Mystique et politique

Mystique et politique

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Livres
248 pages

Description

Sayyid Qutb fut condamné à mort en 1966 pour ses écrits politiques. Son commentaire coranique Fi zilâl al-qu'ran, qui comporte six volumes, est le livre de chevet d'un grand nombre de musulmans du monde arabe, militants ou non. L'actualité de ce penseur, dont se réclament les Frères musulmans radicaux, est évidente. Le mérite d'Olivier Carré est de dépasser des interprétations trop rapides, fondées sur quelques déclarations ou actions de «qutbistes», en utilisant une méthode de lecture rigoureuse qui met en lumière les grands thèmes du texte fondamental : l'émancipation coranique véritable des femmes et de la famille, l'intégration de non-musulmans dans la société islamique idéale, le «combat pour Dieu», les biens et la justice sociale, la «socialité» de la société islamique vraie, la notion d'Etat islamique.

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Date de parution 01 janvier 1984
Nombre de lectures 11
EAN13 9782724688382
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Olivier Carré
Mystique et politique
Lecture révolutionnaire du Coran par Sayyid Qutb, Frère musulman radical
1984
Présentation
Sayyid Qutb fut condamné à mort en 1966 pour ses écrits politiques. Son commentaire coranique Fi zilâl al-qu'ran, qui comporte six volumes, est le livre de chevet d'un grand nombre de musulmans du monde arabe, militants ou non. L'actualité de ce penseur, dont se réclament les Frères musulmans radicaux, est évidente. Le mérite d'Olivier Carré est de dépasser des interprétations trop rapides, fondées sur quelques déclarations ou actions de «qutbistes», en utilisant une méthode de lecture rigoureuse qui met en lumière les grands thèmes du texte fondamental : l'émancipation coranique véritable des femmes et de la famille, l'intégration de non-musulmans dans la société islamique idéale, le «combat pour Dieu», les biens et la justice sociale, la «socialité» de la société islamique vraie, la notion d'Etat islamique.
Copyright © Presses de Sciences Po, Paris, 2012. ISBN numérique : 9782724680737 ISBN papier : 9782724604962 Cette œuvre est protégée par le droit d'auteur et strictement réservée à l'usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L'éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
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Table Avant-propos. Les Frères musulmans, Qub et les « qubistes » Introduction. Un texte Chapitre premier . Questions de méthode de lecture du coran selon leilâl 1 - Les autorités : l’orientalisme et les grands commentateurs musulmans 2 - Définition du « fait coranique » 3 - Le milieu mecquois et le milieu médinois 4 - Coran et histoire 5 - Le Coran et les sciences : questions de méthode 6 - Conclusions Chapitre II. Émancipation coranique de la femme et famille musulmane selon leilâl 1 - Femmes bafouées en sociétés d’errance et femmes personnalisées en société coranique selon leilâl 2 - Mariage, état matrimonial et parental 3 - De la fornication et du concubinage 4 - Polygamie, répudiation et héritage 5 - Conclusions : duilâl au Tafsîr du Manâr Chapitre III. Juifs et chrétiens dans la société islamique idéale duilâl 1 - Tolérance et Jizya 2 - L’islamité essentielle du judaïsme et du christianisme 3 - La foncière hostilité juive et chrétienne à l’Islam 4 - Le combat contre les juifs et les chrétiens 5 - Conclusions : du Manâr au Zilâl Chapitre IV. Le combat pour dieu selon leilâl 1 - « Un esprit de combat »
