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Observations sur le mémoire du général Lloyd - Concernant l'invasion et la défense de la Grande-Bretagne

De
112 pages

CE chapitre, ainsi que le précédent, n’est pas étroitement lié à la question ; mais les corollaires que Lloyd déduit de la nécessité de l’alliance de l’Angleterre avec les autres puissances, nous rapprochent du sujet : l’auteur atteste d’abord « que le nombre des ports fait la puissance de l’Angleterre. » Il observe ensuite « que ce même nombre fournit plus de moyens d’attaque.

Il ajoute un axiome que l’on doit remarquer : parce qu’il est évidemment en contradiction avec les raisonnemens qui sont produits par la suite, pour prouver l’impossibilité de maintenir, sur le territoire de la Grande-Bretagne, les troupes débarquées.

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Jacques-François-Louis Grobert

Observations sur le mémoire du général Lloyd

Concernant l'invasion et la défense de la Grande-Bretagne

AVANT-PROPOS

LE prix que le Gouvernement anglais offrit pour l’acquisition du Mémoire du général Lloyd1, ne prouve autre chose, à mon avis, sinon que l’auteur était pauvre et le ministre effrayé. Il serait plus satisfaisant de trouver, dans cet Ouvrage, le sentiment exclusif et généreux qui appelle un citoyen instruit à contribuer, par ses lumières, à la défense de la patrie. Mais si un motif aussi magnanime et dégagé de toute autre vue, avait présidé seul à ce travail, cet officier, doué d’une grande expérience et d’une critique éclairée, n’eût pas hasardé des raisonnemens chancelans hypothétiques, et qui étaient probablement condamnés dans son esprit.

Si l’impossibilité de l’invasion de l’Angleterre avait pu être démontrée par des argumens irrécusables, Lloyd les eût saisis ; il les eût développés avec tout l’avantage que ses talens devaient lui procurer ; et si, pour défendre cette thèse importante, on n’eût pu faire valoir que des phrases oiseuses et des suppositions absurdes, ce guerrier aurait combattu dans le silence ; il n’aurait pas compromis une réputation acquise à juste titre dans la carrière des armes et dans celle des lettres, pour hasarder des démonstrations qui s’éclipsent aux yeux de la raison et de la vérité. Un autre motif a donc déterminé la publication de ce Mémoire. Le cabinet britannique eût dû, peut-être, en confier l’examen à quelque militaire instruit qu’il aurait infailliblement rencontré dans l’armée anglaise : il eût acquis alors la certitude que le dernier travail de Lloyd déparait ceux qui avaient valu quelque renommée à son auteur.

Ces idées se sont probablement offertes à la réflexion du ministre. Mais les flottes françaises menaçaient les côtes de la Grande-Bretagne ; il importait moins de rassurer le peuple et le monarque par des raisons solides que par une péroraison quelconque, étayée d’un nom qui inspirait de la confiance. La somme consacrée à cette acquisition ne fut que le prix du sacrifice que l’auteur faisait de son amour-propre.

De telles remarques ne peuvent pas atténuer l’estime et la reconnaissance que les militaires doivent aux travaux de Lloyd. Quelques erreurs, qui appartiennent plutôt aux aphorismes de l’ancienne tactique dont il était imbu, qu’au défaut de perspicacité, ne diminuent pas le mérite des observations profondes et judicieuses de cet écrivain. S’il n’avait pas été précédé par l’annonce de talens réels, le Mémoire destiné à démontrer l’impossibilité de l’invasion de l’Angleterre ne mériterait pas une réfutation sérieuse.

On peut, à mon avis, juger la moralité et les talens du général Lloyd, autrement qu’en consultant les éloges et les accusations que différens auteurs ont produits contre lui. John Drummont écrit en 1790 à l’Editeur de son Mémoire, publié dans l’an IX, que Lloyd était, à proprement parler, un espion. Le reste de sa lettre semble annoncer quelque déférence pour lui, et de l’admiration pour ses talens. Il dit à la page 38 : « J’allai en 1758 aux Indes Occidentales ; je perdis de vue mon ami : mais en 1776, je le retrouvai à Londres sous le titre du général Lloyd ». Il y a quelque contradiction dans cette manière de manifester son opinion sur la moralité d’un individu.  — L’auteur du précis sur Lloyd s’exprime sur un ton bien différent : « Wasingthon, dit-il, aurait trouvé un rival digne de lui ; l’Amérique eût re produit les jours de Turenne et de Montecuculli ; et le monde, sus pendu entre deux talens égaux et des vertus pareilles, n’aurait su pour qui faire des vœux ». C’est beaucoup dire.

Lloyd eût été employé avec succès, à mon avis, à la tête d’une division destinée au service important des grandes reconnaissances. Il eût servi utilement comme chef de l’état-major d’une armée. Mais la facilité avec laquelle il s’abandonnait à son imagination, son caractère irritable et l’accès que des passions promptes trouvaient dans son cœur, ne pouvaient promettre les qualités calmes et les idées vastes que l’on a admirées dans quelques généraux anciens et modernes.

Je ne m’étaye pas d’un principe de ce système que l’on appelle, je ne sais pour. quoi machiavélisme2, en reproduisant cet axiome si antique et si universellement avoué que dans leurs rapports avec la société ou avec son chef, les actions de chaque individu sont subordonnées à l’opinion ; en sorte que la même action, appliquée à des opérations plus vastes ou plus rétrécies, a une dénomination glorieuse ou infamante. Il est facile de rendre raison de ces contradictions apparentes, et d’expliquer pourquoi il convient à l’intérêt social qu’un conquérant magnanime soit distingué d’un pirate avide et sanguinaire. Les officiers les plus expérimentés sont employés, en temps de guerre, aux reconnaissances ; exposés à des périls évidens, ils sont forcés souvent à faire usage de la ruse pour remplir avec fruit leurs missions. Aucune récompense ne les attend que celle de la gloire, et souvent celle-là seulement de leur propre satisfaction. Il serait facile, en prenant pour guide des définitions indéterminées, de reconnaître des espions dans ceux qui remplissent des missions semblables. Ce nom pourrait être étendu aux dignités les plus éminentes et les plus respectées.