Petit dico des expressions populaires d

Petit dico des expressions populaires d'hier et d'aujourd'hui

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208 pages

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« A l’aise Blaise », « t’as le bonjour d’Alfred », « jeter le bébé avec l’eau du bain », « minute papillon », « nickel chrome », « avoir les portugaises ensablées », « y a pas photo », « avoir un polichinelle dans le tiroir », « c’est trop de la balle »… Autant d’expressions populaires d’hier et d’aujourd’hui, imagées et savoureuses qui se transmettent entre générations. Et chaque époque en invente de nouvelles. Des expressions tellement entrées dans le langage courant que l’on ne se pose plus la question de leur signification. Pourtant, ces petites phrases racontent notre histoire et leur origine est souvent insolite et amusante. Dans ce dictionnaire, l'auteur nous donne les clés, avec sérieux et humour, pour comprendre ces expressions plus vivantes que jamais.

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Date de parution 01 janvier 2010
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EAN13 9782352885658
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Petit dico des Expressions Populaires d’hier et d’aujourd’hui
SYLVIE BRUNET
City
AVANT-PROPOS
Chacune a sa coueur propre. I y a es voyageuses : « aer se faïre voïr chez es Grecs » ; es sporves : « baïsse a tête, t’auras ’aïr d’un coureur ! » ; es cuï-naïres : « undï, c’est ravïoïs » ; es tendres : « embrassons-nous, Foevïe ! » ; es dïrectes : « je m’en bats es couïes ! » ; es scrupueuses : « numéroter ses abas » ; es acrobaques : « ne pas se moucher du coude » ; es ruantes : « nïcke chrome ! » ; es poéques : « jouer a ie de ’aïr », etc. Toutes donnent de a coueur à nos paroes quodïennes. Excamaon, ïnjoncon, ïnterrogaon, apostrophe : eurs formes sont mupes et s’appuïent de gestes, mïmïques, ïntonaons, sourïres entendus ou rïres de gorge... C’est e pet théâtre des expressïons famïïères. Ees sont nées d’hïer ou se sont transmïses, ïnchangées, de généraon en généraon, depuïs pusïeurs sïèces. Ees jongent avec des mots très ancïens ou très actues et brassent des tours argoques avec des formues châées.
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Ees empruntent eurs ïmages à toutes sortes de regïstres, des pus sages aux pus crus. Rïen ne es rebute, tout ce quï loe dans ’aïr du temps, ees s’en saïsïssent et e recycent : fragments de chansons, sogans pubïcïtaïres, répïques de spectaces à succès, rades poï-cïennes... En retrouver ’orïgïne peut se révéer une enquête déïcate, et pas seuement dans es cas où a ocuon est sore de ’usage ou en voïe de désuétude. Souvent, à cause de a mode quï a changé, de a chose évoquée quï n’exïste pus ou de a référence cuturee qu’on a oubïée, e i de eur hïstoïre ne peut pus être reconstué, et ’expressïon popuaïre, hïer encore sï facïe à aeïndre, devïent une pete énïgme ïmpossïbe à résoudre.
Maïs on a beau en avoïr perdu a cé, on n’en connue pas moïns de es empoyer sans cesse. Car ees charment, ees amusent autant qu’ees ïntrïguent. Aïnsï, sur Internet, on ne compte pus es sïtes et forums quï eur sont dévous : on y répertorïe es formues es pus cocasses, on y ïvre avec émoon son expressïon favorïte, hérïtée quï de sa mère, quï de sa grand-mère, on y dïscute en toute ïberté, et souvent en termes fantaïsïstes, des orïgïnes de certaïnes ocu-ons opaques... Dans a conversaon courante, cependant, a prudence reste de mïse : « passez-moï ’expressïon », « sï vous me permeez ’expressïon », « comme on dït popuaïrement ». Ces précauons oratoïres dont on es entoure n’ont-ees pas queque chose de profondément étonnant, voïre ïncongru, à ’heure où a grossïèreté, ’ïnjure ont acquïs droït de cïté jusque