2 - Synthèse qubienne sur la guerre comme épuration et comme mission 3 - Guerriers, butins et prisonniers 4 - Le combat-pour-Dieu du Manâr auilâl Chapitre V. Les biens et la justice sociale islamique du quage ilâl 1 - Les biens dans l’orbe du pacte de Dieu 2 - La propriété 3 - La zakât 4 - L’interdiction du ribâ 5 - Leilâl contre le Manâr ? Chapitre VI. La société islamique, société, sui generis selon le ilâl 1 - Racines et éclosion de « l’umma du milieu » 2 - Les Arabes 3 - Fitna, ruptures et hijra 4 - La société modèle du Coran mecquois puis du Coran médinois 5 - Allégeances 6 - La socialité islamique et ses « classes de foi » 7 - Respect des unités familiales 8 - Esclaves et esclavage 9 - Remarques de conclusion Chapitre VII. L'état islamique de demain selon le « figq dynamique ». revendiqué par leilâl 1 - L’imâm 2 - Le pacte d’allégeance, bayca, mubâyaca 3 - La shûra 4 - Délits et peines 5 - Le « fiqh dynamique » 6 - Bacth islamique 7 - La Jâhiliyya moderne
8 - Laâkimiyya 9 - Réflexions comparatives avec le Tafsîr du Manâr Bibliographie
Avant-propos. Les Frères musulmans, Qub et les « qubistes »
« A nous l’action, à Dieu le succès », disait Hasan al-Bannâ, un jour [1] de mars 1928 à l’en croire , à ses premiers disciples. « Faisons un serment d’obédience à Dieu, par lequel nous serons des soldats du message de l’Islam, message qui contient la vie de notre patrie et la force de la nation musulmane. (...) Notre groupement sera en premier, et foncièrement, une idée, avec toutes ses implications et toutes les actions qui en découlent. Nous sommes des frères au service de l’Islam, nous sommes “les Frères musulmans”. » Voilà l’acte de naissance du mouvement islamiste égyptien, sous le nom de Frères musulmans. Hasan al-Bannâ (1906-1949), d’abord instituteur à Ismaïliya puis au Caire, fonde l’Association des Frères musulmans en 1927 ou 1928 et en fait, à partir de 1935, un mouvement politico-religieux actif. Il est assassiné en février 1949 au Caire. Bannâ excella à jouer tour à tour les cartes utiles pour son mouvement. Le louvoiement des Frères a favorisé la tendance continuelle, sous la monarchie à protection anglaise aussi bien que sous Nasser, à leur attribuer, à un certain moment, tous les actes de violence, quand, après avoir utilisé les Frères, on voulait s’en débarrasser comme d’échafaudages devenus encombrants. Ainsi firent, tour à tour, le roi Farouk (avec ses protecteurs politiques et religieux) de 1936 à 1941, la légation britannique de 1942 à 1946, les Officiers libres jusqu’en juillet 1952, Nasser jusqu’en octobre 1954 (Sadate, à son tour, fera de même, de 1971 à 1980). Voyons brièvement comment, à travers leurs louvoiements dans ces deux périodes, les Frères musulmans progressent et, à la fois, sont marginalisés ou réprimés. L’organisation va avec la progression, et l’une et l’autre avec l’action politique et sociale. L’année 1929 compte 4 sections ; 1932 en
compte déjà 15. Le journal des Frères, en 1938, donne le nombre de 300 sections à travers l’Égypte. Cette croissance rapide est l’effet de la montée de Bannâ au Caire en septembre 1932 et, dès lors, de son orientation nette vers l’action politique en Égypte, puis également en Palestine. Il affermit son pouvoir sur les Frères, à l’occasion du congrès de 1935 qui fixe très précisément l’organisation et les tâches du mouvement après la légère crise intérieure de 1932. Une fraction, en effet, refusa de se plonger dans l’action politique. Sur sa gauche, Bannâ rompt ensuite avec une fraction activiste au fameux congrès de janvier 1939. En 1940, il y a 400 sections, malgré ces deux sécessions. En 1948, après la guerre de Palestine et les louvoiements politiques, à l’intérieur, entre le Palais et le Parlement, entre les pro-Allemands et les pro-Alliés, entre le grand parti Wafd et les petits partis ou les groupes clandestins, on compte 2 000 sections. Chaque section compte de 50 à 200 membres. En 1945, Bannâ, interrogé pour enquête, déclare au tribunal que son mouvement compte un demi-million de membresactifs.1946, on parle d’un