Pasionarias

Pasionarias

-

Livres
123 pages

Description

Dans le contexte actuel empreint de menace terroriste, Fatima Lahnait analyse l'adhésion de ces femmes à la violence. A travers douze portraits saisissants - militante d'Action Directe, "machine à tuer" nord-coréenne, Palestinienne pirate de l'air, prédicatrice du Ku Klux Klan, martyre de l'IRA, ou encore combattante yazidie dans la tourmente djihadiste - , elle évoque l'engagement de celles qui ont défié les normes sociales de leur époque pour être reconnues en tant que militantes à part entière, que ce soit pour des raisons politiques, religieuses ou sociétales. Cet ouvrage met en perspective l'engagement de ces femmes qui ont foi dans leur cause et dont pour certaines la cause est leur foi.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 novembre 2018
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782336856742
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Fatima Lahnait PASIONARIAS De l’engagement des femmes dans les mouvements violents et les conflits armés
Du même auteur The role of binational entrepreneurs as social and economic bridge builders between Europe and North Africa, IOS Press, 2009. © L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN Epub : 978-2-336-85674-2
À tous ceux et celles qui m’ont adressé soutien et conseils, notamment BG : « Si la non-violence est la loi de l’humanité, l’avenir appartient aux femmes » (Mahatma Gandhi)
INTRODUCTION
«Pardonnez-moi, mon cher papa, d’avoir disposé de mo n existence sans votre permission. J’ai vengé bien d’innocentes victimes, j’ai prévenu bien d’autres désastres. Le peuple, un jour désabusé, se réjouira d’être délivré d’un tyran. [… ] Adieu, mon cher papa, je vous prie de m’oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort, la cause en est belle. […] N’oubliez pas ce vers de Corneille : ‘le crime fait la honte, et non pas l’échafaud’écrivit Charlotte Corday dans sa », 1 lettre d’adieu à son père, pour justifier l’assassi nat de Jean-Paul Marat . Rédigée en prison, le 16 juillet 1793, et lue lors de son procès, Charlotte y donnait l’impression de rechercher l’absolution pour son geste, tel un «pardonnez-moi mon Père, parce que j’ai péché ». Son geste, qui n’était pas sans rappeler celui de J udith égorgeant Holopherne, dans l’Ancien Testament, suscita l’incrédulité. «Elle [Charlotte] ne persuaderait qui que ce soit qu ’une personne de son âge et de son sexe ait conçu un pareil attentat », dit d’elle le président du Tribunal révolutionnaire. Ce à quoi elle s’empressa de répondre : «sC’est bien mal connaître le cœur humain. Il est plu facile d’exécuter un tel projet d’après sa propre h aine que d’après celle des autres. […] J’ai tué 2 un homme pour en sauver cent mille». L’Histoire est pourtant jalonnée de ces femmes, illustres ou inconnues, convaincues qu’il était de leur devoir d’agir, qui se sont distinguées par leur engagement pour des causes nobles ou criminelles. Meurtrières pour les uns, héroïnes pour les autres, elles bouleversèrent les représentations et les rôles alors attribués aux femmes, notamment dans le ur rapport à la violence. Les discussions abondèrent pour évoquer leur droit à se choisir une cause et leur légitimité, en tant que femmes, à accomplir un acte d’une telle violence. Ce faisant, elles ont transgressé l’ordre établi, emprunté un ‘sens interdit’. Si cette violence, ancrée dans le rapport à l’Autre, repoussante autant que fascinante, traversant les époques et les frontières, est considérée comme inhérente à l’homme, elle interpelle par contre lorsqu’elle est le fait de femmes. On recherche alo rs les motifs spécifiques d’ordre conjoncturel pouvant expliquer leurs motivations, une femme ne pouvant par essence être violente ? Lorsque Christabel Pankhurst ‒fondatrice avec sa mè re Emmeline du mouvement des Suffragettes- écrivit en 1913 : «bes pourQuand des hommes utilisent