Parrainer au Cambodge, Laos, Viêtnam

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202 pages
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Parrainer, c'est tendre la main à une autre main. Nous avons eu la chance de rencontrer en vingt ans seize filleuls qui ont bouleversé nos certitudes. C'est l'histoire de leur vie que vous tenez entre vos mains. C'est l'histoire de leur chemin parcouru, ou du chemin qui leur reste à parcourir.

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Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 16
EAN13 9782296494084
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Parrainerau Cambodge, Laos, Viêtnam
Jean-Luc HALIN et Louise ANGLAYS Parrainerau Cambodge, Laos, Viêtnam
Comment faire briller une étoile L’Harmattan
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96234-7 EAN : 978962347
Un jour, sans doute, vous vous êtes dit : pourquoi ne pas parrainer un enfant ? Et puis le temps a passé, d’autres soucis et d’autres joies sont venus dans votre vie, mais quelquefois, chez certains d’entre nous, comme un refrain, toujours plus lancinant, cette idée creuse un sillon. Au début cette idée vient en concurrence avec une autre : « Pourquoi ne pas aider chez nous, car il y a des personnes à côté de nous qui auraient peut-être autant besoin de notre aide ? » Cette idée m’est venue aussi, mais je me suis rendu compte qu’ici on ne meurt pas de faim, ou d’une grippe. Notre société a placé de nombreux paravents, qui deviennent des sécurités. "Là-bas", le moindre problème, vous conduit très souvent à la déchéance, et à la mort comme étape ultime. Alors parrainer ? L’idée au début semble lourde à porter, on se pose mille questions, comme pour avoir une bonne raison d’abandonner cette pensée saugrenue qui nous agite, nous, qui passons notre vie à courir. Cette idée semble bien inutile, nous ne savons quoi en faire, et elle reste là, tapie en nous. Cette idée va germer petit à petit, doucement, les évènements de votre vie en seront le terreau. Très vite, vous allez contacter un organisme, et vous allez vous rendre compte que contrairement à ce que vous croyiez jusqu’à présent, parrainer ce n’est pas donner, mais c’est partager. Et ce partage va durer de longues années, vous apportant autant que ce que vous donnez. Vous allez vous rendre compte que fort modestement, vous commencez à vider l’océan de la misère, avec une cuillère à café, bien sûr, mais l’essentiel est sans doute de commencer...
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Au début, cela semble difficile de rencontrer, car on se sent maladroit, on a peur de mal faire, et de mal faire passer ses idées car on s’aperçoit très vite que les traductions sont souvent aléatoires, ainsi notre fils aîné qui fait de l’escrime, s’est retrouvé champion de « cuisine mexicaine ». Alors on prend un rythme de croisière, on simplifie à l’extrême, et l’on va à l’essentiel, bien que cet état de fait ne corresponde pas à la façon de penser de nos filleuls. Petit à petit vous vous rendrez compte qu’ils ont très vite assimilé, et qu’ils font de même. C’est finalement la rencontre de deux chemins, vous allez rester loin de lui, mais côte à côte quand il aura un problème, et puis un jour, il prendra son envol. Et vous vous direz, en relisant ses lettres : « Finalement, comme pour mes enfants, je suis heureux car grâce à cette rencontre, il a pris le chemin qu’il voulait, et c’est moi qu’il y ai conduit. » Vous vous apercevrez alors, que vous avez été pendant tout ce temps, une sorte de canne, pour un enfant devenu adulte qui se serait perdu si vous ne l’aviez pas soutenu. Bien sûr, d’autres aides sont possibles pour ces pays, mais les gouvernements qui leur offrent des crédits, le font de plus en plus chichement, car cette manne financière ressemble à de l’eau posée sur le sable du désert, elle pourrait faire vivre mais elle s’évapore avant d’avoir touché son but. Ainsi les Etats s’interrogent de plus en plus souvent sur l’utilité de ces crédits, et ils y renoncent faute de certitudes de leurs destinations. Le parrainage devient alors une des façons qu’il reste pour ces pays de survivre, et l’aide donnée devient utile car elle touche véritablement son but. Je me suis toujours interrogé sur le bien-fondé du parrainage et c’est une question que vous vous poserez sans doute : « Est-ce qu’en favorisant un enfant par mon
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parrainage, je ne vais pas créer des inégalités entre les gens de ce pays ? » Je n’ai pas trouvé de réponse à cette interrogation légitime, mais ce que je sais, c’est que mon geste n’est pas anodin, et que c’est sans doute l’une des seules solutions... Il ne faut pas être naïf, quelquefois, nos dons alimentent la corruption, mais ce n’est pas de la responsabilité de l’organisme de parrainage, mais celui de systèmes qui existent. Mais vous vous apercevrez alors que dans les cas extrêmes, elle est la seule solution, dans ces pays où rien n’est véritablement défini. C’est le cas particulier des besoins qu’ont certains filleuls d’être hospitalisés, avec un minimum de dignité humaine... les "dessous-de-table" sont alors souvent aussi nécessaires que les soins... Ne vous dites jamais, « je ne veux pas parrainer pour ne pas faire marcher ce système politique. » Si vous vous dites cela, vous venez peut-être de condamner un enfant, qui ne parcourra qu’une vie de misère et de labeurs, et pour qui le mot « espérance » n’aura jamais aucun sens.Ainsi, cette double aventure qu’est le parrainage, permettra à un être humain de se réussir, et vous ouvrira à une autre civilisation, tout aussi brillante que la nôtre, et tout aussi respectable. Petit à petit, vous ne regarderez plus les choses et les faits de la vie quotidienne, de la même façon, et tout vous semblera relatif. Lorsque nous avons reçu en France Péou et sa sœur Mom, quelle ne fut pas notre surprise de constater qu’en sortant du camping - car, lors de chaque arrêt, elles partaient comme des brises d’été. On les retrouvait souvent en train de deviser gravement sous un arbre, sans que nous ne comprenions le pourquoi de cette attitude.
