Mythes et légendes des indiens navajos

Mythes et légendes des indiens navajos

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La mythologie navajo est peuplée de créatures animales ou humaines qui changent de nature au gré des circonstances, où le naturel et surnaturel n'ont pas de limites bien définies. Leurs aventures expliquent comment le monde dans lequel nous vivions a été créé et pourquoi il est tel qu'il est. Ces histoires sont transmises oralement, donc varient au fil du temps et selon les narrateurs.

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Ajouté le 01 juin 2013
Nombre de lectures 9
EAN13 9782336667034
Langue Français
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Marie-Claude Feltes-Strigler
Mythes et légendes des Indiens navajos
La mythologie navajo est peuplée de créatures, animales ou humaines,
qui changent de nature au gré des circonstances, où le naturel et le
surnaturel n’ont pas de limites bien défi nies.
Leurs aventures expliquent comment le monde dans lequel nous
vivons a été créé et pourquoi il est tel qu’il est. Elles en t rent parfois
des leçons et ont valeur éducat ve.
L’un des personnages les plus présents est le Coyote, imprévisible car
il est malin et maladroit, parfois bien intent onné tout en se mêlant de
ce qui ne le regarde pas.
Ces histoires sont transmises oralement puisque les Navajos n’avaient
pas d’écriture ; elles peuvent donc varier au fi l du temps et selon les
narrateurs. Les nuits d’hiver étaient propices aux histoires racontées
autour du foyer dans le hogan. La saison commençait après les
premières gelées, lorsque les araignées, les lézards et les serpents
entraient en hivernat on.
Marie-Claude Feltes-Strigler est maître de conférences honoraire. Elle
est l’auteur d’une Histoire des Indiens des États-Unis (L’Harmat an,
2007) et de plusieurs ouvrages sur les Navajos ; elle fait régulièrement
des séjours dans leurs réserves, en Arizona et au Nouveau-Mexique, au
cours desquels elle a recueilli ces mythes et ces légendes. Mythes et légendes
des Indiens navajos
Dessins de Marie-Claude Feltes-Strigler
Photo de couverture : Marie-Claude Feltes-Strigler.
ISBN : 978-2-343-00942-1
18 €
Marie-Claude Feltes-Strigler
Mythes et légendes des Indiens navajos








Mythes et légendes
des Indiens navajos




Marie-Claude Feltes-Strigler











Mythes et légendes
des Indiens navajos









































































Du même auteur


La nation navajo – Tradition et développement
L'Harmattan, 2000

La médecine navajo
Indigène éditions, 2001

Parlons navajo – Mythes, langue et culture
L'Harmattan, 2002

Christian Gros et Marie-Claude Strigler (dir.)
Être Indien dans les Amériques – Spoliations et résistance
Mobilisations ethniques et politiques du multiculturalisme
Éditions de l'Institut des Amériques, 2006

Histoire des Indiens des États-Unis – L'autre Far West
L'Harmattan, 2007

Moi, Sam Begay - homme–médecine navajo
Indiens de tous pays – Nuage rouge, 2010










































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00942-1
EAN : 9782343009421

Introduction

Les histoires navajos sont faites de traditions orales, de la
mémoire collective d’événements passés et d’une
connaissance intime d’un environnement.
Les histoires transmises oralement (les Navajos n’avaient
pas d’écriture) expriment le savoir d’une communauté
indienne, parfois même seulement d’une famille et, si elles
ne correspondent pas à des « faits historiques », elle n’en
sont pas moins une source précieuse d’informations sur le
passé et sur une culture.
Le savoir des Amérindiens ne répond pas à des catégories
comme la religion, la philosophie, la psychologie ou
l’histoire. Il exprime plutôt des relations particulières avec
l’environnement et avec l’univers.
Dans les mythes, le terme même de « personne » peut
s’appliquer à des hommes, des rochers, des rivières, des
animaux et à une multitude d’êtres physiques et spirituels
qui sont tous interdépendants et ont des modes
d’interaction complexes.
Les récits qui figurent dans ce livre relatent soit des
épisodes de la Création du monde et du cosmos, soit des
aventures de Coyote. Ils ne peuvent pas être comparés à
des contes de Perrault. Ce sont plutôt des épisodes de
longues sagas qui étaient racontées pendant des heures
autour d’un feu dans le hogan. Elles transmettent un
message moral, racontent des aventures fabuleuses tout en
expliquant pourquoi le monde est comme il est. Enfin,
dans la mesure où les récits sont racontés oralement,
chaque narrateur a sa propre version. On trouvera donc
parfois des versions voisines d’un même épisode. L’une
des beautés des traditions indiennes est qu’elles ne sont
7 pas figées ; elles s’adaptent aux lieux et aux conditions du
moment.