En total de un million en Égypte, et un demi-million hors d’Égypte, en Syrie, Palestine et Transjordanie. En 1948-1949, certains avancent le [2] chiffre, considérable, de 2 millions au total . Si l’on pense au nombre, peut-être aussi grand, de sympathisants et de donateurs, on comprendra l’envie qu’ils excitaient auprès des militants du Wafd et d’un groupe comme celui des futurs Officiers libres en gestation dès l’année 1936 à l’Académie militaire gratuite fraîchement créée, parmi lesquels Nasser et Sadate. En comparaison avec ce chiffre élargi qui oscillerait entre 2 et davantage, pensons simplement que le parti unique « de masse » de »Nasser au sommet de sa dictature en 1965 comptera 5 millions d’adhérents, pour une population totale du pays presque doublée ! On ne soulignera jamais assez que tout ce qui est en gestation en Égypte à partir des années 40 est obligatoirement marqué par les Frères musulmans. Les années 1946-1948 représentent le premier apogée des Frères musulmans. Leur importance croissante amène les gouvernements forts et policiers de Nuqrâshi et Sidqi (du parti Sacdiste, sécession du Wafd) à les surveiller de près, au moment où, tactiquement, ils se rapprochent à la fois des communistes égyptiens (en 1948) et du Wafd aile droite de Fuad Sarag Eddine. Nuqrâshi est assassiné, fin 1948, par un jeune membre incontrôlé de l’Association des Frères.
En février 1949, Bannâ lui-même tombe sous les balles, selon toute vraisemblance, d’agents de la police du pouvoir, juste après le décret de dissolution des Frères le 6 décembre 1948. C’est que, au cours des années 40, Bannâ exigeait du roi « de dissoudre les partis existant pour les fondre tous dans une Union populaire qui travaillera pour le bien de la nation en conformité avec les principes de l’Islam ». Et il prodiguait ses conseils et son aide aux futurs Officiers libres, dès 1941. L’Union populaire islamique au-delà des partis devait-elle, dans l’idée de Bannâ, coïncider avec l’Association des Frères musulmans ? Non pas. Bannâ n’imaginait pas que chaque militant de ce quasi-parti de masse suivît les trois degrés d’intégration réglés par lui : Frère assistant, Frère affilié, Frère actif. Les Frères devaient rester une avant-garde formée, convaincue et disciplinée, sans défaillance, combattante même. Car, au Ve congrès, en 1939, Bannâ parle d’un quatrième degré, celui des Frères combattants. Et c’est à ces derniers seulement, pas aux membres ordinaires, qu’il adresse, en 1943, sa « Lettre des enseignements ». A cette date, les Scouts Frères musulmans — animés par un comité de l’entraînement physique — servent sûrement de réserve pour le recrutement des unités armées de la Phalange pour la Palestine et de ce qu’on appellera l’Organisation secrète. Entraînés et équipés dans des « camps » par des officiers ou anciens officiers de l’armée royale depuis la participation de Frères militaires ou volontaires à la révolte palestinienne de 1936-1939, ces scouts militarisés atteindraient en 1943 les 20 000 et en 1948 (au cours de la guerre israélo-arabe) les 40 000, dont un millier effectivement en armes. On comprend l’importance pour le pouvoir et pour l’opinion égyptienne des prises de position, théoriquement agressives, mais toujours pratiquement temporisatrices, de Bannâ en 1939, 1943, puis 1948. Le réglement de 1945 ne parle finalement plus que de deux stages : membres postulants et membres actifs, ceux-ci incluant éventuellement l’élite combattante des milices armées. Sadate, collègue de Nasser depuis l’Académie militaire en 1936, fait connaissance avec Bannâ en 1940. Incarcéré en 1941 pour intelligence avec l’Axe, Sadate s’évade en 1944 et recourt aussitôt à Bannâ, et, dit-il, « fournitures d’armes et entraînement se font en commun ». Bannâ et Nasser entrent en contact en 1944, par