MOBILISATION ET SAVOIRS

MOBILISATION ET SAVOIRS

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Les chercheurs de l'ILSTEF apportent ici une contribution originale au débat sur l'articulation de l'emploi et de la formation: ils interrogent les interférences entre les mobilisations de la main-d'œuvre et les constructions du savoir, en les rapportant à la dimension d'une région, la Lorraine. Leurs analyses des savoirs mobilisés au travail, dans les entreprises ou à l'hôpital, sont inséparables des réflexions sur l'action des intermédiaires de l'emploi et sur la construction du milieu de la formation.

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Ajouté le 01 janvier 0001
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EAN13 9782296237490
Langue Français
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MOBILISATION

ET SAVOIRS

Travaux du Réseau ILSTEF (Institut Lorrain des Sciences du Travail, de l'Emploi et de la Formation)

@L'Hannatian,2001
ISBN: 2-7475-0999-0

MOBILISATION ET SAVOIRS
Travaux du Réseau ILSTEF (Institut Lorrain des Sciences du Travail, de l'Emploi et de la Formation)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALLE

UTINAM
Revue de Sociologie et d'Anthropologie

Directeur de la rédaction Jean-Yves Trépos (Université de Metz) Comité de lecture. Alain Accardo Claudette Lafaye (Carcassonne) (Université du Littoral Côte d'Opale) Jean-Michel Bessette Danièle Linhart (Université de Franche-Comté) (Travail et Mobilités, CNRS, Univ. Paris X) Estelle Bonnet Raymond Magro (Université de Metz) (Université de Metz) Gilda Charrier Bruno Péquignot (Université de Bretagne Occidentale) (Université de Franche-Comté) Geneviève Cresson Alain Quemin (CLERSE, CNRS, Université de Lille 1) (Université de Marne-la-Vallée) Francis de Chassey Catherine Rollet (Marseille) (Univ. de Versailles St-Quentin-en- Yvelines) Lise Demailly Anne Sauvageot , (Université de Lille 1) (Univ. de Toulouse Le Mirail) Dominique Desjeux Olivier Schwartz (Université de Paris V) (Université de Marne-la-Vallée) Francis Farrugia Pierre-Louis Spadonne (Université de Poitiers) (Université de Franche-Comté) Florent Gaudez Pierre Tripier (Université de Toulouse Le Mirail) (Univ. de Versailles St-Quentin-en-Yvelines) Jacqueline Heinen Agnès Van Zanten (Université de Franche-Comté) (CNRS, Paris V) Nathalie Heinich Michel Verret (GSPM, CNRS, EHESS) (Paris) Claudine Herzlich Didier Vrancken (CERMES, CNRS-INSERM) (Université de Liège) Correspondants Hans-Leo Kramer (Université de la Sarre, Saarbrücken) Anna Krasteva (Nouvelle Université Bulgare, Sofia) étrangers Robert Maier (Université d'Utrecht) François-Xavier Merrien (Univ. de Lausanne) Tom Storrie (Université de Nottingham)

B. Clasquin, présentation générale

Présentation

Générale

Mobilisation et savoirs
Levons tout de suite l'ambiguïté voulue d'un titre en trompel'œil. Destiné à contenir en peu de caractères une présentation, des questions, et un petit côté incorrigiblement interventionniste, il veut résumer les trois niveaux privilégiés de cette présentation générale: celui, instituant, d'un réseau d'équipes qui mettent en commun ce qui relève des sciences du travail, et qui, de ce fait, mobilisent ensemble leurs savoirs. Il veut ensuite poser les axes de recherche de ce réseau, qui structurent ce dossier, qu'on pourrait appeler plus simplement emploi ou mobilisation de la maind'œuvre, et compétences ou diversité des savoirs. Il veut enfin évoquer le mouvement de construction des connaissances dont certains contours se dessinent puis bougent ensuite, dans le cadre de tentatives de raisonnement communes à un groupe; il évoque aussi la prise en compte de la multiplicité des acteurs sociaux que la recherche côtoie, les implications des chercheurs où retentissent comme en écho leurs parcours, leurs propres origines sociales, et l'affirmation du rôle critique essentiel des sciences sociales. De ce fait, la mobilisation des savoirs qu'ils opèrent ne fait pas de hiérarchie entre la recherche et l'action. Pour ouvrir une fois encore le débat silencieux auquel participe toute publication, en dehors des nécessités de carrière, on partira de l'instituant pour présenter les traces laissées sur le chemin de ces dernières années par les travaux sur lesquels s'adossent les articles qui suivent, et mettre en évidence quelques caractéristiques communes. Des sciences du travail en Lorraine On trouvera dans ces pages des analyses produites par des membres de six des dix équipes de recherche de Nancy et de Metz qui composent l'Institut Lorrain des Sciences du Travail (ILSTEF). Rien d'étonnant donc à ce qu'une partie de ces travaux soient à la fois collectifs et pluridisciplinaires, d'une manière plus ou moins affichée, plus ou moins ancrée sur des cousinages qui deviennent maintenant plus affirmés et usuels, par exemple entre la sociologie

