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Mild - Mademoiselle Vous Tome 1

De
228 pages

A 30 ans, Kate, professeur de français, a enterré « Mild », la jeune fille rebelle et passionnée qu’elle était. Se sentant coupable d’un accident de voiture dans lequel sa mère, pianiste renommée, trouva la mort, toute sa vie désormais s’accroche à son métier. En préparant une thèse de psychologie, Dan arrive par le plus grand des hasards à déranger ses pensées. Pour se donner le droit d’aimer, Kate part à la recherche de « Mild », la rebelle, au cœur de son Irlande natale. Dans l’île des mystères et des secrets, au parfum de tourbe, aux couleurs voilées, retrouvera-t-elle son équilibre près de Granny, sa grand-mère, en affrontant la grande famille des Weurths ?


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Couverture

Image couverture

Du même auteur

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Déjà paru

• Dans une plume trempée dans l’encre (Poésies)

• La Magie de la Vie (Comédie Musicale)

À paraître

• MILD Le vent de Lisbeth TOME 2

Avis aux lecteurs

Les lieux et personnages sont de

Pure fiction, tout droit sortis

De l’imagination de l’auteur.

Béatrice DAMIGNY

L’amour est beau, il n’est que vie,

Guide ses pas vers l’infini…

Béatrice DAMIGNY
(Extrait du poème : « Mon fils ».)

Chapitre I
Ce matin-là…

L’hiver semblait battre de l’aile en ce matin de mars. Kate sortait sa voiture et n’était pas bien réveillée. Elle avait oublié son écharpe sur le fauteuil et se sentait nue. Ce petit vent frisquet ne lui plaisait guère. La voie était libre. Kate pouvait enfin se griser de vitesse dans cette nouvelle petite auto qui commençait à la séduire. Devant le collège, elle se garait toujours au même endroit, comme si cette place lui était réservée.

Kate revivait en mettant le pied dans la cour. Elle appréciait, au passage, le salut gentil des élèves et savourait ce contact naturel et spontané.

Son premier travail était d’aller faire un tour dans la salle des profs. Depuis sa nomination au poste de principal, elle s’estimait profondément concernée par ce professorat qui lui allait si bien. La sonnette retentissait et Kate rejoignait sa classe, non sans avoir inspecté une dernière fois sa tenue.

Les regards des élèves, qui fusaient vers elle, lui plaisaient beaucoup. Jamais, le petit prof ne se présentait dans la même toilette. Ce jour-là, une robe en lainage bleu nuage avait retenu son choix. Elle aimait cette couleur s’alliant au pastel de ses yeux. Souvent, en ouvrant la porte, Kate s’emplissait les poumons de cette odeur de bois, de livres et de sueur. Comme il était bon de vivre cette ambiance qui régnait autour d’elle : le respect mêlé de crainte qui émanait de ces jeunes et ce silence subit à son arrivée…

Ce matin là, Kate commença par leur demander de faire le résumé d’un débat qu’ils avaient travaillé la semaine passée. Ils évoqueraient la vie en général, dans le cadre d’une famille moyenne. Elle serait tranquille pendant cette heure. Il lui serait plus facile de réviser un peu ses conclusions sur sa thèse de psycho touchant à sa fin et qui envahissait un peu ses pensées.

Bob avait raison. Elle travaillait trop et ne se reposait pas assez. Mais que faire de ses nuits sans sommeil, sinon travailler ? Il lui fallait sans faute décrocher cette thèse pour mieux se rapprocher ensuite de Bob, ce frère qu’elle aimait tant ! Il savait si bien la comprendre !

La sonnette retentit. Déjà, son amie, la prof de maths, vint la retrouver. Elle se sentait bien en sa compagnie. C’était un plaisir de discuter travail, de parler mode, d’être entre femmes. Aujourd’hui, elles ne déjeuneraient pas ensemble. Kate voulait rentrer à son appartement pour retrouver sa solitude. Comme ses cours se terminaient à dix heures, elle fit le retour, toute perdue dans ses pensées.

Que de désordre, que de rangements à faire ! Bien vite, elle s’activa à remettre tout en place pour apprécier la chaleur de son nid. Ses peluches étaient éparpillées çà et là et ses livres un peu partout. Ils étaient les seuls compagnons de sa solitude. Son bureau, pas très bien rangé, était l’unique endroit qui ne bougeait pas trop. Elle aimait y passer de longues heures. Elle le considérait comme un instrument de travail, un réservoir à réflexions, en un mot : Tout son domaine.

