Mythes et traditions de Maré

Mythes et traditions de Maré

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Maré peuple archaïque, Maré peuple sans Histoire, parce que peuple sans écriture ! Et cependant Maré possède trop d’histoires, serait-on plutôt tenté de dire. Je me rappelle mon découragement, vers 1948-1950, lorsque j’eus l’impression en étudiant les traditions locales de vouloir vider un trou sans fond.


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Ajouté le 01 avril 2014
Nombre de lectures 398
EAN13 9782854300789
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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Mythes et traditions de Maré Nouvelle-Calédonie,Les Eletok
Marie-Joseph Dubois
Éditeur : Société des Océanistes Année d'édition : 1975 Date de mise en ligne : 1 avril 2014 Collection : Publications de la SdO ISBN électronique : 9782854300789
http://books.openedition.org
Édition imprimée ISBN : 9782854300215 Nombre de pages : VIII-346
Référence électronique DUBOIS, Marie-Joseph.Mythes et traditions de Maré : Nouvelle-Calédonie, Les Eletok.Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Société des Océanistes, 1975 (généré le 25 novembre 2014). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782854300789.
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© Société des Océanistes, 1975 Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540
SOMMAIRE
Préface
Instructions Citations bibliographiques Graphie utilisée Noms de clans et de lignages Petit lexique sociologique
Chapitre I. Introduction
Chapitre II. Méthode de travail. Les traditions les symboles
Chapitre III. Synthèses historiques. LesEletok DOCUMENT I. SYNTHESE DE L’HISTOIRE DE MARE par COCOKAT SI TADENG DOCUMENT 2. SYNTHESE DE L’HISTOIRE DE MARE par COCOKAT SI TADENG DOCUMENT 4. WAKON DOCUMENT 5 DOCUMENT 6. TEXTE DU DRIKONA JON LES ORIGINES DE MARE DOCUMENT 7
Chapitre IV. Les Anciens clans I - LES SI RUEEZI II - SI-TITI. WADRAREPHIEN. SI GI et SI PUHAN III - SI TEROL IV - LES 3 VERS : SI TAPEP(A), SI TAHNED, SI GUREWO(E) V - SI WELO, SI GUREWABAO
Chapitre V. L’arrivée des “vraies ignames”. Le cycle deMa I - LE CYCLE DES IGNAMES DE MA 2 - LE CYCLE DE KAZENIR(I) 3 - CYCLE DES WAMIRUR DE MA 4 -“LA PASSE DES GENS DE MA” 5 - LA CIVILISATION DE MA
Chapitre VI. Le cycle deWadrarepiende la RocheWahnahnerec. Si Gai(e). Si Rawa. Serei Koe Tokeni serei Rawa DOCUMENT 38 A et B. SI GI NE SI PUAN WADRAREPIEN DOCUMENT 38 A. SI GI NE SI PUAN DOCUMENT 38 B. WAGELEDA DOCUMENT 40. ZANGEZANGE DOCUMENT 41. ORIGINE DES GRANDES ROCHES DE MARE TITI NO NENGONE DOCUMENT 42. WAHNAHNEREC DOCUMENT 43. SI GAI(E) DOCUMENT 44. TOKENI SEREI RAWA SYNTHÈSE HISTORIQUE ET SOCIOLOGIQUE
Chapitre VII. Le cycle deLo; les Fils du Lezard ;Waeki wawen et Waeki xeroen ; si Rueezi ; si Pecuaen ; si Neye ; si Nekub(u) ; Hna-Kudo-tit(i) ; si Tawai(e)
DOCUMENT 46. LES DEUX SOEURS : HNAXELEN ET HNAMELEON DOCUMENT 47. LO I, récit d’Adélaïs Wapica DOCUMENT 48. LO II DOCUMENT 50. LES FILS DU LEZARD II DOCUMENT 51. LO III, MYTHE DES SI NEYE DOCUMENT 52. LO IV DOCUMENT 53. WAEKI WAWEN NE WAEKI XEROEN I DOCUMENT 54. WAEKI WAWEN NE WAEKI XEROEN II DOCUMENT 55. WAEKI WAWEN NE WAEKI XEROEN III RECONSTRUCTION HISTORIQUE ET SOCIOLOGIQUE
Chapitre VIII. Les grandes chefferiesEletokPolynésiennes de la Côte Est. Cycles dessi Hnadid, dessi Weba, des si Lawacele;Shokaw;Tateb si Thuba