Utinam, revue de sociologie et d'anthropologie

et l'économie. Sous la forme d'un réseau, c!est-à-dire avec une direction et une gestion collégiale affichées, les équipes ont opéré un rapprochement constant depuis le début des années quatre-vingt dix. Doté d'un conseil scientifique, d'un bureau et d'une coordination, l'ILSTEF a saisi l'opportunité d'un financement par les collectivités territoriales pour mettre en œuvre une dynamique collective, et, en particulier, des règles communes d'évaluation des projets. Il a d'abord incité ses membres à systématiser le montage de dispositifs faisant participer des chercheurs d'au moins deux équipes, puis a développé une publication en direction des acteurs locaux et des séminaires internes afin d'échanger sur les pratiques de recherche, entre plusieurs disciplines, à propos d'un même objet. Comme on se l'imagine, ce ne fut pas chose aisée. L'exercice, cependant, a séduit les chercheurs, les obligeant à dépasser de vieilles querelles pour expliquer à leurs collègues la spécificité de leurs approches, l'origine de leurs concepts, et s'approprier ainsi plus solidement encore, tout e,nles faisant reconnaître, leurs propres domaines de création. Peu à peu a pris corps l'idée de travailler à plusieurs disciplines, sans préjuger ni de la manière, construite au cas par cas, ni des résultats, attendant seulement une compréhension plus complète des phénomènes et, souvent, une capacité d'échange accrue avec les acteurs de terrains qui souhaitent évaluer ou prescrIre. On va donc ici se trouver plongé dans les établissements scolaires du district de Lunéville, dans la zone d'emploi de Longwy, dans le textile vosgien, à l'hôpital, dans les entreprises de la métallurgie, les mines de charbon et de fer, ... voilà qui sent bon la minette et la mirabelle de Lorraine! Dans cette studieuse promenade, on entendra les voix au travail, conçu ici comme le travail contraint et reconnu socialement en emploi, des salariés, des cadres, le crépitement de vieux textes et le brouhaha de chiffres en quête d'organisation. Qu'on n'aille pas cependant imaginer, en ces temps où nationalismes et régionalismes revêtent de multiples visages, qu'il s'agisse d'y souscrire, ou d'aller dans le sens d'une glorification du local qui serait sans fondement. C'est pourtant là que les chercheurs vivent et regardent palpiter cette société dont ils font partie; la position de surplomb, tout comme l'élitisme ne sont 8

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pas de mise ici et, d'ailleurs, on laissera le plus souvent au lecteur, averti par ses propres recherches, le soin de réfléchir à d'éventuelles comparaisons avec d'autres situations: les généralisations possibles ne sont qu'hypothétiques. Soulignons néanmoins deux préoccupations communes, rendues possibles par les disciplines en présence: l'historicité qui a façonné les institutions et l'organisation actuelle des choses, et l'élaboration des règles et des normes qui font du droit et de l'histoire plus que des ressources, plus que du cadrage, les conditions de compréhension et d'explication des faits socio-économiques auxquels nous nous intéressons. Objet d'analyse, l'espace territorial pourra, dans son acception historique et géographique, être l'occasion de mettre en évidence des phénomènes qui touchent les individus et les groupes de cette terre et de ce temps. Qu'est-ce donc alors qui ferait la particularité du raisonnement, du rassemblement de cette centaine de chercheurs? Au-delà des nécessités qui incitent les sciences humaines et sociales à se regrouper pour survivre, le fait d'y parvenir sur une thématique comme le travail témoigne de l'intérêt partagé pour les nombreux objets de recherches et postures possibles dans ce champ, mais aussi de la volonté de profiter des proximités, d'élargir les points de vue, et d'envisager de les combiner à travers la production d'approches communes. De plus, comme le souligne François Dosse, "la nouvelle interrogation sur le lien social implique une autre échelle d'analyse, plus proche des acteurs sociaux. Le quotidien, les représentations, jouent le rôle de leviers méthodologiques qui permettent de s'intéresser davantage à l'instituant qu'à l'institué. Les notions de situation, moment, génération... sont ainsi revisitées à partir des procédures narratives de construction et de reconstruction, de reconfiguration, de mise en intrigue des acteurs sociaux eux-mêmes"l. Pour mener à bien cette tâche, les recherches produites au sein du réseau ILSTEF s'élaborent dans la combinaison de points de vue disciplinaires et d'un raisonnement qui pratique un aller et retour constant entre
1 Dosse François, "l'Empire du sens: l'humanisation des sciences humaines", Paris, La Découverte, 1995, p. 418. L'auteur a donné le Il mai dernier une conférence dans le cadre d'un séminaire de l'ILSTEF, sur cet ouvrage. 9