des explosifs et des bom défendre leur cause, on appelle cela la guerre, et lancer une bombe qui fait plusieurs victimes passe pour une action glorieuse et héroïque. Pourqu oi une femme ne ferait-elle pas le même usage des armes que les hommes ? Nous n’avons pas simplem ent déclaré la guerre. Nous luttons pour 3 une révolution «, elle répondait à tous ceux qui s’étonnaient encor e que les femmes puissent recourir à la violence au nom d’une cause. Pourtant, elle ne fit que relever l’évidence. Recourir à la violence ou en faire l’apologie pour lutter au nom d’une cause n’est jamais anodin. L’opinion publique considère volontiers que la violence est naturellement le fait du sexe dit fort, dont les femmes sont souvent les victimes. Certaines théories avançant parfois que les hommes y sont génétiquement disposés. Ce faisant, ils se conformeraient à leur genre. Nombreuses sont les causes qui, au fil des siècles, ont transcendé les genres et fédéré au-delà des particularités individuelles. Longtemps cantonnées, lors de conflits, à l’approvisionnement en armes et en nourriture, à l’hébergement de fugitifs, à la collecte de fonds, à la propagande et à l’espionnage -autant d’activités indispensables pour servir une cause, mais qui les maintenaient à l’écart de l’action violente- des sympathisantes et militantes actives ont revendiqué et imposé le fait de devenir combattantes, leaders et, parfois, bombes humaines dans l’espoir de commencer à ‘vivre après la mort’. Cela au même titre que les hommes et pas simplement pour pallier à leur absence. De tout temps, des femmes se sont engagées au nom de causes auxquelles elles croyaient, qui leur fournissaient un objectif ultime à atteindre, acceptant de tuer si elles l’estimaient nécessaire. Il en fut ainsi au cours du siècle dernier lorsque des femmes ont osé s’engager et prendre part à des révolutions armées (les combattantes des FARC en Colombie…), à des guerres (le Bataillon de
la mort russe, les résistantes de la Seconde Guerre mondiale, les ‘furies d’Hitler’…), à des mouvements indépendantistes (ETA basque, LTTE au Sri Lanka…), ou nationalistes (révolte Mau-Mau au Kenya…). Elles participèrent également à des luttes pour des enjeux économiques, sociaux et/ou sociétaux comme l’anti-impérialisme ou anticapitalisme (Fraction Armée Rouge, Weather Underground aux États-Unis, Action Directe en France…), des luttes contre les ségrégations raciales (Black Panthers Party aux États-Unis et en Israël…) ou pour la défense des droits des femmes, des animaux et de l’environnement. On relève par ailleurs leur participation active à des organisations telles que mafias et autres cartels. Convaincues d’agir pour le mieux, les femmes -tout comme les hommes- peuvent donc faire le choix de la violence si elles estiment que la cause le justifie. Cependant, l’implication de femmes dans des actes de violence continue de surprendre, de fasciner et de révulser, l’opinion publique, considérant que ‘femmes’ et ‘violence’ ne peuvent aller de pair. Serait-ce parce que cette violence nous fascine d’autant plus qu’elle nous touche, nous choque et, parfois, nous émeut ? Les constructions culturelles et les représentations médiatiques ont grandement contribué à forger l’image et la perception du public de l’engagement des femmes au nom d’une cause et leur rapport à la violence qui peut en découler. Plus que pour les hommes, la tendance est au décryptage de leurs motivations et des facteurs qui les ont incitées à agir. Les études (sociologie, psychologie) sur le sujet n’ont pas manqué au cours des dernières années comme s’il fallait à tout prix rechercher des circonstances spécifiques à de tels agissements qui sont encore perçus comme ‘contre nature’. Les femmes, dotées du ‘pouvoir de la gestation’, donnen t la vie et ne devraient pas s’engager ou cautionner des luttes qui induisent de la violence, s’adonner à la violence et être