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Moi, Toronto...

De
270 pages

L’auteur dépeint ici la vive amitié qui se noue entre un petit cheval très craintif et une femme d’une cinquantaine d’années.
Comment réussiront-ils à s’aider mutuellement à surmonter les épreuves difficiles de la vie ?
Le récit, tout simple en apparence, démontre avec des exemples concrets, l'influence très profonde que peuvent avoir le respect et la confiance réciproque.


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Couverture

Cover

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-70338-5

 

© Edilivre, 2014

Dédicaces

 

 

A mon Papa

A Alp, mon mari

Tous les noms des personnages n’appartenant pas à la famille de l’auteur et des animaux intervenant dans l’histoire, à l’exception du cheval narrateur,
ont été changés.

Moi, Toronto… Une rencontre qui a changé deux vies

 

 

C’était une leçon de manège comme toutes les autres. Nous étions une dizaine de chevaux sur la piste. Le sable avait été changé, on s’enfonçait un peu plus que d’habitude mais c’était agréable, plus moelleux, moins dur. Nous trottions à la queue leu leu sur la grande piste couverte. C’est un grand espace rectangulaire couvert par un toit en tôle ondulée, avec une porte d’entrée donnant sur la rue et une porte au fond à droite, communiquant avec la piste extérieure. Une large ouverture entre le toit et le mur du fond du manège donne l’aération nécessaire. Parfois, des oiseaux entrent et viennent se poser sur la piste ou un petit chat parcourt silencieusement le mur du fond.

Mais que se passe-t-il ? Tout d’un coup, je trébuche, je tombe, le museau dans le sable… je sens ma cavalière glisser sur mon épaule… je me retrouve couché dans le sable avec ma cavalière à côté de moi… j’espère qu’elle ne s’est pas faite mal… ah voilà, elle relève la tête et me sourit, ouf elle n’est pas blessée !

– Alors, Toronto, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? Tu t’es mêlé les pieds ? C’est le nouveau sable ? me demanda-t-elle.

Au même moment, les autres cavaliers et Pat, le professeur, se sont mis à crier :

– Francine, relève-toi ! Ne reste pas là comme ça ! C’est dangereux de rester ainsi à côté d’un cheval couché ! S’il se lève, il risque de t’écraser !

Francine leur répond :

– Il n’y a pas de problème. Il ne bouge pas. Il a l’air surpris de ce qui lui est arrivé !

Elle me caresse la tête et se relève doucement. Une fois qu’elle est debout, je me relève aussi. Aussitôt Pat essaie de m’attraper… je recule, la tête bien haute, j’ai peur d’être frappé. Francine vient vers moi, je la laisse m’approcher. Elle me caresse doucement et enlève le sable que j’ai sur moi en me disant d’une voix douce :

– Ce n’est rien, Toronto, cela arrive de tomber. Je sais que tu ne l’as pas fait exprès.

Puis elle remonte sur mon dos. Et la leçon continue.

Quelle différence tout de même avec tous ces autres humains… Elle, au moins, elle me comprend !

*
*       *

Quand je suis arrivé au manège, il y a quelques mois, j’avais peur, je ne voulais pas qu’on me touche, qu’on entre dans mon box.

C’est un manège où il y a beaucoup de chevaux, une septantaine, à la fois des chevaux de manège et des chevaux de propriétaires. Les écuries sont d’un côté de la rue, la piste couverte et la piste extérieure sont de l’autre côté.

J’y suis bien traité par ceux qui s’occupent de mon box et de ma nourriture. Il y a beaucoup de passage et d’animation, parce que le manège est fréquenté par de nombreux propriétaires de chevaux mais aussi parce qu’il y a plusieurs cours d’équitation par jour qui attirent un nombre important d’adultes et d’enfants.

