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Noms propres et anaphores nominales en anglais et en français :

De
292 pages
Qu'est ce qui motive la distribution des différents types d'expressions référentielles tout au long des textes ? Quels procédés permettent de construire et de maintenir la référence aux principaux personnages animés humains, dans des séquences textuelles élaborées ? Cet ouvrage essaie de démontrer que les expressions référentielles sont sélectionnées, non pas de façon aléatoire, mais en fonction de certains paramètres tels que la concurrence référentielle, la structuration discursive et le point de vue.
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Noms propres et anaphores nominales
Noms propres et anaphores en anglais et en français :
étude comparée des chaînes de référence nominales en anglais
et en français :Qu’est-ce qui motive la distribution des différents types d’expressions
référentielles tout au long des textes ? Quels procédés permettent de construire
et de maintenir la référence aux principaux personnages animés humains, dans étude comparée des chaînes de référence
des séquences textuelles élaborées ? S’il existe trois principales catégories de
marqueurs référentiels, à savoir les pronoms anaphoriques, les noms propres
et les anaphores nominales, on pourrait a priori penser que leur distribution
est totalement aléatoire et ne présente pas de tendances régulières.
Or, cet ouvrage essaie de démontrer, dans le cadre de la Théorie des
Opérations Enonciatives d’Antoine Culioli, que les expressions référentielles
sont sélectionnées, non pas de façon aléatoire, mais en fonction de certains
paramètres tel s que la concurrence référentielle, la structuration discursive et le
point de vue. Cette étude se situe donc résolument au niveau des enchaînements
discursifs et dépasse ainsi le stade des reprises purement phrastiques.
EEEEEEmmmmmmmanmanmanmanmanmanuuuuuueeeeeellllll B B BAUAUAUMEMEMERRR
Emmanuel Baumer est agrégé d’anglais, docteur en linguistique anglaise et maître
de conférences à l’Université de Besançon. Membre du Clillac-Arp (Université Paris
Diderot), il est spécialiste de linguistique contrastive anglais / français, et ses
travaux portent notamment sur la syntaxe et la sémantique du groupe nominal. Il
s’est également intéressé aux emplois dits « modifi és » des noms propres.
29 €
LANGUE & PAROLE
ISBN : 978-2-343-04781-2
Noms propres et anaphores nominales en anglais et en français :
Emmanuel BAUMER
étude comparée des chaînes de référence

















Noms propres et anaphores nominales
en anglais et en français :
étude comparée des chaînes de référence Langue et Parole.
Recherches en Sciences du langage
Collection dirigée par Henri Boyer (Université de Montpellier 3)

Conseil scientifique :
C. Alén Garabato (Univ. de Montpellier 3, France), M. Billières (Univ. de
Toulouse-Le Mirail, France), P. Charaudeau (Univ. de Paris 13, France), N.
Dittmar (Univ. de Berlin, Allemagne), V. Dospinescu (Univ. "Stefan cel Mare"
de Suceava, Roumanie), F. Fernández Rei (Univ. de Santiago de Compostela,
Espagne), A. Lodge (St Andrews University, Royaume Uni), I.-L. Machado
(Univ. Federal de Minas Gerais, Brésil), M.-A. Paveau (Univ. de Paris 13,
France), P. Sauzet (Univ. de Toulouse-Le-Mirail), G. Siouffi (Univ. de
Montpellier 3, France).

La collection Langue et Parole. Recherches en Sciences du langage se donne
pour objectif la publication de travaux, individuels ou collectifs, réalisés au sein d'un
champ qui n'a cessé d'évoluer et de s'affirmer au cours des dernières décennies, dans sa
diversification (théorique et méthodologique), dans ses débats et polémiques également. Le
titre retenu, qui associe deux concepts clés (et controversés) du Cours de Linguistique
Générale de Ferdinand de Saussure, veut signifier que la collection diffusera des études
concernant l'ensemble des domaines de la linguistique contemporaine : descriptions de telle
ou telle langue, parlure ou variété dialectale, dans telle ou telle de ses/ leurs composantes;
recherches en linguistique générale mais aussi en linguistique appliquée et en linguistique
historique; approches des pratiques langagières selon les perspectives ouvertes par la
pragmatique ou l'analyse conversationnelle, sans oublier les diverses tendances de l'analyse
de discours. Elle est également ouverte aux travaux concernant la didactologie des
languescultures.
La collection Langue et Parole souhaite ainsi contribuer à faire connaître les
développements les plus actuels d'un champ disciplinaire qui cherche à éclairer l'activité de
langage sous tous ses angles. Rappelons que par ailleurs la Collection Sociolinguistique
de L'Harmattan intéresse les recherches orientées spécifiquement vers les rapports entre
langue/langage et société.

Dernières parutions

Takuya NISHIMURA, La personne, sujet appelant. Esquisse d’une anthropologie
pragmatique, 2014.
Kyriakos FORAKIS, Structures complexes du français moderne, 2014.
Tayeb BOUGUERRA, Pour une écodidactique du français langue étrangère et
seconde, 2014.
Jean-Adolphe RONDAL, Une théorie du fonctionnement et du développement
morphosyntaxique, 2014.
Virginia GARIN, Guillaume ROUX et Maude VADOT, Enjeux
méthodologiques en sciences du langage. Orientations, matériaux, contraintes, 2013. Emmanuel BAUMER








Noms propres et anaphores nominales
en anglais et en français :
étude comparée des chaînes de référence





























































© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04781-2
EAN : 9782343047812 Remerciements


Je tiens à remercier Mme Agnès Celle, Professeur à l’Université Paris
Diderot, pour ses enseignements, ses précieux conseils et ses nombreux
encouragements, ainsi que le Clillac-Arp (Université Paris Diderot) pour
m’avoir accueilli au sein d’une équipe extrêmement dynamique et motivée.

De même, je suis grandement redevable à Mme Catherine Schnedecker
pour les références inestimables qu’ont constitué ses propres travaux sur la
question. Je tiens également à remercier Mme Shirley Carter-Thomas, Mme
Kerstin Jonasson et M. John Humbley pour avoir bien voulu participer à
mon jury de thèse. J’ai évidemment une dette toute particulière envers M.
Jean-Claude Souesme, qui m’a initié à la linguistique à l’Université de Nice
Sophia Antipolis, qui m’a encouragé par la suite à poursuivre mes études à
l’Université Paris Diderot.

D’autre part, je voudrais ici dire toute ma reconnaissance à ma famille,
mon épouse Isabelle, mes parents, ainsi que mes enfants Arthur, Eloïse et
Amandine. Un grand merci à Ja, surtout, pour son aide concernant
l’annotation manuelle des corpus français, qui ne fut pas une mince affaire.

Que soient enfin remerciés mes collègues Hélène Collins et David Martin
(pour leur relecture efficace et leurs suggestions pertinentes), Valérie Soulet,
Eléonore Chinetti et Emilie Le Fellic.


