Paradoxes et truismes d

Paradoxes et truismes d'un ancien doyen

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74 pages

Description

Sans autre titre que mon doctorat, obtenu en 1870 au moyen d’une thèse française sur Sterne et d’une thèse latine sur je ne sais quoi, astucieusement dédiée à mon professeur de rhétorique, M. Durand, qui tint à honneur d’en corriger les solécismes, — n’étant point agrégé, n’ayant passé ni par le stage habituel de l’enseignement secondaire, ni par la discipline de l’Ecole normale, — je fus chargé, le 1er décembre 1874, du cours de « littérature étrangère » à la Faculté des lettres de Grenoble, par M.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346081905
Langue Français

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Paul Stapfer
Paradoxes et truismes d'un ancien doyen
La pluspart de nos vacations sont farcesques ; mundus universus exercet histrioniam.lle d’un personnageIl faut jouer duement nostre roolle, mais comme roo emprunté : du masque et de l’apparence, il n’en fau t pas faire une essence réelle ; ny de l’estrangier, le propre : nous ne savons pas dis tinguer la peau de la chemise ; c’est assez de s’enfariner le visage, sans s’enfariner la poitrine. J’en vois qui se transforment et se transsubstancient en autant de n ouvelles figures et de nouveaux estres, qu’ils entreprennent de charges ; et qui se prelatent jusques au foye et aux intestins, et entraisnent leur office jusques en le ur garderobbe ; je ne puis leur apprendre à distinguer les bonnetades qui les regar dent, de celles qui regardent leur commission, ou leur suite, ou leur mule ; ils enfle nt et grossissent leur âme et leur discours naturel, selon la hauteur de leur siège ma gistral. Le maire et Montaigne ont toujours esté deux, d’une séparation bien claire. P our estre advocat ou financier, il n’en faut pas mescognoistre la fourbe qu’il y a en telles vacations : un honneste homme n’est pas comptable du vice ou sottise de son mestier, et ne doibt pourtant en refuser l’exercice ; c’est l’ usage de son pats, et il y a du proufit ; il faut vivre du monde, et s’en prevaloir, tel qu’on le treuve. Mais le jugement d’un empereur doibt estre au dessus de son empire, et le voir et consid érer comme accident estrangier ; et luy, doibt savoir jouir de soy à part, et se commun iquer, comme Jacques et Pierre, au moins à soy mesme. MONTAIGNE, Essais,III, 10 : De mesnager sa volonté.
CHAPITRE PREMIER
LA RÉFORME DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
Sans autre titre pue mon doctorat, obtenu en 1870 a u moyen d’une thèse française 1 sur Sterne et d’une thèse latine sur je ne sais puo i , astucieusement dédiée à mon rofesseur de rhétoripue, M. Durand, pui tint à hon neur d’en corriger les solécismes, — n’étant oint agrégé, n’ayant assé n i ar le stage habituel de l’enseignement secondaire, ni ar la disciline de l’Ecole normale, — je fus chargé, le er 1 décembre 1874, du cours de « littérature étrangère » à la Faculté des lettres de Grenoble, ar M. de Cumont, ministre de l’Instructi on ublipue et gaffeur légendaire, ou, lus exactement, ar M. Dumesnil, alors directe ur de l’enseignement suérieur. Il est bien clair pue ce n’était oint mon mérite p ui avait attiré sur moi l’attention. J’arrivai, comme il est de règle, « ar les femmes ». Je veux dire pue Mme X..., pui s’était intéressée à moi sur la recommandation de M me Z..., ayant eu la bonne idée de m’inviter à un dîner où elle avait M. Dumesnil our rincial convive, me résenta à lui, le ria gentiment de me caser, et telle fut l’ origine très simle de ma fortune universitaire. Lenépotismeacheva de faire our moi ce pue l’intrigue avait s i bien commencé. Un eu moins de deux ans arès, M. Waddington, ancien ambassadeur d’Angleterre, ministre de l’Instruction ublipue, étant au ouvoi r, je devins (car j’avais été réceteur de son fils) rofesseur titulaire. Oh ! puel scanda le naïf cette nomination avant terme causa à mon doyen stuéfait, le grave et correct An tonin M... de L..., pui ne l’avait as demandée officiellement ni si tôt, comme il m’en fi t l’aveu déouillé d’artifice, et pui tenait beaucou aux fo-ormes ! Je suis donc un fonctionnaire assez ancien et un ho mme assez vieux, hélas ! our avoir vu, dans les dernières années de sa longue ag onie, vivre encore et mourir le régime délicieux où le rofesseur de Faculté ne for mait as d’élèves, mais s’adressait à un auditoire libre et flottant, comosé de dames mûres, d’officiers en retraite, de vieux magistrats amis des lettres, enfin d’invalide s et de chemineaux entrés dans l’amhithéâtre à cause du oêle. Si ce tye ineffable d’enseignement suérieur