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Pédagogie de l'écriture et graphothérapie

De
184 pages
La graphothérapie est d'abord un traitement de l'écriture, geste expressif dans sa complexité et dans sa genèse. La plupart du temps, la demande vise la remise en ordre de cette expression. La véritable tâche d'un graphothérapeute rééducateur de l'écriture est d'aider l'expression graphique personnelle à se manifester dans la reconsidération d'un modèle qui doit être adapté ou mieux "approprié" et non rejeté. Il ne peut s'agir d'une mise en conformité mais d'abord d'une ouverture et d'une libération.
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PÉDAGOGIE DE L'ÉCRITURE ET GRAPHOTHÉRAPIE

Graphologie Collection dirigée par Monique Genty
Les lecteurs pourront, par l'intermédiaire de différents auteurs, découvrir la graphologie et élargir ou approfondir leur connaissance de cette discipline qui permet de mieux comprendre la personnalité humaine. Chaque ouvrage enrichit la réflexion, ouvre des perspectives et permet au travers de l'acquisition progressive d'une méthode de se familiariser avec l'écriture. Cette collection est destinée aussi bien aux graphologues qu'à ceux qui, sensibles à une trace laissée sur le papier, cherchent à en comprendre toute la portée et la signification. Déjà parus

M. DE SURVIRE, LESFEUILLETS DEGRAPHOLOGIE Etude de la n06. personnalité. Les théories, 2005. M. DESURVIRE, LESFEUILLETS DEGRAPHOLOGIE Etude de la n05. personnalité. Le développement, 2005. M. DESURVIRE, LEs FEUILLETS E GRAPHOLOGIE Technique D n04. de l'écriture. L'interprétation, 2005. M. DESURVIRE, LEs FEUILLETS EGRAPHOLOGIE Technique D n03. de l'écriture. L'observation, 2005. M. DESURVIRE, LES FEUILLETS E GRAPHOLOGIE Les bases D n02. jaminiennes. Les genres et les espèces, 2005. M. DESURVIRE, LES FEUILLETS EGRAPHOLOGIE 1 : Les bases D n° jaminiennes. Le geste graphique, 2005. M. DESURVIRE, Graphologie et recrutement, 2005. M. GENTY, L'être et l'écriture dans la psychologie jungienne. F. WITKOWSKI, Psychopathologie et écriture.

,

PEDAGOGIE , DE L'ECRITURE , ET GRAPHOTHERAPIE
PAR

Robert OLIYAUX
Préface de Jacqueline PEUGEOT

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Kiinyvesbolt 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16

FRANCE

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Misti, 15 10124 Torino ITALIE

(ÇJ L'Harmattan, 2005

ISBN: 2-7475-8005-9 EAN: 9782747580052

PREFACE

L'écriture, ensemble de signes codés, traducteurs de la pensée et du langage, nécessite un apprentissage qui développe l'aisance graphomotrice tout en respectant la reproduction des formes enseignées: pour remplir sa double fonction d'instrument personnel et d'acte social en tant que véhicule de la communication, elle doit parvenir à une rapidité suffisante tout en restant lisible.
L'écriture croit par étapes successives avec une personnalisation propre à chaque individu, ce qui explique qu'elle puisse étre expressive. Pour Robert OLlVAUX, il y a une logique interne dans l'écriture même et ses transformations. Une pédagogie bien conduite doit donc tenir compte de cette logique qui conduit à l'autonomie graphomotrice, et ne pas aller à son encontre. C'est un point de vue fondamental auquel nous donnons toute notre

adhésion.
Lorsque l'évolution de l'écriture se fait mal et que l'enfant développe une dysgraphie, ou que l'adolescent ou l'adulte voit sa maitrise graphique perturbée, parfois se désorganiser - trop de crispation ou d'hypotonie par exemple venant abimer les formes et réduire la vitesse - l'écriture peut avoir besoin d'être rééduquée. L'expérience prouvant que la seule difficulté instrumentale est rarement cause unique des déficits graphomoteurs, qu'il s:V ajoute en général d'autres difficultés dont les perturbations de l'écriture sont des symptômes, la thérapie de l'écriture peut devenir aussi une graphothérapie, c'est-à-dire thérapie par l'écriture. Le terme de graphothérapie ne doit pas induire en erreur: il ne s'agit pas de suivre le conseil de changer ses barres de t pour acquérir de la volonté, mais la transformation de l'écriture qui s'effectue au travers de la rééducation, sans que le rééducateur intervienne directement sur ces transformations, jointe à la relation privilégiée qui s'instaure entre le patient et le thérapeute, permet souvent une restauration de la confiance en soi, une structuration (nous n'osons pas dire une restructuration) de la personnalité, que l'on peut comprendre, tant est liée l'écriture à la personnalité.