Les histoires des origines évoquent la terre et le ciel et
attribuent aux hommes leur place dans le monde. Le
monde des Navajos n’a pas été créé à partir du néant. Les
hommes sont mis en relation avec un environnement avec
lequel ils doivent vivre en harmonie et qu’il est de leur
devoir de protéger.
La majorité des histoires mettent en scène des héros
humains ou animaux de la mythologie, qui vivent
aventures et mésaventures. Parmi les héros animaux,
Coyote occupe une place privilégiée ; il est peut-être le
plus versatile et ambigu de tous les personnages, à la fois
joueur, imitateur, menteur, immoral, sorcier, sauveur et
déité.
Les aventures de Coyote ont une valeur éducative : son
excès d’ambition l’entraîne en général à sa perte.
En ce qui concerne Coyote aussi, chaque narrateur a sa
version, qu’il oriente selon le moment, son auditoire et le
message qu’il veut transmettre.
Ainsi, les histoires imprimées dans cet ouvrage ne peuvent
pas prétendre être la version authentique. Elles ont été
recueillies lors de fréquents séjours dans la réserve auprès
d’amis navajos, au cours de soirées où chacun arrivait
avec son histoire, ou à l’occasion d’une cérémonie dont
les rites retracent les exploits ou les mésaventures de héros
mythiques.

8 La Création du monde des Navajos
Découvertes dans l’obscurité
du Premier monde

Au début était le Monde noir, où ne vivaient que les
esprits et les Êtres Sacrés. Il avait quatre coins et,
audessus de ces quatre coins, s’élevaient quatre colonnes de
nuages qui étaient blanc, bleu, jaune et noir.
La colonne de nuages de l’Est s’appelait Aube ; la colonne
du Sud s’appelait Ciel Bleu, celle de l’Ouest était
Crépuscule et celle du Nord Obscurité. Coyote visita ces
colonnes de nuages et modifia successivement sa couleur
pour s’y adapter ; c’est pourquoi, suivant les
circonstances, il se nomme Fils de l’Aube, Fils du Ciel
bleu, Fils du Crépuscule et Fils de l’Obscurité.
Le Premier monde était de petite taille et ressemblait
beaucoup à une île flottant sur un océan de brume. C’est à
l’Est, là où le nuage blanc et le nuage noir se rejoignent,
que Premier Homme fut créé. Avec lui fut créé le maïs
blanc, de forme parfaite, dont les épis sont entièrement
couverts de grains serrés et réguliers.
L’homme n’avait pas alors l’apparence que nous lui
connaissons aujourd’hui, et les créatures qui habitaient le
Premier monde étaient des « créatures de brume » ; elles
n’avaient pas de formes particulières et allaient changer
dans les mondes suivants jusqu’à devenir les êtres vivants
de notre monde. Il n’existait pas grand chose en ce
tempslà, mais le Peuple des Insectes avait développé un certain
mode de vie parce que les insectes avaient compris
l’importance de faire des projets et de les mener à bien
avec l’accord de tous.
9 Sur la partie ouest du Premier monde, on pouvait voir le
nuage bleu et, à côté, le nuage jaune. C’est à leur point de
rencontre que fut formée Première Femme. Avec elle fut
créé un épi de maïs jaune parfait, ainsi qu’un coquillage
blanc et une turquoise.
Premier Homme se tenait à l’est du Premier monde. Il
représentait l’aube et était le donneur de vie. Première
Femme était à l’opposé, à l’ouest ; elle représentait
l’obscurité et la mort.
Pour avoir du feu, Premier Homme fit brûler un cristal. Le
cristal appartenait à la partie mâle du monde et était le
symbole de l’esprit et de la clairvoyance. Lorsque Premier
Homme fit brûler le cristal, il marqua l’éveil de l’esprit.
Première Femme fit brûler sa turquoise. Comme chacun
aperçut dans l’obscurité la lumière émise par l’autre, il
comprirent qu’ils n’étaient pas seuls dans ce monde et ils
commencèrent à se chercher. Par trois fois, ce fut en pure
perte. Ils réussirent lors de leur quatrième tentative.
Première Femme constata que Premier Homme avait un
cristal qui produisait un feu plus brillant que le sien.
Aussi, lorsque Premier Homme lui proposa de venir vivre
avec lui, elle accepta sans problème. De nombreuses
espèces d’insectes habitaient le Premier monde, y compris
des araignées, des fourmis, des guêpes et des
chauvesouris. Elles ne s’entendaient pas entre elles et se battaient
sans cesse. Il fut donc décidé qu’il valait mieux
abandonner ce monde peu hospitalier.

