Pour une revalorisation du corps : intimité, dignité et service à la personne
272 pages
Français

Pour une revalorisation du corps : intimité, dignité et service à la personne

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Description

Le nombre croissant de personnes âgées présentant des problèmes d'autonomie psychique et cognitive fait naître de nouveaux services à la personne.

Préfacé par le psychiatre Jean Maisondieu, cet ouvrage propose aux professionnels d'engager une réflexion autour de la représentation et la valorisation des corps, afin de modifier les appréhensions issues du modèle antérieur et d'envisager des réaménagements du service à la personne.

« Pour une revalorisation du corps n'est pas un livre de recettes ni un traité de bonnes pratiques. C'est un outil pédagogique précieux s'il est utilisé à bon escient. » Extrait de la préface de Jean Maisondieu, psychiatre.

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Date de parution 01 octobre 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782810903115
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Langue Français

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INTRODUCTION
e « [Au xx sèce] es représentatons ancestraes concernant a mort – arrêtducœuretdearespraton,edernersouLeserontproondémentboueversées par a réanmaton – ttéraement redonner ’âme, a ve –, qu dans e angage médca, en angas, se dt toujoursresuscîtatîon(résurrecton). Ses succès amèneront rapdement à consdérer que a médecne ne at pas revvre es morts, mas que ’arrêt cardaque et respratore ne sgnIe pas e obgatorement a mort. Et durant a deuXème moté du xx sèce, a mort d’une personne changera de déInton: même s e corps peut être mantenu en ve par a médecne, c’est a mort cérébrae, c’est-à-dre a cessaton rré-versbe de toute actvté détectabe du cerveau, qu sgnIe a mort de a personne. Ans, c’est a capacté de notre cerveau à survvre qu est devenue, pour a médecne et dans a o, de manèrea prîorînattendue, a nouvee 1 rontère utme entre a ve et a mort. »J.-C. Ameîsen
Du corps et de l’esprit
Drôe de chose que e corps ! Véhcue de notre personne,  est traversé de courants contrares qu créent des tensons ntenses ou eXposves, en surace comme en proondeur : des courants de vaeur. Qu’est-ce à dre ? e corps ne serat pas un leuve s tranque mas ben putôt un torrent agté de remous et de tourbons és à un dspost d’attractons et de répusons, d’enves et de dégoûts, d’nterdts et d’mpusons qu mobsent toutes ses énerges vers ce qu serat ben et contre ce qu serat ma, mas souvent te-ement attrayant ! Est-ce que notre personne, physque et morae, a a même vaeur en toute son étendue, en toutes ses proondeurs, à tous ses âges ? Est-ce
1. « a mutaton des savors et des pouvors de a médecne : une reondaton permanente de ’éthque », nAuX orîgînes de la médecîne,p. 281.
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que certans aspects, certanes zones auraent une meeure réputaton que d’autres ? Chacun aura son opnon. En temps ordnare, est-ce qu’ serat préérabe d’évter de se ever du ped gauche ? Est-ce qu’en vessant notre personne serat susceptbe de ournr es perormances d’avant ? a ve de ’homme est-ee déIne par e cœur ou e cerveau ? a prncpae caracté-rstque de ’human est-ee e corps ou ’esprt ? es maadrots sont-s gau-chers ou droters ? Cette dstrbuton ndusant une dFérence de potente est-ee organsée par a cuture, a cvsaton? S’agt- d’observatons Iabes ou seuement de ponts de vue qu seraent détermnés par des croyances et des codes pus ou mons crédbes, varabes seon es gens, es euX, es époques ? Quees conséquences au quotden s ’on préère évter ce qu n’a pas bonne cote et s ’on est attré par ce qu est vaorsé ?
