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Nos gloires militaires contemporaines

De
175 pages

PAR UN ZOUAVE DE LAMORICIÈRE

Parmi les ennemis que nous avions rencontrés en 1830 à Alger, lors de la prise de cette ville, se trouvait Hady-Achmet, bey de Constantine, qui était venu mettre ses armes au service du dey et qui, peu d’heures avant la reddition de la vieille cité barbaresque, l’avait quittée, emmenant chevaux, troupeaux, emportant des armes et des trésors considérables. Dès les premiers mois de notre occupation, il s’était déclaré notre ennemi acharné, et, le 15 décembre 1830, le général, plus tard maréchal Clausel, avait, au nom de la France, proclamé sa déchéance.

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BATAILLE DE SOLFÉRINO (24 juin 1859). (D’après le tableau d’Yvon.)
Dick de Lonlay
Nos gloires militaires contemporaines
CONSTANTINE
(6-13 OCTOBRE 1837)
PAR UN ZOUAVE DE LAMORICIÈRE Parmi les ennemis que nous avions rencontrés en 183 0 à Alger, lors de la prise de cette ville, se trouvait Hady-Achmet, bey de Constantine, qui était venu mettre ses armes au service du dey et qui, peu d’heures avant la red dition de la vieille cité barbaresque, l’avait quittée, emmenant chevaux, troupeaux, empor tant des armes et des trésors considérables. Dès les premiers mois de notre occupation, il s’était déclaré notre ennemi acharné, et, le 15 décembre 1830, le général, plus tard maréchal Clausel, avait, au nom de la France, proclamé sa déchéance. On lui avait pris Bougie et d’autres villes ; mais il s’agissait de Constantine, ville réputée imprenable et qui servait au bey comme d’un repaire d’où il s’élançait pour désoler tout le pays par les plus effroyables exactions et par des cruautés inouïes. L’affaire était grave. On tarda longtemps. Enfin, le 8 novembre 1836, une petite armée de huit mille hommes, dont beaucoup de convalescents, part de Bône, à quarante-cinq lieues de Constantine, sous les ordres du maréchal Clause !. Parvenues en présence de la cité d’Achmet, le 21 novembre, nos troupes, affa iblies et découragées par un temps horrible, échouent dans une attaque de nuit sur la porte d’El-Kan-tara, et, manquant de vivres, sont obligées de battre en retraite, jonchant la route de cadavres et de mourants. Il s’agissait de prendre notre revanche de cet échec. Le 1er octobre 1837, une nouvelle armée de dix mille hommes environ part de Bône pour venger la défaite de l’année précédente. Cette fois les préparatifs répondent à l’importance de l’entreprise. Les troupes sont commandées par le général de Damrémont , qui, par ordonnance du 12 février 1837, a succédé au maréchal Clausel. Cet officier général, aide de camp du duc de Raguse sous l’empire, a déjà pris part à l’expéd ition d’Alger en 1830. Il a sous ses ordres le général Valée, qui commande l’artillerie, le duc de Nemours, les généraux Rulhières et Trézel. Ce dernier a été blessé d’une balle au cou à la première attaque de Constantine. er Le corps expéditionnaire quitte donc, le 1 octobre, le camp de Medjez-el-Amar, sous Bône. Le temps est très beau ; l’armée, animée d’un même sentiment, est impatiente de venger la défaite précédente et part avec une confiance et un entrain qui font plaisir à voir. Le bataillon du corps des zouaves marche à l’avant-garde sous les ordres du duc de Nemours. Les zouaves n’ont pas fait partie de la pr emière expédition de Constantine ; aussi est-ce avec joie que nous avons reçu l’ordre de marcher cette fois, non pour venger l’honneur de nos armes, qui, certes, est sauf, mais pour réparer par un succès éclatant l’échec de 1836. L’aspect de notre uniforme est des plus typiques et en même temps des plus pittoresques. Turban vert, veste et gilet bleu foncé à galons rouges, ceinture bleu céleste, large pantalon à la turque en drap rouge, molletières en cuir fauve et guêtres blanches ; en outre, le sac de l’infanterie, la giberne et le sabre-briquet accrochés à un ceinturon de cuir noir. C’est le costume oriental sous les couleurs de l’infanterie française, mais avec quelques modifications qu’un œil exercé aperçoit tout de suite, et qui, sans rien ôter à la grâce et à l’originalité des vêtements, en ont fait le costume le plus leste et le mieux
entendu, je crois, qu’ait jamais porté homme de guerre. Les officiers seuls ont conservé un uniforme européen d’une élégante austérité ; seu lement quelques-uns d’entre eux, lorsqu’ils sont en campagne, ont échangé le képi contre ce chaud bonnet de laine rouge que les Turcs appellentfez et les Arabeschachia.commandant, M. de Notre Lamoricière, n’est déjà connu dans la province d’Alger que sous le nom deBou-Chachia (le Père au bonnet).