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l'étude de données plus générales (ce terme étant relatif au degré de détail auquel se situe l'analyse), et de données plus particulières à une situation, à un champ de problèmes, à un territoire. Au cours de ces deux dernières années, les chercheurs ont en conséquence élaboré collectivement les orientations du réseau pour les années qui viennent. Un objet commun "Métiers, compétences, emploi, dans leurs formations et leurs transformations" a été construit. Deux directions essentielles de travail ont été retenues: la première examine les transformations de l'emploi comme reconnaissance sociale du travail, aux niveaux local, régional, national et européen; la seconde élabore une approche de la constitution des savoirs et des compétences dans l'activité de travail, en regard de l'évolution des qualifications et de l'organisation du travail. De trois objets privilégiés Dans le dossier qui suit, on a choisi de mettre en évidence trois thèmes destinés à illustrer nos analyses du travail en termes à la fois de mobilisation de la main d'œuvre et de construction des savoirs. Le premier chapitre traite du sens de l'intervention des acteurs intermédiaires de l'emploi d'un point de vue socioéconomique, et juridique. Le second porte sur la construction du milieu de la formation, tandis que le dernier expose plusieurs points de vue, à des niveaux divers, sur l'analyse du travail. On sentira au fil des pages le degré plus ou moins collectif des travaux, le caractère plus ou moins avancé des recherches exposées, la plus ou moins grande robustesse des points de vue disciplinaires, mais aussi la variété des espaces observés - une région, un bassin d'emploi, un ensemble d'établissements scolaires, une conversation -, des acteurs considérés, des méthodologies mises en œuvre. A travers ces trois objets privilégiés, on se trouve confronté à l'esquisse d'un raisonnement issu de la combinaison des points de vue disciplinaires, irréductibles les uns aux autres et que les chercheurs envisagent de rendre inséparables, bien que ne constituant en aucune façon une totalité, pour penser le travail. C'est la tentative d'allers et retours constants entre l'analyse de situations individuelles, d'un groupe ou d'un ensemble plus vaste, situé dans un espace adéquat quant à la légitimité des règles produites, qui 10

B. Clasquin, présentation générale

peut permettre d'appréhender de façon critique chacun de ces niveaux, sans se laisser enfermer par le corpus propre à un domaine. Mobilisation de la main d'œuvre Quatre articles composent ce chapitre. Un groupe d'enseignants chercheurs installés dans le département Gestion des Entreprises et des Administrations de la ville frontière de Longwy, au passé lourd de sidérurgie, étudie les transformations du marché du travail dans cette zone frontalière qu'ils commence par présenter brièvement; une bibliographie commune figure à l'issue de ces trois premiers articles. Dans le premier, Rachid BELKACEM, économiste, analyse les dynamiques du recours au travail intérimaire dans cette zone comme politique structurelle de gestion de la main-d'œuvre par les entreprises, comme flexibilité organisée; l'article s'appuie sur l'exploitation des relevés mensuels des contrats d'intérim et sur des entretiens avec des responsables d'agences. On voit ici poindre une première idée du territoire comme espace de recrutement construit pour les entreprises, qui peut entrer en contradiction avec l'espace historiquement habité par les groupes humains. Jean-Luc DESHA YES esquisse, lui, une approche sociologique du syndicalisme frontalier. Dans l'histoire récente, l'effondrement de la sidérurgie locale ouvre l'ère de l'individualisation des rapports de travail et marque profondément la différence entre les générations. Une deuxième idée du territoire comme espace à conquérir par le salariat, en particulier à travers l'homogénéisation des règles émerge de ce texte; le "local" est alors construit comme espace de recul de l'universalité de celles-ci. Un collectif réfléchit alors, à partir d'un ensemble de recherches, sur les spécificités de la zone d'emploi: les intermédiaires de l'emploi ne se substitueraient-ils pas aux employeurs pour une fraction peu qualifiée de la main-d'œuvre tandis que l'autre passerait la ,frontière matin et soir? Le territoire ici déborde les contours nationaux, il devient l'espace construit d'un dualisme social qui se cristallise autour de la catégorisation des publics par les mesures de politique publique, et l'appel/rejet de la main-d'œuvre par les employeurs. Pour finir ce chapitre, dans un article de nature plus méthodologique, Philippe ENCLOS rend compte d'une tentative de Il