e cerveau, par eXempe, serat notre partenobleet e reste, vers e bas et es partes honteuses seraentîgnobles(au sens étymoogque du terme) ? ’habtude nous ournt une mage en apparence commode de ’homme séparé en deuX partes : e corps et ’esprt. On pare aors de représentaton duaste de ’homme. e cerveau est ’organe dont ’esprt procède et c’est 2 désormas a mort cérébrae qu sgne ’arrêt de mort de a personne , même s e reste de son corps peut être mantenu artIceement en ve. e cerveau est e eu majeur de ’homme, partcuèrement préceuX, et de ce at très vaorsé. En ce qu concerne ’homme maade, qu cherche un médecn du corps en trouve de dverses spécatés physques, de même que des médecns de ’esprt troubé : es psychatres. Car en cette parte nobe peut auss se tapr son propre contrare : a oe est ogée à a même ensegne que a rason. ï est paros queston de a oe du ogs ! a queston se corse quand on soure d’une pathooge dte dégénératve de a ame des apparentés Azhemer : aut- vor un spécaste du corps ou un spécaste de ’esprt ? Un neuroogue ou un psychatre ? Ce pourrat être un gératreetun psycho-ogue : es deuX aspects de a personne pourraent ans être prs en consdé-raton car c’est ’ensembe de a personne qu est concernée, dans sa gobaté, dans son unté. e pus souvent, c’est e cas dans es consutatons mémore.
S ’on souhate nterroger a rason de cette partton de ’homme en corps et esprt, notamment parce que ces deuX motés en queque sorte paraèes mas d’négae vaeur se rejognent en gérontooge,  nous aut entreprendre une recherche du côté de ’hstore des représentatons de ’homme et de ’hstore des vaorsatons de chacune des partes qu e composent. Sous quees nluences tee représentaton a-t-ee prévau ?
e 2. Depus a déInton de a mort adoptée en 1959 ors de a 23 réunon nternatonae de neurooge, « on accorde soudan pus d’mportance au cerveau qu’au cœur » (M.-A. Descamps). Un corps mantenu artIceement « en ve » aors qu’ y a mort cérébrae peut dès ors ournr des organes à transpanter. Corps en pèces…
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Introduction
Pourquo et avec ques eets aujourd’hu ? Une eXporaton pour meuX appréhender es conséquences de cette partton duaste dans es émotons postves, mas auss meuX comprendre es sensatons dououreuses ées au trava de chacun au quotden orsqu’on vt ou ’on s’engage auprès des per-sonnes âgées et très âgées, paros maades.
a maade d’Azhemer est-ee une maade du corps ou maade de ’esprt ? Est-ce que cette queston a vrament du sens au regard des hand-caps engendrés dans a condute de sa propre ve s ’on est aFecté par cette maade ? ’mportant étant sans doute es compensatons à mettre en œuvre de açon pragmatque dans e conteXte rée d’accompssement du projet de ve de a personne envsagée dans sa gobaté. Gobaté ncuant ’hstore de ve. Mas a déInton nouvee de a mort de ’être human joue mman-quabement une nluence sur e sens accordé à cette ve qu se proongerat dans un corps dont on crorat asément que e cerveau ne onctonne pus pusque e angage s’estompe, es habetés s’eFrtent, ’dentté se dssout, a mémore se désagrège…
a maade d’Azhemer a été décrte pour a premère os à ’ade d’ob-servatons ates sur es coupes Ines d’un cerveau de cadavre (vor encadré r c-après). Une des patentes du D Aos Azhemer venat de décéder après d’étranges changements de comportements. ’hstore est très connue. Un aspect de cette découverte va nous ntéresser tout partcuèrement. Ce neu-roogue, avant de pratquer a dssecton, avat ans pu observer toute une sére de transormatons dans es comportements verbauX, praXques, rea-tonnes, nteectues de sa patente. Ces transormatons aaent dans e sens d’une dégradaton contnue jusqu’à a grabatsaton. Ee état aFectée d’unedémencedtedégénératîVe, au sens où cette emme, ayant eu jusqu’aors une ve normae, s’est trouvée totaement changée auX aentours de a cn-quantane, pus précocement que dans e cas des démences sénes. ï s’ags-sat d’une démence préséne, et Aos Azhemer asat ’hypothèse d’une causaté neuroogque possbe.
ï observa par conséquent es coupes du cerveau, gnorant comme tout e monde à ’époque, qu’ y avat des grandes quanttés de neurones aeurs que dans e cerveau (vor encadré p. 13). ï ne pouvat donc are d’autres d’hypothèses neuroogques que concernant une ocasaton de a maade dans e cerveau. (Du reste, a recherche contemporane ne s’est guère pus ntéressée auX neurones stués en dehors du cerveau. ï est mportant, nous e verrons, d’essayer de comprendre pourquo.) Outre a réducton de a den-sté des neurones par rapport à un ndvdu de cet âge,  observa ans dans a zone tempororontae des paques dtes sénes. Ees urent ben vte convancues d’être en cause dans es processus démentes présénes, vore d’en être es responsabes premères.