Elle avait très envie de parler à Bob et prit le téléphone. Ils ne s’étaient pas vus depuis deux semaines. Il était pris par un congrès et elle avait préféré ne pas descendre à Moret, retrouver Hélène, sa belle-sœur et les enfants. Elle voulait avancer son dossier pour sa thèse et se trouva contrainte de passer ce long week-end à classer le travail connecté sur internet. Ce moyen n’était pas très convainquant mais elle avait tout enregistré sur son ordinateur, pourquoi ne pas s’en servir ? Pourtant rien d’enrichissant ne semblait en ressortir. Les dialogues fades finissaient toujours sur un même objectif : L’amour fantasme sans amour, un certain sens de la psycho.

Elle n’obtint que sa secrétaire. Bob était en salle d’opération et il était impossible de lui parler. Très déçue, elle se mit à songer à ce frère qui lui manquait vraiment. Ils auraient beaucoup de choses à se dire dès qu’ils se verraient tous les deux. Comme il serait bon de retrouver cette complicité qui les unissait l’un à l’autre ! Bob avait quarante cinq ans et elle seulement trente. Il était son grand frère, son ami, son confident, l’épaule sur laquelle Kate aimait s’appuyer quand tout semblait aller mal dans sa vie. Il savait si bien la lui remplir, qu’aucun homme ne lui arrivait à la cheville. Il se montrait bon, compréhensif et elle pensait lui devoir tellement depuis sa naissance, par sa présence et sa chaleur… Mais diable ! Son absence creusait un vide autour d’elle. De ne pas l’entendre, la rendit furieuse et mélancolique.

Kate se replongea dans son dossier. La méthode l’agaçait un peu. Elle ne se donna plus qu’un quart d’heure de dialogue pour essayer de conclure. Il était onze heures trente.

Dès l’ouverture du site, elle fut très surprise d’être si sollicitée. Son prénom attirait beaucoup d’adeptes. Elle tenait à vouvoyer et à être vouvoyée et passait pour une pudibonde. Cela gênait le but recherché de ses interlocuteurs et les faisait fuir les uns après les autres. Un certain « Coco » se présenta, originaire des Vosges. Il lui confia être âgé de vingt huit ans. Ce Vous, imposé, ne le gênait pas. Il voulut bien converser avec elle et lui transmit son adresse mail. Kate ne la retint pas. Elle désirait ne reposer cette étude que sur le dialogue écrit. Alors il répondit :

– D’accord, je serai sincère. Si vous le voulez bien, je serai là à douze heures trente demain.

Kate ferma son ordinateur. Ce simple échange la troublait. Ce personnage l’intéressait. Quelle sottise, demain elle aurait oublié !

Kate n’avait pas d’homme dans sa vie. Elle avait fait le choix de vivre seule. Aucune place n’était pour eux, pourtant on la trouvait jolie. Bien des femmes la regardaient avec des éclairs de jalousie dans les yeux. Cela ne la préoccupait pas. Sa vie semblait tracée comme une ligne droite, tranquille et solitaire. Cette solitude lui plaisait et réussissait à lui bâtir un petit bonheur personnel au milieu de ses copies, ses élèves, ses livres. Son amie Viviane, savait ne pas poser trop de questions. Elle recevait son amitié et donnait la sienne sans compter. C’était une femme directe, douce et un peu désordre. Elle avait toujours un problème à résoudre. Kate aimait bien l’aider. Il est vrai que cette pauvre Viviane en voyait de toutes les couleurs. Son mari, volage et orgueilleux, n’était autre que le prof de Gym. Toujours prêt à mettre une collègue aussi nouvelle que possible, dans son lit. Kate prenait un malin plaisir à le remettre en place devant les autres. C’était une satisfaction de le voir en difficulté. Elle ne l’aimait pas beaucoup. Il n’avait qu’une idée : Faire céder « Mademoiselle Vous ». Il lui avait donné ce surnom parce qu’elle ne tutoyait jamais ses proches et gardait ses distances. Elle était le seul prof à vouvoyer ses élèves. Ce respect était le signe de son éducation passée. Dans tout le collège, on la connaissait par ce surnom : « Mademoiselle Vous ». Cela ne lui déplaisait pas et trouvait cette habitude plutôt gentille et même amicale.