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construction d'indicateurs statistiques sur le contentieux prud'homal. Bien que plutôt factuel et de nature méthodologique, cet article ouvre des perspectives quant à l'étude de cette institution judiciaire. De plus, dans le mouvement actuel d'individualisation des relations de travail, il permet d'entrevoir les problèmes posés par l'étude du degré de juridicisation des conflits. Cet article permet aussi de mesurer les difficultés d'un dialogue interdisciplinaire: bien que portant sur un outil commun, les statistiques, il met en évidence l'effort nécessaire aux autres disciplines pour accéder à l'architecture conceptuelle et institutionnelle à laquelle il se réfère. Le territoire ici devient celui des normes et des règles d'un espace judiciaire, où juges et conseillers agissent également en tant qu'intermédiaires de l'emploi. Ainsi, dans l'ensemble de ce chapitre, il est plutôt question des effets de l'intervention des structures instituées alors que, dans le chapitre suivant, les auteurs examinent la construction ou l'interprétation par les acteurs eux-mêmes des espaces institués de formation. Formation Françoise BIRCK et Vincent TORRESE pénètrent dans deux univers distincts: la première, historienne, s'intéresse depuis de nombreuses années déjà à l'histoire des formations techniques et industrielles en Lorraine, tandis que le second, sociologue, observe la mise en œuvre de l'orientation dans la formation initiale. Trois périodes, l'entre-deux-guerres, les années 40, et l'aprèsguerre, nous sont proposées pour une lecture de l'histoire de l'élaboration progressive d'un système de formation technique et industriel dans les mines de fer et la sidérurgie lorraines. De l'ouvrier à l'ingénieur, l'étude des sources disponibles permet de rendre compte du rôle des entreprises dans cette construction. La plus ou moins grande rareté de la main-d'œuvre, les textes officiels, le paternalisme, et l'influence de la guerre entraînent des montages institutionnels dont il reste trace dans la configuration actuelle. Contradictions, affrontements, complémentarités et ambivalence entre les différents acteurs débouchent tout de même, sur l'ensemble de la période, sur l'élaboration d'une correspondance entre diplômes 12

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et qualifications qui structure encore largement les hiérarchies salariales en France. D'autres acteurs sont étudiés dans la recherche conduite sur la sélection dans les collèges et lycées du district rural de Lunéville, qui fait l'objet de l'article suivant; le degré de sélectivité des établissements et les changements du système éducatif semblent déterminer dans une large mesure les pratiques d'orientation scolaire. Pour ces deux articles, c'est dans le rapport entre les acteurs et les évènements que sont construites ou exploitées des situations réglementaires et les pratiques qui les agissent; cela se passe souvent dans l'ambiguïté que génère la combinaison de différents ordres de contraintes et les places des différents protagonistes. Ils incitent le lecteur à appréhender le caractère spécifique des situations décrites, mais aussi l'intérêt du raisonnement de la méthodologie. L'intermédiation de l'emploi, les systèmes de formation et/ou de sélection contribuent l'un à la mise en emploi, l'autre à la construction du travail comme activité. Et pourtant, la distinction des espaces entre formation et travail n'a plus le même sens, comme nous le montre le dernier chapitre. Analyses de travail La sociologie, la psychologie et les sciences de l'éducation se penchent, avec leurs outils et leurs approches spécifiques, sur les situations de travail. Elles s'intéressent successivement au secteur textile, aux cadres, aux équipes de travail, aux individus. Le premier texte approche les changements dans l'organisation du travail, puis, à propos du développement des écrits au travail, le second traite des pratiques d'encadrement; ensuite, il est question de la coopération entre les agents, pour revenir aux questions de formation par l'analyse des situations de travail des emplois-jeunes. Ainsi Lionel JACQUOT, sociologue, discute de l'évolution des savoirs ouvriers en lien avec les mutations de l'industrie textile vosgienne; la relative disparition du travail manuel, la disjonction homme/machine, et l'accentuation des contraintes productives compromettraient, dans ce milieu, l'appropriation des moyens de production par les opérateurs et induiraient un déplacement des savoirs ouvriers vers une conscience gestionnaire soumise aux nécessités commerciales. Cette nouvelle rationalisation 13