7




























Abréviations utilisées

1/ Corpus littéraire anglais 2/ Corpus littéraire français

TP = J. Barth, Toga Party. WF = M. Yourcenar, Comment Wang-Fô
LF = J. London, Lost Face. fut sauvé.
PR = R. Carver, Preservation. LR = J.M.G. Le Clézio, La ronde.
HA = C. Anshaw, Hammam. PS = G. de Maupassant, Le papa de Simon.
ME = C. Offutt, Melungeons. GA = A. Saumont, Gammes.
FU = L. Glen Louis, Fur. GO = S. Bonnet, Le grimoire d’or.
SE = A. Ohlin, Simple Exercises for OO = N. Leffebvre, Objectif : Ombre.
the Beginning Student. LU = C. Bourgeyx, Lucien.
SD = S. Bellow, A Silver Dish. QA = P. Mérigeau, Quand Angèle fut seule.
BI = G. Jen, Birthmates. PPG = D. Buzzati, Pauvre petit garçon.
GL = A. E. Dark (1994), In the Gloaming. BT = H. Duffau, Une belle table pour le
TK = I. Bashevis Singer, The Key. dîner.
GE = J. Updike, Gesturing. RA = J. Jouet, Ramon, période sombre.
IC = J. Stafford, The Interior Castle. C137 = P. Bordage, Cesium 137.
CS = F. S. Fitzgerald, Crazy Sunday. RO = M.-H. Lafon, La robe.
JA = A. Beattie, Janus. TI = M.-H. Lafon, La tirelire.
2T = E. B. White, The Second Tree from PC = X. de Maistre, Les prisonniers du
the Corner. Caucase.
LS = G. Swift, Learning to Swim. CH = P. Verlaine, Charles Husson.
WT = M. Atwood, Wilderness Tips. LP = J.-N. Blanc, Le professionnel.
FR = S. Rushdie, The Free Radio. OF = H. Thomas, L’offensive.
IA = A. Beattie, In Amalfi. CVD = Mathis, Cheminée et vieilles
GT = R. Areinas, The Glass Tower. dentelles.
MY = R. Kipling, Miss Youghal’s Sais. CB = P. Mérimée, La chambre bleue.
DW = H. G. Wells, The Door in the Wall. LV = G. de Maupassant, Le vieux.
WP = A. Christie, The Witness for AC = G. de Maupassant, A cheval.
the Prosecution. LB = J. Giraudoux, Le banc.
MB = K. Mansfield, Miss Brill. BM = H. Bazin, Le bureau des mariages.
SV = Saki, Sredni Vashtar. PM = M. Aymé, Le passe-muraille.
JQ = J. Galsworthy, The Japanese Quince. LM = J. Perret, La mouche.
DJ = V. Woolf, The Duchess and the Jeweller. LH = A. Camus, L’hôte.
TV = S. Maugham, The Verger. FA = H. de Balzac, La femme abandonnée.
MP = W.W. Jacobs, The Monkey’s Paw. ND = O. Sembène, La noire de.
GS = A. Huxley, The Gioconda Smile. AM = K. Kamanda, Amertume.
CA = J. Thurber, The Catbird Seat. B7L = M. Aymé, Les bottes de sept lieues.
CH = J. Steinbeck, The Chrysanthemums. RM = C. F. Ramuz, Le retour du mort.
SM = Saki, The Schwartz-Metterklume Method. TV = C. Sainte-Soline, Le tabac vert.
GRL = H. L. Mencken, A Girl From Red Lion PA. MPF = R. Grenier, Une maison place
MM = H. G. Wells, The Man Who Could des Fêtes.
Work Miracles. MR = A.-J. de Gobineau, Le mouchoir rouge.
AU = A. Chekhov, An Upheaval. LFA = A. Camus, La femme adultère.
OT = E. Wharton,The Other Two. HE = S. Germain, Héloïse.
ST = E. Wilson, The man Who Shot PTF = J.-N. Blanc, C’est pas ton frère.
Snapping Turtles. LP = J.-N. Blanc, Le piège.
BR = H. James, Brooksmith.



93/ Corpus journalistique anglais 4/ Corpus journalistique français

KV = Kurt Vonnegut (Guardian) VB = Vincent Bolloré (L'Express)
AW ang = Amy Winehouse (Guardian) HA = Harry (L'Express)
RB = Rebekah Brooks (Independent) QT = Quentin Tarantino (L'Express)
CH = Ciara Harris (Guardian)
LT = Lilian Thuram (L'Express)
DmC = Davina McCall (Guardian)
MP = Michel Polnareff (Evene) BJ = Bjork (Guardian)
JCB = Jean-Claude Brialy (Télérama) ND = Nafissatou Diallo (NY Times)
JPC = Jean-Pierre Cassel (Le Monde) NS = Nicolas Sarkozy (Newsweek)
MQ = Muammar el-Qaddafi (NY Times) AS = André Schiffrin (Télérama)
MG = Merril Garbus (Observer) RB = Rebekah Brooks (Le Monde)
DSK = D. Strauss-Kahn (NY Observer) VP = Valérie Pécresse (Marianne)
MR = M. Rostropovitch (Independent) DK fig = David Koubbi (Le Figaro)
SJ = Steve Jobs (Newsweek) DK obs = David Koubbi (Nouvel Obs)
DG = David Gluck (Guardian) TT = Tina Turner (Libération)
WK = Willem de Kooning (Newsweek)
AM = Anne Mansouret (Libération) RG = Rudy Giuliani (Counterpunch)
GP = Giuseppe Penone (Télérama) LG = Lady Gaga (NY Entertainment)
JYB = Jean-Yves Bordier (Télérama) BO = Barack Obama (Counterpunch)
RM = Rupert Murdoch (Le Monde) JF = Jonathan Franzen (Time)
PH = Paris Hilton (Counterpunch) MdP = Manitas de Plata (JHM)
DC = David Cameron (NY Times) NV = Nicolas Voisin (Le Monde)
AdG = Aubrey de Grey (Chronicle.com) JM = Jean Montaldo (Le Figaro)
KM = Kate Middleton (Guardian) FM =Frédéric Mitterrand (Marianne)
EB = Edward Behr (Telegraph)
AL = Arnaud Lagardère (Marianne)
MM = Marilyn Manson (Telegraph) LT = Laury Thilleman (TV Magazine)
TE = Tracey Emin (Telegraph)
DSS = David Servan-Schreiber
DA = Darren Aronofsky (Guardian) (Le Point)
NP = Natalie Portman (Guardian)
HM = Hosni Moubarak (Le Figaro)
DR = Dizzee Rascal (Guardian) GC = Guy Cotten (Télérama)
SR = Ségolène Royal (Economist)
AW = Amy Winehouse (Qobuz.com)
NF = Nafissatou Diallo (Le Monde)