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Une amie cambodgienne nous expliqua qu’en fait, la première chose que font les Cambodgiens, en pays inconnu, c’est de rechercher de la nourriture. Ainsi, face à des arbres inconnus, elles devaient s’interroger sur la comestibilité des fruits qu’elles voyaient. Un autre fait nous avait amusés, durant le voyage, c’était à l’arrêt de l’île de Ré. Quelques pêcheurs du dimanche, les pieds dans l’eau, et en ligne, ramassaient de petits crabes. Péou nous a alors demandé des seaux, et armée d’un bâton trouvé je ne sais où, elle s’est mise derrière la ligne humaine formée devant elle, et s’est mise à frapper les galets au fond de l’eau d’une certaine façon. Nous étions stupéfaits de constater que malgré le fait que le groupe soit déjà passé, en cinq minutes ses seaux étaient pleins !!! Je ne vous parle même pas de la tête de ces pêcheurs, qui en revenant sur la grève ont croisé Péou, qui sifflotait presque. Elles nous ont donné beaucoup à réfléchir, à nous, et à nos enfants, elles ont apporté quelque chose d’indéfinissable à nos vies, une façon de s’interroger sur ce qui est important, et ce qui est superflu. Il faut maintenant s’interroger sur l’engagement qu’est le parrainage.
Chapitre 1 Pourquoi le parrainage ? C’est la vraie question qui se pose, et qui est posée au monde entier. Dans un monde équilibré, cette interrogation serait superflue, et il n’y aurait pas besoin de réponse. Mais le monde dans lequel nous vivons, est en perpétuelle quête de la rentabilité, et nous ne voulons pas regarder les exclus, qui si ils le sont, doivent d’abord ne s’en prendre qu’à eux-mêmes. Après tout la volonté d’entreprendre est donnée à tous, il n’y a qu’à se battre, c’est ce qu’on veut nous faire croire... et insensiblement on passe à l’individualisme, puis à l’égoïsme. Mais peut-on le faire le ventre creux ? Le parrainage est alors un pari sur l’avenir, car il sera difficile d’aider la population des pays en voie de développement, en regardant le contexte politique et économique dans lequel ils évoluent. Mais on peut le faire pour une famille, ou pour un enfant. On peut croire que l’instruction donnée peut devenir une façon pour eux d’acquérir les bases qui leur permettront d’avoir les moyens de parvenir à entrer de façon positive dans l’économie de leurs pays. Mais il ne faut pas se leurrer, cette vision n’est qu’une espérance ! Dans un pays souvent complètement corrompu, qui ne nous dira pas que ses enfants parrainés ne vont pas reproduire par mimétisme la situation qu’ils ont vécue dans leur jeunesse ? Il faut simplement espérer que cet enseignement leur fera prendre conscience qu’il y a peut-être un autre chemin pour l’avenir de leur pays, et pour eux.
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De tout cela, nous n’en sommes pas maîtres ; nous ne leur offrons que les armes intellectuelles pour avancer au mieux sur le chemin de leurs vies, et nous ne voulons aucun autre pouvoir. Pour les populations actuelles de ces pays, la seule chance de survie passe par une entraide familiale de chaque instant, sans elle le groupe va à sa perte. Pour certains, la chance est d’avoir un proche parent expatrié. Celui-ci se privera souvent pour ne pas perdre la face, et il enverra dans son pays d’origine des sommes ridicules à nos yeux, mais qui suffiront à entretenir un semblant de vie normale pour ceux restés au pays. Le parrainage, par l’intermédiaire d’associations, s’adresse en priorité à ceux qui sont presque déjà exclus de la société dans laquelle ils vivent sans aucune possibilité d’avancer. Sans lui, des mesures extrêmes seront prises par le groupe pour survivre, et cela ira même jusqu’à la prostitution des enfants ou à leur vente. Dans le premier cas, les enfants croient qu’ils ont une dette vis-à-vis de leurs familles, et que ce moyen qui leur est proposé est le seul, par rapport à leur possibilité de rembourser leur dû. Dans le second cas c’est une façon pour les parents, d’obtenir rapidement de l’argent (que trop souvent le père ira boire ou jouer) et d’avoir une bouche de moins à nourrir. Dans les deux cas, la dignité humaine est bafouée, et il nous apparaît aujourd’hui impossible que cela existe encore... peut-être même fermons-nous volontairement notre conscience à cet état de fait... Et puis c’est si loin... Dites-vous bien que cela existe encore au début de notre e XXI siècle, et que cela n’est pas un signe de la grandeur de l’homme. Peut-être devrions-nous prendre du temps, et réfléchir à tout cela...
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