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Misère et Grandeur de l'humanité primitive

De
335 pages

Aigle-Chauve, le chef des Pêcheurs-de-Saumon, venait de tendre le rideau de peau d’ours devant l’entrée de sa caverne. C’était pour les siens le signal du repos, pour les voisins une invitation à ne plus le troubler dans ses méditations et dans le sommeil dispensé si parcimonieusement aux vieillards.

— Homme, dit la vénérable Dure-Épine, j’ai compté les enfants : il en manque un. Celui que tu appelles Frère-de-l’Ours, parce que sa mère l’amusait tout petit avec un ourson auquel elle allait jusqu’à donner le lait de son sein.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Fig. 1 Fig. 2 Fig. 3 Fig. 4 Fig. 5 Fig. 6 Fig. 7 Fig. 8 Fig. 9 Fig. 10 Fig. 11 Fig. 12 Fig. 13 Fig. 14 Fig. 15 Fig. 17 Fig. 18 Fig. 19 Fig. 20 Fig. 21 Fig. 22 Fig. 23 Fig. 24 Fig. 25 Fig. 26 Fig. 27 Fig. 28 Fig. 29 Fig. 30 Fig. 31 Fig. 32 Fig. 33 Fig. 34 Fig. 35 Fig. 36 Fig. 37 Fig. 38 Fig. 39 Fig. 40 Fig. 41 Fig. 42 Fig. 43 Fig. 44 Fig. 45 Fig. 46 Fig. 47
Table des Figures
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La Vézère à Laugerie-Haute. (D’après une photographie.)
Léonie Meunier
Misère et Grandeur de l'humanité primitive
A
M.A. BURDEAU DÉPUTÉ DU RHÔNE En m’autorisant à inscrire votre nom en tête de ce livre, vous ne m’avez pas seulement donné un témoignage d’une amitié précieuse : vous a vez accordé en même temps, à mon essai de restauration morale d’une société disp arue, un véritable patronage qui vaincra d’avance bien des résistances instinctives. Laissez-moi vous en dire merci. S.M.
INTRODUCTION
Les origines des grandes nations modernes sont fort compliquées. Interrogée sur les nôtres, l’histoire nous conduit au Gaulois. L’anthr opologie, qui a la vue plus longue, retrouve, en d’anciennes sépultures, des os très di fférents de ceux bien connus des vaincus de César, et aussi des armes, des outils, d es bijoux, indiquant une civilisation moins avancée et plus ancienne. Parmi ces pères de nos pères, les uns étaient autoc htones, les autres envahisseurs. Les sciences naturelles, à qui ils appartiennent, — les sciences politiques n’ayant pas su les découvrir, — désignent les premiers sous le nom d’hommes de la pierre taillée, par opposition aux seconds, leshommes de la pierre polie. Quoique ces primitifs soient bien préhistoriques, o n peut retrouver une trace de leur existence dans certains de nos plus vieux livres. D es passages de Lucrèce, d’Hésiode, prouvent que les anciens n’ignoraient pas que l’humanité se servit d’abord d’instruments de pierre, et qu’avant le fer elle connut le cuivre . Qu’est-ce que ces cavernes et ces grottes, séjour des demi-dieux, qui jouent un si gr and rôle dans l’Odyssée, sinon un souvenir d’un âge déjà lointain, mais distinct enco re ? Ne peut-on pas croire que la renommée avait appris à l’ancienne Grèce l’existence desTroglodytesde la Vézère, des Pyrénées, des Côtes liguriennes, régions visitées d’ailleurs par les marchands — car les hommes de Cro-Magnon possédaient des pierres et des coquilles originaires de contrées bien distantes ? Et Homère lui-même est-il vraiment en pleine humanitéactuelle,au sens géologique du mot ?... Homère est dans la splendeur del’âge du bronze ; ses guerriers ont des armes d’airain ; le mot fer est une rareté dans l’Iliade. Malgré ses recherches, le docteur Schliemann n’a pu trouver, dans les ruines de Troie, d’autre objet en fer qu’un poignard habilement travaillé enfer météorique. On s’est servi de la pierre taillée pendant une pér iode immense — lapériode paléolithiquequi comprend elle-même plusieurs époques netteme nt ! distinctes les — unes des autres. L’époque de la Madelaine (dont le type est fourni par l’abri de la Madelaine, Dordogne), celle où l’homme de la pierre taillée a atteint son entier développement, nous a paru intéressante entre toutes. Sur la terre, encore peu habitée, achèvent de vivre des bêtes féroces plus grandes et plus terribles que les ours et les tigres d’aujourd’hui ; de temps à autre le chasseur rencontre le mammouth, un éléphan t couvert de laine, déjà rare, car les espèces ne disparaissent pas en un jour, témoin le troupeau d’aurochs qui subsiste encore en Europe, dans la forêt de Bieliwska, grâce à la protection du czar. L’homme de la Madelaine est bien muni d’instruments de toutes sortes inventés et perfectionnés par son génie ; il est fort, il est intelligent, son fr ont est d’un sage, sa mâchoire et ses membres le rattachent à l’animalité. En lui se résume toute la puissance de la Nature : la pensée et la matière, le