Nous avons quelque chose à vous dire...

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Français
149 pages
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Description

En 2008 et 2009, l'Ecole de la 2e chance (E2C) de Marseille et Robert Castel ont imaginé et mis en œuvre un cycle de forums ouvert au public : Chances et Quartiers. Sept conférences se sont tenues au total, balayant les problématiques contemporaines des zones urbaines dites sensibles : rapport au religieux, à l'éducation, à l'emploi, à l'insécurité... Pour l'E2C, l'objectif était de donner la parole à ses jeunes, de les installer sur les mêmes tribunes que les responsables politiques et les acteurs techniques qui influencent les conditions de vie des quartiers nord de Marseille.

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Date de parution 01 octobre 2010
Nombre de lectures 220
EAN13 9782336282961
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Nous avons quelque chose à vous dire…
© L’Harmattan, 2010 57, rue de l’Écolepolytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296128095 EAN : 9782296128095
Robert CASTELJeanLouis REIFFERSNous avons quelque chose à vous dire… Paroles des jeunes des quartiers Forums Chances & Quartiers École de la Deuxième Chance de Marseille 2008 & 2009
Avec la participation de Stéphane MENU
Préface Lorsque nous avons décidé avec Lionel Urdy, directeur général de l’E2C de Marseille, d’organiser dans la première école de la deuxième chance installée en Europe, des rencontres où nos élèves pourraient discuter avec des responsables politiques, des administrateurs de l’Etat et des collectivités qui nous soutiennent, des personnes influentes de la société civile, nous avons pris plusieurs risques. Le présent ouvrage convaincra sans doute le lecteur que ces risques ont été largement surmontés. Le premier était que nos élèves ne jouent pas le jeu, persuadés qu’il ne servirait à rien de s’impliquer dans une démarche sans véritable enjeu opérationnel direct sur leurs conditions de vie. Tout indique au contraire que nos élèves se sont mobilisés pour le projet. Ils l’ont fait avec l’aide de leurs formateurs, ont mené des enquêtes, réalisé un journal et sont venus avec une grande modestie et une grande détermination dire un certain nombre de choses toutes simples, mais importantes. Ils nous ont dit d’abord qu’ils voulaient être considérés comme n’importe quel autre citoyen, qu’ils aimaient leurs cités et souffraient de l’image «exotique» qu’en donnaient les média. Ils nous ont dit aussi qu’ils avaient eu du plaisir à apprendre, regrettaient d’être sortis de l’école trop tôt, qu’ils auraient souhaité pouvoir y retourner, mais que dès le début ils s’étaient sentis marginalisés. Ils ont souligné, ensuite, être absolument décidés à avoir un emploi en même temps que les extraordinaires difficultés auxquelles ils sont confrontés pour ce faire. Sur la sécurité tous ont souligné le manque de dialogue entre jeunes et adultes, mais c’est là sans doute que le partage est le plus grand entre ceux qui ont peur, disent vivre le pire dans leurs relations entre eux et avec les autorités et ceux qui pensent au contraire que la situation est largement fantasmée. Dans leur rapport à la
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religion, ils ont insisté sur l’importance que celleci avait dans le façonnement de leur morale et se déclarent majoritairement en faveur de la laïcité sans trop en avoir saisi le contenu. Le deuxième risque était que ces débats n’intéressent pas les responsables et qu’ils refusent à se prêter à la discussion avec nos élèves et le public. Je dois dire que sur ce point ils ont généreusement donné de leur temps et su parler sans détours des difficultés qu’ils rencontraient. C’est ainsi que le lecteur trouvera la réponse de grands journalistes au reproche de stigmatisation qui est fait aux média, que les autorités éducatives, judiciaires et de l’emploi du niveau le plus élevé ont eu à cœur d’expliquer leur sentiment sur les mêmes interpellations, et que les responsables politiques des « quartiers » concernés ont manifesté une présence constante aux forums. L’impression qui se dégage du compte rendu des débats préparé par Stéphane Menu est que tout le monde veut aller dans la même direction donc que les orientations sont largement partagées. Nous ne sommes dès lors plus dans l’idéologie comme veulent nous le faire croire des analyses trop sommaires. Nous sommes dans le calibrage et à un degré moindre dans le choix des moyens. Mais ce constat est d’un faible réconfort si l’on retient le sentiment partagé par tous qui est un sentiment d’urgence dans un contexte de ressources trop limitées. Le troisième risque était celui d’un niveau réflexif insuffisant rendant impossible l’émergence de quelques grandes lignes susceptibles de servir à l’action. Je dois rendre hommage ici au travail de mise en perspective réalisé par Robert Castel, au travail d’animation réalisé par Philippe Schmit de « La Provence », journal qui, dans le cadre d’un partenariat avec l’école, a rendu compte des débats, et au travail d’accompagnement effectué par les formateurs de l’E2C. Les