Mon premier box donnait sur une allée étroite longée de boxes qui relie la cour d’entrée à une des portes de sortie d’une des écuries couvertes. Puis j’ai été logé dans un autre, au fond de la cour d’entrée. C’est une cour assez vaste. A l’entrée, sur la gauche, il y a une grande maison en brique dont le rez-de-chaussée est occupé par un petit resto-bar qui se prolonge par une petite terrasse, qui comprend quelques tables et chaises, où les habitués du manège viennent boire un verre ou manger entre amis. Sur la droite, il y a la porte d’une sellerie suivie de plusieurs boxes. Après la petite terrasse, la cour s’élargit. Sur la gauche, après la terrasse et séparée de celle-ci par un mur, il y a la douche pour chevaux, puis la fosse à purin puis quelques boxes. Au fond de la cour, il y a encore des boxes. Sur la droite, en face de la fosse à purin, il y a le grenier de rangement pour le foin, la paille, les gros sacs de copeaux et le gros tracteur qui fait tant de bruit. Ensuite, il y a encore quelques boxes, avant un petit couloir étroit qui part sur la droite en face de la douche. Il donne accès à une autre cour mais aussi, avant cette petite cour, sur la gauche et sur la droite, à l’entrée de deux écuries couvertes, comprenant chacune plusieurs boxes.

Enfin, quelques temps plus tard, j’ai été transféré dans un box à l’intérieur d’une des écuries couvertes, où j’étais entouré des autres poneys de manège. La porte d’entrée donne sur un couloir allant en se rétrécissant avec sur la gauche, un endroit de rangement des selles et des tapis, sur la droite quatre boxes, puis dans la partie plus étroite des boxes de chaque côté du couloir. Trois du côté droit et deux du côté gauche. J’étais dans le dernier box sur la droite dans la partie étroite. Depuis, deux autres boxes ont été ajoutés à côté du mien, face à la sellerie qui fait l’angle avec le couloir de l’écurie des chevaux de propriétaires qui débouche sur l’allée extérieure où je me trouvais à mon arrivée au manège.

C’était sympa de ne pas être seul et de voir d’autres chevaux mais c’était un endroit parfois très bruyant avec les enfants qui courent et qui crient, surtout certains jours ou encore pendant les stages d’équitation.

Mon box n’était pas très grand et à deux-trois reprises, lors de très fortes pluies, l’eau a mouillé presque toute la paille. Les deux boxes voisins aussi avaient été inondés. Le bâtiment est quelque peu vétuste et résiste mal à des temps aussi exceptionnels. Heureusement, le propriétaire effectue régulièrement les travaux nécessaires.

Les professeurs et les jeunes adolescent(e)s ont commencé à me monter, je me suis peu à peu habitué. Certains étaient gentils, d’autres moins.

Francine, dès mon arrivée au manège, était venue me voir.

– Bonjour, c’est toi le nouveau petit cheval de manège ? Toronto, c’est ton nom, n’est-ce pas ? m’avait-elle demandé.

Elle avait voulu me caresser mais comme avec tous les autres, j’avais reculé.

– Il ne faut pas avoir peur, Toronto, je veux juste te caresser. Je ne vais pas te faire de mal. C’est vrai, tu ne me connais pas et tu as un peu peur, avait-elle ajouté.

Elle était partie, revenue quelques jours plus tard, et progressivement, comme elle venait me voir chaque fois qu’elle était au manège, je me suis habitué à elle. Je lui ai permis de me caresser l’encolure, puis le museau. J’ai accepté qu’elle entre dans mon box. Elle m’apportait toujours des carottes !

Francine est une femme d’une cinquantaine d’années, mince et de taille moyenne. Elle a des cheveux châtains qu’elle rassemble parfois en chignon ou en queue de cheval (amusant comme expression, non ?) et surtout, elle a des yeux d’un bleu foncé profond. Elle sourit souvent quand elle vient me voir et me parle toujours doucement.

Quelques mois après mon arrivée au manège, elle est venue dans mon box pour me seller. Elle allait me monter !