des faucheuses de vie. Cette fascination n’est pas nouvelle. Lorsqu’Ulrike Meinhof ‒ l’un des membres éminents du groupe radical allemand Fraction Armée Rouge ‒ se suicida dans sa cellule en mai 1976 (peu de temps auparavant, elle avait écrit «le suicide est le dernier acte de la rébellion»), son cerveau fut prélevé par le médecin légiste (ancien nazi) afin d’être examiné pour déterminer un éventuel lien de cause à effet entre sa forme et les agissements d’U lrike ! Conservé dans du formol, sur une étagère d’un institut universitaire, la famille ne le récupéra qu’en 2002, lorsque le journalDer Spiegel 4 mentionna ce fait . Ce ‘phénomène’ de la violence des femmes n’est donc nouveau que dans la mesure où il semble plus inquiéter aujourd’hui l’opinion publique que par le passé. Cela est dû notamment au contexte actuel où l’horreur du terrorisme s’immisce dans no tre quotidien. Les inquiétudes sont très fortes quant aux femmes ‘jihadistes’ aspirant au retour en France, s’agissant de leurs intentions réelles, leur bonne foi et leur repentir. Sans omettre les sympathisantes du jihad présentes sur le territoire qui font craindre ‘une féminisation du terrorisme’. Comme les femmes du gang ‘à la bonbonne de gaz’ int erpellée alors qu’elles s’apprêtaient à commettre un attentat, à Paris, en septembre 2016, les femmes adhérant à une idéologie extrémiste sont-elles violentes ? Seraient-elles prêtes à porter atteinte à l’intégrité physique d’autrui, devenir des femmes tueuses’? Commettre un attentat ? Se mettre au service de la mort en devenant des bombes humaines ? Nous nous interrogeons d’autant plus que nous avons besoin ‒ autant que cela soit possible- de comprendre ce qui n’est pourtant ni nouveau ni surprenant. L’engagement des femmes dans les mouvements terroristes s’étant accentué au cours des vingt dernières années, leur rôle a évolué vers une parti cipation plus active, plus dure, plus fanatique qu’auparavant. L’idée même que des femmes puissent volontairement rejoindre ces groupes, cautionner des actes monstrueux, vouloir participer à l’exécution de tels actes, les inciter et les encourager semblait relever de l’inconcevable. C’est devenu une réalité incontournable. Les hommes n’ont pas le monopole de la violence, de l’extrémisme et du fanatisme même si leur visibilité est accrue en ce domaine. Évoquer les actions violentes perpétrées ou légitimées par des femmes n’est donc plus un tabou. Il convient de s’interroger sur la force de l’engagement qui conduit à recourir ou légitimer la violence pour défendre une cause. Quelles sont les raisons qui ont conduit des femmes à s’engager au nom d’une cause ? Quel fut leur rapport à la vio lence ? Quelle forme a-t-elle prise ? Comment ont-elles accepté de recourir à la violence pour se rvir leur cause ? S’agissait-il de manipulation
idéologique, politique ou religieuse des esprits et des émotions ? Tous les engagements se valent-ils ? Pour répondre à ces questions, il est fondamental de prendre de la distance et d’analyser, dans une perspective non exhaustive, car les exemples abondent, le parcours de femmes, d’horizons divers, engagées au profit de causes variées. e Cet ouvrage présente ainsi les portraits de femmes de notre histoire récente ‒ XX et début du e XXI siècle ‒ afin d’amener le lecteur à comprendre, sans pour autant les approuver, leur engagement et leur choix de la lutte pour défendre la cause à laquelle elles ont choisi de consacrer toute ou partie de leur vie. Il ne s’agit pas ici de justifier leurs positions en évoquant leur vie personnelle ou de leur dénier la pleine responsabilité de leurs actes, mais de tenir compte du contexte qui les a vues émerger et, pour la plupart, les a fait basculer dans la violence politique. Certains de ces portraits font écho à des situations de notre quotidien. À travers ces portraits réalisés à partir de sources biographiques, académiques, journalistiques