//img.uscri.be/pth/3d560aaf4afbce49e3b68c433143e6f28efe4daf
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,63 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

PRATICIEN ET CHERCHEUR

160 pages
Une réflexion sur la spécificité des parcours et des productions de recherche de praticiens devenant chercheurs : comment ils élaborent leurs positions de recherche, en construisent la légitimité et argumentent la validité de ces savoirs. Cette nouvelle façon de penser et d'exercer les métiers du social et de la recherche offre des perspectives aux praticiens devenant chercheurs, aux chercheurs et aux formateurs.
Voir plus Voir moins

Praticien et chercheur: parcours dans le champ social

Collection Action et savoir

dirigée par J.-M Barbier, P. Caspar, O. Galatanu et G. Vergnaud

Une collection d'ouvrages de recherche s'adressant particulièrement à des professionnels et à des chercheurs intéressés par la théorisation de l'action dans les champs de pratiques contribuant explicitement aux transformations identitaires individuelles et collectives, notamment dans les domaines de l'enseignement, de la formation et du développement des compétences. Elle s'intéresse notamment à l'analyse des processus, des pratiques, des dynamiques de changement et à toutes les questions scientifiques, épistémologiques et méthodologiques qui leur sont liées. Elle est construite sur l'hypothèse de rapports étroits et réciproques entre engagement de l'action et production de savoir. Dernières parutions
J.-M. BARBIER, F. BERTON, J.J. BORD, Situations de travail et formation, 1996. J.-F. BLIN, Représentations, pratiques et identités professionnelles, 1997. R. WITTORSKI, Analyse du travail et production de compétences collectives, 1997. F. CROS, Le mémoire professionnel en formation des enseignants, 1998. E. BOURGEOIS et Jean NIZET, Regards croisés sur l'expérience de formation, 1999. G. RACINE, La production de savoirs d'expérience chez les intervenants sociaux, 2000. J.-M. SALANSKIS, Modèles et pensées de l'action, 2000.

Praticien et chercheur: parcours dans le champ social

Coordonné par Marie-Pierre Mackiewicz

Préface Hervé Drouard

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques (Qc) CANADA Montréal H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@L'Hannatlan,2001 ISBN: 2-7475-1222-3

Sommaire
Préface
Hervé Drouard Introduction Marie-Pierre Mackiewicz Les positions enchevêtrées du pra ticien-q ui-devient -chercheur Ruth Canter Kohn Histoire d'un trait d'union Marie- France Casellas- Ménière Praticien-chercheur: défricher la nuit Anne Perraut Soliveres Le travail des doubles Marie-France Casellas-Ménière Passer d'un métier à un autre Marie-Pierre Mackiewicz Formateur chercheur: une identité construite entre renoncement et engagement Joëlle Garbarini De la formation à la formation par la recherche Aline Fino-Dhers Contribution de l'apprentissage expérientiel et de la science-action à la pratique professionnelle Richard Wittorski La recherche professionnelle: épistémologie et écriture Françoise Cros L'invitation au débat Ruth Canter Kohn Qu'est-ce qu'AFFUTS ? Aline Fino-Dhers Présentation des auteurs 9 Il 15

39 41 55 71 83

91 107 119 135 155 157

Préface
Hervé Drouard Président Fondateur d'AFFUTS

Il Y a tout juste vingt ans, lors d'un voyage d'études au Québec avec une première promotion de stagiaires en formation préparatoire au Diplôme Supérieur en Travail Social (DSTS), et à l'occasion d'une information sur la Suède, je découvrais ailleurs l'existence de disciplines universitaires en " Travail social", avec leur cortège de doctorants, de chercheurs, de revues scientifiques, qui scrutaient les problèmes sociaux et les pratiques professionnelles et diffusaient les savoirs produits. Ma position de formateur, chargé de l'initiation à la recherche des travailleurs sociaux, étudiants et professionnels, me permettait aussi d'apercevoir le flux grandissant de travailleurs sociaux vers des diplômes de troisièmes cycles. Ils cherchaient, sans toujours trouver de cursus correspondant à leurs expériences et à leurs aspirations, à compléter une formation professionnelle qui plafonnait au niveau II. Naissait ma conviction de l'urgence d'une réflexion et d'une pression pour le dépassement d'une situation apparemment bloquée: à l'époque, l'université réticente à la création d'une discipline orientée vers l'action se tenait à distance d'une administration centrale accumulant sans grand effet les rapports sur les formations dans le champ social. J'ai alors tenté de regrouper des travailleurs sociaux, entrés en troisième cycle ou titulaires d'un niveau I, dans l'Association Française pour des Formations Universitaires de troisième cycle en Travail Social (AFFUTS).

