Pensée négro-africaine et représentations sociales

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Cet ouvrage cherche à donner un contenu concret, simple, et facilement compréhensible au concept de « civilisation négro-africaine » et la place qu'y occupent les représentations sociales. Il est pensé pour aider les étudiants en sciences de l'ingénieur et en sciences sociales, en particulier des pays subsahariens, désireux de mener des recherches en lien avec la civilisation négro-africaine.

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Date de parution 01 janvier 2017
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EAN13 9782140025792
Langue Français

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Esoh EL A MÉ
PENSÉE NÉGROAFRICAINE
ET REPRÉSENTATIONS SOCIALES
Études postcoloniales du développement durable
Nouvelle édition
Pensée négro-africaine
et représentations sociales
Études postcoloniales du développement durable Collection dirigée par Esoh Elamé (DICEA/université de Padoue/Italie) Cette collection d’ouvrages destinés à un public cultivé et curieux se propose d’interroger, dans une perspective postcoloniale, la théorisation du développement durable, ses principaux problèmes, ses piliers, ses principes, et son opérationnalité concrète finalisée à son ancrage territorial. La collection est ouverte aux travaux qui sont guidés par la volonté de repenser la transition environnementale et interculturelle du développement durable à partir des différents systèmes de pensée. Elle accueille des ouvrages et des essais scientifiques, fruits de recherches originales montrant qu’il est possible d’aller au-delà de la rhétorique actuelle du développement, de penser à un autre modèle de société, où respect de l’environnement rime avec dialogue entre les civilisations. Déjà parus ELAMÉ(Esoh),La ville durable interculturelle,2016.ELAMÉ (Esoh),21 de seconde génération L’Agenda .Transition vers une éducation durable,2016. ELAMÉ(Esoh),La pédagogie postcoloniale, 2016.
Ces derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent.La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Esoh ELAMÉPensée négro-africaine et représentations sociales
Nouvelle édition
Avec la participation de Rosalie Maïrama, Sosthène Marie Xavier Atenke Etoa, Biakolo Komo, Jean Paul Balga, Jean Gormo, Samuel Eric Kamgang, Kutndjem Daouda, Solange Ngouh
Du même auteur, chez L’Harmattan La ville durable interculturelle,2016.L’Agenda 21 de seconde génération.Transition vers une éducation durable, 2016.La pédagogie postcoloniale, 2016. Cet ouvrage fait partie des produits du projet européen « Plan d’actions éducatives sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement à travers les jumelages scolaires Nord/Sud(réf. DCI OMD » NSAED/2009/202190) financé par la Commission européenne, dans le cadre du programme européen « Acteurs non étatiques et autorités localessensibilisation et éducation au développement en Europe ». Cependant, cet ouvrage n’engage, par son contenu, que son auteur. La responsabilité de ce matériau est celle de son auteur principal et ne représente pas l’opinion de la Commission européenne qui n’est pas non plus responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations contenues dans ce texte. La reproduction est autorisée moyennant mention de la source. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10734-9 EAN : 9782343107349
Jabea la Elamé & Anguel’à Musango Ya Elamé
Introduction générale Esoh Elamé Parler aujourd’hui de la civilisation négro-africaine et de la pensée qui la sous-tend aussi bien en sciences humaines qu’en sciences exactes n’est pas une évidence. Au-delà de la pseudo vision consensuelle qui cherche à occulter les rapports de domination entre les peuples, l’histoire de l’humanité a toujours présenté l’Occident comme renfermant des vertus exceptionnelles. L’Occident est présenté comme une société plus émancipée, plus libre par opposition aux sociétés closes, où la libre pensée ne va pas toujours de soi. Du haut des tribunes médiatiques, l’Afrique subsaharienne a été soumise par la force aux savoirs et connaissances des prédicateurs de la mission civilisatrice dans le but d’apporter, à ses peuples, la civilisation qui a toujours été présentée comme l’apanage de l’Occident. La lecture des faits historiques montre bien que l’Afrique subsaharienne a été depuis longtemps soumise à l’école de la civilisation occidentale. La mission civilisatrice a promu la civilisation occidentale comme la civilisation en Afrique noire. Elle a empêché toute possibilité de connaître les savoirs endogènes. L’Afrique noire s’est caractérisée ces deux derniers siècles par l’apprentissage de la civilisation occidentale dans tous les domaines et la mise en place de modèles de développement calqués sur le style de vie occidental.
Le dédain professé par la civilisation occidentale imbue de sa prétendue supériorité sur les savoirs nègres n’a pas permis de construire en Afriquenoire, une sensibilité poussée sur ses propres valeurs et savoirs. Le cadre idéologique de la colonisation a fait de l’assimilation, de l’aliénation culturelle, du mimétisme, de la perte d’identité, la règle de fonctionnement de l’Occident en Afrique noire. Dans cette condition, le Négro-Africain déraciné, sans repères culturels et dompté par le mythe de l’Occident, se retrouve à vivre dans des territoires ayant subi des transformations aliénantes les plus radicales dans l’histoire de l’humanité. Dans l’ensemble des pays de l’Afrique subsaharienne, les valeurs occidentales sont sciemment véhiculées par l’école qui forme des Négro-Africains plus aptes à s’exprimer en s’appuyant sur la pensée occidentale plutôt que sur la pensée négro-africaine. À l’école, on apprend la conception occidentale du monde. On apprend le sens d’objectivité occidental par l'esprit et le sens critique par la méthode. On