et audiovisuelles, se fait la démonstration de leur fo i ‒ parfois aveugle- en la cause, envers et contre elles-mêmes. Certaines allèrent jusqu’à mêler leur cause et leur foi, y trouvant des arguments pour légitimer et valider la violence. Le sujet a rareme nt été abordé sous cet angle de la mise en perspective de l’implication violente de femmes pour un idéal. L’objectif est d’explorer les circonstances qui, pour elles, ont fait émerger, favorisé ou encouragé, voire provoqué et légitimé le recours à la violence et les formes de la manifestation de cette violence -qu’elle soit verbale (intimider, insulter, humilier, inciter à la haine), physique (actions et gestes violents) ou psychologique (plus insidieuse)- et ses conséquences. Toutes ont agi pour la cause défendue, dans un domaine perçu à tort et malgré les faits historiques comme uniquement masculin. Elles se sont distinguées dans la lutte, qu’elles aient été terroristes, chefs de guerre, prédicatrices, révolutionnaires ou nationalistes. Elles ont lutté pour leur foi, leur identité, leur terre, un idéal, une utopie, au nom d’un peuple ou d’une patrie. Ce qu’elles firent en prêchant ou en luttant les armes à la main, de leur propre initiative ou en réponse à un ordre direct, dans un cadre étatique ou celui d’un groupe armé, pour résister, défendre ou attaquer, parce que leur implication allait de soi ou qu’elle répondait à une nécessité stratégique. Quels que soient leurs parcours et le contexte dans lequel elles ont agi, toutes avaient conscience des risques encourus, y compris la mort. Au gré des portraits se dessine également l’évolution de la portée et des cibles de la violence, d’une violence dirigée contre des symboles de l’État et/ou du capitalisme (des cibles précises) à la violence aveugle, ‘d’une violence laïque’ à une vio lence revendiquée au nom d’un idéal manichéen ou d’un devoir religieux, fanatique ‒ Dieu reconnaitra les siens parmi les victimes. Cela, bien que les raisons sous-jacentes à cette violence ne soient pa s religieuses, mais sociales, territoriales, politiques. S’esquisse aussi l’évolution du rôle de s femmes, leur participation de plus en plus violente aux luttes, parallèle aux revendications féministes des années 1960 et 1970. Toutes ont des personnalités loin des stéréotypes et des raccourcis classiques. Elles ont défié les tabous, l’ordre social et les normes dictées par des sociétés qui ne les ont longtemps perçues que comme des actrices domestiques. Elles ont voulu être reconnues en tant qu’individus et militantes à part entière. L’articulation entre l’engagement de ces femmes, parfois pour des causes peu engageantes, et leur émancipation, en tant que femmes et pour l’affirmation de soi, constitue donc aussi l’un des filigranes de l’ensemble. Ces femmes ont remis en question le schéma classiqu e et les stéréotypes de genre qui font de la femme une victime de la violence et non pas une éventuelle actrice de cette même violence. Leurs actions ne manqueront pas d’interpeller et de surprendre, dans un monde où il est moralement convenu ‒ mais moralement seulement ‒ qu e ‘rien ne justifie la violence’. Elles ne doutèrent pas de sa légitimité voire de sa légalité dans le contexte spécifique où elles évoluaient. Le recours à la violence était un acte désespéré pour certaines. D’autres ont vu là le moyen de se bercer d’illusions en espérant que cette violence contribu erait à faire basculer le cours de l’Histoire, l’évolution de la société, influencer la vie politique. Leur engagement violent ‘au nom de la cause’ résult e d’un enchevêtrement de facteurs et non d’une considération ou motivation unique. Toutes le s femmes sujettes de cet ouvrage ont été motivées par des facteurs négatifs comme la colère, la frustration, le harcèlement et des facteurs positifs tels que la quête de la justice, de la liberté, de l’honneur et de la fierté, un besoin de changer