Ce matin ne ressemblait pas aux autres. Il était quatre heures, quand elle sortit du sommeil. Dehors, il pleuvait. On percevait bien le battement de la pluie sur les carreaux. Tout était calme dans l’immeuble. La pendule égrenait inlassablement ses secondes…

Kate avait préféré dormir en bas, dans le salon, près du bureau. Cela lui arrivait souvent, quand quelque chose ne tournait pas rond. Depuis la veille, il lui semblait qu’un évènement nouveau se faisait jour.

C’était étrange, cette sensation intérieure qui lui serrait le cœur ! Elle se leva subitement. Il lui fallait joindre Bob !

Il était là tout ensommeillé…

– Bob ? j’avais envie de t’entendre. J’ai appelé hier et tu étais absent. Je descendrai dimanche. J’ai besoin de te parler.

– Katy !… Tu es malade ?

– Oh non, Bobby ! Juste un peu seule…

– Dis-moi, tu ne dors plus ?… Qu’elle heure est-il ?… Oh, quatre heures !…

– Pardon, Bobby !… Je n’ai pas réfléchi. C’est vrai tu dormais et je te réveille. Tu me manques, tu sais !

– Katy, ça faisait si longtemps que tu ne m’appelais plus à cette heure !… Je suis heureux de t’entendre… Eh ! Tu veux que je descende ?

– Oh non, ça va aller, maintenant. Je t’aime mon grand frère…

– Kate, tu veux qu’on parle un peu ?… Quelque chose te tracasse ?…

– Oh non !… Peut-être… cette psycho. Tu sais j’avance bien en ce moment. J’apporterai mon dossier. Tu me diras ce que tu en penses.

– Ok, sœurette, je te dirai. Kate, je suis heureux que tu m’appelles. Si tu veux, je peux me libérer et te rejoindre cet après-midi ?

– Non Bob, dimanche n’est pas si loin. Je viendrai à Moret samedi. Tu y seras ?

– Après mes consultations. J’arriverai vers vingt heures.

– Alors c’est entendu ! Dors bien ! Ne t’inquiète pas, je vais aller me préparer un bon thé et je prendrai un bain chaud. Excuse-moi Bobby de t’avoir réveillé si tôt. Je te fais une grosse bise.

– A bientôt chérie. Surtout rappelle moi comme maintenant, quand tu en as très envie !

Bob reposa le combiné. Son émotion était intense. Kate sortait de sa léthargie. C’était bon signe, cet appel. Enfin ! Ce moment tant attendu était arrivé, mais quelque chose l’intriguait. Sa sœur ne lui avait rien dit de spécial. Elle avait besoin de lui, c’était flagrant ! Mieux valait la laisser s’ouvrir doucement. Il attendrait le week-end pour être sur…

Hélène était réveillée. Ça faisait une éternité que sa belle-sœur n’appelait plus la nuit. Son mari semblait pensif, mais serein. Elle ne lui posa pas de questions. Ce n’était pas son genre de se mettre entre eux deux. Bob, ne lui dirait probablement rien… On verra bien ce week-end. Peut-être Kate descendrait-elle ?…

Kate passa un déshabillé. Plus tranquillisée, son premier objectif fut de se préparer un bon thé, comme savent si bien le faire les Irlandais !… Là, ce fut un régal d’y mettre tout son doigté ! Toutes ses racines se réveillaient pour sa boisson préférée… Il suffisait d’ébouillanter la théière, faire frémir l’eau, doser savamment une pincée de thé pour le récipient, une pour la tasse. Elle laissa infuser délicatement et juste le temps nécessaire pour savourer ce délicieux breuvage. Elle mit au fond de la tasse, une goutte de lait froid seulement au moment de servir. Une tranche de cake, achetée à la pâtisserie d’en bas, accompagnait généralement le liquide. Elle n’avait pas faim et se contenterait de cette chaude préparation.

Ses pensées la transportèrent en Irlande, le pays de sa mère… Elle reposait là-bas, depuis ces sept longues années… Clonmel… Le manoir… Les grandes et vertes pelouses… Cette pluie qui ressemblait à celle qui tombait en ce moment… Ce brouillard, cette humidité qui lui remontaient au nez… Sa grand-mère… Mais pourquoi ? Pourquoi tous ces souvenirs, ce matin ? Elle pensait ne plus pouvoir les revivre ! Elle avait enfoui, enterré tout dans le plus profond de son cœur !… Mais, que lui arrivait-il donc ?