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organisationnelle combinerait de manière inédite division et coopération dans le travail. Neuf entreprises, dont huit de la métallurgie, dans trois départements lorrains, ont servi de terrain à la recherche sur le développement des écrits professionnels en regard des pratiques managériales dont les résultats sont exposés par Eric BRANGIER et Javier BARCENILLA. C'est le discours sur l'écrit dans l'univers de travail qui sert ici d'analyseur des transformations gestionnaires. Prescrivant les comportements, le texte, dans l'organisation du travail, prendrait une importance stratégique pour l'évolution de l'activité, générant des difficultés pour certains publics à la limite de J'illettrisme, ainsi que pour la diffusion des normes professionnelles (écrites) par J'encadrement intermédiaire. La coopération entre les équipes de soin à l'hôpital est le sujet de l'article suivant où Katia KOSTULSKI et Alain TROGNON, psychologues du travail et chercheurs dans le champ de la Pragmatique, font avancer la connaissance des mécanismes conversationnels en œuvre dans ce jeu de langage professionnel qu'est la transmission orale au moment de la relève de poste. L'analyse des auteurs fait apparaître le déploiement des représentations et des connaissances professionnelles dans les interactions verbales, déploiement qui réalise une distribution de la cognition, de laquelle émane la distribution des rôles et la nature différenciée de l'activité dans les services. Ardu pour un public de non-spécialistes, cet article donne une idée de l'ampleur du travail d'échange sur les concepts qu'iJ est nécessaire d'effectuer pour instaurer un minimum de dialogue entre les points de vue. Il n'est pas étonnant, pour clore ce chapitre et ce dossier que l'on revienne avec Patricia REMOUSSENARD-CHAMPY, PierreAndré DUPUIS et Pierre HIGELE, une équipe de sciences de l'éducation, sur la construction des compétences, et les perspectives de formation/qualification. La mesure "emplois-jeunes" est J'occasion d'une réflexion d'ordre problématique et méthodologique qui traduit une conception ouverte de l'élaboration des compétences, profitant d'une variété de situations. Envisagée sous l'angle de l'analyse du travail et de ses conséquences en termes de compétences et de formation, cet article pose d'abord des bases conceptuelles en interrogeant la distinction entre tâches, postes et 14

B. Clasquin, présentation générale

situations de travail. Il met ensuite l'analyse des modalités de construction des compétences en rapport avec les perspectives possibles de qualification; enfin, il envisage les nouveaux défis lancés à la formation par ces évolutions dont l'issue est posée en termes de reconnaissance des qualifications. Si ces trois derniers textes laissent entrevoir une visée prescriptive en termes de formation formalisée, tous considèrent la situation de travail comme lieu d'élaboration et de transformation des savoirs; cela peut être spécifié de façons différentes selon qu'on les étudie à partir du discours des auteurs et/ou d'observations. Les situations sont aussi envisagées comme dépendantes des conditions de leur reconnaissance sociale par les formes d'emploi dans lesquelles elles sont encastrées; c'est cette tentative de vision plus large qui peut permettre de lire les transformations et les logiques contradictoires tant de l'activité de travail que de sa reconnaissance. D'un avenir encore meilleur Ces contributions feront mesurer la diversité des points de vue disciplinaires, et peut-être déjà certaines complémentarités. La diversité restera au fondement de cette fédération d'équipes qui se côtoient pour mieux se spécialiser. Les groupes de recherche transversaux, comme celui dont il est fait mention dans le dernier article de ce dossier, se sont constitués progressivement à partir d'objets communs sur lesquels il s'agit de multiplier les regards. C'est la cooptation qui a prévalu, dans le rapprochement de jeunes chercheurs dont les objets, en particulier de thèse, s'étaient avérés intéressants pour leurs collègues des autres disciplines. Dans ces groupes, toutes les disciplines du réseau sont représentées, le mouvement correspond à un besoin. Ainsi, le groupe "emploisjeunes" rassemble-t-il des juristes, des sociologues, des économistes, et des chercheurs en sciences de l'éducation en provenance de cinq équipes. Le groupe "compétences" est formé d'économistes, de chercheurs en sciences de gestion et en sciences de l'ingénieur, et de psycho.1ogues du travail de quatre équipes. Le groupe "comités de liaison des demandeurs d'emploi" réunit des sociologues, des économistes et des juristes de cinq équipes, découvrant l'instituant du côté des chômeurs. 15

Utinam, revue de sociologie et d'anthropologie

Chaque groupe possède sa dynamique propre: certains s'essayent à l'élaboration d'une problématique commune, à plusieurs versants, avant de définir un projet de recherche, d'autres partent de leurs résultats. Mais la confrontation des points de vue suppose toujours un travail partagé sur les concepts travaillés dans chacune des disciplines, et il est nécessaire de dégager les modes de raisonnement propres à chaque regard pour envisager des points de rencontre. Les discussions initiales partent parfois d'éléments qui s'avèrent ensuite superficiels. Bref, la route est longue mais fertile, semée de débats méthodologiques, épistémologiques, éthiques... qu'on peut imaginer en lisant ce dossier.
Bernadette Clasquin

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Travail intérimaire: zone de Longwy