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La découverte de la maladie d’Alzheimer e nom d’Aos Azhemer est é à a « maade partcuère du corteX céré-bra » dont  décrvt pour a premère os es symptômes e 4 novembre e 1906, ors de a 37 Conérence des psychatres aemands à Tübngen. Au cours de cette conérence,  rapporta ’observaton d’une emme de 51 ans qu a présenté un dére de jaouse, suv d’une désntégraton des onctons nteectuees. C’est son coègue et am Nss qu avat ourn à Azhemer es nouvees technques hstoogques pour ’étude des pathooges ner-veuses, après quo  étuda es caractérstques neuropathoogques de cette maade. ’eXamen au mcroscope du cerveau de a patente a révéé a présence,dansecorteXcérébra,deésonsanaoguesàceesdeadémenceséne, es paques sénes. ï mt égaement en évdence es deuX types de ésons cérébraes caractérstques de a maade qu era sa renommée : a dégénérescence neuroIbrare et es amas anormauX de Ibres dans es neurones. ï n’a pas pu dentIer a maade, car ee état nconnue jusque-à. e proesseur Em Kraepen, dans son nluentTraîté de psychîatrîe, nd-vduasa a « maade d’Azhemer » et u donna ans e nom d’Aos Azhemer. ï s’agssat pour u d’une « démence du sujet jeune, rare et dégé-nératve », assant au terme de « démence séne », e sens de démences vascuaresdusujetâgé. Source :http://www.azhemer-montpeer.org/ste.htm
e scénaro de a maade nconnue peut se reconsttuer seon a 3 méthode en vgueur depus Jean erne (1550 envron) qu consste à are dans un premer temps et par dssecton uneanalyse: réducton de ’en-sembe corpore auX pus pettes untés que e scape pusse attendre et soer. e scape sera asssté pus tard du mcroscope et de a chme. Anayse a pus ne possbe des consttuants du cadavre, pus, en un second temps, de are un eFort de pensée pour reconsttuer e oncton-nement vvant à partr des pèces démontées vsbes, comme s’ s’agssat d’une mécanque de pèces détachées à reconstrure, mas unquement par a pensée. arel’analysec’est ans découper e cadavre en ses partes es pus éémentares possbes, e rédure en ses composants es pus basques sous e contrôe de a vue. Cee-c est essentee à ce mode de procédure : ce que ’on vot est assuré d’être, objectvement, vrament, certanement,
3. Jean erne, médecn ranças (Cermont-en-Beauvass, 1497 – Pars, 1558). Après avor étudé a phosophe et es mathématques,  se passonne pour ’astronome et pube deuX vres, eMonalosphaerîumet aCosmotheorîa(1528). En 1530,  est reçu docteur de a acuté de Pars, et devent ’un des premers médecns de son temps ( sogna Dane de Poters, Henr ïï et Catherne de Médcs). ï emprunte à Arstote e terme « physooge » (1554) pour désgner a parte a pus mportante de sonUnîVersa Medîcîna.
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Introduction
4 sans aucun doute possbe . (Nous n’entreprendrons pas c a dscusson concernant e doute et son dépassement par un Descartes nsstant sur es usons de a percepton.) Séparaton des ééments de base, observaton vsuee, pus ensute seuement reconsttuton nteectuee : c’est une pro-ducton de représentaton qu aboutt à une dématérasaton de ’objet nta. Est- possbe de sasr a rason proonde de ce processus de déma-térasaton ?