Chapitre IX. Cycles divers I - CYCLE DE WAICA I THI 2 - CYCLE DE GUACECEGOW 3 - CYCLE DE WAHMIRAT 4 - LES SI PULA
Chapitre X.Node ri Kurub(u). L’arrivee duKaze si Xacace ; si Hnathege ; Acakaze I - LES NODE RI KURUB(U) 2 - LES MYTHES CONCERNANT LE KAZE, LES SI XACACE ET LES SI HNATHEGE 3 - RECONSTRUCTION HISTORIQUE ET SOCIALE CONCERNANT L’INTRODUCTION DU KAZE
Chapitre XI. Cycle deWarekaicane si Thatha DOCUMENT 99. WAREKAICANE SI THATHA DOCUMENT 100. JONAS A MARE RECONSTRUCTION HISTORIQUE ET SOCIOLOGIQUE
Chapitre XII. Conclusion M.J. Dubois
Table des Cartes et Photographie
Bibliographie
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Préface
Cette étude est dédiée à tous les indigènes de Maré chez lesquels j’ai vécu vingt-cinq ans, sur une période s’étalant de 1939 à 1967. Ils ont eu gentiment et patiemment à cœur de me faire connaître les traditions des “vieux”. Ils m’ont permis d’accumuler, jour après jour, une quantité d’informations qui ne peuvent s’obtenir qu’avec le temps. Je ne puis ici les citer nommément ; ils sont trop nombreux. Mes remerciements vont aussi à M. Haudricourt pour l’aide apportée au point de vue linguistique ; au R.P. O’Reilly, et surtout à M. le professeur Jean Guiart, sans lequel cette étude n’aurait pas été rédigée. Le sujet est limité auxEletokde Maré que Sarrasin qualifiait de “mystérieux”. Etant donné l’abondance des matériaux, j’ai dû diviser mon sujet. Dans un premier mémoire, rédigé pour l’obtention du titre de Diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, intitulé “Géographie mythique et traditionnelle de Maré”, j’ai présenté à l’état brut l’implantation locale des mythes et des traditions, telle qu’elle se présente sur le terrain, sans préoccupation de synthèse, pour donner une vision du “paysage canaque” suivant l’expression de M. Leenhardt(114),p.239 et 241. Celui-ci en a eu l’intuition, mais il n’a malheureusement pas développé ce thème. Il s’agit maintenant de démêler cette confusion. Cet essai étudie Maré d’après les traditions depuis les origines jusqu’à maintenant, mais uniquement en ce qui concerne les anciennes chefferies. Les chefferies actuelles feront l’objet d’une étude ultérieure.
Instructions
Citations bibliographiques
1Les citations bibliographiques sont faites par le nom de l’auteur suivi d’un numéro entre parenthèses ; puis si besoin est de la numérotation de la page. Le numéro entre parenthèses renvoie au tableau bibliographique comprenant ce numéro de référence, le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage ou de l’article, le nom de l’éditeur ou de la revue, la date de la parution.
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Graphie utilisée
La graphie du lifou est celle utilisée dans cette île, cf. Lenormand(126), p. 33, note 1 et(127), p. 15-18 ; J. Guiart(86), p. 681-682 ;(124), le dictionnaire de Lifou dactylographié rédigé par M. Lenormand ; D.T. Tryon(191)et(192). Pour la graphie des termes néo-calédoniens j’ai utilisé la graphie de M.J. Guiart(86), p. 681-682, et parfois celle de M. Haudricourt(97), p. 3-4. La graphie utilisée pour le maré est à peu de choses près celle utilisée par les livres édités par la LMS (London Missionary Society) et la Mission évangélique. Voici le système phonétique utilisé avec sa correspondance avec le système de l’A.P.I.
