//img.uscri.be/pth/739e5bb75c5b05d798029f5624497605336f8be5
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,13 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Pour un urbanisme rural

De
226 pages
En quittant les villes, certains français souhaitent retrouver leurs racines familiales, d'autres, bénéficier d'un cadre de vie plus en rapport avec la nature, mais tous ne désirent pas pour autant renoncer aux aménités urbaines. Fautes de moyens, les élus ruraux ne peuvent pleinement satisfaire cette attente. La récente consécration législative de la solidarité et du renouvellement urbain rend désormais possible une stratégie propre au milieu rural. Encore faut-il connaître cette législation, ne pas hésiter à en faire usage pour que les villages puissent enfin, eux aussi, organiser leur urbanisation.
Voir plus Voir moins

Pour un urbanisme rural

~L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-6754-0 EAN: 9782747567541

Didier Boutet

Pour un urbanisme rural

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

« Jusqu'en 1835 il n'y avait point de route praticable pour arriver à y onville ; mais on a établi vers cette époque un chemin de grande vicinalité qui relie la route d'ABBEVILLE à celle d'AMIENS et sert quelquefois aux rouliers allant de ROUEN dans les Flandres. Cependant Y onville-l' Abbaye est demeurée stationnaire malgré ses débouchés nouveaux. Au lieu d'améliorer les cultures on s'y obstine encore aux herbages, quelque peu déprisés qu'ils soient, et le bourg paresseux s'écartant de la plaine a continué naturellement à s'agrandir vers la rivière»
Gustave FLAUBERT « Madame BOV AR Y »

Classique de Poche 1975 p.84

Pour Anne et Marie

SOMMAIRE
Chapitre introductif. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..11

La pertinence d'un paradoxe A. Les difficultés à définir le champ du rural. .. . .. 12 B. L'inadaptation de l'urbanisme aux
problématiques rurales. ................ . . . . . . . .20

Première

partie

Une planification territoriale adaptée

.

..29
...31

Chapitre 1 Une coopération intercommunale incontournable A. Les enjeux en zone rurale

de l'intercommunalité e projet..... d
B.
problématiques rurales.

.. ...

.32
.49

Les difficultés d'adapter le S.C.O.T aux
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...38

C. L'émergence des Pays et de leur Charte

.

Chapitre 2
Les méandres de la planification communale. .. .. . . .. . . ..61 A. L'inadaptation du P.O.S urbain dans les
campagnes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .61

B. C.

Le défi du P.L.U ne peut-être relevé que
par les pôles ruraux

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..68

La nouvelle Carte communale en réponse aux attentes des villages ruraux... .. . ...

. ... .89

Deuxième partie La maîtrise foncière rurale d'une exigence de production à une logique de protection

.

..97

Chapitre 3 Les enjeux de la maîtrise foncière en milieu rural A. Le principe de la maîtrise foncière
publique.

..99

. . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .99
rural.

B. C.

Les possibles stratégies foncières d'un
urbanisme

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . .105 rurales. . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . .117

La place de l'agriculture dans les
politiques foncières

.

Chapitre 4 Les instruments nécessaires à la maîtrise foncière
rurale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127

A. Les institutions du foncier agricole au service du développement urbain des
zones rurales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 127

B. Du bon usage du zonage réglementaire et de la règle de constructibilité C. Les financements possibles

.136 ...149

Troisième partie Les opérations d'urbanisme en zone rurale... ...... ......155 . Chapitre 5
Maintenir
B.

une offre résidentielle
Le lotissement augmenter communal. locative...

de qualité...

. . . . . . . . . ..157

A. La délicate urbanisation des bourgs
C. La rénovation de l'habitat ancien pour
l'offre

.157

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .175

.

Chapitre 6 Accompagner la vitalité économique des
communes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .187

A. Les exigences d'une économie locale diversifiée B. L'importance des emplois publics
et associatifs.

.188

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .200

C. Pour une urbanisation économique
appropriée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .207

Conclusion.

. . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . . . . . . .. . . .. . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . ..219

Chapitre introductif La pertinence d'un paradoxe

1. Parce que l'urbanisme est né de la ville, (son étymologie, nous le suggère d'emblée), il ne saurait s'adapter, et encore moins concerner la campagne laquelle n'a pas su "ou voulu" accoucher d'un ruralisme correspondant. Lorsque l'urbanisme se mêle de ce qui ne le regarde pas, à savoir" étudier systématiquement les méthodes permettant d'adapter l'habitat rural aux besoins des hommes", pour reprendre en l'adaptant la définition classique, c'est en imposant un rapprochement, urbain-rural, consacrant le premier terme, et réduisant le second à n'être qu'un pôle négatif d'un espace dense, peuplé, centre d'activités économiques, de décisions, de diversités culturelles: la Ville. Et pourtant que la campagne est réelle! La ruralité survit-elle sans doute en nous comme un atavisme propice aux rêveries nostalgiques. Mais derrière le mythe il reste une réalité, à savoir un milieu représentant 84% du territoire national, et sur lequel 27% des hommes et des femmes de notre pays vivent. Ce n'est pas rien, cela mérite pour cet espace rural d'être considéré autrement, en tout cas dans le traitement de son habitat et de son développement, que la ville. Seulement cet espace rural porte en lui une faiblesse rédhibitoire pour son étude et sa compréhension: l'absence d'une définition simple et unanime. Géographes, juristes, économistes, et bien sûr urbanistes, donnent de l'espace rural, une définition antagoniste de celle de la ville. Si cette dernière est tout à la fois "un lieu où l'interaction entre agents économiques (...) est élevée et où les processus d'apparitions et de transmission des impulsions économiques (innovation, information, décision) rencontrent un

milieu favorable à leur propagation"}, à l'inverse l'espace rural n'est formé que d'espaces "à faible densité de population ou relativement pauvre, spécialisée et économiquement conservatrice,,2. Tout cela apparaît bien réducteur pour un monde rural qui constitue en France" un capital considérable en termes d'environnement et de paysage (..) une spécificité française très forte un feu l'identité de la France par rapport à d'autres pays voisins." L'espace rural n'est ni un sous espace urbain, ni une gloire nationale. Il constitue une réalité sans doute plus difficile à appréhender que la ville, et probablement plus réfractaire à une définition globalement satisfaisante.

A. Des difficultés à définir le champ du rural
2.11faut préalablement battre en brèche deux idées encore trop ancrées dans les esprits, lesquelles expliquent pour une large part les approches maladroites du monde rural. La première correspond à l'assimilation traditionnelle entre monde agricole et monde rural. Ce fut une réalité, cela ne l'est plus, et de loin! L'agriculture représente moins de 20% de l'emploi rural total, et cette baisse des emplois liés à l'agriculture est loin d'être stoppée, surtout si l'on considère le faible taux des reprises des exploitations agricoles lorsque leurs exploitants partent en retraite.

P.R DERYCKE «Comprendre les dynamiques métropolitaines» in C.LACQUR et S.PUISSANT (ED) La métropolisation. Croissance, diversité, facteurs Anthropos Paris 1999 1-19 2 J.RITE «The Thunen model and the new economic geography as a Paradigm for Rural Development Policy». Review of agricultural economies 19997; 19(2), 230-240 3 J.FREBAULT (directeur de l'Architecture et de l'Urbanisme) Revue de Droit Rural N° 179 Janvier 1990 plI

1

12

Répartition

de la population

active totale en France
Espace à

(en %)

Agriculteurs Artisans, commerçants, chefs d'entreprises Cadres, prof. Intel. Sup Prof, intermédiaires Employés Ouvriers Autres
On entend par "espace Source: les campagnes

Pôles urbains 0.5 6.4 13.4 20.5 29.8 27.5 1.9

Communes périurbaines

dominante

rurale 13 9.3 4.6 13.1 21.7 36.1 2.2
ou périurbain

5.3 7.6 8.4 19.2 25.4 32.3 1.8

France 4 7.2 10.7 18.6 27.3 30.2 2

à dominante rurale", tout ce qui nlest pas urbain et leurs villes, INSEE-INRA, 1998

Si l'on veut encore affiner les chiffres, il n'y a en réalité en milieu rural que 10 % de ménages agricoles, (21 % avec les retraités) loin derrière les employés, les ouvriers, et surtout les autres retraités.