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grands axes sont clairs : non stigmatisation, discrimination positive pour corriger les conditions initiales, meilleure communication adultes et jeunes, respect réciproque, sécurité et surtout emploi qui apparaît comme le cœur de toute la problématique des quartiers. Ce que ce livre confirme c’est une volonté générale de progresser, la prise de conscience des retards, des débats sur l’efficacité des dispositifs mais, surtout, sur les moyens et modalités de mise en oeuvre. En poursuivant ces forums, en les approfondissant, l’E2C continuera dans les années à venir à apporter sa modeste contribution à ce qui constitue certainement un des plus grand défis pour la société française. JeanLouis Reiffers Président de l’E2C
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Introduction : Les avantages du décalage Il y a deux manières de concevoir un débat. La première consiste à réunir les meilleurs experts, le public le plus avisé, l’animateur le plus exercé en matière de relance et de repérage des contradictions. Puis l’ensemble est compacté dans un joli coffret aux atours universitaires et enrichit la connaissance de ceux qui savent… C’est forcément utile, voire très utile mais les effets de l’échange s’apparentent à une circumnavigation où le débat est jalousement conservé dans l’enceinte de l’expertise. On ne tourne certes pas en rond mais on reste dans un docile entre soi. La deuxième manière vise à tenter le pari de l’élargissement sans distordre la capacité d’expertise. Un sociologue plus que référent, Robert Castel, des acteurs du quotidien confrontés à la réalité et impliqués dans l’agir, des citoyens avides de décryptage et désireux de s’outiller intellectuellement, des « usagers » des services publics confrontés au décalage entre la loi et les dispositifs qui en découlent et leur inadéquation, pour ne pas dire leur inefficacité… Cette deuxième manière est moins dense intellectuellement, plus exposée au fourretout du verbalisme, à la maîtrise moins assurée des concepts. Elle est parfois décevante, les acteurs n’étant pas au niveau des attentes, la confrontation virant à un face à face boutiquier, du genre « j’ai des problèmes, vous avez des solutions, vous ne nous avez pas aidés, notre bilan est positif, etc. ». Mais elle est à l’évidence plus courageuse, elle construit un autre espace de débat où le confort des certitudes est plus facilement bousculé face aux ressentis décalés des utilisateurs des dispositifs, parfois présentés comme des réussites alors que le terrain, lui, reste figé dans l’immobilité du malaise. C’est là, dans ce chaos, au cœur de cette parole malhabile, au cœur des nonréponses,
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des fragiles certitudes que s’invente une démocratie réellement participative. C’est pour cette raison que Jean Louis Reiffers, économiste, président de l’Ecole de la Deuxième Chance de Marseille, a tenu à faire résonner les échos contradictoires de ces forums dans un livre qui se propose bien modestement d’en tirer les enseignements. Parce que le dialogue ne peut être qu’un point de départ, parce qu’il n’est jamais inutile de croire aux vertus de l’échange, ces forums ont montré à la fois l’immensité du défi à relever mais aussi l’extraordinaire potentiel de réussite que le terrain possède. Nous vivons une crise de la méconnaissance de l’autre, de la désinformation, du repli sur les aires privées, familiales ou religieuses. Cette tendance au retour à soi est un drame, il dénie à l’autre le droit de l’existence, l’installe dans l’indifférence, fabrique des corridors fermés de l’intérieur, aux utilisations très subtiles de la sphère publique. Si chacun vit dans ses difficultés ou ses facilités, les croisements se raréfient, les incompréhensions grandissent, la violence des déflagrations sociales à venir est d’autant plus forte. Saluons donc l’initiative de ces forums, suivonsen la trace, enrichissonsnous de l’autre, même quand les mots qu’il dit ne sont pas les mêmes que ceux que l’on emploie régulièrement. Ces forums plantent le décor à la fois brutal et optimiste de ce qui se trame dans les quartiers nord de Marseille. Ce décor a til si souvent que ça l’occasion de se mettre en scène, d’être vu et apprécié pour ce qu’il est, un simple et banal état des lieux ?
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