désir de savoir et l’exubérance des appétits. Nous avons essayé de le faire revivre en le mettant en scène dans un décor dont la science nous a révélé tous les détails. Nous avons évoqué, non pas les sq uelettes fragiles trouvés dans les cavernes, mais les hommes de chair et de sang mania nt des armes et des outils, des amulettes précieuses, dé véritables objets d’art, et nous les avons montrés combattant, chassant, travaillant, cherchant. un idéal, s’effra yant de se trouver sans but apparent dans un monde vaste et ténébreux. Comment on peut connaître les mœurs de créatures do nt on n’a que des os et quelques produits travaillés, le grand Broca et d’a utres savants éminents se chargeront
de nous l’apprendre. La seconde partie du présent livre n’est, en effet, composée que de passages destinés à justifier la première. Ayant donné à notre travail une forme employée dans les œuvres d’imagination, nous avons craint d’être accusé ni plus ni moins qu’un simple romancier, d’embellir la vérité ; et pour éviter le blâme ou le dédain, nous avons appuyé chacun de nos épisodes sur des assertions empruntéeslittéralement aux plus purs travaux scientifiques, sur des faits puisés aux sources mêm es et non dans les ouvrages de vulgarisation. De sorte que si l’on veut bien s’occuper de nous assez pour nous critiquer, les coups d’épingle tomberont seulement sur les sav ants de profession. Ajoutons, par exagération de sincérité, que pour les points douteux, comme la domestication du renne, le climat, la religion chez l’homme des cavernes, nous avons choisi l’hypothèse qui nous plaisait le plus. L’idée religieuse étant admise, nous l’avons élargi e jusqu’au culte que nous avons rapproché de celui rendu par les Gaulois aux forces naturelles. Quelles sont les origines du druidisme ? On ne nous l’a pas dit encore, du mo ins avec clarté. Ce qui est certain, c’est qu’il employait, pour ses sacrifices, les mon uments dits mégalithiques (dolmens, menhirs, cromlechs) élevés par les hommes de la pie rre polie. On a même coutume d’apprendre aux enfants que ces pierres ont été édifiées par les Gaulois, ce qui est loin d’être exact. Pour les hommes de la pierre polie, les alignements et les tables de pierre étaient des monuments funéraires et religieux. Ils avaient apporté à nos premiers ancêtres des idées sur le surnaturel ; mais qui pou rrait affirmer que ces idées étaient nouvelles pour le peuple conquis, et qu’ils ne trouvèrent pas de dieux chez celui-ci ? En cas d’invasion, les idées restent libres toujours ; souvent même ce sont les vainqueurs qui subissent celles des vaincus. Les barbares arrivant dans l’empire romain, en Gaule, en Espagne, en Italie, furent sans long délai convertis au christianisme. Quelles traces la race normande a-t-elle laissées sur nos côtes et en Angleterre ? Nous autres Français qu’avons-nous de l’élément germain apporté parles F rancs ? Nous nous vantons d’être une nation latine. Mais si nous creusons bien cette latinité, nous trouvons le Gaulois... Donc, les hommes de la pierre taillée ne durent pas être supprimés par ceux de la pierre polie. Ils se modifièrent et modifièrent leurs vainqueurs, en reçurent et leur donnèrent des idées ; et ce n’est pas tomber dans l’invraisemblab le que de dire qu’ils offraient à leurs dieux, comme leurs fils les Gaulois, des sacrifices humains, dans la profondeur des forêts. Quant à leurs passions, à leurs haines et à leurs affections, nous avons lieu de croire qu’elles étaient fort semblables aux nôtres. D’un b out à l’autre de l’histoire, quelque reculée qu’elle soit, nous voyons le cœur de l’homme toujours le même. On a cru trouver la preuve du contraire dans la littérature ancienne ; et l’on a prétendu, par exemple, que la femme d’alors ne jouissait que de peu de considé ration. Quelle erreur ! On ne savait pas en parler comme on fait de nos jours ; quand le vieil Homère a dit : Briséis aux belles joues, il s’arrête à bout d’éloges ; mais comme les faits sont éloquents dans ses poèmes ! Quel pouvoir devait avoir une Hélène qu’on retrouve dans l’Odyssée, après l’aventure d’Ilion, comblée d’honneurs chez Ménélas ! Tels nous sommes, faibles et tendres pour les nôtres, haineux pour nos ennemis, tels étaient les contemporains d’Homère, tels devaient être les hommes préhistoriques. Il y eut parmi eux, certainement, des gens de génie : les inventeurs, les artistes qui firent progresser la race. Rendons hommage à ces inconnus en étudiant les rares débris de leurs œuvres. C’est une science pieuse que celle qui recherche dans la cendre des morts la trace de leurs pensées.
PREMIÈRE PARTIE