Trois raisons peuvent expliquer cette situation: l'agriculture elle-même se transforme, les exploitations traditionnelles, familiales, gérées de façon artisanales sont remplacées par des unités de production performantes au plan économique (la production agricole a été multipliée par 2 en 25 ans), mais peu génératrices d'emplois notamment en raison du progrès technique et d'une réelle maîtrise des nouveaux agriculteurs dans les domaines, des traitements chimiques, de la mécanique et de l'informatique, certaines zones, notamment celles proches des grandes agglomérations (dans une situation de périurbanisation sur laquelle nous reviendrons dans ce chapitre) ou celles entourant un site touristique prestigieux, ont su transformer leurs activités pour les adapter aux besoins des populations urbaines ou touristiques,

13

enfin le milieu rural a su attirer (qualité de l'environnement, faible coût financier) la petite industrie façonnière, de transformation, en même temps que le secteur tertiaire, des services générés par l'essor du tourisme et des activités touristiques.

Cet effondrement de l'importance des actifs agricoles, n'a cependant pas entraîné, il s'en faut, l'apparition ou la création équivalente d'emplois, d'où dans certains territoires, des taux de chômage importants. 3. La seconde idée reçue à combattre est celle d'une baisse démographique régulière et constante en zone rurale. L'exode rural classique est terminé; c'est-à-dire celui qui en un siècle (18461946) a vu dix millions des ruraux quitter leur campagne pour la ville. Entre 1946 et 1975 la France perd encore près de trois millions de ruraux, mais la période 75-2000 est marquée par un remarquable renversement de tendance.4 Les communes rurales ont désormais un solde migratoire nettement positif et en dépit d'un bilan naturel devenu déficitaire, elles augmentent relativement plus que les villes. L'exode rural existe cependant toujours, mais à la différence de la période "classique", lorsque la campagne subit 500 000 départs, elle peut enregistrer, grâce à différents phénomènes, crise économique, rurbanisation, tropisme du soleil, un renforcement des pôles provinciaux autour d'! 500 000 arrivées5.

4

Voir J.B CHARRIER Villes et campagnes. MASSON 1988

Collection géographie 5 Voir B.KAYSER Naissance de nouvelles campagnes, pour une réalité choisie. DATAR. Editions de l'Aube 1994

14

. Répartition par tatégories

du territoire (dans

et de la population le zonage de 1990)

française,

évolutions

démographiques

(1990-1999)

de communes

Superficie

Population 1999 m;{fions
35 155 9664 44 819 5 304 2110 1169 5036 13 619 58 439
des données provisoires

tvolution

démographique

1990.1999 (en%)

%
P61e~ urbains Communespériurbaines E~pa(eà dominante urbaine Ruralsousfaible influence urbaine Pô'e~;uraux p;phérie des pôles ruraux RuralIsolé Espaceà dominante rurale Ensemble
N8.les résultats (1999) de populatioo 1990 & 1999 1999 elles évolutions1m1ggg

%

Taux annuel

Mouv. naturel 0,55 0,38 0,51 -0,03 0,02 0,01 -0,34 -0,13 0,36

Solde migratoire .(),29 0,60 .o,10 0,55 -0,01 0,24 0,28 0.34 0,00
et

7,4 22.1 29,5 23,8 2,5 7,1 37,2 70,6 100,0
provlennenl

60,1 16,6 76,7 9,1 3,6 2,0 8,6 23,3 100,0
disponibles

0,26 0,98 0,41 0,52 0,01 0,24 -0,06 0,20 0,36
au 1S septembre

1999 et sont tirés de V. P~uet

B. Schmitt

Source: INSEE, Recensements

L'arrivée de nouveaux résidents en provenance des espaces urbanisés, que l'on peut appeler les néo-ruraux, ne va pas sans modifier le comportement des ruraux de souche notamment dans la perception qu'ils ont de leur milieu. Cet échange, ces influences réciproques, ne facilitent pas une identification du champ du rural. Surtout lorsque les néo-ruraux inconsciemment ou non révèlent par leur comportement une alternative à la société rurale traditionnelle6. Le champ du rural n'est donc pas assimilable à la seule société rurale. Il paraît plus pertinent de faire appel à l'économie spatiale et notamment à l'économie géographique pour tenter de cerner le champ du rural. 4. D'une façon générale, la modélisation géographique opposer le processus d'agglomération (ville) à celui de (rural)7. Le phénomène de dispersion ne se limite pas agricole mais touche également des activités tertiaires, et récréatives.
6