Cavalerie arabe harcelant l’arrière-garde de l’armée française en marche sur Constantine.
Ce corps des zouaves, de formation encore toute récente, a été créé par un arrêté du er 1 octobre 1830, qui a décrété l’organisation de deux bataillons d’infanterie indigène sous le nom dezouaves,arabe en zouaoua. Les Zouaoua sont une des plus belliqueuses tribus de la Kabylie, et ont toujours eu la réputation d’être les meilleurs fantassins de la régence, à laquelle ils louaient leurs services militaires. Comme les gens de cette tribu ont formé le principal noyau du nouv eau corps créé par nous, leur nom a été donné à celui-ci. Des officiers et sous-officie rs français ont été chargés de les instruire et de les commander. Bientôt on a jugé utile d’enrôler des Européens dan s les zouaves. Les premiers volontaires de la Chartele gouvernement a dirigés sur l’Afrique y sont incorporés, que portant encore la blouse gauloise. On peut dire que le noyau des zouaves a été composé d’enfants de Paris et d’indigènes des environs d’Al ger. Six semaines à peine se sont écoulées depuis l’arrêté de la création de la nouve lle troupe, que déjà elle tient la campagne, et reçoit le baptême du feu au col de Mou zaïa. Enfin une ordonnance du 7 mars 1833 a fixé pour le bataillon de zouaves le no mbre des compagnies à dix, huit françaises et deux indigènes ; il doit y avoir douz e soldats français dans chaque compagnie indigène. Le siège de Constantine, qui doit avoir lieu, sera un des plus beaux fleurons de la couronne guerrière des zouaves. L’armée suit la même marche que la première fois. A Nechmeïa nous traversons un pays très pittoresque, couvert de ruines romaines. Nous atteignons, après Nechmeïa, le col de la monta gne de Mouelfa, d’où, en regardant du côté de Bône, on jouit d’une vue splen dide et très étendue ; après avoir traversé le territoire des Beni-Fauchal, nous arrivons aux bains romains de Hammam-el-
Berdaa, ombragés de tamaris, de lauriers-roses et d ’orangers. Le lendemain, nous traversons la Seybouse, et une heure après nous ent rons à Guelma, qu’on dit être l’ancienne Calama, et qui est encore entourée d’une vaste enceinte romaine flanquée de plusieurs tours carrées. Le bey Yousouf, qui est arrivé depuis la veille à G uelma, nous reçoit à la tête de son goum, bannières et oriflammes déployées, et aux sons criards des tamtams, des flûtes et des tambourins. On se remet bientôt en marche, et on fait halte à Medjez-Hamar. Nous passons de nouveau la Seybouse, dont le génie est obligé d’aplanir les berges escarpées pour faciliter le passage de notre artill erie et des voitures du grand convoi. Heureusement le temps est toujours beau. Bientôt nous nous trouvons en face du Raz-el-Arba, montagne élevée dont la crête se montre à nou s depuis deux heures ; quelques cavaliers arabes s’y dessinent en silhouettes, mais disparaissent rapidement à l’approche de notre avant-garde. Le glissement du sol rend cette montée du Raz-el-Arba bien fatigante pour nous, et nous oblige à en adouc ir les aspérités, afin de faciliter le passage des voitures. Nous allons camper, ce jour-là, à peu de distance du fameux marabout du Santon, un des plus vénérés de la régence. Mais bientôt le ciel s’obscurcit, un vent glacial se lève et est suivi d’une