Naissances : pour une éthique de la prévention

Naissances : pour une éthique de la prévention

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Livres
136 pages

Description

La volonté de prévenir les souffrances potentielles de l'enfant en devenir pose des questions éthiques fondamentales : au nom de quel ordre social ou de quel désir parental vont agir ceux qui œuvrent aux différentes étapes de la procréation ? Loin des grilles de dépistage , l'auteur rappelle que la subjectivité parentale doit rester au centre de toute politique de prévention précoce. Respect, altérité, confidentialité, sont des règles souvent oubliées. Retrouver la valeur des émotions, creuser la différenciation des places, tenir ensemble les divers registres de l'humain : 25 ans d'expérience acquise auprès des familles en souffrance et des professionnels qui les entourent aux prémices de la vie en démontrent les remarquables effets.

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Date de parution 11 septembre 2001
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EAN13 9782749235813
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Naissances : pour une éthique de la prévention
Collection « Prévention en maternité » Une manière de penser ensemble
dirigée par Françoise Molénat
À partir d’une expérience de vingt ans au plus près des êtres qui, d’un côté comme de l’autre, familles ou professionnels, s’interrogent sur les questions fondamentales de la vie, la série d’ouvrages « Prévention en maternité » veut simple-ment proposer au lecteur des points de repère, une manière de penser ensemble.
Déjà paru
Sous la direction de Françoise Molénat Grossesse et toxicomanie
À paraître
Sous la direction de Françoise Molénat La révélation d’un enfant différent
Retrouvez tous les titres parus sur:www.editions-eres.com
Sous la direction de Françoise Molénat
NAISSANCES : POUR UNE ÉTHIQUE DE LA PRÉVENTION
Collection « Prévention en maternité »
érès
Conception de la couverture : Anne Hébert
Version PDF © Éditions érès 2012 CF - ISBN PDF : 978-2-7492-3582-0 Première édition © Éditions érès 2001 33, avenue Marcel-Dassault, 31500 Toulouse, France www.editions-eres.com
Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, micro-filmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC), 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris, tél. 01 44 07 47 70, fax 01 46 34 67 19.
TABLE DES MATIÈRES
PRÉSENTATION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
INTRODUCTION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Existe-t-il une prévention possible dans le domaine de la vie psychique ?. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Prévention : un terme ambigu. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
POURQUOI LA PRÉVENTION NE MARCHE-T-ELLE PAS?. . . . . . . . . Des « malentendus » pleins d’enseignements. . . . . . . . . . . . . . Un système construit sur la réparation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Spécialisation et morcellement. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La vulnérabilité des professionnels. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La difficulté d’évaluer l’action relationnelle. . . . . . . . . . . . . . . . . Le poids des représentations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
LES ÉTAPES DUNE COLLABORATION INTERPROFESSIONNELLE AUTOUR DES PARENTS ET DU BÉBÉ. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ouvrir un champ de communication : l’enfant, les parents, les professionnels. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La rencontre entre équipe obstétricale et pédopsychiatre. La confrontation à la mort : comment se sentir vivant ? Comment cicatriser la blessure ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Dépasser les malentendus. . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . Douleur morale et psychologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Le diagnostic anténatal : « l’enfant dans la tête des parents ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quelles leçons pour le psychothérapeute ?. . . . . . . . . . . . . . . . . .
DE LA NÉCESSITÉ DE RESSERRER LES LIENS INTERPROFESSIONNELS Compte rendu d’une étude clinique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Rappel des motivations pour mener l’étude. . . . . . . . . . . . . . . . . Les objectifs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les moyens mis en œuvre. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Comment et pourquoi s’engager auprès des parents ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chercher des outils de communication interdisciplinaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Se donner les moyens d’un retour d’information Quelques aspects du déroulement de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . Les critères d’intervention psychologique directe ou indirecte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Premières analyses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Premier exemple : accouchement à domicile, déni de grossesse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Deuxième exemple : retard de croissance fœtale sévère. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Dégager des points de repères. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les modalités de collaboration spécifiques au terrain . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La validité des signaux d’alarme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le risque de répétition et les facteurs de mobilisation psychique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . La nécessité de veiller à la globalité de la famille et à la continuité du temps. . . . . . . . . . .
UNE NOUVELLE CLINIQUE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Une « clinique du travail en réseau ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
CONCLUSION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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PRÉSENTATION