conduit à dispersion au secteur forestières

Voir P.RAMBAUD Société rurale et urbanisation SEUIL 1974 7 Voir C.GAIGNE «Economie géographique et localisation industrielle rurale versus urbaine». Communication à l'EcoleChercheur INRA-ESR et INRA-SAAD: "Economie spatiale et régionale: application à l'agriculture, à l'agro-alimentaire et à l'espace rural" Le Croisic 8-10 décembre 1999,123p

15

C'est en observant l'action de ces forces de dispersion concurrentielle à celles de l'agglomération que l'on pourra reconnaître et donc spatialiser le non-urbain. Parmi ces forces de dispersion on identifiera la population active (logiques résidentielles, nature des emplois), certains secteurs d'activités (agricole bien sur mais aussi, le tourisme, les loisirs), l'industrie (petites structures, à main d'œuvre "docile"). Toutes ces forces qui ne suivent pas le mouvement général d'agglomération renouvellent par leur dispersion les espaces ruraux. Seulement et c'est là que se présente la difficulté majeure, ces forces de dispersion "en action ou du moins leurs intensités respectives, ne sont fas nécessairement les mêmes selon l'entité géographique retenue' Ainsi en périphérie des agglomérations, urbaines, l'évolution des emplois dépend directement de la demande des ménages en termes de services publics et de biens de consommation, alors que dans les zones plus éloignées des villes, l'évolution des emplois est principalement influencée par les besoins en environnement et en biens récréatifs. Il y a donc lieu de distinguer dans la dispersion deux niveaux géographiques lesquels correspondent à " deux
niveaux (...) deux visions différentes de l'espace rural, c'est-à-dire

deux types d'espaces ruraux nécessitant chacun sa propre définition. (...) Le premier type d'espace serait formé de territoires situés en périphérie des villes (...) Ces espaces peuvent se caractériser comme des prolongements de la ville avec laquelle existe une certaine continuité. (...) Entre ville dispersée et rural urbanisé, ils méritent de ce fait une attention particulière .Le deuxième type d'espace rural qu'il paraît nécessaire de distinguer (concerne) des espaces hors influence urbaine (qui) s'organisent ,,9 en bassins d'emplois cohérents autour de petites agglomérations. 5. Ce type d'espace rural, qui ne se situe plus dans une opposition par rapport à la ville, se définit autour d'activités à la fois consommatrices d'espace et récréatives, principalement. On peut donc distinguer les espaces ruraux sous l'influence des villes et des
8

M. FUJITA et J.TRISSE "Economie géographique, problèmes

anciens et nouvelles perspectives". Annales d'économie et de statistique 1997 p45 9 B.SCRMITT et F. GOFFETTE-NAGOT "Définir l'espace rural? De la difficulté d'une définition conceptuelle à la nécessité d'une délimitation statistique." Economie Rurale Mai-Juin 2000 p47-48