La localisation des neurones «Et s a maade de Parknson n’état pas une pathooge du cerveau, mas… une maade necteuse, qu’un pathogène décencherat dans es ntestns ? Émse depus une dzane d’années, cette hypothèse “ncroyabe” commence à devenr crédbe. Or, une necton, ça se sogne ! […] ’orgne de cette maade neurodégénératve – comme Azhemer – reste en efet ncertane, ce qu recue d’autant a possbté d’en venr à bout. Pourtant,  y a mons de dX ans, e chercheur Heko Braak, anatomste et proesseur à ’unversté de rancort, ormuat une hypothèse ttéraement “ncroyabe” teement ee aat à ’encontre de a vson cassque de a maade de Parknson… Seon u, non seuement a maade de Parknson serat a conséquence d’une banae necton par une bactére ou un vrus ; mas a dégénérescence des neurones du cerveau ne serat qu’une conséquence utme d’un ong processus amorcé des années auparavant dans es ntestns…» ’étrangeté de ’hypothèse ntestnae comme pont de départ pour des maades neuro-dégénératves résute de a méthode d’nvestgaton ntae des neuroogues qu a ocasaent dans e cerveau, a ameuse ocasaton cérébrae. Un nouveau chaptre s’annonce peut-être dans ’hstore des recherches jusqu’aors centrées sur es neurones du cerveau, eu anatomque supposé de a rason et de ses déaances. Dans ’hstore de a pensée médcae, Pne ocasat déjà ’orgne de a oe dans es ntestns. Beaucoup d’autres ocasèrent ’orgne de a mort au même endrot. Source : «Parknson ’ncroyabe hypothèse ! »,Le Parkînsonîen îndépendant, n° 47, janver 2012.
Pureté, fiabilité et vérité e rayon umneuX qu transporte ’mage est supposé iabe, y comprs par e mcroscope, c’est-à-dre qu’ n’ntrodut pas de bas entre ’objet
4. C’est auss ce vecteur que toute une psychooge amércane a prvégé dans e sage de Watson en partcuer, a psychooge comportementae ou béhavorsme. ï convenat, seon a méthode chose, de ne consdérer que e comportement vsbe, sans chercher à magner ce qu pouvat se passer hors a vue de ’eXpérmentateur, dans a bote nore crânenne ou autre. e comportement observabe de ’organsme vvant ut ans seu prs en consdératon, sans état d’âme.
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regardé et ’mage reçue par ’œ. a umèrepurene déorme pas e rée, au pont qu’ est supposé mpctement que cette transparence serat un vec-teur de a vérté. Pus précsément : es modIcatons apparentes ées à a percepton de ’mage umneuse, es anamorphoses dont es pentres ont at paros usage, sont asément descrptbes par a géométre ordnare. Transparence et absence de transormaton, ou rectIcaton correctrce asée, caractérsent ’mage qu parvent à ’œ. Hors uson d’optque qu’ aut débusquer, pus corrger, e sens vsue norme ’homme sur son env-ronnement, de manère Iabe et précse, mas auss sur une durée suîsante pour s’en assurer en cas de doute :  est possbe d’y regarder à deuX os pour reconnatre un objet mmobe. Un objet mmobsé est vu de a même açon,  demeure dentque, c’est à chaque os e même, pour chacun des observateurs ou à chaque observaton. ’mage relète ans ’objet dans sa pureté, sa vérté optque IXée.
Étudée par es hstorens, dont a connassance documentée procède d’une démarche d’anayse et de synthèse dentque à cee de erne, a pureté est une vaeur absoue, par aeurs recherchée dans e damant et es perres préceuses, dans ’or noXydabe : e temps n’a aucune prse sur a pureté éter-nee, a perecton qu sed au dvn. es achmstes tentèrent de purIer e pomb pour en are de ’or, ou découvrr une perre phosophae, ou encore dster ’éXr de ongue ve, a quntessence :essence(ce qu est) cnq os dstée et purIée. Par eXtenson, es symboes de a pureté seront supposés avor des eFets bénéIques pour ’homme. Nous verrons en partcuer ’m-portance de ablancheurde a bouse des sognants dans ’magnare contemporan de ’hygène et de a propreté, varantes de a pureté.