*
*       *

Impatiente de terminer son cours, le petit prof n’arrivait pas à fixer ses idées. C’était bien la première fois depuis sept ans d’exercice qu’elle se laissait aller à la négligence. Même le minimum était contraire à son caractère. Ce métier lui donnait pleine satisfaction. Kate lui réservait toute sa vie, toute sa passion. Elle le réussissait merveilleusement bien et ne songeait qu’à donner à ses élèves le bonheur de l’éducation. Apprendre, faire connaître, recevoir cette langue : le français. Elle la ressentait si parfaitement ! Ses jeunes acceptaient très bien sa méthode. Son principe était simple : Il fallait d’abord intéresser, puis faire aimer. C’était sa réussite. Elle débordait un peu la marche habituelle et s’approchait de la personnalité des individus. Elle tenait compte de leur appréciation sur certains sujets et leur donnait souvent des responsabilités. Sur divers thèmes actuels, elle organisait des débats durant deux heures. Les élèves guidaient la marche du cours. Ils exposaient leurs idées et débattaient du problème. Ils employaient un vocabulaire recherché, étudié, préparé, riche en réflexions et maniement de la langue. Elle se mêlait à eux et prenait place sur un pupitre ce qui permettait ainsi, aux orateurs désignés, de mener la leçon, en toute indépendance. C’était alors un plaisir charnel d’écouter et de voir ses étudiants entrer dans le dialogue. Ils élargissaient les questions. Elle essayait de ne pas influencer leurs pensées en leur donnant une liberté d’esprit et de comportement. L’ensemble restait correct et discipliné. Il était rare de la voir s’interposer pour remettre l’ordre. Ils étaient respectueux de sa façon d’apprendre et prenaient à cœur de mener à bien la matière à développer. Tous ressortaient enthousiasmés et demandaient quel serait le prochain thème à préparer. Ils traînaient fréquemment pour sortir, la questionnaient sur son appréciation et discutaient gentiment. Leur « Au revoir, mademoiselle » n’avait plus la même signification. Elle les ressentait profondément animés, chaleureux. C’était là, tout son bonheur d’enseignante qui se déversait en elle. La satisfaction du travail bien fait. Ce contentement lui réchauffait le cœur.

La sonnette la ramena à la réalité. Il était temps de ranger ses livres et ses copies. Elle boutonna sa veste et s’en alla rapidement à travers les couloirs.

C’était une belle jeune femme blonde, élégante, discrète et très sûre d’elle sur son mètre soixante. Aujourd’hui, elle avait choisi de porter un tailleur écossais bleu et vert à fines rayures rouges. Un joli chemisier en soie pourpre rehaussait très bien la couleur de ses cheveux et seyait à son teint. Cette tenue bien coupée était signée de son style préféré, Chanel, et s’harmonisait bien avec sa morphologie équilibrée. La jupe droite, toujours en dessous du genou, faisait ressortir l’arrondi des ses mollets musclés. Cela donnait un aspect agréable et parfait de son corps qu’elle entretenait régulièrement par une gymnastique matinale. Au premier coup d’œil, on devinait son goût pour le sport mais son élégance était intacte. Son pas ferme résonnait sur le carrelage et dans le dédale des couloirs, elle salua évasivement d’un demi-sourire, les collègues rencontrés. Elle était trop pressée de retrouver son appartement.

Midi sonnait à la pendule, quand elle poussa la porte. Vite, elle se déchargea de son sac et enleva sa veste pour se précipiter dans son bureau. Quelques minutes passèrent le temps de se connecter. Mais, ô miracle ! Ce « Coco » la sollicitait déjà ! Il l’attendait ! Elle lu le message…

– Bonjour Kate. Comment allez-vous ?

– Bonjour, lui répondit-elle. Et vous ? Puis-je vous poser quelques questions ?

– Bien sûr. Je suis ici pour vous répondre.

Alors commença la série des demandes habituelles sur sa personnalité, sa profession, ses loisirs, sa situation de famille. Il lui répondait gentiment sans s’attarder sur les détails. Elle notait au fur et à mesure afin de retenir l’analyse. Il ne questionnait pas et se laissait interroger sans réticence. Ses réponses assez rapides étaient sans trop de réflexion. Il se prêtait à son jeu, ce qui l’aidait dans sa recherche. Puis au bout d’un moment, il tenta une interrogation :

– Kate, c’est vraiment votre prénom ?