16

espaces ruraux organisés en bassins d'emplois. Ces éléments (essentiellement économiques) de caractérisation de deux types d'espaces ruraux ne sont pas suffisants pour fonder une spatialité et à fortiori un champ d'étude. On pourrait reprendre la nouvelle nomenclature spatiale proposée par l'INSEE en 1996. Tenant compte de l'obsolescence des Zones de Peuplement Industriel ou Urbain (Z.P.I.U) imaginées en 1990 mais inadaptées en raison de l'importance de l'étalement urbain, l'INSEE a voulu définir des critères plus précis permettant d'identifier les villes et leurs zones d'influence désormais appelées Zonage en Aire Urbaine (Z.A.U) . La distinction entre espace à dominante urbaine et espace à dominante rurale est une nouvelle fois le résultat d'une pensée négative. L'espace rural c'est l'espace qui n'entre pas dans: le pôle urbain offrant 5 000 emplois ou plus, les communes périurbaines dont 40% au moins de la population travaille en aire urbaine, les communes multipolarisées dont 40% au moins de la population travaille dans une ou plusieurs aires urbaines.
L'espace rural est alors considéré comme un complément rural aux aires urbaines. C'est un peu court comme définition. Cependant le Z.A.U proposé par l'INSEE fait apparaître, une délimitation organique et précise de la péri-urbanisation. La rurbanisation des années 1960 qui caractérisait l'installation dans les communes rurales de populations cherchant une résidence, mais concervant leur emploi citadin, se trouve complétée par l'émergence de villes satellites, dilatation de l'espace urbain, facilitée d'ailleurs par l'augmentation de la vitesse et la diminution du coût du transport.Io"Le développement des villes satellites et de villages rurbains peut-être regroupé sous le thème général de péri,,11 urbanisation On peut ainsi conclure que le Z.A.U inclut les espaces ruraux sous l'influence des villes. Il existe alors les espaces ruraux organisés en bassins d'emplois, de faible influence urbaine, qui pourraient offrir une spatialisation acceptable à un champ du rural. 10Voir J.CAVAILHES « Le Péri-urbain est une extension de la Ville sur le rural ». Etudes Foncières 21 n094 p7-8 Il J.B.CHARRIER Villes et Campagnes, précité p 59

17

De ces espaces, l'analyse économico- spatiale essentiellement quantitative a clairement démontré qu'ils s'organisent en bassins d'emplois. Ecartons le seul critère des emplois comme élément majeur d'identification de l'espace rural12 : il amène les analystes quantitatifs à découvrir des "agglomérations rura/isantes" qui n'apportent pas grand chose à la clarté du débat! En revanche l'analyse socio-économique, ajoute, à l'emploi d'autres facteurs structurants et principalement l'élément démographique. L'arrivée de nouvelles populations à la campagne a contribué à une importante recomposition sociale de la population. Si l'on soumet ce phénomène à la triple approche, spatiale, territoriale et constructiviste 13,on peut dégager les points suivants: l'impact du phénomène résidentiel est très net dans les zones sous influences urbaine, en offrant un certain nombre d'avantages recherchés par un nombre croissant de citadins l'espace rural plus autonome, se revitalise indépendamment des villes, la revalorisation du rural, plus attractif, moins isolé s'explique par l'amélioration des conditions de vie offertes aux populations, le renouveau démographique d'une part conditionne la revitalisation du monde rural, mais d'autre part précipite la fin de la ruralité (la fin des paysans). "L'arrivée de nouvelles populations auraient ainsi fortement contribué aux importantes transformations qu'a connues l'espace rural au cours des dernières années, aussi paraît-il difficile de parler de fin du rural, au contraire même puisque de nouveaux ,,14 dynamismes verraient le jour ici ou là.

"La confrontation permet aussi de relancer la discussion sur les facteurs structurant les espaces ruraux placés en dehors des influences urbaines, l'approche par les seuls bassins d'emplois pouvant apparaître finalement limitée." B.SCHMITT,F.GOFFETTENAGOT précités 13Voir M.BLANC "La ruralité: diversité des approches". Economie rurale n0242 p5-12
14