VI

Préface

Robert DL/VAUX, avant de devenir psychanalyste, a débuté sa carrière en portant tout particulièrement ses efforts sur la rééducation de l'écriture. Et si, en France, on doit à Raymond TRILlAT et à Huguette MASSON d'avoir introduit la graphothérapie au Centre Psycho-pédagogique Claude-Bernard dès sa [ormation, après la guerre, on doit à Robert DL/VAUX d'avoir fondé la première Association de graphothérapeutes diplômés de la Société Française de Graphologie en France en 1966. Bien que cette Association n'ait pas reçu l'agrément financier des pouvoirs publics comme l'orthophonie, cette démarche a constitué une première étape, et mis en avant cette idée essentielle que, pour bien conduire une rééducation, ilfallait bien connaître l'écriture et être graphologue. Dans la dernière partie de son livre, l'auteur nous expose sa méthode de graphothérapie, cette dernière partie étant l'aboutissement des observations faites dans les chapitres précédents sur la croissance de l'écriture, et ce qu'il nomme « les voies diverses de l'écriture )). Toutes les méthodes de rééducation de l'écriture ont en commun l'exécution de formes scripturaires,. elles peuvent varier selon l'instrument préconisé, le papier employé, l'intégration plus ou moins rapide des formes scripturaires à l'écriture. La méthode de Robert DL/VA UX a fait ses preuves et peut servir de base aux graphologues spécialistes des enfants et des adolescents notamment, même si ces derniers personnalisent cette méthode et en divergent par la suite. Robert DL/VAUX souligne que la graphothérapie peut aussi être appliquée aux perturbations de l'écriture qui ont pour cause des déficits intellectuels ou organiques et cela, semble-t-il, à juste titre. Tout l'ouvrage de Robert DL/VAUX démontre que le sujet du livre est l'écriture à laquelle l'auteur porte un intérêt passionné. Psychologue ayant vu beaucoup d'écritures plus que graphologue (l'auteur se décrit lui-même ainsi), il expose dans toute la première partie du livre une pensée originale, développant cette logique « postulée )) de l'écriture dans ses transformations, parallèlement aux avatars de la personnalité, notamment à l'adolescence. Au point de vue des interprétations, il rejoint, de façon succincte, les interprétations de la graphologie classique. On ne pourrait que lui reprocher, si tant est qu'on le fasse, dans cette double logique interne de l'évolution psychologique de l'enfant et de l'adolescent d'une part, et des transformations de l'écriture d'autre part, de s'éloigner parfois de la vérification concrète par la loi des grands nombres. Après le laisser-aller dont l'écriture a été victime depuis plus de vingt ans, un espoir se profile par le renouveau d'intérêt suscité depuis quelque temps dans le monde entier par l'écriture, la calligraphie, les arts graphiques, matériaux personnalisés et expressifs, face au monde déshumanisé de l'ordinateur. Puisse ce livre d'un amoureux de l'écriture contribuer aussi à redonner à l'écriture la valeur et le rôle qui sont les siens, et attirer l'attention sur la nécessité d'une bonne pédagogie de l'écriture.

Jacqueline PEUGEOT

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE.

...................................................

v IX 1 9 13 21 21 23 27 31 41 43 76 91 92 94 95 115 116 118 124 127 127 132 157 159 169

INTRODUCTION.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. L'écriture et ses fonctions. ..................................

2. Le geste scripteur. 3. L'instrument

........................................ ................................... . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. .. .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

et l'espace.

4. Naissance et croissance de l'écriture. Bref rappel historique. .......... De la trace au tracé. ........... Le temps de l'apprentissage. ..... La remise en question adolescente.

5. Les voies diverses de l'écriture. ..... Les synthèses d'aménagement graphique. Les syndromes graphiques. ......... Les dysgraphies. . . . . . . . . . . . . . . . . . . Définition et origines de la dysgraphie. Fréquence et répartition des dysgraphies. Classification des dysgraphies. ......

.. . .. .. ..

. . . . . . ... . . . .

.. .. .. .. .. .. .. . . . . . . . .

.. .. .. .. .. .. .. . . . . . . . .

6. L'examen.. ....................... Psychomotricité générale et latéralité. ... Motricité graphique. ................ Conclusion de l'examen. .............

.. .. .. ..

7. Éducation et rééducation. ................................... Éducation de l'écriture. ..................................... Rééducation de l'écriture ou graphothérapie ..................... Conclusion. ................................................ d'écriture. ....................