– Bonjour Toronto, me dit-elle, comment vas-tu aujourd’hui ? Pat m’a permis de te monter. Je suis contente et j’espère que cela va aller car je ne suis pas une cavalière confirmée !

Elle m’a brossé mais quand elle a voulu prendre mon pied pour le curer, j’ai refusé. Sur trois jambes, je suis vulnérable, donc je ne me laisse pas faire si je n’ai pas confiance. Elle m’a sellé et bridé et nous sommes partis vers le manège.

Tout s’est très bien passé pendant la leçon. J’ai fait bien attention et j’ai fait tout ce qui m’a été demandé. Elle était contente.

– Merci Toronto, c’était très agréable de te monter, me dit-elle, après la leçon en me caressant gentiment et en me tendant une carotte.

Elle allait me monter régulièrement à partir de ce moment-là.

La première chose qu’elle fait en arrivant, c’est de me donner une carotte, me demander comment je vais puis me brosser et me curer les sabots.

Ensuite, elle met mon tapis de selle et l’amortisseur, ma selle et mon bridon et nous partons vers le manège pour la leçon.

Il m’a fallu un certain temps pour accepter qu’elle cure mes sabots, ou qu’elle caresse mes oreilles (ce que je ne tolère toujours de presque personne d’autre, d’ailleurs) mais quand je me suis rendu compte qu’elle ne me faisait jamais de mal, je l’ai accepté.

Au début, me monter n’a pas toujours été facile pour Francine.

Une fois, nous étions huit chevaux, trottant sur la piste, suivant les instructions de Pat, faisant des figures de manège : des diagonales, des doublés, des voltes, etc.

Lors des leçons, il y a toujours quelques personnes qui viennent regarder. Elles se mettent à la porte d’entrée, dans l’espace rectangulaire assez large entre la porte et la piste, comme un petit hall d’entrée. Ou bien, elles montent par l’escalier qui se trouve sur la droite en entrant et regardent le cours depuis un petit balcon qui surplombe la piste juste au-dessus du hall d’entrée.

Tout allait bien, je trottais bien sagement, suivant mes copains, quand tout d’un coup en passant devant la porte, j’entends un drôle de bruit : « Critch critch critch critch ».

C’est quoi ça ? Hop, je fais un brusque bond vers l’intérieur du manège pour m’éloigner au plus vite de ce bruit inquiétant.

J’entends la voix paniquée de Francine :

– Qu’est-ce que tu fais, Toronto ?

Puis un bruit sourd et je me retrouve seul au milieu du manège. Francine est par terre à quelques mètres de moi. Je la regarde, étonné.

Elle se relève et vient vers moi avec Pat.

– De quoi as-tu eu peur, Toronto ? me demanda Francine.

– Il a dû avoir peur du bruit d’emballage de chips, dit Pat qui se retourne vers les spectateurs et ajoute :

– J’ai déjà demandé plusieurs fois que les personnes qui regardent la leçon ne fassent pas de bruit. Sinon, vous voyez le résultat ! Il suffit qu’un cheval prenne peur pour qu’il y ait une chute. C’est un cours de débutants.

– Tu ne t’es pas faite mal, Francine ? demanda Pat.

– Non, non, plus de peur que de mal. Je n’avais encore jamais expérimenté un écart, voilà qui est fait, répondit Francine en souriant !

– Allez, Toronto, c’est reparti. S’il te plaît, préviens avant de bondir comme ça sur le côté ! ajouta-t-elle en riant et en tapotant mon encolure.

Lors d’une autre leçon, autre frayeur.

Cette fois, l’exercice consistait à partir au galop chacun à son tour dans un des quatre coins de la piste au signal de Pat, pendant que les autres chevaux continuaient à marcher sur la piste.

C’est mon tour ! Je me lance au galop dans le coin, passe devant le « hall d’entrée » et entame la longueur de la piste quand tout d’un coup, j’entends des bruits de pas précipités derrière moi.

Au secours, on me poursuit ! Je quitte brusquement la piste et fonce au triple galop vers le centre du manège !

