Nishida Kitaro. De ce qui agit à ce qui voit

Nishida Kitaro. De ce qui agit à ce qui voit

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Livres
366 pages

Description

Le livre de Nishida Kitarō (1870-1945), quatrième volume de l’édition de 1965 des œuvres complètes, est offert pour la première fois ici en traduction intégrale. Composé de neuf essais rédigés entre 1923 et 1927, cet ouvrage marque la transition vers la philosophie originale caractérisant Nishida. Ce tournant est directement exprimé dans le titre « De ce qui agit à ce qui voit ». Partant d’une position qui considère la réalité fondamentale ou réalité véritable en tant que point d’unité des choses qui agissent, l’auteur passe à « ce qui voit », c’est-à-dire à une position qui met en scène le « plan d’englobement » de la réalité, soit une philosophie de la relation organisant en une vaste fresque tous les plans du réel, de même que les rapports mutuels établis entre tous leurs éléments constituants.
Kitarō Nishida (1870-1945) est un philosophe japonais, fondateur de l’École de Kyoto, qui a cherché à marier la philosophie occidentale avec la spiritualité issue des traditions extrême-orientales.
La traductrice Jacynthe Tremblay est titulaire d’une double spécialisation en philosophie de la religion et en philosophie japonaise, Jacynthe Tremblay habite au Japon (Sapporo), où elle poursuit une carrière de recherche centrée sur la philosophie de Nishida Kitarô. Elle a aussi dirigé plusieurs publications collectives portant sur la philosophie japonaise du XXe siècle.

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Ajouté le 30 août 2015
Nombre de lectures 45
EAN13 9782760634596
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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34,95 $ • 31
nishida kitaro De ce qui agit à ce qui voit
Traduction de Jacynthe Tremblay
Les Presses de l’Université de Montréal
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Dàns là mêmE collEcTIon
B B, avec la collaboration de V M Le Japon au travail
H F Confucius, du profane au sacré
C L B Le Wen zi à la lumière de l’histoire et de l’archéologie
Sous la direction de C L B et R M Approches critiques de la mythologie chinoise
J Z. L et F W La population chinoise : mythes et réalités
Sous la direction de L M e Approches critiques de la pensée japonaise du xx siècle
Sous la direction de Y S-S La Corée, le peuple et ses valeurs culturelles d’hier à aujourd’hui
Sous la direction de R S et G T Traits chinois/Lignes francophones
J D. S La Chine imaginaire. Les Chinois vus par les OccidentauX de Marco Polo à nos jours
J T Philosophes japonais contemporains
J W-C Les seXtants de Pékin
N K
DE CE QUI AGIT À CE QUI VOIT
Traduction de Jacynte Tremblay
Les Presses de l’Université de Montréal
Ce livre a été publié grâce au « Fonds pour les études concernant la pilosopie de Nisida » (金基究研学哲西田, he Fund for te Studies of Nisida Pilosopy), octroyé à la traductrice en  par l’« Association pilosopique nisidienne »(西).
Mise en pages : Yolande Martel
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Nisida, Kitarō, -  [Hataraku mono Kara miru mono e. Français]  De ce qui agit à ce qui voit  (Sociétés et cultures de l’Asie du Sud-Est)  Traduction de : Hataraku mono Kara miru mono e.  Comprend des références bibliograpiques.   ---- e . Réalité. . Pilosopie japonaise –  siècle. I. Tremblay, Jacynte, - . II. Titre. III. Titre : Hataraku mono Kara miru mono e. Français. .  ’. --
e Dépôt légal :  trimestre  Bibliotèque et Arcives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 
 (papier) ----  (PDF) ----
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
  