Elle répondit directement :

– Oui, c’est mon prénom. Vous le trouvez drôle ?

– Non, j’aime beaucoup. Vous êtes Anglaise ?

Elle aurait aimé ne pas lui répondre. Quelque chose la poussait à le faire…

– Non, mes origines sont Irlandaises de par ma mère.

Elle avait répondu d’un trait et s’étonnait de sa propre réaction. C’était la première fois depuis longtemps qu’elle parlait de sa mère. Elle en prit peur et écrivit un autre message, juste derrière ce dernier.

– Excusez-moi. Je dois corriger quelques copies. Je n’aime pas arriver en retard. Il faut que je vous quitte.

La réponse fut rapide et pressante.

– Pourrions-nous revenir ici demain ? Je vous attendrai à la même heure.

– Non, je regrette. Je pars dans ma famille pour le week-end. J’essaierai d’être là lundi vers neuf heures, s’il vous est possible ?

– Ok. Soyez sûre, je viendrai. A lundi Kate.

– A lundi Daniel.

Elle quitta le site et se mit à enregistrer les réponses. Il s’appelait Daniel et habitait un petit village perdu dans les Vosges. Il travaillait depuis quelques temps près de son père à la bijouterie familiale. Célibataire, il vivait chez ses parents et s’y sentait bien, entouré de son jeune frère et de sa sœur dont il était l’aîné. Sa chambre étant indépendante, il avait toute liberté d’aller et venir à sa guise. Ses loisirs semblaient restreints. Il aimait l’électronique et la Science-fiction et parlait de sports pratiqués dans divers domaines et pas très approfondis. Kate nota au passage qu’il s’exprimait dans un français correct, sans faute, avec une ponctuation scrupuleusement existante. Il démontrait ainsi une habileté à manier le clavier de son ordinateur. Elle ressentit le côté enfantin de cet homme resté dans le cocon familial. Il aimait rêver dans ses livres le rattachant à l’enfance…

INTERESSANT… Inscrivit-elle sur sa fiche qu’elle sortit volontairement de son dossier. Elle ne figurerait pas dans l’étude qu’elle montrerait à Bob.

Chapitre II
Tu es « Mild »

Le portail était grand ouvert, Kate pensa que la maison était déserte. Elle s’engagea directement dans l’allée menant aux garages. La vieille Renault, appartenant à Anne-Lise, était posée là, au fond de la cour. Elle se gara à sa place habituelle.

C’était bon de se retrouver ici ! Elle n’y était plus descendue depuis trois mois et son regard fit le tour du domaine. Un rayon de soleil illuminait la grande bâtisse blanche au bout du jardin. La verdure des arbustes et la grandeur des sapins formaient un décor agréable et majestueux. On sentait le printemps. L’odeur des résineux lui montait aux narines. Quelques crocus, bouquets dorés et mauves, sortaient timidement du velours de la pelouse. Antoine, le vieux jardinier, avait bien travaillé… Tout était propre et taillé. Les bourgeons des rosiers enflaient sur les ramures échappées du sécateur. Elle approcha lentement de l’entrée et huma l’air à pleins poumons. Elle détailla chaque recoin de cette propriété tant aimée. Elle la partageait avec Bob, depuis la disparition des parents. Ils vivaient ici ensemble et avaient en commun de nombreux souvenirs. La terrasse en dalles rosées rehaussait le blanc des murs. Les deux étages découpés de fenêtres arrondies reflétaient le début du siècle. Kate franchit les marches et remarqua les volets grands ouverts, repeints récemment.

Elle ouvrit la porte et s’engagea dans le hall. Près du grand escalier de chêne à balustrades façonnées à l’ancienne, elle fut stoppée net : une musique était jouée sur le piano… Elle posa ses bagages à terre et demeura pétrifiée. Cette mélodie lui soulevait le cœur. Les yeux fermés, elle recevait chaque note comme une meurtrissure. Dans ce poème symphonique, tout le talent de sa mère lui revenait en mémoire. Anne-Lise interprétait merveilleusement bien ce « Prélude » de Liszt. Il lui semblait voir courir ses doigts sur le clavier. Sa tête retentissait, rebondissait, éclatait à tout rompre. Elle restait là, figée, incapable du moindre geste. Tout à coup, une porte s’ouvrit. Des cris enfantins la ramenèrent à la réalité. Marie-Pierre courait vers elle, s’exclamant joyeusement :

– Anty ! T’es arrivée ? Comment t’es venue ? On t’as pas vue !