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dans es médïas (cf. e présïdene « casse-toï, pauv’con ! » ou es très footbaïsques « encué » et « is de pute », pour ne cïter que es pus retenssants) ? Est-ce à dïre que, au moment où es gros mots d’hïer sont devenus petes phrases d’aujourd’huï, ï y auraït encore, pour e censeur zéé quï veïe en chacun de nous au bon usage de a angue, ’ïdée d’une transgressïon par rapport à une norme angagïère, ’ïdée que certaïnes ocuons igurent des ïmages trop fortes, ou trop reâchées, ou trop vugaïres, pour ne pas être prïses sans pïncees ? Avec a mupïcaon récente des sïtuaons d’oraïté – e grand vaïnqueur en étant ïncontestabement e tééphone portabe, quï, en queques courtes années, a ïquïdé e mono-ogue ïntérïeur au proit du dïaogue perpétue (dans a rue, dans e métro, au supermarché...), maïs on ne sauraït négï-ger es textos, forums de dïscussïons, bogs et autres « tchat » quï ont donné naïssance à une forme d’écrït oraïsé –, ï semberaït que, dans e même temps que es fronères entre ce qu’on appeaït hïer encore es dïérents « nïveaux de angage » se sont faïtes pus loues, se soït accrue a nécessïté de renforcer tous es traïts quï assurent e bon dérouement de ’échange. De à, par exempe, a proïféraon des formues de poï-tesse et de vœux à aquee on a pu assïster récemment : « bonne in de journée ! » « bonne connuaon ! » « bon courage ! » et « proitez-en bïen ! »
C’est à, aussï, que se mesure a peïne eîcacïté des ocu-ons famïïères. Exprïmées sous une forme udïque, ïmmédïa-tement accessïbe à tous, ees ïnstaurent un terraïn de connï-
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vence spontanée entre es ïnterocuteurs, ees réaïsent ce que Maïnowskï appeaït a « communïon phaque ». Comme sï, par ’usage de ces formues hautement rïtuaï-sées, ces cïchés, se trouvaït désamorcée, neutraïsée ’ïnévï-tabe confrontaon à autruï que suppose toute prïse de paroe, et consoïdé e ïen socïa. Avec ees, tout devïent possïbe : étabïr e contact, sur un ton éger, humorïsque, avec quequ’un d’ïnconnu quï n’est même pas forcément d’un abord sympathïque (cf. ces échanges paï-sants et parfaïtement rodés d’expressïons toutes faïtes auxques se ïvrent quodïennement patrons de café ou commerçants avec eurs cïents), ou dïre à quequ’un – sans courïr e rïsque de s’arer de sa part d’autre réacon qu’un pet rïre, franc ou un peu forcé – qu’ï est un ieé radïn (« t’auraïs pas des oursïns dans es poches, toï ? »), qu’ï dépasse vraïment es bornes (« tu charrïes un peu dans es bégonïas ! »), voïre qu’on e juge parfaïtement ïncompétent et ïmbécïe (« va me chercher un peu d’huïe de coude, s’ï te pat ! »)...
C’est de ce bavardage nuancé et sautaïre qu’on aïmeraït donner un aperçu ïcï, avec ce pet dïconnaïre d’expressïons popuaïres, quï s’abreuvera de phrases saïsïes sur e vïf des ondes et de a toïe, et se nourrïra avec reconnaïssance des fruïts récotés au i des sïèces par nombre d’exceents exïco-graphes : A. Oudïn,Curiositez françoises, 1640 ; A. Fureère, Dicîonnaire universel, 1690 ; P.-M. Quïtard,Dicîonnaire des proverbes, 1842 ; E. Lïré,Dicîonnaire de la langue fran-çaise, 1863-1872 ; A. Devau,Dicîonnaire de la langue verte, 1867 ; L. Larchey,Dicîonnaire de l’argot parisien, 1872 ; F. Décheee,L’Argot des poilus, 1918 ; M. Rat,Dicîonnaire
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des locuîons françaises, 1957 ; G. Esnaut,Dicîonnaire histo-rique des argots français, 1965 ; J. Ceard,Ça mange pas de pain !, 1982 ; A. Rey et S. Chantreau,Dicîonnaire des expres-sions et locuîons, 1989 ; J.-P. Coïn, J.-P. Méve et Ch. Lecère, Dicîonnaire de l’argot français et de ses origines, 1990 ; C. Duneton,Le Bouquet des expressions imagées, 1990 ; Ch. Bernet et P. Rézeau,On va le dire comme ça, 2008 ; F. Caradec et J.-B. Pouy,Dicîonnaire du français argoîque et populaire, 2009.
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ACCROCHEZVOSCEINTURES!
uee pus bee ïnvïte pouvaït-on Q rêver pour démarrer ce dïcon-naïre ? Empruntée d’abord au vocabuaïre de ’avïaon, où ee traduït ’ïmmuabe fasten seat beltque vous voyez cïgno-ter au-dessus de votre tête, quee que soït a naonaïté de a compagnïe que vous avez choïsïe pour voyager, puïs au regïstre de ’automobïe, où ee s’est e ïmposée à a in du XX sïèce avec e port de a ceïnture de sécurïté rendu obïgatoïre, ’expressïon a un sens doube. Ee déïvre, en eet, à a foïs e sïgna du départ et une mïse en garde vïsant à ïnformer ses desnataïres que e voyage et ’aventure, bïen oïn d’être de tout repos, rïsquent de connatre turbuences et accïdents de terraïn, émoons fortes et rebon-dïssements.
