne poitique et es grandes insti-tutions pénaes ont des cifres une utiisation avant tout rétorique : on y recourt rarement pour onder une poitique ou une pratique, mais pus souvent pour a justiier. es cifres doivent montrer eur dociité à a paroe ministériee ou présidentiee, monter ou baisser quand on e eur dit. Du coup, a tutee eXer-cée sur es organismes de mesure de a déinquance vise d’abord à garder e contrôe des comptes du crime, dans ’idéa à es monopoiser. Par aieurs, ’orizon est toujours de court ou de très court terme : a procaine oi ou es procaines éections. e ong terme insup-porte et dérange. a quaité des institutions de mesure dépend donc beaucoup de eur capacité à se situer à une distance sufisante de ces injonctions. Certains pays ont conié a tâce auX grands instituts de statistique