Graphie du Maré
L’(e) final n’est en général pas écrit après une consonne. Diphtongues [ai] > [aj] =ai// [ei] >[ej] =ei// [oi] >[oj]=oi//o(e)>u(i) L’accent tonique sur l’avant dernière syllabe ouvre l’aperture des voyelles moyennes [e] > [є], [o]> [ɔ]. L’accent tonique allonge la voyelle,nubón= lui = [nub ɔ:n],nubonéngo= lui (respectueux) = [ nubonє:ηa : t∫ a] ; i fait la mouillure :o ], papa =cáca = [t∫ iei= feu = [jej]. c c Il faut distinguer entre :ye- =[je] préf.,ie =dire = [ie],iye= tirer = [ije].
Voyelles instables :
SYSTEME CONSONNANTIQUE
SYSTEME CONSONNANTIQUE (Suite)
Noms de clans et de lignages
9Les noms de tribus (associations de clans) et de clans sont le plus souvent précédés de particules locativess io usereia une nuance respectueuse), signifiant “habitants de tel endroit”, “qui (qui vient de tel endroit”, egsiTae, serei Guam. 10Les exceptions font également allusion au lieu d’origine, eg lesMa-aca-ranc’est-à-dire les Maîtres deRawa. LesNode ri Kurub(u)= les Gens de l’Intérieur. 11Les noms de lignages sont précédés par :re-tei-=les enfants de-, ouabuni- =petit-enfant de-, oure-abuni -ou sa forme contractéerabuni-= les petits-enfants de-, suivi du nom de l’ancêtre, egre-tei-
Jewine =les enfants deJewine ; abuni Yeiw =petit enfant deYeiw ; rabuni Tahmuhm(u)= les petits-enfants deTahmuhm(u).
Petit lexique sociologique
12doku= grand chef de tribu 13re-tok= autre terme pour désigner le grand chef ; c’est un pluriel = les aînés. 14tok= aîné, chef. 15cel, celuaien= cadet, sujet 16toka-guhnameneng= chef de clan. 17aca- = maître de- ; egaca-rawa= maître de la terre. 18nod= pays, peuple, population, les gens. 19rawa= la terre. 20kaze= le médium des manipulations magiques, dieu-objet, primitivement le cadavre-dieu. 21ya-ac= divinité, dieu-personne, mâle ou femelle, isolée ou vivant en communautémo-yaac. 22maica=moyaacde petite taille vivant en bande, lutins. 23hmijoc= sacré, défendu ;gu-hmijoc= endroit sacré, endroit tapou. 24nene= puissance, efficience naturelle ou magique. 25pa= grand-père, grand-mère (paternels et maternels), grand-oncle, grande-tante, (idem). 26cecen= père, oncle paternel. 27hma ni-, hma-ien= mère, tante maternelle. 28hmi, hmihmi= oncle maternel. 29tenen, tei-= enfant, enfant de -, 30abuni- = petit-enfant de- ;abu-aien, wabuaien= petit-enfant. 31aca-wabuaien, acabuaien= entité petit-enfant = le grand-père ou la grand-mère et le petit-fils ou la petite-fille (dans les mythes, il s’agit le plus souvent de la grand-mère et de son petit-fils). 32waica= petit garçon. egWaica i Dranin= le petit garçon deDranin. 33waicahman= petit garçon (respectueux). 34haica, haicahman= garçon. 35wahaerow, waerow= petite fille, egWahaerow i Rawa= la petite fillede Rawa. 36haerow= fille 37cahman, cahan= l’homme, le mâle, egcahan Biengo dridr(i)= l’homme papillon noir. 38hmenewfemme, femelle ; = wa-hmenew = petite-femme ;gu-hmenew = morceau de femme = petit bout de femme, egGu-hmenew i Tongawa= le petit bout de femme deTongawa. 39zine= femme mariée issue de tel clan ; egzine i Xacace= la femme deXacace, étymologiquement : la propriété de ... 40un, une= serpent ;gu-un= morceau de serpent, symbole deyaacformé par la partie antérieure d’un serpent. 41buyu= le lézard. 42Les autres termes seront traduits au fur et à mesure des besoins. 43Il est indispensable de connaître les termes autochtones pour dissiper toute ambiguïté.