GP = Guillaume Peltier (Le Point)
ABB = Anders Breivik

(Le Figaro)














10

Abréviations des termes linguistiques


AN = anaphore nominale
ChRef = chaîne de référence
DIL = discours indirect libre
NC = nom commun
Npr = nom propre
PDV = point de vue
Pro = pronom
SN = syntagme nominal

TOE = théorie des opérations énonciatives
S = paramètre subjectif
T = paramètre spatio-temporel
Sit = situation d’énonciation, S = énonciateur, T = moment 0 0 0
d’énonciation
R R RSit (S ; T ) = situation d’énonciation rapportée 0 0 0
n n nSit (S ; Tde narration 0 0 0
S = personnage 2
< … > = représentation notionnelle
∈ = est repéré par rapport à
Qnt = quantitatif
Qlt = qualitatif




11












































INTRODUCTION


Qu’est-ce qui motive la distribution des différents types d’expressions
référentielles tout au long des textes ? Quels procédés permettent de
construire et de maintenir la référence aux principaux personnages animés
humains, dans des séquences textuelles élaborées ? S’il existe trois
principales catégories de marqueurs référentiels, à savoir les pronoms
anaphoriques (désormais Pro), les noms propres (désormais Npr) et les
syntagmes nominaux que nous appellerons « anaphores nominales »
(désormais AN), on pourrait a priori penser que leur distribution est
totalement aléatoire et ne présente pas de tendances régulières.

Or, c’est en travaillant sur certains emplois des Npr (référentiels ou
« modifiés »), en anglais et en français, que nous avons constaté certains
schémas référentiels récurrents et c’est alors que la prise en compte de la
notion de « chaîne de référence », pour tenter de déterminer plus
précisément d’éventuelles contraintes ou influences, nous a paru
intéressante. Tout d’abord, la perspective de travailler sur des enchaînements
textuels et discursifs, dans la lignée des travaux de C. Charreyre sur
l’anaphore, nous a incontestablement séduit. A ce propos, nous tenons
d’emblée à préciser que, tout au long de ce travail, nous ne ferons pas
systématiquement de distinction entre l’emploi des termes de « texte » et de
« discours », car, dans une perspective énonciativiste, les textes (écrits ou
oraux) constituent des traces d’opérations mentales littéralement
indissociables de l’activité langagière (discursive). Nous sommes néanmoins
parfaitement conscient que certaines approches (cf. F. Cornish 2006, par
exemple) attachent beaucoup d’importance à cette distinction, le « texte »
renvoyant alors strictement aux marques linguistiques formelles et le
« discours » au « texte » accompagné de ses conditions de productions
matérielles. Mais d’autres auteurs, qui adoptent également cette distinction,
en ont une vision plus souple. S. Carter-Thomas (2009 : 29-30), par
exemple, qui utilise également ces deux notions dans ses travaux, insiste
plutôt sur leur complémentarité et attire l’attention sur les « dangers du tout
pragmatique » :

La séparation entre discours et texte n’est pas de l’ordre d’une
véritable opposition mais d’une différence de conceptualisation. Texte
et discours en tant que « objet formel » et « pratique sociale » se
chevauchent. En parlant du texte, on met l’accent sur le produit
linguistique et sur les choix de formulation, tandis qu’avec le terme
discours on privilégie plus les facteurs situationnels et interpersonnels.
13

Le second axe de recherche qui nous a semblé particulèrement attrayant
correspond à la dimension comparative et contrastive anglais / français, telle
qu’on la retrouve dans les travaux de Jacqueline Guillemin-Flescher ou
d’Agnès Celle. Néanmoins – comme nous l’expliquerons plus en détail dans
le premier chapitre –, dans le cadre de cette étude, nous avons choisi de
travailler uniquement sur des corpus d’occurrences comparables, plutôt que
sur des exemples traduits dans l’une ou l’autre des deux langues prises en
considération.

Enfin, certains de nos travaux sur le discours journalistique nous ont
convaincu de l’importance de la notion des genres textuels. Nous avons ainsi
voulu mettre en regard deux genres particuliers, à savoir les nouvelles
(fiction littéraire) et les portraits journalistiques. Le parcours proposé se
décompose donc en deux parties principales, qui correspondent aux deux
genres textuels successivement analysés.

Le chapitre introductif est quant à lui consacré à la notion de chaînes de
référence et à son développement historique depuis son apparition en tant
que concept linguistique. Il incorpore un panorama récapitulatif des
différentes approches linguistiques du phénomène depuis l’article fondateur
du philosophe du langage C. Chastain (1975). Ce premier chapitre comprend
également la délimitation de la problématique envisagée, une présentation
des différents corpus anglais et français réunis pour les besoins de l’étude,
ainsi qu’une présentation des principaux outils du cadre théorique utilsé, à
savoir la Théorie des Opérations Enonciatives, d’A. Culioli.

La première partie de l’ouvrage, consacrée aux chaînes de référence dans
les nouvelles, comprend quatre chapitres. Le chapitre 2 présente diverses
données chiffrées concernant les deux corpus de fiction que nous avons
constitués. Les principales caractéristiques des différents types de marqueurs
référentiels sont ensuite passées en revue. Le fonctionnement discursif des
Pro, Npr et AN est ainsi décrit en détail. Par ailleurs, le traitement accordé à
cette dernière catégorie, souvent quelque peu délaissée dans les études sur la
question, est volontairement plus exhaustif. Les trois chapitres suivants (3, 4
et 5) ont pour objectif de tester l’influence de trois principaux paramètres sur
la distribution des marqueurs référentiels évoqués dans les chaînes de
référence présentes dans les nouvelles. Le chapitre 3 aborde la concurrence
référentielle pouvant s’exercer, au niveau local, entre les différents
personnages. Le chapitre 4 est, quant à lui, consacré aux relations croisées
entre structuration discursive (début de paragraphes, ruptures et transitions
spatio-temporelles, etc.) et distribution des marqueurs référentiels. Enfin, le
chapitre 5 traite de l’influence du point de vue narratif (indexé sur le
narrateur ou les personnages) sur les chaînes de référence.
14

La deuxième partie, quant à elle, est consacrée aux chaînes de référence
dans un (sous-)genre textuel très différent, à savoir les portraits
journalistiques. Nous avons en effet choisi de prendre en compte un autre
type de textes pour bénéficier d’une vision plus globale du phénomène, ainsi
que pour évaluer l’influence des genres textuels et des visées discursives sur
cette question précise. Par là même, la démarche comparatiste adoptée ici est
double, puisque ce sont à la fois les langues et les genres qui sont croisés et
mis en perspective.