Poser le problème, participer à la mesure du phénomène, en chercher le sens et susciter des solutions, ce sont là nos objectifs. Nous voulons aussi favoriser les échanges entre de "nouveaux" chercheurs, nommés" praticiens-chercheurs ", avec leurs pairs et des universitaires, hors du colloque singulier et asymétrique enseignant/enseigné, directeur de recherche/thésard. Les Journées de valorisation sont ainsi nos rendez-vous réguliers avec des auteurs de DEA ou de thèses qui présentent et discutent leur démarche, leur problématique et leurs résultats en lien avec nos problèmes épistémologiques. C'est à partir de quelques-unes de nosjoumées de travail que cette publication s'est construite. Merci aux auteurs, professionnels et universitaires, qui sont venus exposer leurs travaux et ont accepté de participer à cet ouvrage. Merci à Marie-France CasellasMénière, Aline Fino-Dhers, Ruth Canter Kohn, Marie-Pierre Mackiewicz, qui ont repris l'ensemble des textes pour mener une réflexion sur le chemin parcouru, indiquant les enjeux de la recherche en travail social.

Présentation d 'AFFUTS en fin d'ouvrage.

10

Introduction
Marie-Pierre Mackiewicz

Ce livre s'est écrit à plusieurs voix, qui toutes disent la spécificité des parcours et des productions de recherche de praticiens devenant chercheurs. Il rassemble des textes autour de questions centrales: comment ces praticiens ont-ils élaboré leur position de recherche, construit la légitimité et la validité des savoirs produits? Les auteurs apportent leur contribution au débat sur l'épistémologie de recherches menées dans les champs du social, du médical, de l'animation, de l'enseignement: champs de pratiques et de recherches à la fois, où se croisent les trajectoires et les productions de chercheurs aux statuts divers. Ils pointent de multiples stratégies pour contourner les rapports de domination qui y sont habituellement repérés. A quelques attaques frontales, s'ajoutent quantité de ruses pour occuper au mieux le terrain et se faire reconnaître ailleurs qu'aux marges. Allusions aux alliances dont ce livre même est la trace, rappel de possibles valeurs communes comme le montrent certains engagements militants, inscriptions obligées dans les commandes sociales... L'ouvrage mêle volontairement des textes de factures différentes, selon que l'auteur a été sollicité pour faire part de l'expérience singulière au cours de laquelle il a construit de nouvelles connaissances dans le champ social, ou bien pour élaborer une réflexion théorique sur le lien entre logique d'action et logique de recherche. Un trop grand lissage n'a en effet pas été souhaité, car il n'aurait pas rendu sensible la démarche suivie: comprendre en les confrontant des interprétations du "dedans" et du "dehors" sur cette