ANNEXE. - Huit cas de rééducation

INDEXALPHABÉTIQUE.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

INTRODUCTION

L'écriture n'est plus ce qu'elle était. Celui qui écrit s'en plaint, celui qui la lit aussi. Alors, « on s'téléphone »... Est-il normal qu'écrire une ou quelques pages soit devenu une corvée, une gêne, une cause d'échec ou de retard dans les études, les examens ou plus tard les recherches d'emploi... ? L'écriture ne devrait-elle pas être un plaisir? Ne peut-elle le devenir? Pour cela, en plus d'un bon fonctionnement graphomoteur, d'un langage suffisant, que faut-il ? En partant d'un regard neuf sur l'écriture, l'analyse phénoménologique des voies diverses de son évolution ne permettra-t-elle pas une approche nouvelle, en particulier une pédagogie fondée sur une explication des fonctions de l'écriture? S'il y a déviation, la voie se dessine aussi pour une rééducation. Trois exemples...
de ne pas être pris au sérieux - quand encore on ne se moque pas ouvertement de lui - du fait
d'une écriture qu'on qualifie d'infantile, voire de débile. « Ma femme en pense autant, et cela m'humilie beaucoup. Et pourtant, si vous saviez comment je m'applique! L'ennui, c'est que cette application me freine et me fatigue, au niveau du poignet surtout. Peu habitué "à parler de lui, à se laisser aller à parler de lui, il raconte son enfance provinciale, avec des parents commerçants modestes mais trés stricts, trés droits... « Mon pére attachaitbeaucoupd'importanceà l'écritureet je me suis toujoursefforcéde rester le plus prés possible du modèle... - Du papamodèle,» lui dis-je... mais il semble ne pas avoir entendu... « Vous étiez un enfant M X, 45 ans, ingénieur dans une grande entreprise: costume trois piéces, cravate. Il souffre

obéissant...

»

Il m'interrompt:

«... et je me demande, là, devant vous, si je ne le suis pas toujours. Jamais, je ne m'étais posé cette question. Mais, c'est vrai, j'ai toujours cherché à faire bonne impression. - Pendant vos études, vous écriviez comme maintenant? - Non, je n'aurais pas pu suivre: j'avais une petite écriture, pas appliquée et j'en avais honte à cause de p... » Il allait dire « papa» et se reprend. « A cause de mes parents; c'est la même écriture que j'utilise pour mes notes personnelles dans mon travail. » Il montre une écriture petite, simplifiée, truffée de combinaisons astucieuses... « Mais voilà votre véritable écriture: c'est vous, tel que vous êtes réellement. Savez-vous qu'elle est très belle? Vous ne trouvez pas qu'elle fait un peu brouillon ?... »

M. X est revenu me voir, avec son complet impeccable. A la 4' séance, il a compris qu'il devait moins se préoccuper de l'impression qu'il produit et s'accepter un peu plus comme il est.

-

x

Introduction

Il a abandonné sans effort cette écriture appliquée «conforme au modèle» et parfaitement artificielle... Il est revenu pour me parler de son fils six mois plus tard, le col de chemise ouvert sous un blouson: {{ Savez-vous que c'est la premiére fois que je me permets d'aller chez quelqu'un dans cette tenue? » J.B. va avoir 10 ans: il traine en CE2. Relégué au fond de la classe, il est sage et ne gêne personne: on ne s'en occupe pas ou peu. En fin d'année, on annonce son redoublement. Il ne faut pas compter que votre fils fasse de longues études, dit le directeur... Il faudra
{{

l'orienter. Si au moins il avait une écriture lisible, ce serait déjà quelque chose; mais... » Alors, les parents se sont dit qu'il fallait peut-être voir ce qu'elle avait, cette écriture... Ils sont allés consulter une graphologue dont l'adresse était indiquée par un magazine dans lequel une voisine avait lu un article sur les écritures d'enfants. La graphologue examine l'écriture et les adresse au graphothérapeute. L'écriture de J.B. est effectivement peu lisible: petite et renversée, mais surtout pleine de reprises, de retouches, de repassements... On y lit un sentiment d'échec et d'infériorité profond; on y trouve aussi une orthographe trés défectueuse. « J'ai oublié de vous dire », précisera la mère, après l'examen, « qu'à 6 ans on a découvert " une surdité importante ", qui a été soignée et guérie, mais peut-être a-t-il manqué des bases de la grammaire... nous lui avons pourtant fait donner des leçons de rattrapage. » On constate alors une difficulté préalable. En fait, lB. ne sait pas vraiment lire: il lit lentement, hésite, saute un mot, se reprend... L'hésitation de son écriture, ses retouches, proviennent de cette hésitation à la lecture. Pour la première fois, on fait un test de niveau qui révèle une intelligence supérieure à la moyenne. lB. a été adressé à une orthophoniste mais le graphothérapeute l'a également suivi. En même temps que les causes de sa dysgraphie vont disparaitre, son écriture va retrouver son niveau propre, son niveau juste car lB. a besoin d'une aide pour être confiant en l'avenir, pour avoir conscience de ses possibilités. Il a fallu trois ans... mais ces trois ans ont permis à lB. d'atteindre son niveau normal, celui des tests et du Q.I., puis de le dépasser... Il est aujourd'hui psychologue... et heureux. R., 14 ans, est en 3'. Ses parents sont inquiets: il est intelligent, mais il n'arrive pas à suivre qui se dégrade de plus en plus est le responsable principal de ses difficultés. R est un adolescent sérieux, consciencieux. Son écriture est très enfantine et très lente (presque trois ans de retard au test de vitesse) ; les systèmes de liaison ne sont pas établis: il n'y a encore aucune manifestation d'écriture personnelle mais des points de soudure et des raccords maladroits... A la question du graphothérapeute : ({ Depuis quand écris-tu ainsi? », R répond: ({Depuis la 6'. On se plaignait de mon écriture, un professeur disait qu'elle était illisible, et je me fatiguais beaucoup. » Il sort de son porte-documents un devoir de cette époque: J'écriture parait aisée, rapide, avec quelques simplifications; elle laisse présager un aménagement prochain positif. Sans être trés lisible, elle n'est pas « illisible » et témoigne d'une intelligence vive et personnelle.

en classe et les professeurs affirment que son écriture

-

-

« Alors,

continue R, j'ai décidé tout seul de me rééduquer, et je me suis mis à écrire en script.