Je sens Francine glisser de mon dos et j’entends la voix de Pat :

Ooooh Oooh, doucement, Toronto. Elle se dirige lentement vers moi. Je m’arrête. Francine est par terre mais se relève déjà.

Pat dit au gamin responsable du bruit :

– Combien de fois dois-je te dire de ne pas courir dans les escaliers pendant une leçon d’équitation ? Cela effraie les chevaux !

– Mais, répondit le gamin, j’avais oublié ma cravache et mes gants sur le banc au balcon, je venais vite les chercher ! Maman m’attend dans la voiture.

– Ce n’est pas une raison pour courir, dit Pat sévèrement. File maintenant que tu as récupéré tes affaires et la prochaine fois, je ne veux plus te voir courir, c’est compris ?

– Oui, murmura le petit garçon en sortant du manège.

– Quel démarrage, Toronto ! Je ne suis pas habituée à faire cela ! me dit Francine.

– Une expérience de plus, dit Pat. Il t’en apprend des choses, Toronto, n’est-ce pas ? C’est différent des chevaux de manège qui sont là depuis longtemps, connaissent leur métier par cœur et n’ont plus peur de rien ! Lui aussi, il doit encore apprendre. L’essentiel, c’est que tu ne te sois pas blessée.

Pat aida Francine à remonter en selle et la leçon put continuer.

Ce qui m’effraie aussi particulièrement, c’est le bruit de la cravache. Francine en a une mais elle ne l’utilise pas.

Lors d’un cours sur la piste extérieure, nous devions tous partir au trot. Je suis donc parti au trot gentiment, suivant le cheval qui me précédait quand tout à coup, j’entends siffler une cravache puis j’entends son claquement.

J’ai fait un bond sur le côté pour m’éloigner craignant de recevoir un coup. Cette fois-ci, Francine a pu rester sur mon dos.

– Toronto, me dit-elle, ce n’est pas moi qui ai utilisé la cravache, c’est le cavalier qui nous suivait, son cheval ne voulait pas passer au trot apparemment.

Oui, mais le bruit était si proche que j’ai cru que j’allais être frappé !

– Allez, on se calme et on reprend notre place dans la file, d’accord ? me demanda Francine.

Pat dit au cavalier qui avait utilisé sa cravache :

– C’est vrai que ton cheval ne voulait pas partir au trot mais donner un petit coup de cravache suffit amplement. Il ne faut pas faire claquer la cravache comme cela si violemment, ce n’est vraiment pas nécessaire.

Malgré ses chutes, Francine est toujours venue près de moi et ne m’en a jamais voulu. Elle sait que je ne le fais pas exprès, que si je réagis brusquement, c’est parce que j’ai vraiment peur. Elle sait aussi qu’elle a encore beaucoup de choses à apprendre pour devenir une cavalière confirmée.

Elle m’a monté de plus en plus… on s’est habitué l’un à l’autre progressivement. Au fur et à mesure des leçons, elle a perfectionné sa technique sur les conseils de Pat et a aussi petit à petit pu anticiper mes réactions. Moi, je suis devenu un peu moins peureux et donc, j’ai fait moins d’écarts ou de départs soudains au galop.

Je ne vous ai pas encore dit, mais je suis un petit cheval bai. J’ai un beau pelage brun – roux épais, qui prend la couleur des feuilles d’automne au soleil en été. Le bas de mes jambes est noir, comme le contour de mes oreilles. J’ai une longue crinière et une longue queue noires bien fournies.

*
*       *

Un jour, à son arrivée, Francine semblait très heureuse, plus que d’habitude.

– Bonjour Toronto, comment vas-tu aujourd’hui ? me demanda-t-elle. Tu sais, je t’ai acheté, tu es mon cheval à présent. Tu n’es plus un cheval de manège. Tu ne seras plus monté par des dizaines de personnes différentes. Il n’y aura plus que moi qui prendrai soin de toi ! Tu es content ?