pluie froide et serrée. Le lendemain, l’armée se met en marche de bonne heure ; tout le monde est impatient de quitter ce b ivouac de boue et d’eau glacée. Les chemins sinueux, tantôt rocailleux, et plus souvent boueux, à peine possibles pour les piétons, deviennent très difficiles pour les chevaux et impraticables pour les voitures. A tout instant il faut s’arrêter et attendre l’arrivée de l’artillerie et du train des équipages. Le jour tire à sa fin, quand on parvient au lieu no mmé Summa, dont le nom véritable pourrait bien être Cemâa (le Minaret). C’est un pla teau très dominant où s’élèvent les ruines d’un édifice antique attribué à Constantin. Là nous retrouvons, à moitié ensevelis dans la boue, quelques ossements blanchis de nos malheureux soldats qui y sont morts de froid à notre première expédition. Le gros de l’armée n’arrive sur ce point qu’à la nuit tombée et par un redoublement de vent et de pluie furieuse. Ce bivouac est horrible ; on enfonce jusqu’à mi-jambes dans le sol détrempé. Les hommes sont obligés de rester debout toute la nuit, ne pouvant ni se coucher ni faire du feu ; on n’a pas trouvé un brin de bois pour préparer des aliments ou pour réchauff er ses membres mouillés et engourdis. Enfin le jour reparaît, mais chargé de sombres nuages (6 octobre). Nous traversons à gué le torrent de l’Oued-el-Nadjera, dont les eaux sont très hautes ; les hommes, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, forment la chaîne ou s’attachent à la queue des chevaux et des mulets. Enfin les zouaves arrivent au pied du M ansourah et occupent rapidement cette position importante.
Porte-drapeau et zouaves (1837).
Du sommet nous apercevons, à deux kilomètres de dis tance, Constantine, qui s’élève dans la vallée du Rummel, sur un promontoire de roches calcaires qui ne tient aux coteaux voisins que par un bras. La ville occupe en entier cette vaste table. Au pied de cette muraille de roc vif, à une distance de quatre à cinq cents pieds, coule le ruisseau sableux du Rummel au milieu de jardins fertiles. La face de ce t isthme, la seule accessible vers la colline de Coudiat-Ati, a été garnie d’un rempart, d’une batterie et de trois portes. Le reste de l’enceinte est si redoutable par lui-même, qu’en beaucoup de points on n’y a ajouté nulle défense ; des façades de maisons, les murailles des cours, quelquefois de petits murs à hauteur d’a ppui ou un parapet seulement, bordent la roche verticale. Au nord de la ville, un pont a été jeté au-dessus du gouffre,
faisant communiquer la ville avec les collines vois ines : il conduit à la porte de Bab-el-Cantara. La ville est bien bâtie ; elle a de la res semblance avec quelques villes d’Espagne : de beaux édifices s’y font remarquer. U ne casbah en occupe l’angle supérieur vers l’ouest et commande les différents quartiers de la ville. On sait qu’Achmet -Bey a quitté Constantine et s’es t retiré vers Milah avec ses femmes, ses trésors et une partie de ses troupes, l aissant le commandement à son lieutenant, chef kabyle hardi et renommé, du nom de Ben-Aïssa. On reconnaît sur-le-champ que la place est disposée à une résistance à outrance. Le grand étendard rouge des Ottomans flotte sur la principale batterie. Une multitude armée court sur les remparts. Du haut