question. Ces productions sont toutes situées, avec leurs objets et leurs cadres théoriques, sur l'échiquier de la recherche, qu'il s'agisse de travaux dont les thématiques sont inscrites dans le champ social où le chercheur exerce ou a exercé une profession, ou bien d'une théorisation sur le lien entre recherche et action par un chercheur dont c'est précisément l'objet. Inscrites dans le débat et les enjeux d'un" champ de bataille", elles laissent entrevoir de nécessaires et actuels changements, créateurs d'opportunité. Elles rappellent aussi que le rapport aux terrains et l'usage des savoirs n'ont pas la même finalité pour celui qui y mène une action et celui qui y mène une recherche: la cohérence recherchée par le premier se construit en référence à cette action sur le terrain et la cohérence du second s'appuie sur des actions et des références construites ailleurs que sur ce terrain. Si le plus souvent, une recherche correspond à une division entre ces rôles, les auteurs de cet ouvrage viennent la questionner. Se joue dès lors en sourdine le rapport entre différents métiers, les uns inscrits au cœur des professions sociales, les autres des professions de chercheurs. Tantôt il s'agit des rapports entre les uns et les autres, tantôt de nouvelles façons de penser et d'exercer chacun de ces métiers, voire d'œuvrer à l'émergence de propositions novatrices. Dans les témoignages réflexifs qui composent une partie de l'ouvrage, les pratiques de recherche et de formation visant à une construction de connaissances renvoient à des rapports spécifiques à l'action (et à ses" terrains") et à différents rapports aux savoirs. Ces pratiques sont relatées en fonction des choix d'exercice d'un métier, avec, dans sa forme classique, des stratégies de carrière. Selon ces choix, on peut voir une première forme de rupture, plus ou moins sensible visible, dans la trajectoire professionnelle. L'importance accordée à la construction de "l'objet de recherche" engage une deuxième forme de rupture, comme déplacement plus ou moins

12

nécessaire. Il reste à savoir si c'est dans le seul registre de disciplines académiques que la connaissance de ces pratiques peut et doit s'opérer. La forme d'écriture et les références utilisées pour légitimer le savoir produit en sont un des signes et plusieurs textes abordent ce point. Dans le premier article, Ruth Canter Kohn pose le cadre de la réflexion et interroge l'enchevêtrement des positions de praticiens devenant chercheurs. Une variation poétique sur le trait d'union introduit la présentation de plusieurs parcours réflexifs. L'on retient à dessein le terme de parcours. Si c'est communément le chemin pour aller d'un point à un autre (et pas toujours le plus court !), il signifiait, dans une définition plus ancienne, l'existence d'une" convention entre habitants de deux seigneuries leur permettant de résider dans l'une ou l'autre sans perdre leur franchise". Une acception plus contemporaine l'inscrit dans une épreuve. En laissant résonner cette pluralité de sens, les parcours de recherche présentés permettent de franchir une épreuve sans y perdre de droit, en gardant indépendance et liberté de ton. Le lecteur découvrira ainsi, non sans surprise peut-être, diverses manières pour des praticiens de se référer à la recherche et d'en faire ou non métier. Anne Perraut Soliveres explore son implication de praticienne-chercheuse, entraînant ses collègues de la nuit dans l'aventure d'une recherche et affrontant de jour le monde universitaire. Marie-France Casellas-Ménière sonde la dualité révélée par des travailleurs sociaux-artistes pour la rapporter à son questionnement de praticien-chercheur. Marie-Pierre Mackiewicz déroule les étapes de son apprentissage de la recherche et sa progressive appropriation d'un autre métier. Une autre voie est explorée, celle de la formation. Joëlle Garbarini relate un parcours qui la conduit à être à la fois formateur et chercheur, alors qu'Aline Fino-Dhers reprend l'évolution, dans le contexte du travail social, de son parcours

13

de formatrice faisant usage de la recherche auprès et avec des professionnels. Sa contribution permet par ailleurs de comprendre comment un dispositif de formation est une instance relais entre recherche et pratique. Suivent deux textes plus théoriques centrés sur les apprentissages et la formation: Richard Wittorski présente l'approche anglo-saxonne de la science-action comme une des voies de légitimation des savoirs construits dans et pour l'action. Françoise Cros plaide pour un nouveau mode de compréhension de l'action et des rapports des praticiens à la recherche, en rupture avec la logique de savoirs inscrits dans les disciplines académiques. Son texte, en contrepoint des précédents, aborde la question de l'écriture. Des perspectives sont ainsi ouvertes, en termes de démarches ou d'accompagnements pédagogiques, aux praticiens devenant chercheurs et aux formateurs. En guise de conclusion, une invitation au débat, rédigée par Ruth Canter Kohn, présente la dynamique d'une élaboration collective autour des points nodaux discutés lors d'une journée de valorisation. Il est ainsi possible de situer cet ouvrage comme étape dans une démarche réflexive portant sur l'épistémologie en sciences sociales et incitant à son prolongement. Face aux commodes mais stériles oppositions, à la fois trop schématiques et mythiques, de dits praticiens et de chercheurs désignés comme patentés, ces textes montrent combien le croisement d'expériences singulières et d'élaborations théoriques permet de produire, formaliser et transmettre de nouveaux savoirs. Cette lecture engage dès lors une réflexion sur l'institutionnalisation des légitimités permettant de produire l'intelligibilité dans le champ social. Dans le contexte actuel, c'est appeler à la vigilance pour que soit favorisée une palette de recherches et de trajectoires, fécondes pour l'action et les connaissances.