Content ? Oui, sans doute… j’aime bien Francine mais ma vie allait-elle vraiment changer ?

C’était en décembre, il faisait froid.

Ce jour-là, elle ne m’a pas monté, elle m’a mis un licol et une couverture en polar beige sur le dos.

– Viens Toronto, me dit-elle, nous allons nous promener tous les deux !

Nous promener ? Sans selle ? Sans bridon ?

Elle m’a emmené faire une promenade à pied, côte à côte, dans les environs du manège… je n’avais jamais fait cela ! D’habitude, on me met le licol pour m’emmener d’un endroit à l’autre des écuries, pas pour aller me promener !

Nous sommes partis sur la rue qui longe le manège. C’est une rue qui n’est pas très large, bordée par des maisons et leurs jardins, ou par d’autres manèges. A quelques cinq cents mètres, nous avons pris une petite rue sans issue sur la droite, c’est un petit quartier résidentiel avec de jolies maisons entourées de grands jardins.

Quand une voiture passait (et il y en a eu très peu), Francine me parlait calmement :

– Attention, Toronto, il y a une voiture, ce n’est rien, il ne faut pas avoir peur.

J’avais déjà été dans la rue, mais c’était lors des promenades avec d’autres chevaux. Ce n’est pas pareil d’être seul.

J’ai marché sagement à côté d’elle. Elle avait l’air ravi !

– Alors, Toronto, cela te change de ne pas m’avoir sur le dos, non ? Cela te plaît de te promener comme cela ?

Si cela me plaît ? C’est très agréable de marcher sans selle, de se promener tout simplement. Elle m’a aussi permis de brouter un peu d’herbe dans un terrain vague. Ce fut une courte promenade, mais cela m’a plu… je me suis demandé si nous allions avoir l’occasion de faire cela de temps en temps.

*
*       *

Quelques jours plus tard, j’ai changé de box, toujours dans la même aile de l’écurie. J’ai été installé dans un des nouveaux boxes ajoutés face à la sellerie. Il était plus grand et de là, j’avais une vue imprenable sur le couloir des poneys sur la gauche, sur la sellerie (dont la porte est presque toujours fermée) et sur le couloir des chevaux de propriétaires, juste devant mon box. Maintenant, il n’y a plus qu’elle qui s’occupe de moi. Elle vient me voir tous les jours. Je me rends compte maintenant que cela fait une différence.

Toutefois, même si mon « statut » avait changé, malheureusement, les enfants qui m’avaient connu comme cheval de manège, continuaient à venir me déranger dans mon box. Cela me rendait parfois très nerveux. Moi, qui avais découvert les secrets d’un traitement privilégié, d’une personne qui me soigne et me câline en douceur, j’avais envie et besoin de cette tranquillité.

Francine m’a trouvé plusieurs fois très excité dans mon box. Elle m’a demandé ce qui s’était passé, si quelqu’un m’avait ennuyé. Je l’ai aussi entendue parler avec d’autres propriétaires qui lui ont dit que les enfants venaient parfois m’importuner.

Elle a compris que cela me gênait et avec l’accord du propriétaire du manège, elle a mis un mot sur la porte de mon box pour demander aux enfants de me laisser en paix. Voici ce qu’elle avait écrit :

« Bonjour les enfants ! Depuis décembre, je ne suis plus un cheval de manège. Ma propriétaire vient s’occuper de moi tous les jours. Alors, ce serait super sympa si vous me laissiez profiter de ma nouvelle vie, sans venir me déranger dans mon box. Merci. Toronto. »

Cela a eu de l’effet. Ouf !… Les enfants ne venaient plus me déranger mais ce n’était qu’un calme relatif car le bruit existait toujours quand ils venaient seller les poneys pour les leçons.

Elle vient chaque jour s’occuper de moi : me brosser, me curer les sabots puis, soit elle me monte dans le manège soit nous partons nous promener ensemble. Elle marche alors à côté de moi.