Brusquement la musique se tut. On entendit distinctement le claquement du clavier qui se refermait. Anne-Lise apparut dans l’encadrement de la porte. Son regard timide et désolé en disait long sur son émotion. Elle ne trouvait plus ses mots.

– Kate… Pardonne-moi… Je ne te savais pas là… Je m’ennuyais et…

Kate lui prit la main,

– Anne-Lise, c’était très beau. Tu sais que tu fais des progrès ?

Marie-Pierre se jeta dans ses bras et la couvrit de bisous retentissants.

L’atmosphère se détendit subitement. Kate embrassa chaleureusement Anne-Lise et lui demanda de prendre une valise. Marie-Pierre à son cou, elle pénétra dans son univers. Elle redécouvrit l’ambiance de son entourage : la chaleur de ses objets familiers, les poupées bien rangées dans son lit. La petite avait l’habitude de le faire, à l’annonce de son arrivée. Son bureau rayonnait de propreté. Il sentait bon la cire d’abeille et cette odeur lui fit penser que Nanou était là, à l’attendre. Nanou, sa deuxième mère… Nanou qui savait tout supporter d’elle… Ce joli bouquet de roses posé sur le coin du meuble lui confirma sa pensée. Elle déposa délicatement sa nièce au milieu des poupées et ouvrit une valise. Bien vite, la petite l’avait rejointe. Elle était avide de découvrir le cadeau qu’Anty ne manquait jamais de lui apporter. C’était un gentil minou en peluche. Il avait de grands poils blancs, une petite écharpe rouge autour du cou et un joli bonnet posé sur l’oreille gauche. Marie-Pierre laissa éclater sa joie. Elle l’embrassa à l’étouffer et courut bien vite aux cuisines pour montrer son nouveau compagnon à Nanou.

Les deux femmes en profitèrent pour sortir les vêtements de la valise tout en discutant joyeusement. Elles étaient heureuses de se retrouver et savouraient cette complicité qui les unissait. Anne-Lise déballait tout et cherchait le pull qui lui ferait plaisir. Kate la connaissait bien. Elle la laissait faire et savait qu’il lui serait facile de céder. Elle avait pris soin de se choisir un joli tricot « angora » blanc dont sa nièce tomba immédiatement amoureuse. Kate joua le jeu et se laissa supplier de bien vouloir lui « prêter » ce merveilleux pull. C’est dans un grand éclat de rire qu’Anne-lise passa le lainage sur elle. Il était définitivement adopté et perdu pour sa tante. Elle prenait plaisir à « piquer » dans sa garde-robe. Leurs goûts étaient identiques et leurs deux silhouettes se confondaient. Elle se régalait de se choisir une tenue et Kate acquiesçait toujours. Le résultat, sur sa nièce, la satisfaisait. Elles se ressemblaient à tel point qu’on les prenait pour deux sœurs. Elles s’amusaient à ne pas démentir les gens qui en étaient persuadés. Elles avaient tout en commun, sauf les cheveux longs d’Anne-Lise. Leurs visages avaient les mêmes traits et leurs tailles dessinaient les mêmes contours. Il n’était pas rare de les rencontrer habillées pareillement. On distinguait à peine leur différence d’âge. Anne-Lise allait sur ses vingt ans et faisait un peu plus. Elle était très gaie, exubérante, violente parfois, difficile de caractère. Kate aimait se retrouver en elle et en oubliait un instant sa solitude et sa mélancolie. Elle lui rappelait sa jeunesse dans ce joyeux courant d’air.

Ce fut bientôt l’heure du thé. Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers les cuisines. Nanou les attendait. Elle était heureuse de pouvoir serrer contre elle sa petite « Moumoute ». Kate aimait profondément cette vieille femme qui l’avait élevée. Elle exigeait qu’elle reste parmi eux malgré son grand âge. Hélène ne trouvait pas convenable qu’une domestique bénéficie d’autant d’égards.