En 5', je m'y suis contraint et je m'entrainais à la maison. En 4', j'ai constaté que mon écriture était plus lisible, on ne s'en plaignait plus, mais j'allais beaucoup moins vite; si je voulais aller vite, ça devenait vraiment illisible. Maintenant, c'est la catastrophe, et je ne sais plus comment faire... » Une année de rééducation a permis à R, trés motivé, de rattraper la vitesse de son âge et de sa classe. Son écriture restait encore un peu maladroite; mais deux ans plus tard, on constatait, à l'occasion d'un contrôle, que les liaisons se reconstituaient, que des combinaisons se formaient, bref que la continuité qu'il avait détruite en croyant bien faire, se rétablissait... Huit ans plus tard, R écrivait à son rééducateur pour lui annoncer qu'il venait de terminer sa maîtrise de Droit.

Introduction

XI

Il est donc nécessaire de savoir avec précision à quoi sert l'écriture, comment elle naît et comment elle se développe, quelles sont ses voies d'aménagement économique, mais aussi ses issues défectueuses ou ses impasses. L'écriture peut être malade et représenter un handicap important. Comment peut-elle alors s'en sortir? Faudra-t-il donc toujours la rééduquer, tandis qu'il serait si simple de l'éduquer au

départ?

'

Avant d'entreprendre une rééducation, il est primordial de délimiter le probléme. L'examen permet d'indiquer le traitement. Par un travail sur le terrain graphomoteur, la rééducation de l'écriture, ou graphothérapie, pourra rétablir les fonctions graphiques et transformer en plaisir ce qui était corvée et angoisse, ou, à un degré moindre, ennuyeux devoir. Mais le travail du graphothérapeute vise au-delà: la rééducation va plus loin que l'apprentissage. Si l'écriture est vraiment plus que ce que l'on croit communément - non pas un simple moyen de se débrouiller dans la vie, mais un acte d'homme sa rééducation ne va-t-elle pas au-delà d'une restauration de ses fonctions à l'identique? Une longue pratique nous autorise à le croire. Aux livres précédents j'ai fait quelques emprunts, entre autres les observations de cas de« Désordres et Rééducation de l'Écriture» (épuisé) ; en ce qui concerce« De l'observation de l'écriture à la compréhension de la personnalité », qui doit être réédité, j'ai gardé les grandes lignes de plusieurs chapitres mais les apports nouveaux transforment profondément ces deux ouvrages (édités respectivement en 1971 et en 1969). Ce nouveau livre n'est donc pas un simple remaniement des anciens mais une refonte compléte. La pratique, depuis vingt ans, de la psychanalyse et celle, plus ancienne, de la rééducation graphique ont permis, chacune dans son domaine propre et avec sa spécificité, un important approfondissement. Ce livre ne traite pas des «écritures d'enfants» dont je présente l'évolution d'une façon idéale et volontairement simplifiée. On peut, sur ce sujet, se reporter, en plus des ouvrages cités en notes de De Ajuriaguerra et colI., De Gobineau et Perron et J. Peugeot, à ceux de M. Auzias (Les troubles de l'écriture chez l'enfant 1975), Ave-Lallemant (Comment interpréter l'écriture de vos enfants. Bordas, Paris, 1987),1. Dubouchet (L'écriture des adolescentes. Le François, Paris, 1967). Je remercie tous ceux qui, de prés ou de loin, m'ont aidé - parfois sans le savoir - et, si je pense à mes patients, à mes étudiants, je n'oublie pas mes confrères, tant graphologues que psychanalystes. Merci aussi à ces correspondants connus ou inconnus, qui ont alimenté mon iconographie. Qu'ils me pardonnent de m'être servi d'eux et de les avoir ainsi
« exposés ». J'ai

-

Enfants

gauchers, enfants droitiers. Delachaux

et Niestlé, Neuchâtel,

1970 et

parfois détaché de leur écriture - et de leur personnalité - tel ou

tel trait qui convenait à ma démonstration; qu'ils aient la sagesse de ne pas prendre le détail pour le tout, de ne pas croire, si leur graphisme illustre un manque d'évolution ou une régression, qu'il ne comporte ni ressources ni richesses; ou bien, de ne pas s'imaginer si ce graphisme sert d'exemple à des aspects positifs, qu'ils soient eux-mêmes dépourvus de quelque limite ou exempts de faiblesse! Nos trois enfants ont nourri, c'est bien connu, mon expérience; leurs gribouillis d'antan, leurs écritures illustrent bien des pages. Mon fils aîné Jean-Luc,

XII

Introduction

psychologue et graphologue, mérite une mention spéciale. Avec sa femme Édith, psychologue, il m'a aidé à revoir et à approfondir des points importants de ce livre. Jean Figuet, lecteur-correcteur, et sa femme Andrée, orthophoniste, m'ont apporté un concours important. Au-delà du style, ils ont scruté jusque dans son sens mon manuscrit avec une exigence de spécialistes et cette distance dont l'auteur manque. Je leur dois beaucoup. La confiance de mon épouse et son aide patiente m'ont encouragé à entreprendre et à porter jusqu'à son terme cet ambitieux projet d'un nouveau livre. Paris, octobre 1987.