apprend l'indépendance du jugement, l’économie du marché, l’attitude d'individualisme intransigeant, etc. De l’Afrique, la chose la plus essentielle qu’on mériterait d’apprendre à savoir la civilisation nègre et son système de pensée n’est aucunement à l’ordre du jour. Nous sommes dans une école africaine qui forme sciemment l’Africain déraciné, figé dans un dualisme culturel handicapant, qui renonce à ses valeurs authentiques et à ses savoirs endogènes.
En plus, du fait que la civilisation nègre ne soit pas objet d’enseignement, deux siècles d’aliénation et d’assimilation ont fait de celle-ci l’apanage d’une minorité. Entre la classe dirigeante et le peuple, les liens se sont relâchés, la civilisation nègre n’existe pas dans les faits. On peut mieux l’apercevoir çà et là avec un regard de connaisseurs, dans les projets de mal-développement, les échecs de développement. La civilisation occidentale a pris le dessus partout dans l’éducation, la santé, la promotion culturelle au point d’anéantir et d’empêcher toute tentative d’orgueil visant à résister contre cette assimilation programmée et forcée. Aujourd’hui, les pays subsahariens sont des pays où chacun vit de son côté, la masse de la population est vouée sans recours à la pauvreté et à l'ignorance, une minorité bourgeoise, occidentalisée, monopolise le pouvoir et se préoccupe très peu du véritable devenir de l’Afrique noire et de sa civilisation.
Il faut reconnaître que la situation de domination de la civilisation occidentale en Afrique a fait qu’on n’en parle pas assez, y compris dans les milieux académiques, institutionnels et économiques. Même les écrits scientifiques référencés pouvant contribuer à la réflexion critique sur la question sont rares en particulier dans le domaine des sciences et techniques. Les rares travaux réalisés en sciences sociales sur la question optent pour la plupart pour une approche philosophique et dans une moindre mesure ethnologique. La rareté des travaux scientifiques s’inscrivant dans une dynamique de démonstration des faits, des processus et des éléments caractérisant la civilisation noire africaine et sa pensée font défaut. Les intellectuels subsahariens et afro-descendants ont jusqu’ici très peu écrit sur les éléments qui structurent leur civilisation.
La présente analyse vise à combler le vide existant sur la diffusion d’une connaissance essentielle, synthétique concernant la civilisation négro-africaine. Elle veut contribuer à développer une approche concrète et pragmatique de cette civilisation, y compris sa pensée. Elle vise à assurer la diffusion de la civilisation nègre et de son système de pensée afin qu’elle soit prise en compte dans l’analyse des problèmes les plus graves de notre planète, notamment en Afrique subsaharienne. Le besoin de disposer d’un tel corpus
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de connaissances de base est né des situations et limites rencontrées dans l’utilisation de la pensée occidentale dans la recherche de solutions à certaines problématiques de développement durable dans les pays de l’Afrique subsaharienne tels la gestion des déchets, la gestion forestière, l’assainissement liquide et l’accès à l’eau potable, les questions géotechniques. Nous avons eu à faire face à des réalités de comportements sur le terrain lors de nos recherches appliquées qui nous ont contraints à revisiter nos référentiels de recherche. En effet, de manière à mieux prendre en considération les perceptions locales et la rationalité qui en découle, nous avons été obligés de reconsidérer nos approches de recherche et certains de nos positionnements théoriques en réorientant notre réflexion vers la civilisation négro-africaine.
Le désir véritable de faire cette publication advient dans le cadre de nos enseignements universitaires au Cameroun, Burkina Faso, Italie, Grèce, Portugal, Bulgarie, Roumanie, Malte, sur des questions d’ingégnerie du développement durable, notamment sur les sujets tels la ville durable et interculturelle, l’urbanisme durable, la mobilité durable, les achats durables, la responsabilité sociale des entreprises, la gestion durable des déchets, l’éducation au développement durable. Ces enseignements ont été aussi l’occasion pour nous d’approfondir nos connaissances sur l’ensemble de ces questions en lien avec les fondements de la pensée occidentale et de la pensée négro-africaine. Nous avons constaté que nos enseignements en milieu universitaire mobilisaient de plus en plus les étudiants et étaient appréciés à chaque fois où l’on parvenait à cadrer la connaissance à transmettre en relation avec les pensées occidentale et négro-africaine. Par la suite, les étudiants demandaient des références bibliographiques pour approfondir leurs connaissances sur la pensée négro-africaine. Compte tenu de la rareté d’ouvrages de lecture et compréhension faciles qui aborde l’essentiel des principales questions sur la civilisation négro-africaine, nous avons donc entrepris d’enrédiger un. Pour rendre sa compréhension plus accessible notamment dans son application de terrain, nous l’avons associé au concept de représentation sociale issu des travaux de Durkheim ou encore de Moscovici que Jodelet définit commeune forme de connaissance, socialement élaborée et partagée ayant une visée pratique et concourant à la construction d’une réalité commune à un ensemble social(Jodelet, 1989, p. 36).
En effet, en considérant la représentation sociale comme une forme de connaissance socialement élaborée, cela renvoie à dire qu’elles sont une forme de connaissance construite en commun, par relais social, acquérant une dimension collective permettant ainsi aux individus de se transmettre les connaissances. Le concept de représentation sociale en tant que forme de
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