Mobilisation

de la main-d'œuvre

Les dynamiques du recours au travail intérimaire dans la zone d'emploi de Longwy (Rachid Belkacem) Le syndicalisme frontalier dans le bassin de Longwy: quel syndicalisme pour quel territoire? (Jean-Luc Deshayes) Intermédiaires de l'emploi ou employeurs territoriaux de main d'œuvre? (Rachid Belkacem, Myriam Charlier, Jean-Luc Deshayes, Philippe Hirlet) Construction d'indicateurs de statistique judiciaire: l'exemple du contentieux en matière prud'homale (Philippe Enclos)

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Présentation: en question

le bassin transfrontalier

de Longwy

Les trois contributions qui suivent proviennent d'une recherche menée dans le cadre de l'ILSTEF sur les intermédiaires de l'emploi dans le bassin transfrontalier de Longwy, limitrophe de la Belgique et du Luxembourg. Ce travail a accompagné la création d'une antenne locale de l'ILSTEF accueillie par le département GEA de l'IUT de Longwy. Il a favorisé une synergie formation-recherche-action locale. En effet, depuis 1996, une Maîtrise de Sciences et Techniques, spécialisée dans les métiers du développement local de l'emploi a été délocalisée de l'Université de Metz à Longwy. Les recherches contribuent à en alimenter les enseignements. Les intermédiaires de l'emploi, objets de la rechercbe, sont également co-constructeurs de cette formation professionnalisante. Le Collège Européen de Technologie soutient à la fois formation et recherche dans leur vocation transfrontalière. Des conférences et journées d'études ont réuni les différents acteurs. Réalisées par des sociologues et des économistes, les analyses proposées se situent dans un territoire longtemps structuré par l'activité sidérurgique et par une gestion paternaliste de la maind'œuvre. Depuis le début des années quatre-vingts, la reconversion y opère une transformation en profondeur des conditions d'entrée dans l'emploi avec un rôle croissant attribué aux intermédiaires de l'emploi. Ces nouvelles conditions affectent l'ensemble des composantes du rapport salarial: reconnaissance des qualifications, organisation productive du travail, statut des emplois, protection sociale et salaire, etc. Côté français, cette zone d'emploi regroupe quarante neuf communes du nord de la Meurthe-et-Moselle en Lorraine soit un total de 83.000 habitants (INSEE, estimations localisées au 1/1/95). Par rapport à 1975, elle a perdu un peu moins du quart de sa population (21,45 %) (INSEE, recensements de la population de 1975, 1982 et 1990, et 1999.). Le travail frontalier y représente aujourd'hui un tiers des emplois. Les analyses qui sont proposées ici relèvent de trois registres différents. 18

Travail intérimaire: zone de Longwy

- Le premier étudie avec précision le travail intérimaire, son importance croissante dans le bassin de Longwy et son mode de mobilisation de la main d'œuvre. Les données locales sont mises en perspectives avec des approches théoriques plus macroéconomiques. - Le second est davantage un travail périphérique réalisé à l'occasion de cette recherche sur les transformations du syndicalisme à l'épreuve du développement du travail transfrontalier. Il a fait l'objet d'une communication dans un colloque sur le syndicalisme et la mondialisation de l'économie. - Le troisième, enfin, revient sur les principaux résultats des différents objets retenus ( intérim, salariés de la mission locale et de l'agence locale pour l'emploi, rôle des intermédiaires de l'emploi dans le recrutement d'une firme multinationale, évolution de l'intermédiation de l'emploi des cadres) avant de proposer trois grilles de lecture (externalisation, quasi-intégration, renversement du rapport) des relations entre entreprises et intermédiaires de l'emploi.

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Utinam, revue de sociologie et d'anthropologie