des minarets des mosquées, les muezzins exc itent le peuple par leurs chants religieux. Des versets du Coran, lancés dans les ai rs, sont répétés par des milliers de voix fermes, calmes et assurées. Le général Damrémont donne l’ordre à l’avant-garde d’aller occuper en toute hâte le plateau du Coudiat-Ati. Mon bataillon de zouaves do it marcher en avant. Nous partons précédés d’une ligne de tirailleurs. Dès que nous s ommes à portée, une violente canonnade part de la grande batterie, et le premier boulet emporte la tête à un capitaine d’artillerie. En même temps, le plateau du Coudiat-Ati est aussitôt couvert de fantassins turcs et de cavaliers arabes, sortant de la ville pour nous disputer cette occupation. Ces indigènes, au nombre de quinze cents environ, vienn ent s’embusquer dans, les cimetières et commencent de là un feu soutenu contr e nos premiers tirailleurs qui montent à l’assaut. Une foule d’habitants sans arme s, des femmes, et même en grand nombre, ont suivi la sortie, et cette population se presse en arrière des combattants pour les encourager par ses clameurs et sesyou ! you ! stridents et aigus. Nous prenons le pas gymnastique, et nous arrivons au Rummel qui est rapidement franchi, malgré son courant rapide et encaissé, et les gros cailloux qu’il roule. La rampe du Coudiat-Ati est escaladée en un clin d’œil. L’ennemi fond avec rage sur la première ligne de nos tirailleurs, qui est un insta nt repoussée. Quelques hommes blessés, étant restés au pouvoir de l’ennemi, sont hachés sous nos yeux. A cette vue les zouaves, exaspérés, se précipitent à la baïonnette et culbutent tout ce qui veut s’opposer à leur course. L’ennemi commence à se replier et tout à coup se met à fuir dans le plus grand désordre sans regarder derrière lui. Toute ce tte masse, femmes, hommes armés et désarmés, se précipite tumultueusement vers la ville et s’agglomère devant les portes, qui n’ouvrent pas une entrée assez large à ses flots pressés. Le plateau du Coudiat-Ati, complètement abandonné p ar les Arabes, est occupé par nous. On aperçoit la cavalerie d’Achmet-Bey couronn ant toutes les crêtes des montagnes voisines, et épiant nos mouvements. A peine installés, nous commençons les travaux de siège et élevons des tranchées et des épaulements pour nous couvrir du feu de la place. La nuit arrive, nuit troublée par les chants aigus et continuels des muezzins, les cris poussés par les habitants de la ville, et ceux de nos vedettes : « Sentinelles ! prenez garde à vous ! » Le 7, dès la pointe du jour, nous remettons en état nos fusils à pierre, abîmés par la pluie et l’humidité. Tout à coup l’ennemi, caché dans les ravins environnants que la nuit n’a pas permis de reconnaître, tombe avec furie sur nos positions du Mansourah et du Coudiat-Ati ; des cris partant de la ville et ceux des Turcs eux-mêmes encouragent les combattants, qui se jettent sur la tête de la sape où se trouve ma compagnie de zouaves. Ce sont des janissaires, reconnaissables à leur caf tan vert et à leur grand bonnet de feutre côtelé. Nous soutenons vigoureusement le choc de ces fanatiques, qui, après avoir déchargé leurs longs pistolets, nous attaquent à coups de yatagan ; nous les repoussons à la baïonnette, couvrant notre épaulement de leurs cadavres.