Je l’ai entendue dire plusieurs fois quand elle me préparait pour sortir du box :

– Tu as une très belle crinière Toronto. A la plupart des autres chevaux, on coupe la crinière, il ne reste qu’un petit bout ridicule. Moi, je préfère ta crinière longue, un peu comme un cheval sauvage. C’est tellement beau de la voir flotter au vent quand on se promène !

– Et puis, je ne veux pas non plus que tu sois rasé en hiver sous prétexte que si tu transpires trop ton poil mettra trop de temps à sécher. Je te préfère avec tes longs poils. C’est comme une fourrure de nounours ! Tu es d’accord ?

Bien sûr que je suis d’accord ! D’abord le bruit de la tondeuse est infernal ! Etre tondu veut dire aussi devoir porter plusieurs couvertures en hiver, ce qui n’est pas pratique du tout pour se bouger (certains de mes compagnons équins en ont trois, c’est incroyable, avec même une sorte de capuchon parfois !). Moi qui aime me coucher dans mon box, une couverture en hiver me suffit amplement. J’aime avoir ma liberté de mouvements. Et puis, avoir une longue crinière et une longue queue, c’est aussi bien mieux car c’est plus efficace pour chasser les mouches en été ! Je suis content qu’elle ait compris tout cela !

*
*       *

Francine participe encore à des cours collectifs d’équitation avec moi pour se perfectionner mais elle me monte aussi en dehors des leçons, ce qui est nettement plus gai que de suivre les autres chevaux.

Parfois, nous avons la chance d’être seuls. Généralement, elle me demande de marcher et de trotter, en faisant des figures de manège puis nous galopons un peu.

Quand il y a d’autres chevaux de propriétaires, c’est un peu moins drôle. En effet, quand c’est une leçon, tous les chevaux suivent ce que le professeur demande de faire mais si ce sont des chevaux de propriétaires, chacun fait ce qu’il veut et c’est parfois assez chaotique ! Il faut être beaucoup plus attentif, tous ne tournent pas dans le même sens, certains marchent d’autres trottent ou galopent sur toute la piste ou en cercle… Parfois, ils sont disciplinés, et cela ne pose pas de problème ; parfois, c’est infernal, on a sans arrêt l’impression qu’on va heurter un autre cheval.

Dans ces conditions-là, surtout s’il y a beaucoup d’autres chevaux, je deviens nerveux et stressé. Francine sent bien ma nervosité et sait qu’à tout moment, je risque de prendre peur et de faire un écart ou de partir au triple galop. Par conséquent, nous évitons le manège quand il y a trop de monde !

Par contre, elle n’ose pas encore partir seule en promenade dans les champs ou en forêt sur mon dos.

*
*       *

Nous avons découvert de nouvelles balades en nous promenant côte à côte dans la campagne. Il y a quelques grands champs et belles prairies pas loin. En fait, c’est dans la rue du manège, sur la gauche à quelques centaines de mètres, il y a un petit sentier qui longe des prairies clôturées, d’un côté et un grand parc boisé de l’autre côté. Un peu plus loin, dans le prolongement des prairies, il y a un grand terrain non clôturé. Je peux y brouter à mon aise. Mais, j’ai dû apprendre à obéir !

– Toronto, tu as assez mangé, on continue, tu trouveras de l’herbe plus loin, me dit-elle parfois.

Mais quand il y a de l’herbe appétissante sous vos pieds comment y renoncer ?

– Toronto, s’il te plaît, je t’ai demandé d’arrêter ! Viens, insiste-t-elle alors.

En tirant cette fois un peu sur la corde :

– Toronto, cela suffit maintenant, tu es trop gourmand. Je t’ai laissé brouter, maintenant, on continue la promenade, ajoute-t-elle.

Et si vraiment je ne me suis pas encore décidé : en tirant plus fort sur la corde et d’un ton plus ferme :

– Toronto, est-ce que je dois me fâcher ? Il faut écouter !