Les dynamiques du recours au travail intérimaire dans la zone d'emploi de Longwy
Introduction Cet article tente d'illustrer l'usage que font les entreprises du bassin d'emploi de Longwy de la présence d'intermédiaires de l'emploi. Il sera particulièrement question de l'importance et des formes du recours aux entreprises de travail temporairel. Cette contribution vise à combler un déficit d'information sur les logiques locales du recours à cette forme d'emploi. Sans prétention, l'objet de cet article est de proposer des premiers éléments de cadrage sur le recours à l'intérim dans une zone d'emploi spécifique comme celle de Longwy. Cette étude s'appuie sur les résultats d'un travail en cours de l'équipe ILSTEF de Longwy2. Dans une première partie, nous préciserons les éléments de problématique et les choix méthodologiques de cette étude. La seconde partie exposera les principaux résultats à partir desquels nous avancerons, dans la conclusion, des pistes d'analyse. Hypothèses de travail et éléments méthodologiques L'étude du travail intérimaire a fait l'objet d'une littérature abondante en France3. Dans beaucoup de ces travaux, le besoin de flexibilité du travail est présenté comme le principal motif du recours par les entreprises à l'intérim (Michon, 1986 et 1987). L'intérêt des travaux de F. Michon est d'avoir montré que la flexibilité du travail pouvait se décliner en deux principales formes. La première est de nature quantitative et signifie que l'entreprise recourt à des travailleurs périphériques pour ajuster le niveau des effectifs employés au niveau de production. Dans ce modèle, le
1 Nous employons ici indifféremment les terminologies de travail temporaire et travail intérimaire, ces deux terminologies désignant la même activité à savoir le passage par une agence ou une entreprise de travail temporaire. Le travail intérimaire n'existe pas en tant que concept juridique. La loi fait référence au travail temporaire. A l'inverse, dans le langage courant le travail intérimaire (ou intérim) est le plus employé. 2 Ce travail concerne les logiques d'usage de la main-d' œuvre intérimaire locale. Un premier cadrage quantitatif a été réalisé pour la période d'octobre 1996 à décembre 1997 dont nous exposerons ici les principaux résultats. 3 Pour une synthèse de ces recherches, voir Belkacem, 1997 et 1998. 20

Travail intérimaire: zone de Longwy

travail temporaire est présenté comme l'archétype de cette recherche de flexibilité. La seconde est de nature qualitative et signifie que l'ajustement s'opère cette fois entre les caractéristiques professionnelles de la main-d'œuvre employée et la nature de la production. Un des instruments de cette flexibilité est la formation des travailleurs. Ces deux formes de flexibilité peuvent être complémentaires. On peut se demander alors si ce concept de flexibilité est suffisant pour rendre compte des réalités de l'usage de l'intérim par les entreprises. La zone d'emploi de Longwy a offert un terrain d'observation pertinent. Il s'agit d'une zone géographique en reconversion et de surcroît transfrontalière où de nombreuses multinationales étrangères se sont implantées (DAEWOO, PANASONIC, IYC, ALLIED SIGNAL, etc.). Ces implantations se sont opérées dans le cadre d'un programme communautaire de reconversion du territoire instaurant un pôle européen de développement en juillet 1985 et incitant des entreprises à s'y implanter via des aides ou encore des exonérations de charges patronales. Ces entreprises ont importé de nouveaux modèles de gestion de la main-d' œùvre plus flexibles, faisant de l'intérim un usage important. Ces modèles de gestion de la main-d'œuvre constituent une véritable rupture par rapport à la logique paternaliste de fixation des travailleurs héritée du fordisme et qui a prévalu jusqu'à la fin des années soixante-dix dans la sidérurgie. Trois agences d'intérim appartenant à de grands groupes de travail temporaire (YEDIOR-BIS, ADECCO et MANPOWER) opèrent dans le bassin d'emploi de Longwy. Nous centrerons notre propos sur deux dimensions du recours à l'intérim. D'une part, qui sont les entreprises qui recourent le plus intensément à la main d' œuvre intérimaire et pour quelles raisons? Ces pratiques d'appel à l'intérim sont-elles motivées uniquement par des besoins de flexibilité, notamment quantitative? D'autre part, quelles sont les caractéristiques sociodémographiques de la main-d'œuvre intérimaire locale? L'intérêt de ce questionnement réside également dans le fait qu'on ne dispose pas à I'heure actuelle de données quantitatives sur l'intérim par zone d'emploi. Les données existantes concernent surtout l'échelon national via les enquêtes emploi de l'INSEE depuis 1982 ou encore les publications de la DARES à partir des traitements 21

Utinam, revue de sociologie et d'anthropologie

statistiques des relevés mensuels de contrats d'intérim depuis le début des années soixante-dix4. Aussi, cette contribution vise-t-elle à fournir des premiers éléments chiffrés relatifs à la zone d'emploi de Longwy. L'hypothèse que nous formulons est que le travail intérimaire apparaît comme une pratique structurelle dans les politiques de gestion de la main-d'œuvre des entreprises. Pour tester cette hypothèse, nous avons entrepris une exploitation exhaustive des relevés mensuels des contrats d'intérim d'octobre 1996 à décembre 1997, complétée par des entretiens semi-directifs auprès des trois responsables d'agence de travail temporaire. Dans ces relevés figurent des données relatives aux intérimaires (sexe, âge, qualification, numéro de sécurité sociale, durée de la mission et lieu de résidence) et aux entreprises utilisatrices (secteur d'activité et lieu d'implantation). Ce travail s'appuie également sur des résultats d'autres recherches de l'équipe ILSTEF de Longwys.