Elles dégustèrent ce bon thé accompagné d’un excellent cake. Nanou posait mille questions à sa « petite fille ». Elle la détaillait du regard, l’enveloppait de sa tendresse. Elle cherchait dans ses yeux une lueur de bonheur qui l’aurait tant rassurée. Kate répondait gentiment et se laissait bercer par l’amour de sa nounou. Elle goûtait calmement ce délicieux parfum de douceur qui émanait de cette femme. C’était en elle toute l’ivresse de son enfance qui lui remontait doucement au cœur. Elles discutèrent longtemps toutes les trois. Soudain Anne-Lise donna des signes d’impatience. Kate comprit que sa nièce avait quelque chose à lui demander. Elles quittèrent Nanou et se dirigèrent vers son appartement.

– Kate, tu peux me prêter ta voiture ?

– Bien sûr, qu’est-ce qui t’arrive ?

– Je dois aller à Fontainebleau rejoindre Jamy et je suis très en retard. Papa sera furieux si je ne suis pas revenue à son arrivée.

– Fais très attention et ne rentre pas trop tard. Je m’arrangerai pour ton père. Ne t’inquiète pas, il ne dira rien.

– Oh toi, tu es un amour !

– Allez, va vite et sois sage surtout !

– Promis ! Enfin… presque !

– Anne-Lise… Sois raisonnable, hein ?

Anne-Lise l’embrassa fougueusement et courut rejoindre son amoureux. Elle la regarda partir, à la fois embarrassée et amusée par son attitude.

Kate perçut un timide grattement à sa porte. C’était Marie-Pierre poussant un landau rempli de poupées. La nourrice qui la suivait, tentait de l’empêcher de déranger sa tante. Celle-ci la renvoya et lui conseilla de prendre sa soirée. La petite était ravie. Elle comprenait ainsi qu’Anty s’occuperait d’elle. Toutes les deux dormiraient dans le grand lit. La soirée se passa à faire la dinette et à confectionner des habits. Marie-Pierre était émerveillée de la regarder tailler les vêtements dans des chiffons multicolores. Elle avait le don de transformer ses poupées en véritables princesses. Elles discutaient en grandes dames et Kate se prêtait délicieusement au jeu de la fillette. Elle répondait à ses questions et recevait ses commentaires avec beaucoup d’attention. Marie-Pierre abordait tous les sujets et ses gestes étaient très affectueux envers sa tante.

Kate ressentait pleinement cette douceur qui émanait de cette petite. Elle répondait à sa tendresse et caressait sa joue et ses cheveux. Elle sentait fondre son cœur en regardant Marie-Pierre. Elle l’aimait comme son enfant. Depuis sa naissance, elle avait cet élan, cet instinct maternel qui l’étouffait et pour mieux résorber ce manque d’amour, Kate s’occupait toujours de sa nièce. Elle prenait la place de la nourrice qui ne demandait pas mieux.

Marie-Pierre ne ressemblait pas à sa sœur. Au contraire, elle était brune avec un teint mat et des yeux noirs, tout comme sa maman. Très rebondies, ses joues étaient une invitation aux bisous. L’enfant les aimait et s’asseyait souvent sur les genoux de Kate. Son plaisir était de se pendre à son cou en discutant comme une vraie « Pipelette ».

L’heure du diner arriva. Anne-Lise n’était pas rentrée. Kate se fit porter un plateau dans sa chambre. Un ronronnement de mobylette résonna tout près.

– Ecoute, voilà Laurent, dit Marie-Pierre.

On frappa à la porte. Laurent, casqué jusqu’aux oreilles vint dire bonsoir.

– Ça va ?… Maman est ici ?…

– Non, ils ne sont pas arrivés.

– Anne-Lise a pris ta voiture ? Elle n’est pas au garage !

– Oui. J’espère qu’elle ne va pas tarder.

– Oh… Elle… Tu sais !… Vous avez mangé ?… La poison ne t’a pas trop ennuyée ?…

– Non monsieur ! On s’est bien amusées toutes les deux, dit Marie-Pierre très offusquée.

– Oh je vois. Le grand déballage de Mademoiselle !

– C’est pas tes affaires à toi ! Laisse çà ! Et puis moi, je dors ici cette nuit, avec Kate et pas toi !

– Allons, Marie-Pierre, Laurent te taquinait.

Puis, s’adressant à son neveu,

– Tu veux diner avec nous ?

– Non, merci. Je vais attendre les parents. A plus tard…

Il les quitta vite pour aller se changer.