La seconde partie de l’ouvrage est ainsi composée de trois chapitres
principaux (6, 7 et 8), qui reprennent de façon légèrement différente les
paramètres utilisés dans la première partie. Le chapitre 6 présente en détail
les corpus journalistiques assemblés, ainsi que les données chiffrées les
concernant. Il permet également de faire une rapide mise au point sur la
démarche méthodologique employée dans la seconde partie (plus
sémasiologique qu’onomasiologique). Les deux derniers chapitres sont ainsi
consacrés à la distribution des marqueurs pleins (Npr et AN) dans les
portraits journalistiques. Le chapitre 7 tente de rendre compte des différents
emplois des noms propres dans ces articles, en fonction des critères
précédemment définis (concurrence référentielle, structuration discursive et
thématique, point de vue). La notion de dialogisme, très prégnante dans le
discours journalistique, sera également évoquée, ainsi que la dialectique
entre « objectivation » et « captation », elle aussi inhérente au discours
journalistique en général.

Enfin, le huitième et dernier chapitre dresse une typologie des différentes
anaphores nominales rencontrées dans les portraits, en fonction de leurs
caractéristiques structurelles et de leurs contextes d’apparition. Il tente
également d’expliquer le contraste important constaté entre l’anglais et le
français en ce qui concerne la fréquence de ces syntagmes nominaux
référentiels.

15






CHAPITRE 1 : TOUR D’HORIZON
ET DELIMITATION DU SUJET



1. La notion de chaîne dans la littérature

Le concept de chaîne de référence (ou chaîne anaphorique) est assez
récent. Bien qu’issu du domaine de la philosophie du langage, il a suscité
beaucoup d’intérêt en linguistique à partir des années 1980 et inspiré un
grand nombre de travaux à la fois dans le domaine de la référence et celui de
la cohésion textuelle. Néanmoins, au fil du temps et selon les différentes
approches, son utilisation n’a pas toujours été très stable, la terminologie
elle-même étant parfois source de confusion potentielle. C’est pourquoi il
n’est sans doute pas inutile de faire un rappel historique des principaux
apports successifs et des angles sous lesquels la notion a été abordée.

1.1. Apparition du concept et terminologie

Le concept a été élaboré par le philosophe du langage C. Chastain (1975)
et, dès l’origine, la terminologie pouvait sembler ambiguë, dans la mesure où
ce dernier, dans son article fondateur intitulé « Reference and Context »,
parle à la fois de « chaîne anaphorique » (« anaphoric chain ») et de « chaîne
de référence » (« referential chain »). En réalité, l’auteur établit clairement
une distinction entre les deux notions qui opèrent selon lui à des niveaux
différents. Selon C. Chastain (1975), une chaîne anaphorique est une
« séquence d’expressions singulières apparaissant dans un contexte tel que si
l’une de ces expressions réfère à quelque chose, toutes les autres y réfèrent
également » (traduction de F. Corblin 1995 : 151). F. Cornish (1998 : 7), qui
reprend cette définition, en fait l’analyse suivante :

Pour qu’on puisse avoir affaire à une chaîne anaphorique dans un
texte quelconque, il faut que la référence introductrice de la chaîne
soit établie indépendamment des références ultérieures à ce même
référent, mais que ces dernières ne soient résolubles qu’en fonction du
contexte supposé par la référence introductrice.

Selon F. Cornish, ces chaînes sont donc fondamentalement marquées par
une « asymétrie dénotative », caractéristique cruciale de la relation
anaphorique, dans la mesure où l’interprétation des termes référentiels
dépend de l’antécédent contextuel. Si l’on revient à l’article fondateur de C.
17
Chastain, on peut remarquer que ce dernier donne en exemple le texte
suivant pour illustrer la notion de « chaîne anaphorique » :

At eleven o'clock that morning, an ARVN officer stood a young
prisoner, bound and blindfolded, up against a wall. He asked the
prisoner several questions, and when the prisoner failed to answer,
beat him repeatedly. An American observer who saw the beating
reported that the officer "really worked him over". After the beating,
the prisoner was forced to remain standing against the wall for several
hours.

Dans ce texte, C. Chastain mentionne les séquences suivantes comme
« chaînes anaphoriques » :

- An ARVN officer … he … the officer.
- A young prisoner … the prisoner … him … the prisoner.

En revanche, dans les « chaînes de référence », les expressions
référentielles sont autonomes, indépendantes de tout élément antérieur, mais
elles doivent en plus, toujours selon C. Chastain (1975), apparaître dans des
1« contextes » différents, c’est-à-dire en dehors du même texte ou du même
discours. Il donne ainsi l’exemple d’un article de presse lu par une personne
qui va ensuite en rapporter le contenu à quelqu’un d’autre :

Suppose that I am reading the morning newspaper and I come across
the following story:

Houston, Texas, March 10 (UPI) - Dr. Michael DeBakey stated at a
press conference today that an artificial heart could be developed
within five years. The famed Baylor University heart surgeon said
that such a development would make heart transplants unnecessary.

I then report the fact to you by saying:

A doctor in Texas claims that artificial hearts will be developed
within five years.

Pour C. Chastain (1975), les « chaînes de référence » ne peuvent donc
apparaître que dans un espace inter- ou trans-textuel, avec rupture du
domaine d’application, ce qui peut sembler quelque peu contre-intuitif pour

1 Pour une critique de l’utilisation extrêmement vague que C. Chastain fait du terme
« contexte », voir F. Corblin (1995 : 155).

18
caractériser une « chaîne ». D’ailleurs, F. Cornish (1998 : 7) affirme à juste
titre qu’il y a dans ce cas « symétrie de référence, caractéristique de la
coréférence sans anaphore », en donnant au passage un exemple plus
pertinent de chaîne de référence à l’intérieur d’un même texte, de type
2journalistique . Un exemple similaire de chaîne référentielle pourrait être :

- Nicolas Sarkozy … le président de la République.

Dans ce cas, les éléments de la chaîne (un Npr et un groupe nominal
défini) sont autonomes, la relation de coréférence dépend largement de
connaissances encyclopédiques, extralinguistiques. En outre, ces expressions
pourraient très bien apparaître dans un texte dans l’ordre inverse, ce qui
3justifie la relation de symétrie évoquée par F. Cornish .

F. Corblin (1995) a quant à lui repris la dichotomie de C. Chastain (1975)
entre « chaîne anaphorique » et « chaîne de référence » – puisqu’il la
considère fondée et valable, en essayant toutefois de dépasser le stade
purement empirique des analyses philosophiques de C. Chastain et de leur
donner par là même une justification strictement linguistique, à partir des
propriétés des différents marqueurs apparaissant dans les chaînes et de leur
place dans celles-ci. Néanmoins, F. Corblin (1995 : 168) reconnaît
explicitement le caractère mixte, composite, fluctuant des chaînes dans les
langues naturelles. Ce dernier admet en effet qu’il existe deux principaux
types de liens à l’intérieur des chaînes.