Les caractéristiques du recours à l'intérim dans la zone d'emploi de Longwy Dans la zone de Longwy, le recours à l'intérim est marqué par un important effet saisonnier. Il est surtout le fait d'entreprises industriellespour une main d' œuvre relativementtypée.
Un effet saisonnier très marqué Le graphique 1. illustre cet aspect du travail intérimaire. Les courbes de contrats mensuels conclus au cours du mois et en cours au dernier jour ouvré du mois, très accidentées, indiquent des périodes de recours intense à l'intérim comme les mois de novembre, avril et juillet, et des moments de faible appel aux agences locales d'intérim, les mois de décembre, et août notamment. Les trois mois de l'été caractérisent à la fois des moments de haute (le mois de juillet) et de basse (le mois d'août) conjoncture pour l'intérim. Au mois de juillet, 1056 contrats ont été conclus. Il s'agit surtout de remplacements de personnes
4 Effectivement, une disposition de la loi de 1972 impose aux entreprises de travail temporaire de rendre compte mensuellement de leur activité. SNotamment la contribution de l'équipe ILSTEF de Longwy à la recherche: Construction territoriale et dynamiques productives, Zimmermann J.B. (sId) (1998), 261p. 22

Travail intérimaire: zone de Longwy

permanentes par des intérimaires en période de vacances. L'intérim remplit alors l'une de ses principales fonctions définies par le législateur à savoir le remplacement temporaire de personnel absent. A l'inverse le mois d'août constitue une période traditionnelle de fermeture de beaucoup d'entreprises notamment les PME-PMI expliquant du même coup la chute de moitié du recours au travail intérimaire. Graphique 1 : Nombres de contrats de travail temporaire conclus dans le mois et nombres de contrats en cours au dernier jour ouvré du mois d'octobre 1996 à décembre 1997 1200 1000 800 600 400 200

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Source: Exploitation des relevés d'intérim Essentiellement des utilisateurs du secteur industriel Si l'effet de saisonnalité marque fortement le recours au travail intérimaire, il caractérise dans une moindre mesure le nombre d'utilisateurs. C'est donc le nombre de missions qui varie d'un mois à l'autre. Ceci renforce l'hypothèse selon laquelle le recours au travail temporaire est un élément de plus en plus structurel des politiques de gestion de la main-d'œuvre. Cela nous interroge en 23

Utinam, revue de sociologie et d'anthropologie

même temps sur les raisons du recours à l'intérim. Celles-ci sont multiples. Il peut s'agir d'une simple phase de pré-recrutement, une façon de tester la main-d'œuvre avant l'embauche. C'est l'optique clairement choisie par une des plus grosses entreprises de la zone. Cette entreprise (nommée MF) dispose de deux unités de production produisant respectivement des tubes pour téléviseurs et des fours micro-ondes. Elle s'est implantée à Longwy en 19931994. En 1995, cette firme avait alors chargé une agence locale de travail temporaire du recrutement de la main-d' œuvre. Il peut s'agir également de recours ponctuels à l'intérim pour faire face à des remplacements de personnel permanent absent ou en congé (au mois de juillet par exemple). Le recours à l'intérim peut être aussi motivé par une volonté de contrôle des coûts variables et donc d'ajustement des effectifs au niveau de production. C'est le cas d'entreprises locales du secteur du BTP qui recrutent des intérimaires pour faire face à un accroissement du nombre de chantiers. Sur ces chantiers, le volant de travailleurs intérimaires peut atteindre le tiers des effectifs permanents. L'intérim peut constituer enfin un moyen de faire face à des pénuries ponctuelles de main-d'œuvre qualifiée. C'est le cas d'un grand nombre d'entreprises locales qui ont du mal à stabiliser leur personnel en raison de l' attractivité du Luxembourg pour ses salaires comparativement plus élevés. Ces raisons du recours à l'intérim sont donc nombreuses. Elles peuvent même se combiner. La figure suivante établit la courbe des nombres mensuels d'utilisateurs de travail temporaire dans la zone de Longwy en 1997. Les courbes sont relativement régulières, dans tous les cas moins accidentées que ne l'étaient les courbes de contrats (Cf graphique 1). La tendance est même à la hausse pour les agences 2 et 3 jusqu'en novembre 1997. L'effectif d'utilisateurs de travail temporaire par agence d'intérim varie dans une fourchette de 33 à 42 pour l'agence 1 ; de 29 à 48 pour l'agence 2 et de 27 à 46 pour l'agence 3. Ces éléments chiffrés doivent être considérés avec prudence dans la mesure où une même entreprise peut recourir aux trois opérateurs de travail temporaire dans le même temps. C'est le cas par exemple des plus gros utilisateurs de l'intérim. Ils appartiennent surtout au secteur de l'industrie. Ce sont pour

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