Phèdre

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Phèdre

Platon (traduction Victor Cousin)
Cet ouvrage a fait l'objet d'un véritable travail en vue d'une édition numérique. Un travail typographique le rend facile et agréable à lire.
Phèdre met en scène Socrate et Phèdre et se divise en deux parties : l’une centrée sur le thème de la beauté et de l’amour, l’autre sur la dialectique et la rhétorique. Il est considéré par certains comme l’un des derniers dialogues de la période de maturité de Platon.

Le Phèdre appartient au genre littéraire du dialogue socratique. Il traite une diversité de sujets en variant les formes : la question de la mort, de l’amour, de la rhétorique et de l’écriture sont abordées, sous forme de dialogues, de discours, de descriptions, de mythes et de prières.
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EAN13 9782363077967
Langue Français

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Interlocuteurs. • Socrate. • Phèdre
Phèdre ou De la beauté
Platon
Traduction Victor Cousin
[227a] Socrate. Où vas-tu donc, mon cher Phèdre, et d’où viens-tu?
Phèdre. Socrate, je quitte en ce moment Lysias, fils de Céphale, et vais me promener hors des murs, car j’ai passé chez lui la matinée entière, toujours assis; et, pour obéir à notre ami commun Acuménos [Cet Acuménos, et Hérodicos, dont on parlera un peu plus bas, étaient deux médecins, grands partisans de la gymnastique.], je me promène de préférence sur les chemins: cela délasse mieux, dit-il, que de faire le tour d’un [227b] drôme [Partie du gymnase où se faisaient les courses, et où on pouvait aussi se promener. Ruhnken., Lex. Tim. 89.].
Socrate. Et il a raison. Mais, à ce que je vois, Lysias [Lysias demeurait au Pirée, ou du moins son père Céphale. Républ., I, 2.] était en ville?
Phèdre. Oui, chez Épicrate, là-bas, dans la Morychia [Maison ainsi appelée d’un nommé Morychos, que l’ancienne comédie nous représente comme un homme dissolu.], près du temple de Jupiter Olympien.
Socrate. À quoi donc le temps s’y est-il passé? Je parie que Lysias vous a régalés de discours?
Phèdre. Je te dirai cela, si tu as le loisir de m’accompagner.
Socrate. Comment! crois-tu, pour parler avec Pindare [Pindar. Isthm. I.] que je ne mets pas au-dessus de toute affaire le plaisir d’entendre ce qui s’est passé entre toi et Lysias?
[227c] Phèdre. Avance donc.
Socrate. Et toi, parle; j’écoute.
Phèdre. Vraiment, Socrate, la chose est intéressante pour toi; car il a été fort question d’amour. Lysias suppose un beau jeune homme vivement sollicité, non par un amant, mais, ce qui est bien plus piquant, par un homme sans amour, qui veut démontrer qu’à ce titre même on doit avoir pour lui plus de complaisance que pour un amant.
Socrate. Oh l’excellent homme! il devrait bien démontrer aussi qu’en amour un pauvre a plus de droits qu’un riche, et un vieillard plus qu’un jeune homme: j’y gagnerais [227d] ainsi que beaucoup d’autres. L’idée serait galante, et ce serait un service à rendre au public. D’après ce que tu me dis, je me sens une si grande envie de t’entendre, que dusses-tu même prolonger ta promenade jusqu’à Mégare, pour revenir aussitôt sur tes pas après être arrivé aux pieds des murs, d’après la méthode d’Hérodicos, non, je ne te quitterais point.
Phèdre. Que dis-tu, cher Socrate? Un discours travaillé longtemps et à loisir par [228a] Lysias, le plus habile de nos écrivains, est-ce moi le moins éloquent des hommes, qui pourrais te le reproduire tout entier d’une manière digne de ce grand maître? Certes, j’en suis bien loin et préférerais ce talent aux plus grandes richesses.