Selon lui, les connexions qui se font entre les expressions référentielles
d’un même texte peuvent ainsi être anaphoriques (ou non autonomes), quand
elles sont construites sur des bases purement linguistiques. Dans ce cas, les
marqueurs en jeu sont :

- les pronoms
- les groupes nominaux démonstratifs
- les groupes nominaux définis (dans leur emploi
anaphorique)

2 Ce facteur n’est pas sans incidence selon nous et nous essaierons de démontrer au fil de
cette étude l’importance fondamentale du genre textuel dans ce domaine.
3 Néanmoins, les choses se compliquent assez vite et si l’on considère l’exemple ignoré
par C. Chastain dans son propre texte : Dr. Michael DeBakey … The famed Baylor University
heart surgeon, on peut difficilement imaginer un ordre différent. Il serait plus commode de
considérer que le groupe nominal défini apporte un gain de détermination et que l’on reste
dans une relation anaphorique. Au niveau « fonctionnel », on peut constater, avec F. Cornish
(1998 : 9), que le Npr reste bien premier dans ce type de texte et les exemples purement
autonomes (les fameuses « descriptions définies ») des logiciens sont plutôt rares ou sont en
tout cas systématiquement contextualisées et repérées par rapport à un Npr.
19
- les groupes nominaux indéfinis (lorsqu’ils apparaissent en
première position).

Les liens sont en revanche référentiels (ou autonomes), lorsqu’ils opèrent
à un niveau « communicatif ». Les expressions sont alors associées à un
référent « en vertu de connaissances contingentes, et si nous les traitons
comme équi-référentes, c’est uniquement en fonction de connaissances
constituées dans la communication ». (F. Corblin 1995 : 167). Dans ce cas,
les marqueurs qui apparaissent principalement dans les chaînes sont :

- les Npr
- les groupes nominaux définis (de type « description
définie »)
- les groupes nominaux indéfinis (lorsqu’ils apparaissent en
4toute autre position) .

Nous pouvons ainsi constater que, dès l’apparition du concept et les
premiers travaux l’intégrant dans une perspective linguistique (cf. F. Corblin
1983, 1985, 1995), un certain « flou » terminologique pouvait apparaître. En
plus des appellations « chaîne anaphorique » et « chaîne de référence», on
trouve également dans la littérature « chaîne référentielle» (F. Corblin 1995,
2005), « chaîne indexicale » (F. Cornish 1998), qui seraient des variantes
neutres de ce point de vue, ou encore « chaîne topicale » (F. Cornish 1998),
voire « chaîne de référence » avec le sens combiné de chaîne anaphorique +
chaîne référentielle (C. Schnedecker 1997, 2005). Certains auteurs
travaillant sur la question se passent même totalement de la notion de chaîne
(par exemple S. Van Vliet 2008). C’est pourquoi nous préciserons en temps
voulu, dans le cadre de la délimitation du sujet de ce travail, notre position
sur le concept lui-même, ainsi que sur la terminologie employée. Mais avant
cela, nous terminerons ce petit tour d’horizon préalable en examinant les
apports successifs de différents linguistes ayant travaillé sur les chaînes
depuis leur apparition en tant que concept.




4 F. Corblin (1995) donne l’exemple suivant : « Mon frère est serviable. Je lui ai
téléphoné hier car j’avais un problème. Cinq minutes plus tard un homme frappait. C’était
mon frère. »

Bien sûr, tous ces éléments sont co-référentiels, mais il est possible de considérer que
l’apparition du groupe nominal indéfini provoque l’apparition d’une nouvelle chaîne
anaphorique ou, du moins, d’une nouvelle portion de chaîne. C’est toute la problématique du
« découpage », ou du bornage des chaînes qui est en jeu, problématique sur laquelle nous
reviendrons plus tard.
20
1.2. Les principales approches linguistiques

Dans le domaine des sciences du langage, le concept a en effet été utilisé
dans des perspectives assez diverses, par des auteurs travaillant dans des
5cadres théoriques tout aussi variés. Tout d’abord, la question a suscité
l’intérêt de nombreux chercheurs travaillant dans le domaine du traitement
automatique du langage (TAL), et plus spécifiquement dans celui de la
résolution automatique des anaphores. Ces derniers ont essayé de concevoir
des programmes informatiques qui détecteraient automatiquement toutes les
expressions indexicales renvoyant à un référent, animé ou inanimé, dans un
texte donné. On peut citer, par exemple, les travaux de M. Dupont (2002),
s’appuyant sur le logiciel CalCoRef, ou encore ceux de S. Boudreau et R.
6Kittredge (2005) . Certes, ces tentatives se sont montrées intéressantes, mais
souvent l’extrême variabilité des données sémantiques en jeu n’a pas permis
d’aboutir à un traitement réellement satisfaisant des chaînes, les erreurs
d’identification automatique étant encore trop nombreuses dans ces
7différents programmes à l’heure actuelle . Signalons néanmoins les progrès
récents apportés par des modules tels que RefGen (présenté dans L. Longo et
A. Todirascu 2010).

8Dans le champ d’étude de la cohérence / cohésion textuelles , d’autres
auteurs ont contribué à la compréhension des chaînes en tant qu’éléments de
structuration du discours. Parmi ceux-ci, J.-M. Marandin (1998) a élaboré la
notion de thème précisément grâce à celle de chaîne. M. Charolles (1987,
1988, 1994, 1995) l’a également beaucoup utilisée, notamment pour décrire
les différents « plans » qui organisent selon lui le discours : les « chaînes »,
les « périodes », les « portées » et les « séquences ». Ces différents travaux
sont tous intéressants dans la mesure où ils montrent bien une certaine
autonomie des chaînes dans la structuration des textes ainsi que leur
interaction avec d’autres niveaux d’organisation du discours.

Parallèlement, certains auteurs, principalement anglo-saxons, ont
développé des analyses du phénomène dans le cadre de modèles
cognitivistes : par exemple R. W. Langacker (1987, 1991, 1993), T. Givon
(1983), ou W. Chafe (1987, 1994). Dans ce vaste courant, on peut noter la

5 Pour une présentation complémentaire et détaillée de différents travaux sur les chaînes,
cf. Schnedecker (1992) et surtout (1997), dont certaines références sont reprises ici.
6 Voir également A. Reboul et B. Gaiffe (1999), projet CERVICAL.
7 Ce qui limite, par ailleurs, la possibilité de traiter des corpus réellement larges, puisque
le suivi détaillé des chaînes ne peut se faire que par relevé manuel.
8 Après le travail bien connu de M.A.K. Halliday et R. Hasan (1976), Cohesion in
English.
21
9contribution de B. Fox (1987) sur la question. Selon cette dernière, l'emploi
d'un pronom de troisième personne signalerait que l'unité de discours en
cours d'élaboration n'est pas terminée, alors l’utilisation d'un Npr indiquerait,
au contraire, que l’unité de discours est bien terminée. Elle affirme ainsi (à
propos des chaînes que l’on retrouve dans les conversations orales) :