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Bref, suggère-t-ee, préparez-vous, ça va secouer ! Avec e même sens iguré, on rencontre aussï a varïante « aachez vos ceïntures ! », maïs jamaïs « boucez vos ceïn-tures ! » quï sembe, ee, réservée au seu usage propre. D’aucuns connuent de uï préférer des ocuons ïmagées au ton un peu rétro, tee a bïen sonnante « c’est par, mon kïkï ! » apparue dans es années 1930 (où e mystérïeux « kïkï » ïnvoqué n’est qu’un surnom marquant ’aecon, un hypo-corïsque), ou bïen, même s’ïs n’étaïent pas encore nés au moment où Guy Lux et Léon Zïtrone étaïent aux commandes, avec Sïmone Garnïer, du jeu téévïséIntervilles, a fran-chouïarde formue : « En voïture, Sïmone !.. C’est moï quï conduïs, c’est toï quï kaxonnes ! » quï feraït référence, à ’orï-gïne, à une autre Sïmone, pour es ïnmes « Sïmone Louïse de Pïnet de Borde des Forest », ’une des premïères femmes à devenïr pïote automobïe à a in des années 1920. « Accrochez vos ceïntures, voïà 2007 ! Je vous souhaïte donc une meïeure année possïbe, maïs ça va pas être facïe ! » (iskander.over-blog.com.)
ÀLAISE,BLAISE !
ses parents quï émeent des doutes sur ’obtenon de À son baccaauréat, e jeune candïdat, peïn de coniance en ses ressources, rétorque avec un arge sourïre : « À ’aïse, Baïse ! » L’excamaon, quï sert à transcrïre ’ïdée d’une chose remportée sans avoïr eu besoïn de se donner de a peïne, est
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venue concurrencer dans e angage ora une autre ïmage de a facïïté, de ’ïnuïté de se faïre vïoence pour parvenïr à ses ins : « es doïgts dans e nez », aquee, seon Esnaut, e auraït vu e jour au début du XX sïèce, dans e vocabuaïre des turistes, pour parer d’une course remportée aïsément. À a dïérence de cee-cï, « à ’aïse, Baïse ! » peut égaement être ancée à quequ’un comme une exhortaon à a coniance : « tu vas y arrïver, ne te faïs pas de soucï ! » Sï a ocuon « à ’aïse » remonte jusqu’au e XII sïèce, ’adjoncon de « Baïse », en revanche, date à peïne e des dernïères décennïes du XX sïèce. Maïs ne vous creusez pas a tête pour découvrïr de que Baïse ï peut bïen s’agïr (Baïse Pasca ?), puïsque edït Baïse, comme vous vous en doutez, ne faït ïcï que se pïer aux néces-e sïtés de ’assonance. Un procédé quï a connu, au cours du XX sïèce, un vïf succès, puïsqu’on dénombre, avec un sens pas très éoïgné de notre Baïse, « tranquïe, Émïe ! », « coo, Raou ! » ou « reax, Max ! », sans oubïer ces mupes ponc-tuaons oraes quï sembent devenues ïnusabes, « à a enne, Éenne ! », « tu pares, Chares ! », « tout juste, Auguste », « Fonce, Aphonse ! »... « Je compte appeer mon premïer is Baïse. J’aï vu ce nom dans un ïvre de Brenda Jagger et je e trouve beau. Je n’aï entendu parer du dïcton «à ’aïse, Baïse» qu’après. Cea n’a en rïen changé mon avïs. Ne vous basez pas sur des préjugés ! » (Le Journal des Femmes.)
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ALLERCOMME UN TABLIER À UNE VACHE
a vache occupe une pace de choïx dans ’ïmagïnaïre anga-L gïer françaïs, et on aura ’occasïon de a voïr poïnter à nouveau son museau dans d’autres ocuons très courantes (cf.inframanger de a vache enragée », « ï peut comme « vache quï pïsse »). Icï, sous a forme d’une comparaïson queque peu vacharde, a ocuon apparue e au début du XIX sïèce « ça uï va comme un tabïer à une vache » s’appïque à une personne dont on veut moquer ’accoutre-ment. Ce seraït peu de dïre que ce vêtement (robe de soïrée, smokïng, tenue à a mode du moment...) uï va ma ; cea uï vagrotes-quementma, suggère ’expressïon. En tabïer, avec des bretees ou un faux co – puïsqu’on reève aussï es varïantes : « ça uï va comme des bretees à une vache », ou « comme un faux co à une vache » –, ’ïmage est aussï eîcace que, orsque dans un numéro de cïrque, pour ’hïarïté des spectateurs pets et grands, es anïmaux entrent en scène empruntés dans des vêtements humaïns. « eBay n’est pas ’endroït pour un truc aussï sérïeux qu’un marïage. Aez dans une bouque, comparez... Sur eBay, vous rïsquez d’acheter une robe quï va vous aer comme un tabïer à une vache. » (Quesons-réponses,ebay.fr.)
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