TI

L'ÉCRITURE ET SES FONCTIONS

Trop souvent, on traite de l'écriture comme d'un mode banal de relation, à la définition évidente, sans penser qu'elle est peut-être autre chose et plus que ce que l'on croit. Dans ces pages, comment pourrait-on traiter de sa pédagogie, de sa fonction, de son sens et envisager sa rééducation sans savoir trés précisément ce qu'elle est? Sans doute faut-il se limiter: parler de l'écriture aurait pu nous entraîner à examiner la langue qu'elle véhicule et même nous conduire à étudier la psychologie de celui qui la trace... Suffit-il de savoir vaguement que, pour de nombreux enfants, l'écriture se présente comme un handicap, dans sa lenteur ou dans son insuffisante lisibilité? D'autres, la majorité sans doute, réussissent à écrire à peu prés correctement malgré une évidente carence pédagogique en ce domaine. Certains qui ont été véritablement éduqués, non seulement dépassent ce cap de l'écriture-problème, mais atteignent un plaisir d'écrire dans la maîtrise de la scription et la compréhension de l'écriture elle-même, langage, geste et tracé. C'est jusque-là qu'il nous faut pousser notre réflexion. Un enfant qui sait bien lire et qui aime écrire est bien placé dans la compétition scolaire... Mais qui parle à un enfant du plaisir d'écrire? Le rééducateur sans doute, mais pas l'enseignant pour qui l'écriture fait partie des « devoirs », quand elle n'est, sous forme de « lignes », objet de punition. Qu'est donc l'écriture? Chacun peut accepter sa définition classique de représentation, par des signes, de la parole et de la pensée. Elle peut toutefois être observée de différents points de vue et ne pas recouvrir les mêmes sens pour le philosophe, le linguiste, le psychologue, le pédagogue, le graphologue, le psychomotricien, l'orthophoniste... Cherchant à découvrir l'écriture en tant qu'objet pédagogique et psychologique - car elle s'apprend, s'éduque, s'interprète - mais aussi objet de plaisir - le plaisir d'écrire -, nous n'enfermerons pas ce phénomène dans une définition, mais nous nous poserons des questions qui pourront devenir autant de clefs utiles à notre réflexion et à notre recherche... Nous laisserons les portes ouvertes. Si l'écriture peut être examinée sous l'angle de ses fonctions ou de sa valeur économique ou de sa possibilité d'analyse, c'est parce qu'elle évolue avec son auteur.

2

L'écriture et ses fonctions

Il n'en peut être autrement d'ailleurs si on la considère comme un objet d'éducation, de rééducation, ce qui implique d'une part, modèle, apprentissage, et, d'autre part, croissance et paliers... La possibilité elle-même d'évolution permet de penser qu'en tant que système économique, elle peut représenter des investissements diversement rentables selon les individus mais aussi selon les périodes de leur développement ou les moments de leur histoire. Ce large et complexe mouvement de l'écriture telle qu'on la pressent à travers les questions qu'elle pose, prouve bien qu'elle n'est pas un donné acquis une fois pour toutes. Les stades qu'on y distingue s'estompent certes peu aprés le décours de l'adolescence. Mais si l'écriture s'arrête dans son évolution, ce n'est jamais sans une raison complexe et grave, où se rejoignent souvent l'impuissance motrice ou la peur, ou le refus, l'opposition. Mais vers quel but caché court donc l'écriture? Où son évolution peut-elle bien la mener? Est-elle entraînée par son propre mouvement? ou, au contraire, poussée de l'extérieur ? Tout au long de son histoire mais principalement durant le temps de l'enfance et de la jeunesse, l'écriture évolue, en ses débuts plutôt tirée, poussée par une nécessité externe, puis bien davantage entraînée par sa dynamique interne. Elle se dirige vers son «aménagement» optimal, c'est-à-dire vers un accomplissement économique et personnel de ses fonctions. Si le graphologue peut analyser l'écriture, c'est parce qu'elle est cet objet complexe et dense dont on peut discerner le point de développement; ses diverses fonctions n'ont pas chacune son évolution autonome, mais une évolution diversifiée, avec des échanges complexes, des interactions, dans une ligne dynamique incluant progrès et paliers: telle fonction sera un temps privilégiée et inhibera telle autre, remettant en cause, modifiant parfois 1'«aménagement» en cours. On peut parler d'une « organisation» progressive de l'écriture et ce terme n'est pas sans évoquer celui d'« organisateur» de l'évolution! en tant qu'intégration d'une structure complexe à une période critique du développement. Cette étude ne peut se limiter à l'examen de l'un des aspects de l'écriture, par exemple sa rééducation ou sa pédagogie; l'écriture est un système trop divers et trop uni pour traiter quelques aspects arbitrairement séparés du tout. La graphologie elle-même bénéficiera peut-être d'une réflexion en profondeur avec le risque réel, mais constructif, de remettre en question quelques idées reçues. Il est heureux que les livres de graphologie les plus récents se refusent d'être de simples « clefs» des espèces et de leur interprétation. On ne peut occulter ou négliger la psychologie de l'enfant qui écrit, la possibilité d'interprétation du geste et du tracé, la réalité d'un certain symbolisme, mais pas davantage l'aspect concret de la motricité et de l'acte d'écrire. La question la plus immédiate préalable à la notion d'aménagement, voire à ce concept d'une écriture considérée comme « organisateur» se formule très prosaïquement ainsi: à quoi sert l'écriture? Interrogation qui implique une idée de mouvement, de vie; l'écriture individuelle est une réalité vivante, mouvante, un
1. SPITZ, La première année de la vie de l'enfant. Presses Universitaires de France, Paris, 1963.