12

V. ROUSSEL "A propos de l'arrivéede nouvellespopulations et de
d'Economie

ses conséquences sur les espaces ruraux" Revue Régionale et Urbaine 2000 I P 58

18

Si l'on reprend la logique de dispersion du rural opposée à celle d'agglomération de l'urbain, en s'appuyant à la fois sur des critères économiques et démographiques on se doit d'exclure du champ du rural, bien évidemment l'espace péri-urbain, et donc de conserver au final deux types d'espaces ruraux: L'espace rural dynamique (rural intermédiaire) S'appuyant sur une situation démographique favorable aux campagnes, en périphérie, des unités urbaines constituent des pôles ruraux, attractifs sur le plan résidentiel, et diversifiés sur le plan des emplois, en large majorité non agricoles. Les services et équipements proposés aux populations sont proches de ceux que l'on rencontre en zone urbaine. L'espace rural isolé Aucune influence urbaine, ni démographique ni géographique ne le concerne. Son isolement explique sa fragilité qui conduit soit à la désertification (disparition progressive de toute vie collective) soit à la dévitalisation (vieillissement de la population, les emplois disparaissent, ne subsistent que quelques services publics) soit les deux à la fois. On entre là dans la "diagonal aride", celle qui prend la France en écharpe depuis les plaines de la Meuse jusqu'aux Pyrénées en passant par le Massif Central, le Morvan. .. Ces deux espaces constituent les deux faces d'une seule et même entité: l'espace rura1.IS Si différents en apparences ils partagent cependant une même nature: un enracinement à un territoire où le travail de la terre fut pendant des siècles la principale activité. Certains espaces ont su, ont pu, relever le défit de la mutation des activités agricoles d'autres non, mais fondamentalement ces deux espaces ruraux ne font qu'un. Mieux même, c'est parce que l'espace rural dynamique n'est en rien assuré de sa pérennisation et qu'à l'inverse le rural isolé n'est jamais condamné au déclin, que ces deux espaces se rejoignent dans une
15

Cet espace rural tel que nous venons de le définir (rural isolé +

pôles ruraux) représente 14 000 communes lesquelles occupent près de la moitié du territoire national ( 250 000 km2) et rassemble environ 15% de la population française (8,3 millions) selon le recensement de 1999 Voir P.BERRY-PIETRI, M.HILAL, B.SCHMITT "Le recensement de la population 1999 : évolutions contrastées du rural" INSEE Première juillet 2000 n0726

19

même approche, une même problématique indifférente à l'influence urbaine, mais pas aux citadins. "Il semblerait ainsi que les possibilités de renouveau des espaces ruraux soient conditionnées par la rencontre de deux logiques jouant simultanément et se renforçant mutuellement, celle des citadins d'une part celle des acteurs locaux d'autre part (politiques ,,16. de logement, politique d'emploi ...J Dans ces espace ruraux, neo-ruraux et ruraux de souche transcendent leurs antagonismes, leurs différences, pour le meilleur (dynamisme) ou pour le pire (isolement). Ces population sont confrontées à d'importantes mutations au sein de l'espace rural « et les mutations socio-économiques contemporaines du milieu rural exigent des aménagements toujours renouvelés. Comme la ville, la campagne doit-être adaptée aux besoins des hommes. Mais on ne peut guère y transférer les méthodes, les techniques, les règles de l'urbanisme que j'oserai dire "citadines". Il faut inventer un urbanisme "rural", expression linguistiquement ambiguë, que l'on doit bien se résoudre à employer, faute d'une autre mieux ,,17 adaptée. Le paradoxe va donc apparaître dans cette volonté d'appliquer au champ du rural des outils principalement adaptés aux zones urbaines. C'est pourquoi il convient dès à présent de dénoncer l'inadaptation des règles urbaines aux besoins spécifiques de l'espace rural.

B. L'inadaptation de l'Urbanisme aux problématiques rurales. 6. L'interpénétration entre les milieux rural et urbain, en matière d'habitat, d'emplois, de transports, de loisirs sans doute s'intensifie mais au profit de la ville qui tend partout à imposer son modèle uniforme citadin. Cette domination de la ville sur la campagne que certains appellent "l'urbanité", c'est-à-dire cet art de faire société ensemble issu de la ville, ne saurait en aucun cas se concevoir dans une perspective de complémentarité. S'il n'y a plus

16

''Les mutations socio-économiques de l'espace rural" Revue de Droit rural 1990 n0179 p5