Court séjour dans le Deuxième monde
Laissant derrière elles les guerres du Premier monde, les
créatures grimpèrent jusqu’au Deuxième monde, le Monde
Bleu. Ils y trouvèrent d’autres êtres qui y vivaient déjà, les
10 rouges-gorges bleus, les faucons bleus, les geais bleus, les
hérons bleus et toutes sortes d’êtres ailés bleus.
Le Deuxième monde était également habité par des
insectes plus gros, comme les sauterelles et les criquets.
Avant de quitter le Premier monde, Premier Homme avait
ramassé quatre colonnes de lumière et en avait fait quatre
boules qu’il avait apportées dans le Deuxième monde.
Avec l’aide du ver du tabac qui souffla de la fumée sur les
quatre boules, elles se déroulèrent pour redevenir quatre
colonnes de lumière. Ce monde était formé d’un grand
nombre de pièces, que parcoururent Premier Homme et
ses compagnons. Dans l’une de ces pièces vivaient des
loups, des chats sauvages, des renards, des pumas et des
blaireaux. Ils vivaient tous dans des maisons séparées,
réparties aux quatre points cardinaux.
Premier Homme tua certains des animaux qui ne cessaient
de se battre, puis il leur rendit la vie parce les animaux lui
avaient donné des chants et des prières magiques. Après
cela, Premier Homme ôta son armure et se reposa. Quant à
Coyote, il continua ses investigations, explorant chacune
des quatre directions.
Partout, il ne vit que chagrins et souffrances. Les créatures
supplièrent de pouvoir quitter le Deuxième monde.
Premier Homme fuma et souffla la fumée dans les quatre
directions. C’est ainsi qu’il enleva aux insectes qui
peuplaient le Premier monde le pouvoir de faire le mal.
Puis Premier Homme et ses compagnons se préparèrent à
quitter le Deuxième monde. Tout d’abord, Premier
Homme installa un éclair en zigzag vers l’est ; ensuite un
éclair rectiligne vers le sud, puis un arc-en-ciel vers
l’ouest et enfin, un rayon de soleil. Tous ces éléments
restaient immobiles. Alors il les déplaça vers le sud, vers
l’ouest et en dernier vers le nord. Chaque fois qu’il les
changeait de place, il provoquait une petite réaction. Mais
ce n’était pas suffisant pour accéder au Troisième monde.
11 Alors il fabriqua une baguette de jais, une de turquoise,
une d’abalone et une quatrième de coquillage blanc. Sur
chaque baguette il inscrivit quatre empreintes de pas pour
que les créatures puissent s’y tenir et être transportées
jusqu’au monde suivant.