L'écriture et ses fonctions

3

phénoméne changeant: elle peut progresser, régresser, se bloquer, se détériorer; elle se laisse parfois modifier, au moins dans son apparence; on peut plus ou moins bien la déguiser, mais on peut aussi découvrir le plaisir d'écrire. S'aménageantl dans des compromis successifs, l'écriture se déroule parallélement à l'évolution psychologique et psychomotrice de l'enfant mais aussi en fonction de l'importance accordée, selon les besoins de la cause, à telle ou telle fill. Ce processus, constitué de phases d'évolution et de phases de paliers, est par le fait même lent et ne peut aboutir à un accomplissement parfait. Il n'y a pas d'écriture idéale, le meilleur résultat sera souvent le moins mauvais et si l'écriture tend, autant qu'elle le peut, vers un optimum d'aménagement - d'organisation et d'harmonie selon la terminologie graphologique -, elle parviendra dans de nombreux cas à un niveau suffisant et satisfaisant d'efficacité mais restera marquée par une relative imperfection. L'écriture est bien ainsi l'expression d'un homme: elle ne peut être « achevée» tout à fait ni sur. tous les plans à la fois, c'est-à-dire dans toutes ses fonctions. Si l'on distingue des fonctions principales et d'autres secondaires, on ne peut valablement les dissocier que pour les besoins de la méthode... elles sont en fait inséparables. Se partageant le champ ouvert de la scription et de l'écriture, s'y gênant parfois, elles s'y disputent la place, finissant par ne plus se distinguer dans la mêlée. L'armée secréte de l'inconscient agit dans l'ombre, organisant la résistance, piégeant l'écriture... Enfin, à l'âge mûr de l'écriture, les conflits le plus souvent se calment et la paix s'établit entre les forces en présence, basée sur un accord économique dont les clauses seront parfois révisées plus tard encore. Les conditions principalement motrices d'exécution de l'écriture, ce que nous appellerons « fonction instrumentale », constituent la base indispensable aux autres fonctions; la communication que l'écriture porte, « fonction relationnelle », s'établit sur la fonction instrumentale. Une troisième, celle de « représentant» de la personnalité, s'élabore dans l'édification et l'interaction des deux premières; elle en est l'issue, la résultante. Tout se tient... Le rôle de signal psychologique, «fonction symptomatique », peut s'installer subtilement à chaque niveau: si elle s'exprime de préférence à travers le représentant ou la communication, elle peut s'infiltrer jusque dans le soubassement psychomoteur de la scription. Comme elle se joue avant tout dans le registre de la communication, nous ne détacheronspas dans notre étude la fonction « relationnelle» de la fonction « symptomatique ». Le graphologue ou le graphothérapeute doit connaître les ruses d'une fonction symptomatique qui manipule en quelque sorte les autres; les mécanismes parfois pervers qu'elle favorise ne simplifient ni la tâche du rééducateur ni celle du

graphologue: un trouble instrumental peut se « relationnaliser», une difficulté
relationnelle peut s' « instrumentaliser ». La fonction instrumentale La fonction la plus évidente de l'écriture est de fixer la pensée ou la parole afin de la transmettre. Elle est, à ce titre, un instrument irremplaçable, Fixant la pensée, l'écriture, à court ou à long terme, pallie les trous de mémoire ou sauve de l'oubli. Qu'il s'agisse de l'Histoire ou du développement individuel,