Revenant à a umère en tant que phénomène physque, à ’échee de ’homme,  est asé d’en obtenr a descrptonoptîquepar a géométre d’Eucde. Ee en devent e support scentIque et méthodoogque reven-dqué par es savants à partr de a Renassance. Cette géométre ut naguère produte par es penseurs grecs qu surent a débarrasser par e rasonnement (î.e. :a pensée pure, es dées unversees et éternees présentées sous orme d’aXomes et de os unversees) des mpuretés manuees qu’y avaent assé es arpenteurs égyptens du N. Sécursée par a pensée pure, quas dvne, a géométre ans acquse servt à Paton comme condton d’entrée dans a pensée pure phosophque : « Que nu n’entre c s’ n’est géomètre », It- nscrre au ronton de son écoe de phosophe.
a géométre en tant que pensée pure permet une traducton de ’état brut des ormes des choses perçues en une représentaton débarrassée de a matère. a dématérasaton s’eFectue ans dans des condtons Iabes de sorte que es objets de a connassance pus de a scence devennent des objets de a représentaton. Ce qu ne rentre pas dans e cadre
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Introduction
géométrquepuspusgénéraementdansecadremathématquesortdeat du cadre scentIque. Dès ors que es objets de a pensée scentIque sont structurés par a géométre, et a mathématque en généra, cea va ben au-deà de a smpe descrpton ormee eXterne. a composton ntme des objets ans repré-sentés se mathématse : e monde devent mathématque seon ’hypothèse 5 qu’ serat entèrement réductbe à a ormasaton . Dans e même temps, ce sera e pège orsqu’ s’agra d’entreprendre a descrpton pus a orma-ton d’objets qu réssteront à a mse en orme seon es mathématques choses ntaement pour arelascence. ’eXempe e pus céèbre est ceu de athéorîe de la relatîVîténée précsément sute à des probèmes engendrés par a géométre d’Eucde. Ben que cette géométre améorée notamment par Descartes et Newton pusse ournr e support à a concepton scent-Ique de a gravtaton unversee, ee empêchat de comprendre certanes observatons et certanes eXpérences. En chosssant une autre géométre, Ensten a été capabe de ranchr ’obstace et rectIer a cosmooge de Newton et apace, ournssant au passage un modèe de dépassement des dîcutés nées dans toutes es autres dscpnes à cause du choX des mathé-matques qu construsent eur objet. ’étude des condtons de possbté de a scence, des dépassements pusles rectîicatîons de ses erreurs anté-6 rîeurespar e choX de nouveauX paradgmes mathématques, s’est déve-oppée aors sous e nom d’épîstémologîe. De eur côté, es hstorens ont décrt es ens entretenus entre a promo-ton de a vue depus e Quattrocento et ’organsaton générae des pouvors. Chacun se souvent de ’anayse proposée par Mche oucaut dupanop-e tîcon, de J. Bentham (1791), out déveoppé au xix sèce en archtecture aIn d’obtenr ’ntérorsaton de ’œ du matre chez es sureés. La ue est ans ’accès prégé du pouor sur ’homme, pouor qu utse a même géométre que a scence, et ce depus un certan Cosme ’Ancen, à Forence, 7 à ’aube de a Renassance. L’hstoren Lucen Febre a repéré a montée en e pussance de a ue depus e xvi sèce au détrment des autres sens, tands
5. En procédant à ’assmaton nteectuee du monde à a mathématque à quo scent-Iquement  se rédut, Newton parnt à une In que par aeurs  poursuat dans ses traauX achmques. ï subma en queque sorte a e matère en pure géométre, d’essence dne, comme e pensaent es patoncens dont  ut. « La pensée ame es transmutatons », écrt Newton dans ’Optîque. D’une certane manère, a mathématsaton de ’uners pose a géo-métre et es autres branches de a mathématque à ’endrot même où s’opère a transmutaton de ’hoste en corps du Chrst, mas dans ’autre sens : a matère du monde y deent pure pen-sée, quas-dnté. 6. G. Bacheard,Le NouVel Esprît scîentîique, PUF, co. « Quadrge », 2013. e 7. L. Febre,sîècle. La relîgîon de Rabelaîs,Le problème de l’încroyance au xvI Abn Mche, 1942.