17 P.GILLARDOT

V.ROUSSELarticle précité p 58

20

d'antagonisme, villes-campagnes, c'est par l'absence d'un combattant. "Ce que nous sommes en train de vivre, est la captation de l'espace non urbain par la ville elle-même, captation imaginaire autant que concrète. Plus question de penser la ville d'un côté, la campagne de l'autre, nous sommes tous urbains: nous vivons soit à la ville, soit à la campagne ce qui est la conséquence de la publicisation des espaces ruraux ressaisis par la ville comme espaces ,,18 d'usage. Ces mutations, démographique, économique, sociale, que subit le monde rural aboutissent à son alignement sur des perspectives citadines. Mieux encore, si l'on distingue entre les aménagements réalisés pour améliorer la vie locale (logement, activité, réseaux) et ceux qui sont carrément subis au profit des grandes politiques interurbaines (voiries, équipements) il n'y a pas de comparaison tant les grands travaux bénéficient à la fois d'une labellisation réglementaire (Projet d'Intérêt Général) et de moyens financiers nationaux. Sans doute dans les campagnes les plus démunies, le problème essentiel est celui des moyens nécessaires à la réalisation des aménagements ruraux; ce n'est pas tout à fait le cas à propos des pôles ruraux, mais là aussi les priorités convergent vers les besoins urbains. Il n'y a pas de place pour un ruralisme spécificité campagnarde, il n'existe qu'un urbanisme et ses réglementations identiques à tous les espaces, que l'on peut à la rigueur décliner dans la version "rurale" sans pour autant lui reconnaître une spécificité. Or tous les observateurs s'ingénient à constater et à traduire en formules séduisantes: le renouveau du monde rural, les profondes mutations de l'espace rural, la revitalisation autonome des campagnes, l'impact positif des dynamiques rurales, l'émergence d'une ruralité moins paysanne.

Au final, nous avons affaire à de nouvelles campagnes mais toujours pas à de nouvelles planifications, procédures, techniques d'urbanisme, bien comprises et adaptées aux besoins réels des espaces ruraux.

18

V. ROUSSEL article précité p 57

21

A sa manière, alliant compétence et ironie, A. GIV AUDAN, Directeur adjoint de l'Urbanisme entre 1972 et 1980, dans un article tonitruant :" Urbanisme à la campagne et bêtise à la ,,19,dénonce, c'est le moins que l'on puisse dire l'incurie française du droit (et des juristes!) à gérer l'urbanisme dans toutes ses composantes" beaucoup de petites communes n'enregistrent même pas un permis de construire par an . La réalisation de P.O.S pour y réglementer la construction est donc sans objet véritable, même, s'il est nécessaire de ne pas laisser construire n'importe où. Des solutions plus légères faisant appel au simple bon sens avaient été imaginées. C'était compter sans la bêtise française, qui préfère respecter des formes fictives plutôt que d'apporter de modestes ,,20 solutions de fond. Ce qui était vrai pour le P.O.S valait pour les schémas directeurs, les lotissements, les ZAC et l'essentiel des opérations propres à l'aménagement et à l'habitat. Il faut inventer un urbanisme rural, réellement adapté aux campagnes à aménager. " Il est nécessaire de diversifier les approches et les actions. C'est un aspect que l'on retrouve dans l'urbanisme: ilfaudrait aller vers

des outils d'aménagement qui soient diversifiés et non pas
generaux. 21 " La décentralisation a stimulé les ardeurs expensionnistes des villes, dans les années 1980-90. Les outils réglementaires ont suivi, au service de cette dynamique, vis à vis de laquelle le monde rural ne pouvait opposer que ses mutations sans doute profondes mais moins urgentes et spectaculaires. Il existe bien un espace rural, isolé ou aggloméré, mais toujours extraordinairement diversifié; l'erreur serait de lui imposer des schémas de développement unidimensionnels. 7. Il est donc nécessaire que l'urbanisme rural (une des clés de ce développement) fasse l'objet d'une part d'une reconnaissance et d'autre part qu'il s'appuie sur des réglementations souples,

,,

A.GIV AUDAN ''Urbanisme à la campagne et bêtise à la française" Etudes Foncières n071 juin 1996 p54-57 20Ibid P 54 21 P.Y.COLOMBA Premier Président délégué de la Fédération nationale des maires ruraux. Revue de Droit rural n0179 janvier 1990 p 12

19

22