The first mention of a referent in a sequence is done with a full NP.
After that, by using a pronoun the speaker displays an understanding
that the preceding sequence has not been closed down. […] A full NP
is used to display an understanding of the preceding sequence
containing other mentions of the same referent as closed. (B. Fox
1987 : 18-19, cité par F. Cornish 1989 : 239)

Parmi les approches cognitivistes, la théorie de l’accessibilité de M. Ariel
(1988, 1990, 1994) a également joué un rôle important dans l’explication de
ce phénomène discursif. Schématiquement, ces approches ont tenté
d’expliquer la composition des chaînes en utilisant la notion assez large de
10« saillance » ou de « topicalité » . Tant que le référent est saillant ou
supposé saillant dans l’esprit du co-énonciateur, on trouvera des marqueurs
de haute accessibilité référentielle (de façon prototypique, un pronom).
Quand ce n’est plus le cas, on retrouvera des marqueurs de basse
accessibilité (de façon prototypique, un Npr). Dans le même cadre théorique,
une étude récente de S. Van Vliet (2008) a repris les analyses de R.
Jackendoff (2002) et de K. Van Hoek (1997), pour étendre le modèle des
« points de référence » (reference point model), appliqué jusque là aux
anaphores dans le cadre phrastique, aux chaînes de référence. Basé sur un
corpus néerlandais de récits produits spontanément par des étudiants et
11élaborés à partir de stimuli visuels (images de bandes dessinées) , le travail
de S. Van Vliet a débouché sur des résultats très intéressants sur lesquels
nous reviendrons plus en détail. L’intérêt principal de son étude est qu’elle
12essaie de déterminer l’influence respective de nombreux facteurs pouvant
contribuer au choix entre pronom et Npr, tels que la fonction syntaxique, les
changements de point de vue, les transitions entre différents épisodes,
l’intervention d’autres personnages, etc. Selon S. Van Vliet (2008), au final,
le choix entre pronom et Npr relèverait principalement de deux mécanismes
indépendants :


9 Nous remercions vivement F. Cornish pour nous avoir signalé cette référence. Voir
également F. Cornish (1989) pour un compte rendu de l’ouvrage de B. Fox (1987).
10 Pour une présentation détaillée et un résumé des critiques formulées à l’encontre de la
notion de saillance, cf. C. Schnedecker (1997 : 64)
11 et donc sur un genre assez particulier.
12 Le concept de saillance, assez large, mêlant souvent des aspects sémantiques et
syntaxiques assez divers.
22
In the maintenance of reference to narrative characters, the choice
between proper nouns and pronouns is guided by two mechanisms: an
independent distance-based alternation of proper nouns and pronouns,
and the repetition of proper nouns after discourse-structural
boundaries. These linear and hierarchical factors can be assumed to
exert their influence through the fluctuation of (assumed) referent
salience. The relation between context factors and referential form
stems from the salience characteristics inherent in the nominal
categories proper noun and pronoun, which accounts for reference
maintenance at both the clause and the discourse level. (S. Van Vliet
2008 : 193)

Enfin, un aspect intéressant des approches cognitives, ainsi que des
approches fonctionnalistes discursives, comme celle de F. Cornish (1998,
1999, 2006a 2006b, 2009, 2010, 2011) est leur prise en compte de ce que
nous appelons dans notre propre cadre théorique le co-énonciateur, comme
instance de discours. En effet, ces approches insistent notamment sur le fait
que l’énonciateur cherche à attirer ou à maintenir l’attention du
coénonciateur, dans un but communicationnel lié au genre discursif. Dans cette
optique, les chaînes jouent également un rôle structurant, pour signaler au
co-énonciateur la structure informationnelle des textes, l’organisation
« topicale ».

Dans un cadre théorique légèrement différent, il nous faut également
signaler une autre référence incontournable en la matière, la monographie de
C. Schnedecker (1997) intitulée Nom propre et chaînes de référence. Dans
cet ouvrage, C. Schnedecker s’est efforcée de donner une définition
opératoire des chaînes en insistant particulièrement sur la délimitation (« le
bornage ») de celles-ci. Elle a surtout insisté sur la reprise du Npr, appelée
« redénomination », par rapport à l’utilisation dominante des pronoms
anaphoriques, au niveau de la phrase et du discours :

Les chaînes de référence sont bornées et leurs bornes sont internes à
l’espace référentiel lui-même, au sens où ces bornes sont constituées
par des expressions référentielles, d’une part, et d’autre part, la
réitération, à un point donné, du nom ayant servi à introduire le
référent (i.e. la borne initiale). La redénomination du référent […] est
remarquable aux plans linguistique et cognitif, en ce qu’elle émerge
du matériau de base des chaînes que constituent les pronoms. C.
Schnedecker (1997 : 2)

C. Schnedecker (1997) a ainsi montré que l’utilisation des Npr n’était pas
seulement une affaire de saillance référentielle, que la redénomination avait
un fonctionnement spécifique, se rapprochant de celui évoqué par B. Fox
23
(1987). En s’inspirant des analyses de G. Kleiber (1994), elle affirme que le
Npr permet d’évacuer le contenu descriptif d’un référent, le déconnectant
ainsi de toute prédication antérieure, pour effectuer une sorte de « re-saisie
référentielle », et empaqueter l’information par « paragraphes
pragmatiques ». Ou, de façon plus métaphorique :

Le Np[r] instruit du fait qu’on peut fermer un fichier référentiel pour
en ouvrir un autre du même dossier ou à propos du même référent.
Linguistiquement parlant, le Np[r] signalerait que le locuteur initie
une nouvelle chaîne pour saisir le référent dans un contexte tout
différent ou sans rapport nécessaire avec ce qui précédait. C.
Schnedecker (1997 : 150-151)

Même si nous n’avons pas exactement la même conception de la
délimitation des chaînes, cette dernière analyse du fonctionnement des
différents marqueurs référentiels nous a semblé particulièrement éclairante
pour notre propre étude et, au demeurant, nous aurons l’occasion d’y revenir
plus amplement au cours de notre analyse des différents éléments constitutifs
de celles-ci, au chapitre 2. En revanche, on peut remarquer que B. Fox
13(1987), C. Schnedecker (1997) et S. Van Vliet (2008) – en se concentrant
sur l’alternance dominante Npr / Pro – n’ont pratiquement pas pris en
compte les différents groupes nominaux qui apparaissent de façon récurrente
dans certaines chaînes.