14

Les positions enchevêtrées du praticien-qui-devient-chercheur
Ruth Canter Kohn

Comment penser et agir la double inscription d'un Ilpraticien ", homme ou femme, qui exerce une profession du social, de l'éducation, de la santé ou de l'action urbaine, et qui devient chercheur, souvent dans ce même champ? Les deux positions sont analysées selon les plans épistémologique, socioinstitutionnel et expérientiel-relationnel : la clarification des places et des placements, à tout moment, devient le problème central. Pourtant, au-delà et en deçà des contradictions inhérentes, se trouvent des imbrications étroites, paradoxales: les prendre en considération transforme la difficulté particulière du Ilpraticien-chercheur" en spécificité de sa contribution à la recherche comme à l'action.

Qu'est-ce qui se passe, concrètement, quand un professionnel du social, de l'éducation, de la santé ou de l'action urbaine entreprend une recherche à visée" scientifique", c'est-à-dire quand il/elle assume une position de chercheur? Nombreux sont les travailleurs sociaux de toutes branches et les formateurs de travailleurs sociaux, pour ne mentionner que ce secteur, qui s'engagent dans cette voie, pour des motifs de mobilité institutionnelle et sociale comme d'intérêt personnel. Avec le temps, de la ténacité et des efforts considérables, certains d'entre eux passent officiellement d'un statut à l'autre (même si la suspicion demeure: un chercheur qui a été praticien est-il un chercheur comme les autres ?). D'autres alternent entre les deux statuts, appelons-les" praticien chercheur" : sans trait d'union, le deuxième nom sert d'adjectif
qualificatif au premier, lui donnant ainsi prépondérance

- quoi
encore

qu'il

fasse,

un praticien

reste

praticien.

D'autres

entretiennent une posture double de "praticien-chercheur", autrement exigeante, car le petit tiret lie les termes de manière égalitaire 1 : ces personnes occupent et assument des positions différentes en juxtaposition rapide voire simultanément. Le travail principal quand on accole deux termes, me semble-t-il, est de pointer leurs ressemblances et leurs différences et d'indiquer l'intérêt que l'on trouve à les coller ensemble. Ce texte constitue une tentative dans ce sens: décrire les relations engagées ou transformées dans des situations de "recherche par les (ex)praticiens ", spécifier le travail demandé, indiquer des bases et des repères pour réfléchir à ce sujet, même si, initialement, je m'intéressais surtout au "praticien-chercheur ", c'est-à-dire à la mise en rapport d'égalité des deux positions. Les enracinements personnels Les enracinements premiers d'un tel intérêt ne peuvent être qu'expérientiels, car notre personne est engagée dans ce jeu de positions - et la place de l'expérience personnelle, professionnelle, de recherche, etc. est un axe central du travail sur ce thème. A commencer par moi-même, pour énoncer de quelle place, de quel point de vue, j'avance les propositions qui suivent. Mon identification avec la pratique est considérable, même si les événements de la vie ont fait de moi une universitaire et que les fonctions de chercheur et de formateur de chercheurs me situent institutionnellement du côté de la recherche. Comme tout un chacun, je reste attachée à mes premiers pas et mon cœur est resté longtemps sur le "terrain". J'ai commencé mon activité professionnelle comme institutrice aux Etats-Unis, j'ai été directrice d'École et formatrice d'enseignants par la suite. Arrivée à l'université, en France, j'ai eu du mal à me faire à une peau d'universitaire et de chercheur, et à y composer avec mes origines anglo-saxonnes. En outre, les étudiants rencontrés à VincennesUniversité Paris VIII ont longtemps été massivement des

16