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Chapitre I. Introduction
L’aire dont nous nous occupons est l’île de Maré, traversée en son centre par le méridien 168° E et 2 le parallèle 21° 30’ S. Sa superficie est de 650 km (Doumenge(49), p. 77). Elle est l’île la plus méridionale des îles Loyauté, qui comprennent du NW au SE, le récif de l’Astrolabe, le récif et l’île de Beautemps-Beaupré =Heo, qui fut autrefois habité, l’atoll d’Ouvéa =Eal(i), l’île de Lifou =Driphu, l’îlot de Tiga =Toka(à 27 km 600 deRo) au NNW de Maré, habité. Maré est séparé de Lifou par un détroit de 46 km 500. On y trouve du NW au SE les îlots inhabités Vauvilliers =Nie, Uo =Phuo, Leliogat =Niriekul, Doudoun =DodonouDudun. Ce dernier est situé à 7 km 500 au NW de Maré, dont c’est une dépendance naturelle. Enfin au Sud-Est, cet alignement d’îles est prolongé par le récif de Durand, dont les anciens Maréens soupçonnaient l’existence (ils parlaient de haut fond ; il est à 60 km) et le récif soulevé Walpole à 120 km que les Maréens connaissaient (on l’aperçoit par temps exceptionnellement clair des hauteurs dominant le capGua-du-re-hmu) et où ils allaient parfois en septembre chercher des œufs d’oiseaux de mer. Cependant ils ne lui ont pas donné de nom, ou du moins ne se rappellent plus son ancien nom. On l’appelleWalapul. 2 2 Ouvéa a une superficie de 160 km de terres émergées, et Lifou 1 150 km (Doumenge(49), p. 77). Maré est séparée de la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie =Mak(o) ouEak(o)par un bras de mer de 110 km. Elle est distante de l’île des Pins =KunieouUzeride 100 km, mais la présence des récifs oblige à beaucoup de détours. On peut apercevoir ces deux terres par temps très clair, la Grande Terre même de la Roche, et l’île des Pins des falaises de la région deShabadran. Anatom =Kiam(u)l’île la plus méridionale des Nouvelles-Hébrides. Elle est distante d’environ est 220 km au NE (il y eut autrefois des relations réciproques suivies). Tanna est à 260 km au NNE (on aperçoit la nuit les lueurs des éruptions du volcan, du plateau deLa Roche, d’après Alexandre Wenic, en 1939). Les Maréens nomment leur îleNengone. Eux mêmes sont siNengone, et leur langue est leperte Nengone. Les Lifous nomment MaréMengôni=(124), p. 152. En 1869, le P. Beaulieu comptaient environ 2300 individus. Il y avait 3104 habitants en 1956, 3160 en 1960 (avec 4180 personnes originaires de l’île), et 3240 habitants en 1963 (Doumenge (49), p. 261 et (50), p. 5. L’île est divisée en huit “districts” administratifs : 1/Guama, ouGuahma, avec le grand-chef e HnaisilinHenri àNece, groupant les anciennes chefferies du xix siècle des siWaek(o) à Ro, des AcakazedeThogonàMenaku; 2/ La Roche, chefferie dessi Gureshaba; 3/Tawainedr, chefferie des si Ruemec4/ ; Penelo, chefferie dessi Gurewoc ; 5/Eni, chefferie dessi Medu serei Hneod ; 6/Medu, chefferie dessi Medu serei Hna-Ule; 7/Wabao,si Hmed; 8/Tadin(u), chefferie desNode ri Kurub(u). L’île est réserve indigène, à l’exception des “80 pas géométriques” de la zone maritime, et de 90 ha dans la région deTadin(u) concédés à la Pénitentiaire. En 1969, Maré possède un médecin, un gendarme syndic des affaires autochtones, une municipalité, une “école pilote”, une poste, tous installés àTadin(u), centre administratif. Elle est desservie par une ligne de cargos apportant le gros fret, et une ligne aérienne Nouméa-La Roche. Les protestants forment la majorité religieuse, divisés entre la Mission évangélique, dépendant de la Société des Missions Evangéliques de Paris, l’Eglise Evangélique libre du pasteur Charlemagne, quelques Adventistes du 7e jour (dans la région deWabao) ; les catholiques sont environ 800 dont 500 habitants dans l’île, avec La Roche comme résidence d’un missionnaire européen.