Le général Valée, pressé d’établir ses batteries, va reconnaître à Coudiat-Ati le terrain le plus favorable à leur emplacement : il y a une b atterie de brèche et une batterie d’obusiers. Tous ces travaux sont commencés le soir même et continuent pendant toute la nuit. Mais la pluie, qui tombe à torrents, contr arie les travailleurs. Les rampes ménagées pour le passage de l’artillerie s’écroulent ; les trains qui portent les canons et les munitions s’embourbent à chaque instant jusqu’a ux moyeux ; les sacs à terre eux-mêmes, exposés à cette pluie diluvienne, ne sont plus portables, tant ils sont fangeux. Plongés dans la boue, transis de froid, nous ne trouvons aucun abri pour réchauffer nos membres engourdis ; tous les feux sont forcément éteints ; pas une tente ne peut être dressée. Cependant une troisième batterie, baptisée du nom de Damrémont, établie sur le Mansourah, reçoit trois pièces de 24 et deux obusiers, et tire aussitôt quelques coups sur la place. Ces détonations raniment le moral de nos pauvres soldats, qui attendent avec impatience le moment de l’assaut. La nuit du 8 au 9 est encore plus affreuse ; la pluie tombe avec rage sans discontinuer. Le 9 au matin, malgré la pluie, les batteries du Ma nsourah ouvrent le feu, mais ne produisent que peu d’effet ; aussi le général en chef, d’accord avec le général Valée, fait dégarnir ces batteries pour renforcer celles du Coudiat-Ati. C’est là un travail de géants, car ces deux points sont séparés par une brèche au fond de laquelle coule le Rummel. Là pas de routes tracées, un terrain glaiseux, glissant, les rives du torrent, hérissées de roches inégales, presque à pic ; le torrent, grossi par des pluies, présente lui-même un fond rocheux et inégal. Eh bien, il faut franchir tous ces obstacles pour t ransporter notre lourde artillerie au sommet du Coudiat-Ati. Cette opération, sur un terr ain exposé au feu de la place, est exécutée pendant la nuit, afin de nous soustraire aux coups de l’ennemi. Tout le monde doute du succès ; le terrain, trop délayé, s’affais se sous le poids des gros canins. Les chevaux ne pouvant suffire, on doit y atteler les hommes ; enfin les pièces de 12 et de 16 arrivent au sommet du plateau. Le 10 au matin, toutes ces pièces sont replacées su r leurs affûts et installées sur les plates-formes, prêtes à ouvrir le feu. Malheureusem ent deux grosses pièces de 24, ne pouvant être montées, ont dû être abandonnées en route, au pied du plateau du Coudiat-Ati. Dans cette pénible circonstance, le lieutenant -colonel de Lamoricière met spontanément notre bataillon à la disposition de l’ artillerie. On assiste alors à un magnifique spectacle. Nos zouaves, mus par un admirable sentiment d’orgueil et d’esprit de corps, s’attellent, au moyen de cordes et d’autres engins, à ces énormes masses de bronze, et à l’aide de leviers les font glisser sur la boue de la montée. Ces braves gens, le front inondé de sueur, les vêtements en lambeaux , hissent ces canons avec une énergie extraordinaire, en plein jour et sous le feu de la place, qui les accable de bombes et de grenades. Leurs clairons sonnent la charge. A leur passage à travers les campements du Coudiat-Ati, ils sont salués par de f rénétiques hourras et les cris mille fois répétés de : « Vivent les zouaves ! » Malheureusement la pluie continue de plus belle. Bientôt le Rummel devient inguéable et suspend toute communication du Coudiat-Ati avec le quartier général, installé en arrière du plateau du Mansourah. La situation des d éfenseurs de la première position commence à devenir critique, à cause de la diminution des vivres et des munitions. Enfin e un soldat du 17 léger, nommé Morache, s’offre pour traverser le Ru mmel, devenu un affreux torrent, et porter un ordre au Coudiat-Ati. La dépêche contenue dans un morceau de toile cirée roulé autour de sa tête, il a le cou rage et le bonheur de traverser la rivière sous les coups de fusil des Arabes, et d’arriver sain et sauf au milieu de nous. Dans la soirée, le temps se remet subitement au bea u ; le Rummel devient enfin
guéable ; un grand convoi de munitions peut le fran chir et venir nous ravitailler. Les travaux reprennent aussitôt bon train, et la batterie de brèche finit par être armée.