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L'écriture et ses fonctions

l'écriture joue, plus que le langage parlé, un rôle conservateur: on rédige mieux par écrit que si l'on s'exprime en paroles; celles-ci « s'envolent », l'écrit « demeure ». Cette fonction « conservatrice» de la langue et de l'écriture propres à une nation fait de l'écriture une marque, un caractére au vieux sens du mot. Un peuple, comme un individu, peut se défInir pour une part de lui-même par sa langue écrite ou parlée. Ce n'est pas sans raison que les conquérants, de quelque époque qu'ils soient, brûlent les bibliothéques ou les livres représentatifs de la culture de la nation vaincue avec l'espoir d'en dominer la pensée et d'en détruire la tradition. Autre aspect de cette fonction instrumentale: le temps d'écrire oblige à un certain recul, favorise la réflexion, privilégie la logique. Le délai nécessaire au choix de la meilleure expression rend possibles une rigueur et une précision accrues. L'écriture de ce fait joue un rôle complexe dans l'élaboration de la pensée: elle fait intervenir d'autres parties du corps que le langage. Le papier est un tout autre support que l'air où vibre la parole. Élaboré autrement, l'écrit est autre. Les associations peuvent être différentes, des souvenirs plus enfouis peuvent resurgir et aider à un approfondissement. Vers quoi l'écriture, se défInissant par ses fonctions et leur aménagement,

peut-elle tendre à ce niveau appelé, d'une manière un peu réductive, « instrumental » ? Que peut attendre le scripteur d'un aménagementpositif de cette fonction?
Pour atteindre une efficacité suffisante sur ce plan, l'écriture se doit d'être facile à exécuter et suffisamment rapide. L'aisance à la scription requiert l'absence de fatigue, de gêne, de crispation, c'est-à-dire le bon usage de la motricité spécillque. Le bon état de l'appareil implique l'absence préalable de difficultés psychomotrices ou neurologiques: un niveau suffisant d'intelligence et de langage est présupposé. La fonction instrumentale se développe surtout au début de l'apprentissage tant que l'écriture n'est encore - au moins en apparence - que la reproduction du modèle. Elle s'élabore et se perfectionne peu à peu à travers les divers stades de son évolution, même au-delà de la remise en question adolescente. Cette fonction est d'ordinaire la première dont on perçoive la faiblesse: fatigue à la scription ou lenteur motivent de nombreuses consultations. Si la localisation des difficultés par les plaignants n'est pas toujours très objective, leur constatation est simple et rigoureuse: le graphothérapeute sait vérifIer par l'examen des tenues de l'outil, des modes de scription et de la position générale du corps une crispation qui ne soit pas feinte; quant à la mesure des performances, il y a pour cela des barêmes précis. Les « dysgraphies instrumentales» sont les plus fréquentes, elles sont aussi, en règle générale, les plus simples à soigner. Faut-il encore qu'elles soient prises à temps, sans attendre que des perturbations d'autres fonctions ne viennent s'y greffer et compliquer la situation. La fonction relationnelle Cette fonction, qui suppose l'existence de la première, va donc être analysée en second lieu; mais son rôle n'en est pas moins primordial. Mode de communication, d'expression, de transmission important pour chaque individu, l'écriture l'est aussi au regard de l'Histoire, qu'elle divise en deux périodes: avant et depuis l'écriture.

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L'écriture engage l'individu; l'écrit confinne et officialise la parole. On sait ce que représente l'attente d'une lettre, ce que signifie celle que l'on refuse, que l'on déchire, mais aussi la lettre perdue que l'on retrouve... Celui qui écrit ne sait pas tout ce qu'il écrit (le même homme, d'ailleurs, ne sait pas tout ce qu'il dit), tout ce qu'il livre dans ce message dont il ne perçoit que ce qu'il croit exprimer; l'écriture est un discours à plusieurs niveaux, destiné au scripteur lui-même et au lecteur. Si le premier peut s'adresser au second comme à un complice, ou l'atteindre et le blesser tout en restant à l'abri, le second peut aussi pénétrer ce que le scripteur comptait lui cacher, après l'avoir interprété selon son propre dèsir ou sa propre peur. Ils peuvent devenir de véritables interlocuteurs ou rester dans un discours de surface et d'apparence, voire de faux-semblant, voire mensonger. Au premier niveau, c'est le texte lui-même, tel du moins qu'il apparaît à une lecture rapide. Il est très rapidement spécifié par des détails de forme littéraire, de style, de formulation, par un certain ton qui peuvent contraindre à une relecture et déboucher sur une analyse du contenu, une exégèse du texte. La présentation, le soin, l'orthographe même (encore qu'elle puisse servir de terrain à des transactions beaucoup plus secrètes...) se prêtent à un autre niveau d'analyse d'un message, qui se doit évidemment d'être lisible. Toutefois, certaines imprécisions sont significatives, et l'analyse d'une lisibilité douteuse permet d'aborder un niveau plus profond encore: on passe alors d'un message relativement « manifeste» à un message latent. Ce niveau plus obscur est celui des sous-entendus et des arrière-pensées; il implique une lecture « entre les lignes ». On y découvre certaines erreurs, « fautes» orthographiques plus proches en réalité du lapsus que d'une véritable difficulté de représentation ou de transcription du mot. Un enfant jaloux de ses frères et sœurs se trompera dans les accords, comme s'il refusaitle « pluriel» ; ou bien il omettra une lettre sur deux dans le cas des lettres doubles... Très souvent d'ailleurs, ce phénomène ne résiste pas à son explication dans le cadre rassurant d'une rééducation... ce qui ne veut pas dire que le problème soit résolu. Le refus du pluriel se lit aussi, nous a fait observer une orthophoniste, dans les cahiers d'enfants qui, eux, sont demeurés « fusionnels » et n'ont que leur mère au monde. L'étude des symptômes trouve sa place dans celle de la fonction relationnelle dans la mesure où ils sont appels ou signaux: ils se développent à des niveaux profonds de la personnalité avec des contacts fréquents - et des compromissions à des niveaux plus élevés; on observe, par exemple, des transactions plus ou moins clandestines entre l'orthographe et l'écriture. Si de nombreuses dysgraphies sont imputables aux séquelles d'une dyslexie qui a évolué en dysorthographie, certaines difficultés orthographiques dérivent de problèmes graphiques: des négligences d'écriture peuvent être récupérées par une faiblesse de langage pour être enfin exploitées habilement, alors qu'elles étaient plus ou moins fortuites au départ. Certaines « fautes» sont même des sortes de signaux directs et volontaires destinés à attirer l'attention2.
2. Erving GOFFMAN,La mise en scène de la vie quotidienne. Éditions de Minuit, Paris, 1973, pp. 43, 44... : « une représentation peut flatter des valeurs idéales. qui assignent à l'acteur une position inférieure à celle qu'il se reconnaît secrétement ». L'auteur explique comment les