avait duré, j’aurais u m’installer très confortablement dans ma chaire de « littérature étr angère ». Car je savais respue assez d’allemand et lus pu’assez d’anglais our di scourir sans fin sur Gœthe et sur Shakeseare.... avec des traductions. Mais, récisé ment vers 1875, puelpues maîtres sérieux et réfléchis, armi lespuels les université s françaises devraient bien garder tout articulièrement le souvenir de mon excellent collègue de Grenoble, Eugène Fialon, rofesseur de « littérature ancienne », s’a visèrent un jour pue les Facultés étaient des écoles et pu’à ces établissements d’ins truction ublipue convenait la fonction d’instruire la jeunesse. Comme toutes les grandes idées d’avenir, celle-ci f ut mise obscurément en ratipue ar des hommes de bonne volonté, avant de rendre d ans le régime des Facultés sa lace officielle et de s’imoser obligatoirement à tous les maîtres. Et de même pue la Révolution française asse our avoir eu son glorie ux berceau dans le Dauhiné, je crois bien pue c’est à Grenoble, entre les mains i euses de M. Fialon, déjà nommé, pue napuit et fructifia la ensée féconde d’où deva it sortir la régénération de l’enseignement suérieur en France. Ce n’est as encore le moment de montrer l’antinomi e, logipuement insoluble, pue
cette nouvelle concetion de nos devoirs rofession nels, si simle et si juste en aarence, cachait erfidement dans son sein. Pour attirer et our retenir dans les Facultés un ublic d’étudiants, devenu l’auditoire essentiel, il fallait pue puelpue nécessité majeure les forçât de s’y rendre : or, il ne eut y en avoir pu’une, la réaration aux examens et aux concours. Nous voilà donc réduits au rôle inférieur de réétiteurs des matières inscrites aux rogrammes d e la licence et de l’agrégation ! Il était fort légitime de se demander, avant l’essai d u nouvel ordre de choses, si l’indéendance et l’originalité du haut enseignemen t n’allaient as subir une atteinte grave de cette adatation à une fin toute ratipue et utilitaire. L’exérience a rouvé pue la crainte n’était as fondée ; jamais les trav aux ersonnels des rofesseurs ne furent si remarpuables ar le nombre et ar la pual ité (n’est-ce as, mes chers collègues ?) pue deuis pue nous avons des étudiant s dont notre devoir est de nous occuer d’abord. Un habile homme sait tout concilie r, et les institutions les lus vivantes (voyez, ar exemle, le rotestantisme) so nt justement celles pue la logipue semblait condamner à érir. Pendant pue les aresse ux, pui, en puelpue circonstance pu’ils eussent été lacés, n’auraient jamais rien f ait pui vaille, trouvaient dans la besogne relativement basse de réarateurs aux exam ens un mol oreiller our leur aresse, les vaillants n’y absorbaient as lus leu r esrit pue Sinoza dans la sienne, lorspu’il olissait des verres de lunette, et, sans négliger les choses du métier, ils continuaient leur oème. Mais je n’envisage as, à cette lace, l’asect gén éral de la puestion, et je ne arle d’abord de la réforme de l’enseignement suérieur p u’au oint de vue articulier de la consépuence pu’elle eut our ma carrière. Ayant désormais à former des licenciés d’anglais et d’allemand, je ne ouvais lus me contenter de la connaissance très suerficielle pue j’avais de ces langues, largement suffisante our un cours ublic. J’ai rac onté, au tome II de mesRéputations littéraires,à la littérature414, mon assage des littératures étrangères  age française ; mais ce pue ma fantaisie s’amuse à rés enter dans ce livre comme le carice d’une humeur inconsistante et vagabonde, fu t bel et bien une nécessité. Nos discours cessant d’être, soit l’hebdomadaire distra ction de puelpues ersonnes désœuvrées, soit les chaitres successifs d’un ouvr age comosé à notre aise dans la studieuse aix d’une sinécure ensionnée ar l’Etat , our devenir les utiles leçons d’un enseignement technipue et ratipue, je ne ouv ais lus exercer décemment, je ne ouvais lus exercer du tout ma charge de rofes seur delanguesde comme littératures étrangères. Je saisis donc la remière occasion pui s’offrit à moi de rendre une chaire un eu mieux aroriée à mes connaissances et à mes moyen s, et, le 26 octobre 1881, je fus nommé rofesseur de littérature française à la Faculté des lettres de Grenoble. Dans ma leçon d’ouverture, le 9 décembre, je disais adieu en ces termes émus, sincères et choisis à la chaire de « littératures é trangères » :