Enfin, certains auteurs se sont concentrés sur d’autres aspects de la
question. Par exemple, D. Le Pesant (2002) a travaillé sur la détermination
dans les groupes nominaux des chaînes, et plus particulièrement sur
l’alternance entre articles définis et démonstratifs. Dans un autre domaine,
A. Rabatel (1998, 2004a, 2004b, 2008) a intégré les chaînes dans sa
description du « point de vue », notion sans aucun doute cruciale pour nos
propres analyses, dans une perspective à la fois linguistique et
narratologique. G. Achard-Bayle (1996, 2001) ainsi que M. Charolles et C.
Schnedecker (1993) ont eux aussi abordé la notion de point de vue de
certains éléments des chaînes – notamment en ce qui concerne la
14problématique connexe des « référents évolutifs » –, tout comme K.

13 B. Fox (1987) n’évoque que rapidement les reprises par un groupe nominal. S. Van
Vliet (2008) les intègre dans la catégorie Npr car son corpus non littéraire n’en comprend
quasiment pas. C. Schnedecker, quant à elle, reconnaît volontiers cette non prise en compte,
en conclusion de son ouvrage (C. Schnedecker 1997 : 209), mais elle réintègre par ailleurs ces
fameux syntagmes nominaux « prédicatifs » dans d’autre travaux (Schnedecker 2005, 2006a,
2006b).
14 Les exemples typiques de ce phénomène sont les recettes de cuisine dans lesquelles les
référents évoluent au fur et à mesure, comme le célèbre poulet de G. Brown et G. Yule
(1983) : Kill an active, plump chicken. Prepare it for the oven, cut it into four pieces and
24
Jonasson (2000, 2001, 2006), parfois dans une perspective comparative
français / suédois. E. Dupuy-Parant (2006) a pour sa part considéré les
chaînes dans une approche diachronique, F. Corblin (2005) a formulé des
remarques intéressantes sur les différences qui opposent les chaînes de l’écrit
à celles de l’oral et A. Karmiloff-Smith (1979, 1981) a analysé les chaînes
que l’on trouve dans le langage des enfants. Quant à G. Ranger (2002), il a
procédé à une étude contrastive français / anglais de certains éléments des
chaînes, dans une perspective traductologique et énonciative qui a constitué
le point de départ de notre étude personnelle. On peut en tout cas reconnaître
que tous ces travaux témoignent de la vivacité, du foisonnement, voire de la
complexité de ce champ d’étude, c’est pourquoi nous préciserons dans la
prochaine section notre conception de la notion de chaîne et l’angle sous
lequel nous l’avons appréhendée.

2. Délimitation du sujet, cadre théorique, méthode et corpus

Compte tenu de l’importante littérature sur le sujet, nous tenions tout
d’abord à expliciter notre position sur l’objet de notre étude. De plus, le
domaine étant très vaste comme nous venons de le remarquer, il convenait
également de poser d’emblée des limites précises pour définir une
problématique plus restreinte. Le cadre théorique que nous avons adopté sera
ensuite présenté ainsi que les différents corpus et la méthode utilisés pour
mener à bien notre analyse.

2.1. Délimitation du sujet

L’idée de départ de notre travail de recherche était de réaliser une étude
comparative anglais / français des chaînes de référence, mais également
15d’appréhender ces dernières dans des textes de différents genres ,
principalement la fiction littéraire et les textes journalistiques. Nous avons
également choisi de nous concentrer uniquement sur les marqueurs
16référentiels concernant les animés humains (ou, éventuellement,
humanisés), c’est-à-dire les personnages fictifs ou réels que l’on rencontre
tout au long des textes. Il s’agit non seulement de voir par quels procédés la
référence est maintenue, mais surtout d’étudier comment se construit la

roast it with thyme for one hour. Certains linguistes rangent aussi dans cette catégorie les
personnages de fiction qui évoluent et changent de rôle au fur et à mesure de la narration. A
propos des référents évolutifs, voir entre autres M. Charolles et C. Schnedecker (1993), C.
Schnedecker et M. Charolles (1993), W. A. Maes (2001), G. Kleiber (1988, 2001), G.
Achard-Bayle (2001), et A. Rabatel (2004a).
15 La problématique du genre est souvent évoquée, mais rarement abordée de façon
détaillée dans la littérature sur le sujet.
16 Le concept rejoignant bien sûr le domaine infiniment plus vaste de l’anaphore, qui peut
s’appliquer à tous les types d’objets textuels. Voir entre autres C. Charreyre (2001).
25
production / interprétation de ces représentations dans des séquences
textuelles authentiques et étoffées, afin de cerner les éventuelles tendances
contrastives, les contraintes et les choix – sémantiques, énonciatifs,
référentiels – qui peuvent justifier l’emploi des différents types de marqueurs
référentiels, et de tenter de déterminer, par là même, la (ou les) fonction(s)
de ces formes.

Il convient donc de préciser d’emblée que cette étude se situe résolument
17au niveau des enchaînements discursifs et textuels et dépasse ainsi le stade
des reprises anaphoriques dans un cadre purement phrastique et
grammatical. Ceci implique que, la plupart du temps, nous ne prendrons pas
en compte les critères et les contraintes syntaxiques, qui exercent pourtant
18une influence indéniable, au niveau de la phrase. Certains travaux ont déjà
exposé les contraintes syntaxiques qui semblent peser sur l’emploi du Npr
par rapport au pronom à l’intérieur d’une même phrase, mais la plupart des
auteurs de ces mêmes travaux reconnaissent en même temps que la syntaxe a
19souvent une influence limitée au-delà du cadre strictement phrastique et
que d’autres critères sémantiques peuvent fréquemment modifier ces
contraintes voire les supprimer totalement. On peut par exemple penser au
critère générativiste de « C-commande », qui interdirait par exemple la
répétition du même Npr dans la proposition qu’il gouverne, mais qui ne
fonctionne pas toujours, car il y a énormément d’exceptions et de
contreexemples à cette règle. Nous pouvons donc admettre, avec C. Schnedecker
(1997 : 104), que : « loin d’être assujettie aux phénomènes syntaxiques, la
redénomination du référent par le Np[r] s’en démarque pour faire preuve, en
définitive, d’une relative autonomie ».

Si dès lors, dans cette perspective discursive, trans-phrastique, l’intérêt de
la notion de chaîne ne fait guère de doute, sur quelle définition de celle-ci
peut-on finalement s’accorder ? Celle que nous avons retenue a
essentiellement pour vocation d’être opérante dans le cadre des limites que
nous avons arbitrairement fixées. Tout d’abord, afin de conserver une
certaine cohérence terminologique, nous avons ainsi choisi d’adopter
l’appellation de chaîne de référence (désormais ChRef) pour l’ensemble de
notre étude, dans la mesure où certains éléments de ces fameuses ChRef,
comme les Npr, ne peuvent pas (toujours) être considérés comme des
marqueurs réellement anaphoriques, au sens strict du terme, comme nous le
verrons. Les chaînes du discours sont donc intrinsèquement mixtes,
composites, hétérogènes, composées d’éléments anaphoriques et d’éléments

17 Dans la lignée des travaux de C. Charreyre (1991, 2001, 2007, 2008).
18 Voir par exemple le chapitre 4 de C. Schnedecker (1997), S. Van Vliet (2008), L.
Picabia (1990) ou encore J.-C. Milner (1986).
19 Cf, entre autres, A. Zribi-Hertz (1989, 1996)
26
référentiels, et l’appellation ChRef nous semble appropriée pour travailler
sur notre problématique, à savoir la construction de la référence associée aux
personnages, tout au long des textes.