Là, je préfère obéir !

En continuant le sentier, au-delà du grand parc boisé, il y a un très grand champ.

Je ne peux pas manger dans les champs non plus – pas question de vouloir saisir un épi de froment ! Mais je peux manger les pissenlits ou autres herbes en bordure du terrain cultivé.

Et c’est comme cela que j’ai appris. Elle sait que je sais ce que je dois faire, et elle sait aussi que parfois, je n’ai pas envie d’écouter parce que l’herbe est trop tentante. J’apprécie qu’elle soit ferme quand elle me demande quelque chose et je suis content qu’elle ne me punisse pas (elle ne me frappe pas, elle élève juste le ton de la voix mais sans jamais crier). J’aime aussi qu’elle me caresse quand je réponds à ce qu’elle veut.

*
*       *

Autre expérience : la longe !

Francine a aussi appris à me longer… Pat lui a montré comment faire en attachant la longe à mon bridon et en changeant le crochet de côté en fonction du sens dans lequel je dois tourner. Elle lui a dit aussi qu’il valait mieux mettre le bridon parce que j’écouterais mieux ! Avec Pat, il vaut mieux s’exécuter sinon on entend siffler la chambrière – version longue de la cravache que je déteste tout autant !

Mais, moi, je n’aime pas cela, courir en rond au bout d’une corde… À quoi cela sert-il ?

D’après ce que j’ai entendu dire par les autres propriétaires à Francine, c’est bien de me longer et de me forcer à galoper et trotter, cela me fait travailler mais surtout cela permet de me défouler ! C’est ce qu’ils pensent ! Mais qu’ils essaient un peu pour voir ! Cela n’a rien d’amusant de tourner ainsi en rond au bout d’une corde. C’est même plutôt stressant avec cette chambrière menaçante qu’on agite dès que je fais mine de ralentir ou de vouloir m’arrêter.

Avec Francine, je m’arrête souvent ou je reste au pas ou au petit trot avec un air triste. Je veux qu’elle comprenne que je n’aime pas cela.

Une fois, ce fut une véritable catastrophe.

Francine avait décidé de me longer parce que le temps était épouvantable : pluie, vent fort,… donc très peu propice à la promenade.

Nous étions dans le manège intérieur. Il y avait deux autres cavaliers dont les chevaux tournaient sur la piste. Elle me longeait. J’ai marché, trotté et un peu galopé sur des cercles à l’intérieur de la piste pour ne pas gêner les autres chevaux.

D’autres cavaliers sont arrivés, un, deux, trois, quatre,… cela faisait beaucoup de monde ! On ne me laissait plus la place pour courir. Quand Francine a voulu changer la longe de côté, au moment où elle détachait le crochet, un autre cheval est passé derrière moi presqu’en me frôlant ! J’ai eu peur, j’ai sauté en l’air et me suis enfui plus loin. Francine est venue vers moi mais avant qu’elle n’arrive je me suis fait acculer dans un coin de la piste par deux cavaliers criant à Francine :

– Francine n’avance pas comme cela ; tu fais trop de bruit avec ton pantalon imperméable, il va de nouveau s’échapper !

N’importe quoi, franchement ! Je connais le bruit de ce pantalon. Elle le met souvent en promenade quand il pleut !

Francine avait l’air triste. Elle m’a parlé gentiment, sans écouter les deux autres. Elle s’est approchée de moi et a pris doucement mon bridon. Elle a attaché la longe, nous avons marché ensemble quelque peu dans le manège puis nous sommes sortis !

– Toronto, je comprends que tu aies été saisi par ce cheval qui est passé si près de toi. Je ne voulais pas que cela se passe ainsi. Et puis, ce n’est pas sympa ce que les autres cavaliers ont fait, te coincer comme cela contre le mur. Je sais que tu as eu peur. Je comprends cela, tu t’es senti menacé. Mais c’est passé maintenant, me dit-elle.