Kate aimait son neveu, mais ses sentiments n’avaient aucune mesure avec ce qu’elle ressentait pour ses sœurs. Laurent était plus choyé par sa mère qui le maternait trop et ne s’occupait jamais de ses filles. Elle arrivait à en faire un adolescent timide, craintif et très peu sûr de lui.

Marie-Pierre donnait des signes de fatigue. Kate lui fit la toilette et la coucha dans son lit. Elle prit son temps pour se préparer pour la nuit. Bob n’était toujours pas arrivé. Elle s’allongea près de l’enfant et sombra dans le sommeil.

Bob et Hélène arrivèrent tard. Anne-Lise n’était pas encore rentrée. Ils crurent que Kate n’était pas venue. Très déçu, Bob pensa que sa sœur se murait dans sa solitude. En descendant de voiture, Hélène eut cette remarque :

– C’est dommage. Je pensais vraiment la trouver ici ce soir.

– Je vais demander à Nanou, si elle a des nouvelles. Je descendrai de suite à Orléans. Elle semblait pourtant si bien décidée à venir… Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé !

Très vite, ils se dirigèrent vers la maison. Devant l’appartement de Kate, Bob vit la lumière filtrer sous la porte. Il ouvrit doucement et fut rassuré devant le spectacle des ces deux visages aimés, rassemblés dans un même sommeil. A son sourire tranquille et lumineux, Hélène comprit que Kate était là, tout simplement endormie.

Kate sortit lentement du sommeil. Elle écoutait le souffle régulier de Marie-Pierre qui dormait paisiblement, son petit corps chaud calé contre elle. Elle n’osait pas bouger de peur de la réveiller. Elle releva les couvertures pour bien la protéger et se leva. La luminosité du réveil lui révéla qu’il était quatre heures trente. Elle se dirigea silencieusement vers les cuisines à la recherche d’un verre de lait. Bob était là, vêtu d’un peignoir grenat, des pantoufles aux pieds et les cheveux en l’air. Il fumait une cigarette et buvait un jus d’orange.

– Bobby ! Mais que fais-tu ici ?

– Je réfléchissais. Et toi ? Dis-moi tu dormais quand nous sommes rentrés. Vous étiez adorables toutes les deux. Marie-Pierre devait être heureuse de dormir près de toi ?

– Tu penses ! C’est la première chose quelle a demandée. Elle est merveilleuse ta fille !

– Oh… Comme son père !

– Allez, charrie pas !… Mais qu’est-ce que tu bois là ?… Eh bien, mon vieux, tu te mets à l’orange maintenant ?

Il la laissait le taquiner. Elle ne le faisait plus depuis longtemps. Il la trouvait plus détendue, mieux réceptive.

– Dis-donc, Anne-Lise est rentrée tard. En plus, elle avait ta voiture !

– Je sais. Je lui ai dit moi-même de s’en servir. Elle a sûrement dîné à Fontainebleau.

– Je sais… Je n’aime pas çà !

– Ta fille est majeure ! Elle a bientôt vingt ans ! Ce Jamy a l’air de lui plaire…

– Justement, je n’aime pas ce type !

– Jaloux, Bobby ?

Il la regarda directement dans les yeux. Il était là pour l’apaiser et ne faisait pas mieux que de lui parler de ses propres problèmes…

– Quel con, je suis !

Il écrasa sa cigarette dans le cendrier.

– Tiens, Katy ! Fais-nous un bon thé ! Moi je vais préparer des œufs au bacon. Tu veux bien ?

Kate s’exécuta gentiment et dirigea la conversation sur sa thèse qu’elle avait posée la veille sur le bureau de son frère en arrivant. Bob s’appliquait à bien répartir les œufs sur le bacon et à les mener à cuire juste à point pour les servir très moelleux.

– Ton travail est parfait. Je pense que tu es prête pour présenter ce dossier. Je l’ai parcouru cette nuit. Ne change rien, ça me plaît assez.

– Tu crois ? Il faut que j’en termine avec la partie technique.

– Ah oui ? Ce côté, site relationnel, n’a pas l’air formidable. Je suppose que tu l’as terminé ?

Elle se troubla soudain.

– Oui, je crois, je ne sais pas encore.

Kate n’osait pas lui parler de Daniel. Elle trouvait trop prématuré d’en aborder le sujet. Bob sentit son trouble.