Vient ensuite naturellement la question de la délimitation et du bornage
de ces mêmes ChRef. A l’instar de C. Schnedecker (1997) et de F. Corblin
(1987), nous considérons qu’il faut plus de deux éléments coréférentiels pour
constituer une ChRef, sinon la notion de chaîne perd de facto tout son sens et
son intérêt. En effet, si l’on considère que deux éléments suffisent à former
une ChRef, alors qu’est-ce qui la distinguerait de la simple relation
d’anaphore textuelle ? La limite minimale n’est donc pas difficile à définir.
En revanche, peut-être est-il est moins évident de déterminer où va s’arrêter
une ChRef. S’agit-il comme le pensent certains de l’ensemble des
20expressions coréférentielles d’un texte ? Ou bien alors peut-il y avoir dans
21un même texte plusieurs chaînes renvoyant au même personnage ? Sans
vouloir minimiser l’importance du bornage des ChRef, ce n’est pas la
problématique qui a le plus retenu notre attention, et si nous conservons la
métaphore traditionnelle de la « chaîne », c’est pour son côté cohésif, liant,
voire rigide (enchaînement des différents « maillons »), mais également
parce qu’il est possible d’y voir une certaine élasticité, souplesse ou
malléabilité. Nous considérerons ainsi que l’ensemble des formes
coréférentielles d’un texte renvoyant au même personnage forme une seule
ChRef, mais que celle-ci peut se décomposer en plusieurs portions, un peu à
la façon d’un système d’arborescence de fichiers informatiques. Cette
position permet surtout de ne pas avancer d’hypothèses trop puissantes ou
trop contraignantes qui prédiraient à l’avance le fonctionnement des ChRef
dans des textes authentiques, indifféremment des langues ou des genres
textuels. Nous tenons à préciser, dès lors, que, malgré notre utilisation
constante de la notion de ChRef, la question du bornage précis de ces
« chaînes » ne sera abordée qu’indirectement et ne constituera pas l’essentiel
de notre travail de recherche.


20 C. Schnedecker (1997 : 21-22) évoque ainsi les définitions des ChRef de C. Chastain
(1975), de F. Corblin (1985) et de M. Charolles (1988), qui soutiennent cette position et
parlent de « suite » ou de « séquence » de marqueurs référentiels. Elle pose alors avec humour
la question du coût du traitement cognitif des ChRef dans une telle approche : « dans quel état
cognitif se trouverait le lecteur des trois tomes des Frères Karamazov qui aurait
consciencieusement retenu ne serait-ce qu’une chaîne renvoyant à l’un desdits frères ? » Il
nous semble néanmoins que la tâche du lecteur est moins de mémoriser une telle ChRef que
de savoir qu’il est toujours question du même personnage, ce qui est sans doute moins ardu.
21 C’est par exemple la position de C. Schnedecker (1997 : 32-33) qui considère qu’il y a
constitution d’une nouvelle ChRef à chaque fois que le Npr initial est redonné. Elle oppose
ainsi « continuum référentiel » à ChRef, le continuum référentiel se définissant
comme : « l’ensemble des chaînes initiées par une même constante référentielle qui signale la
coréférence entre ces différentes chaînes ».
27
La troisième question qui se pose ensuite – et qui est évidemment liée à
celle de la délimitation – est bien sûr celle de la composition des ChRef, soit
la nature et la fonction des différents éléments qui peuvent entrer dans les
ChRef. Le premier type de marqueur que l’on rencontre est le Pro personnel
anaphorique, qui est souvent considéré comme la forme la plus répandue,
« non marquée », de la reprise, et que nous envisagerons surtout par rapport
aux deux autres catégories de marqueurs, c’est-à-dire les Npr et les AN.
L’appellation AN a été choisie pour son caractère neutre et générique, pour
renvoyer à l’ensemble des groupes anaphoriques désignant les référents des
ChRef et dont le noyau est un nom commun, quelle que soit la détermination
associée (article défini, démonstratif, ou possessif). En revanche, on ne
22saurait parler d’anaphore au sens strict pour les SN à article indéfini , qui
mettent en jeu l’opération d’extraction. Précisons que dans l’optique d’un
traitement unifié des marqueurs référentiels, nous n’avons pas exclu les SN
indéfinis de notre étude. Mais à l’inverse des autres SN, ces derniers mettent
en jeu uniquement une relation de co-référence (sans anaphore) avec les
autres maillons des ChRef.

Par ailleurs, l’appellation AN est à mettre en parallèle avec celle
d’ « anaphore lexicale », utilisée par G. Ranger (2002). Dans son article sur
la question, G. Ranger (2002 : 83) en donne la définition suivante : « par
anaphore lexicale, nous entendons [un] terme qui, d’une part, fait référence à
23un antécédent , mais qui, d’autre part, introduit une qualification
supplémentaire par le biais d’un élément lexical ». Nous reviendrons bien
sûr de façon détaillée sur cette notion de « qualification supplémentaire ».

Enfin, si l’alternance Npr / Pro a déjà été étudiée, nous essaierons pour
notre part d’intégrer dans notre analyse tous les éléments constitutifs des
ChRef, en nous concentrant tout particulièrement sur ce que nous
appellerons parfois (pour les regrouper) les formes pleines, c’est-à-dire les
Npr et les AN. S’agit-il de formes « marquées » de la reprise ? A quels
endroits des ChRef apparaissent-elles et sous quelles conditions ?
Instaurentelles de nouvelles chaînes, sont-elles des jalons, des points d’ancrage, ont-

22
Par commodité, dans l’optique d’un traitement global des SN apparaissant dans les
ChRef, nous conserverons cette appellation pour renvoyer à l’ensemble de ces groupes
nominaux, tout en gardant à l’esprit qu’elle est légèrement inexacte pour les syntagmes
indéfinis en première mention, qui ne sauraient constituer des « anaphores ». Le critère de
coréférence est, pour nous, primordial et nous n’avons aucunement pour objectif de formuler
une théorie unifiée de l’anaphore.
23 Nous tenons à rappeler que, malgré cette formulation de G. Ranger qui laisse supposer
le contraire, la théorie énonciative culiolienne, notamment en matière d’anaphore, n’est pas
attachée à de stricts « antécédents textuels », sinon en tant que traces d’opérations mettant en
jeu des représentations mentales des « référents », soumises à de constants ajustements
discursifs et intersubjectifs. A propos des reprises « notionnelles », voir notamment J.-C.
Souesme (2004).
28