Des eaux furieuses obligent
à quitter le Troisième monde
Comme le Deuxième monde ne leur convenait pas, les
créatures grimpèrent jusqu’au Troisième monde, le Monde
Jaune, par une ouverture au sud. Le rouge-gorge bleu fut
le premier à l’atteindre. Après lui vinrent Premier Homme,
Première Femme, Coyote et l’un des insectes. Puis tous les
autres suivirent.
Une grande rivière traversait ce monde du nord au sud ;
c’était la rivière mâle. Une autre rivière coulait d’est en
ouest ; c’était la rivière femelle. Il y avait six montagnes
dans le Monde Jaune. À l’est, la montagne de l’aube ou
coquillage blanc ; au sud la montagne de turquoise ; à
l’ouest la montagne d’abalone ; au nord la montagne
d’obsidienne ou de jais noir. Au centre se dressait la
montagne des roches noires et un peu plus à l’est,
Gobernador Knob, la montagne des pierres précieuses.
Dans le Monde Jaune, le soleil n’existait pas. Y vivaient
des écureuils, des renards, des cerfs, des félins, des lézards
et des serpents (des animaux et des reptiles qui vivent la
nuit). Toutes ces créatures étaient plus ou moins
semblables, car elles n’avaient pas de formes définies.
Premier Homme avait une bourse dans laquelle il gardait
divers objets. Un jour, alors qu’il fouillait dans sa bourse,
un morceau de coquillage en tomba et, en rebondissant, il
se brisa. Coyote demanda immédiatement à Premier
Homme de lui en donner un petit morceau. Premier
12 Homme commença par refuser mais, devant l’insistance
de Coyote, il finit par lui céder.
Coyote emporta le morceau de coquillage blanc au bord de
la rivière, là où l’eau tourbillonnait. À cause du coquillage
blanc, l’eau de la rivière monta et redescendit plusieurs
fois. La quatrième fois que l’eau descendit, Coyote
aperçut au fond l’enfant de Monstre de l’Eau. Il s’empara
du bébé et le cacha sous son manteau.
Peu de temps après, la pluie commença à tomber. Ce fut
un véritable déluge. Lorsque les cerfs et divers oiseaux
prévinrent Premier Homme, celui-ci demanda à toutes les
créatures de se rassembler. Il se rendit sur chacune des six
montagnes sacrées, sur lesquelles il préleva un peu de
terre. L’eau continuait à monter. Aussi les créatures
grimpaient de plus en plus haut sur les montagnes pour
essayer de se mettre en sécurité.
Premier Homme planta un cèdre, dans l’espoir qu’il
atteindrait le ciel et permettrait à tous d’accéder au monde
suivant en toute sécurité. Mais l’arbre était trop court.
Alors il planta un pin ; il n’était toujours pas assez haut. Il
planta ensuite un roseau mâle qui ne réussit pas davantage
à atteindre le ciel. Dans une quatrième tentative, il planta
un roseau femelle, qui poussa jusqu’au ciel.
Les créatures se précipitèrent à l’intérieur du roseau
femelle et débouchèrent dans le Quatrième monde. La
dinde fut le dernier animal à sortir du roseau. L’écume
blanche provoquée par les eaux furieuses trempa le bout
de sa queue. C’est pourquoi encore aujourd’hui les plumes
de la queue des dindes sont un peu blanches.
Alors qu’ils arrivaient dans le Quatrième monde, ils
remarquèrent que Coyote cachait quelque chose. Ils le
fouillèrent et découvrirent sous son manteau l’enfant de
Monstre de l’Eau. Ils comprirent que le déluge était
provoqué par la colère de Monstre de l’Eau à qui on avait
pris son enfant. Les créatures demandèrent à Coyote de
13 rapporter l’enfant jusque dans l’eau et c’est ce qu’il fit.
Monstre de l’Eau sortit la tête de la rivière pour recevoir
son enfant et accepta une offrande. Les créatures placèrent
entre ses cornes une corbeille de coquillage blanc.
Immédiatement, les eaux se retirèrent et la rivière retrouva
son lit.

L’émergence dans le Quatrième monde
fonde le peuple Diné
La sauterelle fut la première créature à pénétrer dans le
Quatrième monde. Lorsqu’elle sortit, sa première réaction
fut la peur, car elle ne voyait que de l’eau de toutes parts
ainsi que de nombreux monstres. L’un d’eux lui demanda
d’où elle venait. La sauterelle lui répondit qu’elle venait
d’un monde situé en dessous de ce monde brillant. Elle
ajouta que d’autres créatures la rejoindraient pour s’y
installer.
Le monstre la prévint que personne ne pourrait venir vivre
là, à moins que la sauterelle ne réussisse à surmonter
certaines épreuves ; elle accepta le défi.
Pour commencer, le monstre lui demanda de rester
absolument sans bouger pendant quatre jours. Chacun sait
que la sauterelle a une carapace dont elle se débarrasse
lorsqu’elle mue. Aussi sortit-elle de sa carapace qu’elle
disposa pour faire croire qu’elle était toujours à la même
place. Pendant ce temps, elle se fraya un chemin de retour
vers le Troisième monde et raconta aux autres ce qu’elle
avait vu. Puis la sauterelle remonta dans le Quatrième
monde avant la fin du quatrième jour.
Ensuite le monstre se transperça d’une flèche : il
introduisit la flèche dans sa bouche et la fit ressortir de
l’autre côté et la mit au défi de faire de même. Comme elle
s’exécuta avec succès, le monstre décida que tous
14 pouvaient venir vivre dans le Quatrième monde, le monde
où vivent toutes les créatures vivantes aujourd’hui.
Premier Homme et Première Femme formèrent les quatre
principales montagnes sacrées avec la terre qu’ils avaient
apportée du Troisième monde. Lorsqu’ils eurent réuni tout
ce qui allait servir à les décorer, ils entreprirent de leur
assigner une place. Ils se déplacèrent sur un arc-en-ciel
pour planter une montagne à chacun des quatre points
cardinaux.
Chaque montagne était solidement fixée au sol par un
éclair, un couteau de silex, un rayon de soleil et un
arc-enciel.
Dans ce monde brillant, les Êtres sacrés décidèrent qu’ils
voulaient faire du feu, mais ne savaient pas très bien
comment procéder. Après en avoir discuté entre eux, ils
apprirent que quelqu’un avait apporté des silex du
Troisième monde. C’est avec des silex qu’ils firent le
premier feu, utilisant les silex sur quatre variétés de bois,
récoltées aux quatre points cardinaux. Ils construisirent
également la première hutte de sudation, dans laquelle ils
se réunirent pour envisager la construction de leurs
maisons. Ils retournèrent voir les femmes et virent qu’elles
avaient simplement construit des cabanes avec des tiges de
tournesol. Finalement, les Êtres sacrés leur montrèrent
comment construire une maison avec des rondins de bois,
qui devint le premier hogan. Ils continuèrent à organiser
leur société en jetant les bases de la vie que les Navajos
mènent aujourd’hui.