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Pour une revalorisation du corps : intimité, dignité et service à la personne
8 que Norbert Éas pontat une ntoérance crossante depus e Moyen Âge auX émotons susctées par a voence accrue des messages sensores ou, seon Aan Corbn, « s ’on préère, une décatesse crossante, scandée par 9 des modIcatons socaes successves ». Nous ne supportons pus des odeurs que nos ancêtres amaent ou toéraent.
a mauvase odeur est un repoussor. Pourquo ? Ee est supposée por-teuse de dangers pour a personne. a vue par conséquent dot détecter de pus on es dangers dont nous aurons ’normaton trop tard s nous nha-ons des posons dangereuX. e rayon umneuX à ’nverse n’est pas porteur de ces dangers, sau ntensté aveugante nhérente à a umère ee-même, pusque géométrsé en mmatératé pure. a vue dentIe des sgnes repé-rabes et Iabes, de sae, mas auss de propre, à conIrmer par ’odeur de propree cas échéant, a chane du rod jouant égaement son rôe en nor-mant e sens tacte. ’étape contemporane du processus, c’est a présentaton d’un mort à sa ame après nterventon des thanatopracteurs : es sgnes vsues de a sécursaton sont très carement présentés, es sgnes oacts agréabes et a température ressente en sont es compéments. e pouvor néaste de a mort est ans rédut à néant par des moyens contemporans. Chaque époque renouvee ses technques.
À un autre nveau de compréhenson, a réducton du rée à son eXpres-son mathématque permet d’encore e monde dans des ormuatons sans danger. En tout cas, nous e concevons ans aujourd’hu, avec nos concepts : dre a maade avec des mots, cea enève déjà es odeurs et es mcrobes du cadre de a conversaton.Alzheîmer,c’est meuX quegâteuX. es mots sont tout, sau des agents necteuX, même s paros certanes pensées peuvent se révéer toXques ou vénéneuses ! Par conséquent s ’on parvenat à rédure a totaté du monde à des mots, et meuX encore à des ormues mathéma-tques, aors nous serons à ’abr de tout danger d’necton, de contamna-ton. a ve éternee s’oFrrat à nous ! a réducton du monde à ’eXpresson verbae et mathématque enèverat tout danger dansle traîtement humaîn 10 de la mort.
8. N. Éas,La CîVîlîsatîon des mœurs(trad. d’une parte du vreÜber den Prozess der ZîVîlîsatîon, 1973), Pocket, co. « Agora », 2003. 9. A. Corbn, « Hstore des sensbtés »,Encyclopædîa UnîVersalîs. 10. Du pont de vue anthropoogque, a purIcaton postve du monde, anaysé par e sca-pe pus synthétsé par e verbe et e nombre, est ’une des procédures de ’humansaton de a ve et de a mort. Ee se doube d’une seconde opératon, égaement descrptbe mathémat-quement, un évdement négat procuré par a dvson socae des casses et des proessons. es subdvsons socaes engendrent des dstrbutons et des échanges qu réorgansent a ve seon ’homme. es ponts de passage et de joncton/dsjoncton entre a ve seon a nature et a ve seon ’homme sont névtabement ’objet d’une attenton toute partcuère.
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Introduction
a ormaton d’un savor médca, seon es méthodes scentIques – avec contrbuton de a popuaton : donner son corps à a scence – et seon es méthodes ogques de ’anayse, protège donc à a os es proessonnes péné-trés de ce savor et ceuX qu s’en approchent, car es croyances sont tenaces : a proXmté, vore e contact avec a pureté, cea permet de bénéIcer d’une nluence protectrce. Juste ’nverse du contact avec e cadavre, eu de a mort et de ses dangers. Dans ce conteXte de producton de sécurté, absorber e cadavre par es yeuX, en pettes tranches ou en pèces Ines détachées es unes des autres, c’est réeement absorber de a mathématque par es yeuX, cea pénètre dans e corps et se rend drectement dans e cerveau, eu de ’âme ou de ’esprt. e monde perçu est déjà transormé (atransmutatîondont pare Newton) par a géométre qu compose ’unvers seon a scence de ’époque : a dématérasaton. C’est en queque sorte dudéjà purîiécar e rayon umneuX est supposé san et sans danger, pur, au mons pour accompr cette tâche : du prêt à consommer sans danger. a scence peut dès ors se substtuer à a dvnté pusque, seon es patoncens, es dées éternees et parates ont queque chose à vor avec Deu so-même. Du mons, sur e prncpe. Dans es ats de ’Hstore, c’est un peu pus com-pqué !