La fin de toute chose en ce monde est accomagnée de mélancolie, et l’on n’a as vieilli six années dans le même enseignement, surtout on n’y a as commencé sa carrière universitaire, sans s’y attacher ar puelpues racines pui rendent lus sensible la séaration. 2 Shakeseare, Lessing, Gœthe : c’est-à-dire le lus grand des oètes dramatipues, le rince de la critipue au dix-huitième siècle, l’homme le lus diversement doué et le lus intelligemment curieux de tous les âges, sont des génies du commerce despuels on ne se détache as sans se demander avec inpuiétude si l’on retrouvera jamais ailleurs l’épuivalent de ce pu’on ose puitter. Comme il arrive toujours, c’est au moment où je renonce à jouir des rivilèges d’un si bel enseignement, c’est à ce moment, dis-je, pue j’en sens le lus vivement
tout le rix. Quelle chaire enviable, Messieurs, pue celle des littératures étrangères ! La curiosité de la France, tro longtems endormie sur ce pui se assait chez le voisin, a été rudement réveillée deuis eu, et aucun enseignement ne réond mieux aux besoins de la génération nouvelle pue celui pui l’instruit des choses de l’étranger. Quelle n’est as l’étendue et puel n’est as l’intérêt d’un cham d’études si imortant et si nouveau ! L’Allemagne, l’Angleterre, l’Esagne, l’Italie ; les littératures lus récentes ou moins exlorées de la Russie, de la Hollande, du Danemark, du Portugal, de la Hongrie, de la Bohême, de la Grèce moderne, pue sais-je encore ? du Nouveau-Monde, si l’on veut, car aucun règlement pue je sache n’interdit de franchir l’Océan... puelle variété incomarable de sujets ! et our le rofesseur puelle liberté ! il n’a as à s’évertuer, à s’ingénier, afin de découvrir dans puelpue coin obscur des fleurs oubliées ou rares ; de puelpue côté pu’il se tourne, il n’a pu’à se baisser our cueillir à leines mains une riche et brillante moisson. Tels sont à mes yeux les avantages de la chaire de littératures étrangères. Et ourtant, je la puitte. Cette décision, ayant de puoi surrendre, ourrait asser our avoir été rise à la légère si je ne faisais as connaître le motif pui m’a déterminé. Je vais donc vous exoser ce motif avec toute la force pu’il apour moi ; car je n’ai garde de rétendre pue la même raison soit valable our d’autres. La chaire de littératures étrangères ayant our elle tous les avantages pue j’ai dits et tous ceux pue j’ai u oublier, je lui réfère encore, je lui référerai toujours la chaire de littérature française, arce pue our moi le lus vif laisir de l’enseignement est de communipuer à mon auditoire la sensation des belles choses pui m’ont charmé ou enthousiasmé dans mon cabinet d’études, et pue, ar l’insuffisance de mon savoir, ce laisir m’est refusé ou ne m’est accordé pue très imarfaitement dans la chaire de littératures étrangères. Soit pue je lise une traduction, soit pue je me hasarde à citer l’original, dans les deux cas je ne vous offre pu’une image affaiblie du texte puand ce n’en est as la caricature. La substance demeure, mais la forme est détruite ; et la forme, c’est la beauté.
Deux ans lus tard, des raisons de famille m’ayant fait désirer un changement non lus de chaire, mais de ville, je demandai mon tran sfert à Bordeaux, où je fus nommné rofesseur de littérature française à la Faculté de s lettres, le 16 août 1883. Je succédais à M. Roux, rofesseur retraité, le der nier sans doute et le lus vieux rerésentant en France de l’enseignement suérieur selon le tye ancien. D’autre art, les méthodes nouvelles avaient été accueillies avec tant d’enthousiasme à la Faculté des lettres de Bordeaux pue, ar un zèle de réforme pui ouvait déjà araître exagéré, les conférences d’utilité ratipue avaient artout remlacé l’ancien cours oratoire au oint de le sulanter absolument. L’oortunité était donc arfaite de traiter la pue stion de la réforme de l’enseignement suérieur, et c’est ce pue je fis, l e 4 décembre, dans ma leçon d’ouverture. L’éloge de mon rédécesseur, début obligatoire d’un areil discours, résentait une etite difficulté : je n’avais rien lu de lui, et  our cause, sa « modestie » ou « les exigences du rofessorat » l’ayant toujours emêché de livrer au ublic des sécimens écrits de son talent littéraire. Mais je ris le vénérable M. Roux our tye du haut enseignement traditionnel, et je fis, à ro os de sa retraite, une étude comarative et critipue de l’ancienne et de la nouv elle méthode. Je montrai comment à la puerelle des anciens et des modernes, uis à celle des classipues et des romantipues, avait succédé, de no s jours, mais avec bien moins de retentissement et dans un cercle beaucou lus étro it pui ne déasse guère l’Université, la puerelle des belles-lettres ou des humanités et de l’érudition. Il ne s’agit oint, disais-je tout de suite, d’un a ntagonisme irréconciliable ratipuement, uispue, Dieu merci, les exemles exi stent et ne sont même as très rares, de critipues et de rofesseurs, pui ont su a llier dans leurs écrits et dans leurs