Introduction
« Le moi doit être non pas un point, mais un cercle ; non pas une cose, mais un lieu » (NKZ  : ).
Le livre de Nisida Kitarō (-) intituléDe ce qui agit à ce qui 1 voitest, quatrième volume de l’édition de  des œuvres complètes offert pour la première fois ici en traduction intégrale. Composé de neuf essais rédigés entre  et , cet ouvrage marque la transition vers la pilosopie originale caractérisant cet auteur. Il est réputé, avec raison, pour son extrême difficulté et sa complexité. Mais simul-tanément, il exerce une grande fascination à cause de la profondeur des analyses qui y sont présentées. Il est connu surtout pour le concept de « lieu » qui y est développé explicitement pour la première fois. Ce tournant de la pensée de Nisida est directement exprimé dans le titre « De ce qui agit à ce qui voit ». Partant d’une position qui considère la réalité fondamentale ou réalité véritable en tant que point d’unité des coses qui agissent, l’auteur passe à « ce qui voit », c’est-à-dire à une position qui met en scène le « plan d’englobement » de la réalité ou encore son « lieu ». Dans les propos qui suivent, nous nous efforcerons de fournir aux lecteurs tous les moyens nécessaires pour mieux aborder et com-prendre ce livre, tout d’abord en en exposant la question centrale. En ce qui concerne le détail des neuf capitres, une « Notice » explicative a été ajoutée au début de cacun d’entre eux au profit des lecteurs occidentaux non spécialistes de Nisida ; elle tire dans caque cas le fil conducteur permettant de s’orienter et de comprendre l’agen-cement des problèmes pilosopiques principaux.
. Le lecteur trouvera les notes, la bibliograpie, l’index et un glossaire sur le site web des PUM à : www.pum.umontreal.ca/catalogue/de-ce-qui-agit-a-ce-qui-voit
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Là PossIbIlITé dE là connàIssàncE dE là RéàlITé véRITàblE
Le but premier poursuivi dansDe ce qui agit à ce qui voit est de répondre à cette unique question : comment la connaissance de la réalité véritable est-elle possible ? Nisida s’y applique de manières plurielles dans cacun des neuf capitres du livre. Cela ne requit de sa part rien de moins qu’un réexamen de l’ensemble de l’épistémolo-gie, plus spécifiquement des tèmes qu’il mentionne dans sa propre préface. Fait important, ces réseaux conceptuels sont toujours condi-tionnés par l’une ou l’autre des diverses figures prises par la réalité véritable. Lors de l’analyse de cacune d’entre elles, Nisida tente d’effectuer une percée de la spère de la connaissance, non pas au moyen d’une fuite unilatérale dans la transcendantalité de l’esprit, mais vers des facultés qu’il considère comme de plus en plus proces du donné extraépistémologique. Limitons-nous ici à en mentionner brièvement quelques exemples. Des détails plus complets seront fournis dans la notice explicative qui précède cacun des capitres de la traduction qui suit. À l’analyse de l’« individu » (l’individuum aristotélicien) corres-pond l’établissement du système des universels abstraits. Nisida s’efforça d’écelonner ceux-ci conformément à leur connotation, c’est-à-dire à leur proximité plus ou moins grande avec l’individu qui, selon lui, devrait pouvoir être connu, malgré l’affirmation aristotéli-cienne stipulant que seule une connaissance de l’universel est possible (le particulier lui-même étant déjà un universel). À un questionnement au sujet du statut de « ce qui est donné directement » vient répondre une réévaluation du rôle de ce à quoi il est donné, à savoir suivant le cas la perception, la sensation, la pensée, le soi et la connaissance. Au donné extraépistémologique pris sous l’aspect des « forces » correspond la volonté, à laquelle Nisida a toujours accordé une attention particulière. À l’« expérience immé-diate », celle où est encore absente ou tout simplement ors de propos toute séparation du sujet et de l’objet s’armonise le tème de l’intui-tion dont Nisida s’applique à exposer la signification, selon lui iné-dite, avec un soin méticuleux. L’expression aristotélicienne « sujet qui ne devient pas prédicat », quant à elle, pousse le pilosope à analyser en détail le domaine de la prédication et à établir, en contrepartie, un « plan du prédicat transcendant », lequel s’étend de l’universel du jugement jusqu’aux
Introduction
confins de la connaissance puis, une fois celle-ci dépassée, jusqu’au « prédicat qui ne devient pas sujet ». Nisida parvient ainsi à déborder la spère de l’épistémologie et à rejoindre, suivant une métodologie qui sera exposée ci-après, l’individu qu’il s’agit précisément de con-naitre et qui apparaitra, à terme, sous les traits, esquissés de manière innovatrice, d’un « universel concret ». En ce qui concerne la « réalité véritable » elle-même, elle va de pair avec le « soi véritable ». Le soi, il va sans dire, est unique. Il opère cependant à divers niveaux, prenant caque fois la qualité de la faculté qui est l’objet de l’analyse nisidienne (soi sensible, soi pensant, soi volontaire, soi intuitif, etc.). S’élargissant à la mesure du plan du prédicat et simultanément à lui, le soi peut devenir, sous sa forme véritable, en pase avec la réalité véritable et en permettre enfin la connaissance. Suivant le vocabulaire nisidien, il serait plus appro-prié de parler d’« approce », de « saisie » ou encore de « contact » avec la réalité véritable puisque ce type de rapport s’établit dans un domaine qui dépasse la connaissance conceptuelle, selon un mode qui sera exposé plus loin.
UnE PEnséE En àRboREscEncE
Nisida traite des tèmes qui viennent d’être évoqués et d’un grand nombre d’autres encore à travers une série de circonvolutions qui pourraient sembler interminables. Or, en dépit des apparences et de tout ce qu’on s’est cru autorisé à affirmer au sujet du soi-disant carac-tère obscur de son style (voir l’avant-dernière section de cette intro-duction), Nisida était éminemment logique, précis et clair, même si sa pensée a parfois l’air de s’engager dans des voies sans issue. Mais plutôt que d’errer, elle explore toutes les avenues possibles, sans jamais perdre de vue ses buts. Il n’en demeure pas moins qu’il serait facile de se perdre dans le foisonnement des tèmes développés dansDe ce qui agit à ce qui voit. De quelle manière peut-on éviter de s’égarer dans les méandres d’une pensée stylistiquement peu abituelle ? En reconnaissant d’abord, pour employer une analogie tirée du langage musical, qu’elle ne consiste pas tant en une ligne mélodique unique qu’en une polypo-nie très serrée et complexe. En réalité, il est souvent difficile de diffé-rencier les diverses voix qui s’y répondent ou encore de percevoir quel rapport telle voix peut bien entretenir avec toutes les autres.