Ans, a dssecton permettat ’anayse du cadavre en ses composants utmes et vras, car transportés dans a pureté quas dvne d’une umère au comportement eucden. C’est a méthode anatomque dont es consé-quences ont été de dédure, et doncconceVoîr par la pensée,une authentque gestaton mascune, e modèe de ’homme vvant à partr de son cadavre vsbe et mmobsé. a compréhenson des maades, notamment des maa-des mortees, ut acquse suvant e même prncpe, en partcuer par Bchat, avant de passer à un autre modèe, ceu de Caude Bernard, qu proposat ’adopton de a méthode eXpérmentae en médecne, dont ’eXpérmentaton sur e vvant. EnIn, Jean-Caude Amesen apporte une précson sur es ormes nouvees prses par a mathématque utsée pour dre à a os a maade et ’eîcacté prouvée des tratements contemporans. « a médecne a toujours procédé, pour dentIer a maade dont souFre a personne, à une démarche qu consste à a rattacher à un groupe abstrat, e groupe qu souFre de a même maade – c’est a base même de a démarche 11 dagnostque . »’abstracton qu consste à dstancer par a pensée est un processus qu vde ’objet représenté de sa substance aIn d’en are un objet du savor. EFectuer du cassement, c’est produre de a représentaton scen-tque de a réaté. es ndces cnques recherchés par e médecn qu enquête pour e dagnostc, vsbes sur e corps du maade, sont des sgnes dont es regroupements ournssent a sgnature d’une maade vrasembabe.
11. J.-C. Amesen,op. cît.,p. 283.
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Pour une revalorisation du corps : intimité, dignité et service à la personne
a sémooge permet a ecture dagnostque des sgnes sur e corps du maade. « e rsque de vor a personne s’eFacer derrère a maade dont ee souFre est auss ancen que ’entreprse d’eXpcaton, de cassIcaton, 12 de a médecne . »a phrase d’Amesen propose un paradoXe à réléchr : Voîra personne devenrînVîsîble, rempacée par a maade.
Garder son attenton sur a orme ssue de a sémooge et mantenr son ntérêt pour a orme donnée par ’eXstence socae et humane dans a rea-ton et a consdératon quotdennes, c’est une vrae dîcuté. a théore de a orme, aGestalt théorîe, permet d’en comprendre a rason : a vson n’est pas a percepton. S nous observons un cube dessné en perspectve, ou une bote queconque, a ace qu sera mse au premer pan de notre percepton dot suppanter cee qu sera en arrère-pan. De même, s nous regardons deuX proIs de vsages posés ace à ace, nous ne voyons pus e verre à ped qu se dessne entre euX, et nversement, s a coupe passe au premer pan de notre attenton, es vsages ne sont pus dentIés comme tes. a séecton est nécessare pour mettre en orme et organser ’unté perçue. Cea n’em-pêche pas d’aterner, mas  y a un saut pour a ormaton de a nouvee mage et non pas une contnuté lude qu gsserat progressvement de a premère mage perçue vers a seconde. a nécessare ocasaton qu permet ’unté de ’mage obge a ormaton d’ntervaes entres deuX mages, pro-ducton du dscret ou de a scanson. a coupure surgt de a ormaton de ’objet perçu dans son unté. Pendant tout ce temps, a vson ne change pas.
Poursuvons a ecture d’Amesen. Une nouvee partcuarté émerge avec ’utsaton des statstques : ’homme u-même se dssout dans a probab-e té. « Mas ’utsaton crossante, à partr du meu du xix sèce, des sta-tstques comme “preues”, sous orme de probabté, d’abord dans e domane de a santé pubque, pus dans ceu du dagnostc et de a théra-peutque, a about à casser a personne comme membre “probabe” d’un 13 sous-groupe possbe à ’ntéreur d’un groupe . » Un pas de pus et ’dentté de a personne proent de ’appartenance de groupe : ee n’est pus ee-même, sa maade est pour ee. Dssoute à so-même, ee deent autre, objet d’un dscours mathématsé. « Ce n’est pus seuement dans une cassIcaton, dans une maade, que a personne rsque de s’efacer, mas auss, de manère pus rtuee, dans un processus de ormasaton mathématque, en tant que probabté chfrée, en tant que pont rangé dans un nuage de ponts 14 donnés, mas dont a ocasaton précse ne se rééera qu’a posterîorî. »
Lacréatîon de l’ homme par le médecîndate pour une bonne part e du xvi sèce, mas es Intons sont pus tardes, et se poursuent à ce jour.
12. 13. 14.
ïbîd. ïbîd. ïbîd.
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