Cet ouvrage est nourri des nombreuses confr ontations cliniques au sein de notre unité « petite enfance », des échanges quotidiens avec les équipes soignantes, en particulier avec celle animée par Pierre Boulot, responsable du « Centre pluridiscipli-naire de diagnostic prénatal ». Les intervenants du domaine médico-social sont également très présents tout au long de ce texte, de même que les médecins généralistes, les pédiatres, les gynécologues-obstétriciens et les sages-femmes du secteur libéral. Les sessions de formation organisées par l’Association de formation et de r echerche sur l’enfant et son environnement depuis 1986, ont permis de confronter les regards et les concepts émanant d’horizons différents. Les professionnels de terrain montrent lors de ces r encontres une énergie considérable et un désir de changement qui soutiennent notre propre engagement dans une pratique modeste, reposant sur une multitude de « petits riens », mais pleine d’espoir. Une large place est accordée dans cet ouvrage à des illus-trations cliniques. Rose-Marie Toubin apparaît tout particulière-ment présente, par le biais de certaines familles évoquées, auprès desquelles elle a été fortement impliquée. Joël Roy et
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Naissances : pour une éthique de la prévention
Monique Prieur-Bertrand ont également participé à l’élabora-tion de cette réflexion. J’ai voulu témoigner, dix ans après un premier ouvrage, du chemin parcouru, à la croisée d’une démarche personnelle et d’un mouvement collectif. Il s’agissait de ponctuer une évolu-tion, avec les limites de ma subjectivité, en laissant ouvertes les questions théoriques posées au psychanalyste par cette implica-tion dans l’organisation concrète des liens autour de l’enfant naissant. Au centre de la démarche figurent évidemment les parents, qui, par leurs témoignages, participent au changement pr ofond des pratiques. Leurs paroles sont souvent citées, car elles valident, parfois radicalisent cette « manière de penser ensemble ». Au moment où les sages-femmes expriment leur colère, les mots manquent pour dir e la force de leur engagement et la position unique qu’elles occupent dans une vraie politique de prévention, visant à redonner aux parents confiance en leur avenir. Travailleuses de l’ombre dans une société sensible à ce qui brille, une reconnaissance réelle de leur place s’impose. Pourtant, à l’heur e de clore ces lignes, l’inquiétude monte devant la dégradation du contexte de travail de ceux qui aident les parents à mettre leur enfant au monde. La logique répara-trice dont notre culture est friande serait-elle encore à l’œuvre ?
Juin 2001
INTRODUCTION
EXISTE-T-IL UNE PRÉVENTION POSSIBLE DANS LE DOMAINE DE LA VIE PSYCHIQUE?
Juxtaposer les deux termes – « éthique » et « prévention » – a pour seul but de maintenir la tension entre le désir d'une société de réduire les dépenses de santé ou de maintenir le calme, et celui, légitime, de tout sujet, qui est de s'appr oprier son destin, assumer ses origines, tenir ouvert l'espace de liberté qui lui permettra d'affronter l'imprévisible de l'existence. Est-il possible de définir un champ de réflexion englobant ces deux objectifs ? Le sens de l'action dite « de prévention » suscite bon nombre d’interrogations : qu'est-ce qu'un avenir humain digne d'être vécu ? En quoi notre souci de prévenir les souffrances psychiques – ou leurs effets – r encontre-t-il le destin d'un être sans risquer de détruire la part d'inconnu ? Comment infléchir une destinée sans amputer l'histoire singulière d'un enfant et de ses parents, quels qu'en soient les aléas ? Ces questions délicates surgissent dès qu'il s'agit d'entrer dans l'intimité d'une famille, de modifier de manière active l'organisation des liens humains à l’occasion d’une naissance,
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Naissances : pour une éthique de la prévention
au nom d'un avenir jugé sombre avant même que les sujets concernés n'en aient clairement conscience. Ces questions renvoient à la part potentiellement « maltrai-tante » du fonctionnement des institutions – qu'elles soient médicales, sociales ou psychiatriques –, ce qui suppose acquis les principes qui les régissent : notamment œuvrer pour le meilleur épanouissement des êtres humains. Le propos n'est donc pas de critiquer ces services dans leur mission de soin et de soutien, mais de repérer ce qui en bloque le bon fonctionne-ment et entretient un sentiment d'échec relatif. Le plus souvent à notre insu, par le biais d’une prise de pouvoir, voire d’une carence de support lorsque l'action n'est pas suffisamment ajustée à la dynamique d'une famille, nous offrons en miroir ce que les sujets souffrants ont pu connaîtr e : conflits, méfiance, rivalité, incohérence, discontinuité, insécu-rité. La tendance au repli sur une position duelle est inhérente à toute action dirigée vers l’êtr e humain. Il s’agit de chercher les conditions qui atténueraient cette fermeture et maintiendraient ouvert le jeu des places – celle des sujets en devenir, celle des techniciens. Serait-il possible de dégager des « principes de précaution » dont le non-respect produirait des dégâts humains en renfor-çant la vulnérabilité déjà présente ? La lecture en sera toujours difficile, car le « trouble » observé chez une personne est plus aisément mis sur le compte d’une fragilité préexistante qu’en lien avec une pathogénie environnementale. De plus, le « trouble » en question s’exprime le plus souvent à distance, apparemment déconnecté des facteurs à l’œuvr e (par exemple les pères « absents » qui ont été laissés de côté). Par ailleurs, jusqu'où pouvons-nous peser moralement dans une organisation familiale qui nous paraît porteuse de risques transgénérationnels pour l'identité de ses descendants ? À quel titre insister si les parents – ou les grands-parents – s'y opposent ? On mesure bien l'écart entre des positions inconciliables : la volonté collective de « cadrer », d'une part ; la capacité de la vie