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Les titres des différents capitres qui composent l’ouvrage aident à coup sûr à identifier le tème ponctuel de cet assemblage de voix. Celui-ci est toutefois toujours étroitement relié à un ensemble d’autres tèmes et développé simultanément à eux. En réalité, les titres des capitres sont pour Nisida davantage une orientation ou encore un point d’ancrage permettant d’examiner dans caque cas et à nou-veaux frais l’ensemble des problèmes qui l’intéressent. Une interprétation commode serait de voir dans ce style nisidien l’avatar d’une pensée asiatique n’ayant pas encore su se conformer à un linéarisme de type cartésien. Tout bien considéré, cependant, il est beaucoup plus probable que les particularités de la pensée de Nisida aient été dues à un intellect exceptionnellement doué. Le clivage ne se trouverait donc pas au niveau des différences entre mode de pensée « occidental » et mode de pensée « asiatique », lequel clivage, incidemment, repose sur des présupposés pas toujours exempts d’un certain sentiment de supériorité occidentale. Il résiderait dans la différence entre le mode de pensée abituel et un mode de pensée en réseau, ainsi que Jeanne Siaud-Faccin l’a exposé avec une grande clarté dans ses ouvrages sur la douance. La pensée abituelle se conforme à une ligne progressive qui est encore souvent considérée comme la seule manière de penser et d’écrire de manière « logique ». Elle fait se succéder les idées et para-grapes d’un essai suivant l’encainement le plus rigoureux possible. D’où l’étrangeté première des essais de Nisida, qu’on pourrait être entrainé trop vite à qualifier de « désordonnés », voire d’illogiques. Rien n’est plus éloigné de la réalité lorsqu’on met en évidence le fait qu’il existe un autre mode de pensée, en arborescence, qualitati-vement différent du premier. Caque idée y « génère une ramification de nouvelles idées qui à leur tour et pour cacune d’entre elles vont 2 produire de nouvelles associations et ainsi de suite » . De ces connexions multiples émergent des connaissances, voire des téories caque fois inédites qui n’auraient pu voir le jour autrement. Il se révèle ainsi que le foisonnement de tèmes qui s’entrecroisent dansDe ce qui agit à ce qui voitet qui est directement transposé en français dans la traduction qui suit témoigne du fait qu’il n’était pas aisé pour Nisida de retraduire sur papier une pensée qui fonction-nait par arborescence. Autrement dit, toute idée ou tout concept se divise et se subdivise pour donner lieu à une pluralité de concepts et d’associations nouveaux. La pensée de Nisida, toujours en exercice,