Socrate. Phèdre, ou je connais parfaitement Phèdre, ou je ne me connais plus moi-même. Je le connais; et je suis sûr qu’assistant à une lecture de Lysias, il ne s’est pas contenté de l’entendre une seule fois; il a souvent prié le lecteur de recommencer, et celui-ci s’est empressé [228b] de le satisfaire. Cela même n’a pas été assez pour lui; il a fini par s’emparer du cahier, pour relire ce qui l’avait le plus intéressé; et, n’ayant fait autre chose toute la matinée, il est enfin sorti pour prendre l’air; mais déjà, ou je me trompe fort, il savait par cœur l’ouvrage entier, à moins qu’il ne fût d’une longueur démesurée, et il ne sortait de la ville que pour y rêver tout à son aise. Il rencontre un malheureux tourmenté de la passion des beaux discours, et d’abord il s’applaudit d’avoir à qui faire partager son enthousiasme; il l’entraîne avec lui; cependant, quand on le presse de commencer, il se donne les airs de faire le difficile; si on ne l’en priait pas, il parlerait, [228c] il voudrait se faire écouter de force. Mais conjure-le, mon cher Phèdre, de faire à présent de bonne grâce ce qu’il faudra qu’il fasse tout à l’heure de manière ou d’autre.
Phèdre. Je vois bien que le meilleur parti à prendre est de m’en acquitter comme je pourrai; car tu ne parais pas disposé à me laisser aller que je ne t’aie satisfait, n’importe comment.
Socrate. Tu as parfaitement raison.
[228d] Phèdre.
Eh bien, c’est aussi ce que je vais faire. À la vérité, je n’ai pas appris par cœur les propres paroles de Lysias; mais je puis t’en dire à peu près le sens, et te détailler tous les avantages que ce discours attribue à l’ami froid sur l’amant passionné; et d’abord voici le premier motif…
Socrate. Fort bien; mais d’abord, mon cher Phèdre, commence par me montrer ce que tu as dans la main gauche sous ta robe. Je soupçonne que ce pourrait bien être le discours lui-même; [228e] s’il en est ainsi, je t’aime beaucoup, n’en doute pas, mais sache que je ne suis pas d’humeur, quand Lysias lui-même est là pour se faire entendre, de n’écouter que son écho, et de te servir de matière à exercice. Voyons, montre-moi cela.
Phèdre. Il faut céder; tu as déjoué le projet que j’avais formé de m’exercer à tes dépens; Maintenant où veux-tu nous asseoir pour commencer notre lecture?
[229a] Socrate. Détournons-nous un peu du chemin, et, s’il te plaît, descendons le long des bords de l’Ilissus [Fleuve près d’Athènes, consacré aux Muses, près duquel était un temple, affecté aux petits mystères. Pausan. I.]. Là nous pourrons trouver une place solitaire pour nous asseoir où tu voudras.
Phèdre. Je m’applaudis en vérité d’être sorti aujourd’hui sans chaussure, car pour toi c’est ton usage. Qui donc nous empêche de descendre dans le courant même, et de nous baigner les pieds tout en marchant? Ce serait un vrai plaisir, surtout dans cette saison et à cette heure du jour.
Socrate. Je le veux bien; avance donc et cherche en même temps un lieu pour nous asseoir.
Phèdre. Vois-tu ce platane élevé?
Socrate. Eh bien?
[229b] Phèdre. Là nous trouverons de l’ombre, un air frais, et du gazon qui nous servira de siège, ou même de lit si nous voulons.
Socrate. Va, je te suis.
Phèdre. Dis-moi, Socrate, n’est-ce pas ici quelque part sur les bords de l’Ilissus que Borée enleva, dit-on, la jeune Orithye?
Socrate. On le dit.
Phèdre. Mais ne serait-ce pas dans cet endroit même? car l’eau y est si belle, si claire et si limpide, que des jeunes filles ne pouvaient trouver un lieu plus propice à leurs jeux.