15

La création du monde


Avant le début des temps, seule existait l’Obscurité, avec
le Ciel tout en haut et l’Eau tout en bas. Puis, par quelque
moyen sacré, le Ciel et l’Eau se rejoignirent. Tout flottait
dans un océan de brume.
Avant la Création, tout préexistait sous la forme d’un
nuage gazeux. À l’intérieur de ce nuage habitaient six
créatures et on pouvait entendre l’écho de leurs voix qui
parlaient de la formation de l’univers. Il y avait Premier
Homme, fils de la Nuit et du Ciel bleu là où se couche le
Soleil, Première Femme, Fille de l’Aube et du Ciel jaune
du Crépuscule, le Dieu du Feu, Coyote et Begochiddy ;
Begochiddy, qui était le fils du Soleil, était à la fois
homme et femme, avait les yeux bleus et une chevelure
d’or.
Dans ce Premier monde, il n’y avait ni montagnes, ni
plantes. Aussi Begochiddy se mit-il à en créer. Il créa
quatre montagnes, à l’est il fit une montagne blanche, au
sud il fit une montagne bleue, à l’ouest une montagne
jaune et, au nord, il fit une montagne noire. Au centre du
monde, il fit une montagne rouge. Ensuite il créa les
fourmis rouges et les fourmis noires qui courent en file
indienne sur les troncs d’arbre, les fourmis des bois qui
sont mi-rouges mi-noires, les fourmis jaunes et les fourmis
grises. Il leur donnait des noms et souriait tout en les
faisant.
Sur le flanc est des montagnes, il planta des bambous, sur
le flanc sud, il planta de grands tournesols, sur le flanc
ouest, des roseaux et sur le flanc nord, des petits
tournesols. Après avoir créé toutes ces choses,
Begochiddy leur donna une loi qu’elles devaient respecter.
Il devait y avoir deux lois dans le Deuxième monde, trois
17 lois dans le Troisième monde et quatre lois dans le
Quatrième monde.
Puis Begochiddy modela une créature qui était à la fois
masculine et féminine. Pendant tout ce temps, les fourmis
s’étaient multipliées.
Mais tout n’allait pas pour le mieux dans le Premier
monde. Certains racontent que le Dieu du Feu devint
jaloux du pouvoir de Begochiddy et commença à tout
brûler. D’autres disent simplement que les premières
créatures n’étaient pas heureuses. Quelle qu’en soit la
raison, ils décidèrent de quitter le Premier monde.
Begochiddy dit à Premier Homme de réunir toutes les
plantes et tout ce qu’il avait créé. Premier Homme fit ce
que Begochiddy lui avait demandé ; puis tous allèrent
jusqu’à la montagne rouge que Begochiddy avait créée au
centre du monde.
Begochiddy planta au centre un roseau géant et y fit entrer
tout ce qu’il avait créé et le roseau se mit à pousser,
pousser, jusqu’à atteindre le Deuxième monde.

Le Deuxième monde
Lorsque tous furent sortis du roseau, Begochiddy le retira
comme on retire une échelle, puis il continua ses créations.
Il créa des nuages, des plantes et encore des nuages. Il
planta du coton blanc à l’est, du coton bleu au sud, du
coton jaune à l’ouest et du coton noir au nord. Dans ce
monde, la terre n’était pas assez fertile pour être cultivée.
Begochiddy créa l’abeille, la guêpe et l’hyménoptère. Il fit
des jumeaux et des jumelles, tout en souriant de
contentement.
Puis il insuffla son esprit dans les quatre variétés de coton
qui se transformèrent en nuages des couleurs
correspondantes. Sous les nuages, des plantes apparurent :
18