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L'écriture et ses fonctions

La fonction symptomatique n'est qu'une sous-fonction de communication: la scription, l'écriture peuvent devenir des lieux choisis pour le signal, l'appel, tout autant que des sortes d'abcés de fixation temporaires, estimés moins dangereux que d'autres et susceptibles d'un traitement lui-même peu inquiétant mais simple et relativement court. L'écriture devient souvent le porte-parole de l'inconscient, son « chargé d'affaires ». D'où le risque des interventions maladroites ou agressives et le danger des rééducations « sauvages ». La séduction peut être une des fins secondaires de l'écriture et va souvent de pair avec des essais d'identification. Combien d'adolescents sont ainsi « coincés» entre deux désirs: imiter l'écriture d'un parent et s'en démarquer. Indispensable au développement de l'écriture et, en particulier, à sa personnalisation, l'identification se présente parfois comme une activité d'autodéfense, de protection. Certains enfants auxquels on a prédit comme une menace une difficulté d'écriture vont en quelque sorte incorporer ce danger, pour en rester maîtres: il est plus facile de se battre contre un dragon qu'on a soi-même fabriqué. On observe aussi des identifications qui s'établissent par contagion: toute une classe imitant l'écriture d'un professeur ou d'un condisciple admiré. C'est ainsi que l'imitation d'une écriture, lorsqu'elle n'est pas un jeu passager, n'est pas anodine. Un enfant cherche à plaire en s'appliquant ou en réalisant une copie conforme du modéle ; un autre utilisera l'écriture dans un but de protestation ou d'opposition: par exemple, pour manifester contre une dictée trop rapide, il traînera ou se crispera.

Dans ces divers cas, l'écriture révéle sa fonction « vicariante » et son rôle de
« prétexte ». Des dysgraphies sévères servent de substitut à d'autres difficultés et justifient d'autres demandes plus difficiles à avouer. L'écriture joue un rôle important de soupape de sûreté et nulle dysgraphie ne se traite sans discernement; dans ce milieu sensible, comme en d'autres domaines, il est des symptômes qu'il faut savoir
protéger,
«

sauver ».

Le graphologue atteint un niveau plus profond encore: celui de la valeur expressive de l'écriture marquée par une personnalité et un caractère propres édifiés sur une base «tempéramentale », psychomotrice, imprégnés par l'influence affectivo-sociale. Il examinera aussi l'écriture dans la valeur symbolique de son organisation spatiale, observera telle lettre au dessin particulier, tel élément graphique surajouté, au sens à peine déguisé parfois, sortes de tics graphiques revenant constamment dans le tracé... La signature qui clôt le message recueille souvent de ces symboles dont l'interprétation exige une grande prudence. La fmalité de cette deuxième fonction est une lisibilité dont les degrés s'accordent (plus ou moins) avec ceux de la communication. Probablement impossible, une complète intégrité du message n'est en somme pas toujours souhaitable. Officiellement, être lisible veut bien dire être lu, c'est-à-dire compris, c'est-à-dire accepté, aimé peut-être... En pratique, aucune échelle d'emploi facile ne permet vraiment d'apprécier la lisibilité: elle est dépendante des possibilités de lecture, de comprécollégiennes américaines provoquent l'intérêt des garçons en faisant volontairement de temps à autre des fautes d'orthographe: les garçons, touchés de cette ignorance et fiers de leurs connaissances, leur donnent des explications, établissant ainsi la relation protection-dépendance attendue par les filles.