Pratique du massage dans les psychothérapies à médiation corporelle

Pratique du massage dans les psychothérapies à médiation corporelle

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Description

Si Bernard Durey a voulu associer à son livre Chantal Couzinet et Philippe Costes, tous deux éducateurs spécialisés talentueux, c'est dans la volonté de relier. Relier d'une génération à une autre, relier ou comparer ce qu'il en est du corps terrestre et du corps humain. Tenter de comprendre avant d'agir et tirer les enseignements de l'expérience. Cette démarche concourt à mettre en évidence toute l'importance du "toucher" dans la rencontre entre humains et tout l'intérêt à masser les personnes en difficulté dans une relation "corps et parole". Atteindre les âmes en prenant soin des corps, tous trois nous disent les "pourquoi" et les "comment" dans le respect de l'autre, ce qui fait le centre de l'ouvrage.


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Date de parution 02 mars 2001
Nombre de visites sur la page 24
EAN13 9782353714834
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Pratique du massage
dans les psychothérapies à médiation corporelle

 

Voyages aux pays des corps, des âmes, des terres et des eaux

 

Bernard Durey

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : Si Bernard Durey a voulu associer à son livre Chantal Couzinet et Philippe Costes, tous deux éducateurs spécialisés talentueux, c'est dans la volonté de relier. Relier d'une génération à une autre, relier ou comparer ce qu'il en est du corps terrestre et du corps humain. Tenter de comprendre avant d'agir et tirer les enseignements de l'expérience. Cette démarche concourt à mettre en évidence toute l'importance du "toucher" dans la rencontre entre humains et tout l'intérêt à masser les personnes en difficulté dans une relation "corps et parole". Atteindre les âmes en prenant soin des corps, tous trois nous disent les "pourquoi" et les "comment" dans le respect de l'autre, ce qui fait le centre de l'ouvrage.

Auteur : Bernard Durey a dirigé pendant de nombreuses années des centres d'accueil et de soin. Il est maintenant psychanalyste et intervient dans de nombreuses institutions en tant que psychothérapeute.

 

Table des matieres

Prologue

Chapitre premier Voyage Corps de la terre et corps humain

Islande du Sud

Nudité-dénuement-confiance-confidence

Théories

Nord de l’Islande

Matière contenante

Des intuitions aux déductions

Pleine mer dans l’Arctique

Vie ! Naissance-plaisirs-souffrances-mort

Seule en plein Océan

Comparer pour comprendre

Spitzberg

Le corps dans les éléments et le thérapeutique

Le sens

Vers la Norvège

La relation en situation de massage

Norvège

Corps morcelés-corps unifiés !

Soignant-soigné

Les yeux, la main, la tête et le cœur du soignant

Neutralisations-répétitions-quête de sens…

Chapitre II Le sordide et l’émerveillement

Qu’est-ce que le quotidien dans une MAS

S’acheminer vers une sublimation du quotidien

Chapitre III Le corps de l’institution

Du corps de la planète vers celui de l’institution pour l’humain : ce qui l’organise, ce qui l’inspire et pour son intelligence

Chapitre IV Technique et humanité

Situer le cadre de l’expérience

Les points d’appui de la technique de massage

Mes sources théoriques et expérimentales

Corps et Parole

L’ambiance, le calme et le confort du lieu

La mise en place

La prise de contact

Pratique professionnelle comme mode relationnel humanisant

Les séances

Observations des effets du massage

Chapitre V Dans une institution à faible effectif, le massage occasionnel et circonstanciel dans la pratique éducative

Du contenant aux contenus

Passages

Échanges

Épilogue

Prologue

 

Tout au long de ma fréquentation des institutions spécialisées de tous ordres, j’ai pu constater que les personnels soignants ou chargés d’éducation étaient souvent utilisés bien en deçà de leurs potentialités personnelles et professionnelles. Peut-être n’avaient-ils pas non plus tendance à les développer, à les cultiver. Beaucoup croyaient qu’au sortir de la formation qu’ils avaient reçue, il suffisait de s’en tenir là. Très peu avaient compris que la formation n’est qu’un coup d’envoi, bien moins de dix pour cent de ce qu’il faudra découvrir et apprendre volontairement tout au long d’une vie.

Il faut dire que les organisations institutionnelles fondées sur les jeux de la hiérarchie et des pouvoirs, limitent considérablement les possibilités de mises en place de dispositifs appropriés, vraiment adaptés aux besoins des usagers et consécutivement permettant l’émergence des compétences.

J’ai été aussi désolé de voir une revue spécialisée brancher les éducateurs sur le militantisme. Tant pour les équipes de direction que pour les personnels de contact, c’est d’engagement et de compétence qu’il faut d’abord parler.

Même avec les réductions des heures de travail, il est concevable en dehors des temps de présence sur le terrain, que tous les professionnels de l’éducation et de la santé sachent approfondir leurs connaissances et épanouir leur intelligence des situations auxquelles ils sont confrontés.

Les uns et les autres pris dans la routine, rencontrent l’ennui. Nous pouvons constater là le manque de cohérences, l’absence d’outils organiques spécifiques, un défaut de liberté dans une recherche articulée à de saines régulations. C’est tout l’esprit de la psychothérapie et de la pédagogie institutionnelles inventées par François Tosquelles, qu’il nous faut retrouver et apprendre à mettre en pratique.

Beaucoup d’éducateurs sont ainsi en quête de nouvelles voies. Ils peuvent les trouver dans ce champ là. Si certains osent dire que c’est dépassé, je pense qu’ils se trompent complètement. La psychothérapie institutionnelle a été un mouvement, un courant d’idées. Il y a encore très peu d’endroits où elle a vraiment fait l’objet d’un dispositif permettant sa mise en pratique. Et pourtant quel plaisir quand cela se fait.

De ces besoins nouveaux pour échapper à la monotonie et devenir plus compétents, j’en ai longuement parlé dans mon précédent ouvrage, Cohérences. Je n’y insiste donc pas.

Dans la foulée de ce que je viens d’écrire, je dois dire que j’ai toujours beaucoup de plaisir à partager avec les éducateurs et autres soignants qui ont envie et besoin de s’engager dans la recherche et de développer leurs propres potentialités inventives.

Aujourd’hui, ce sont une éducatrice et un éducateur qui m’ont stimulé ; ils m’avaient donné à lire leurs mémoires de fin d’études, deux textes de qualité, et ce sont eux qui ont suscité en moi le besoin et le désir d’écrire avec eux ce livre.

Chantal nous dit comment elle a été confrontée à de grandes difficultés pour trouver une médiation lui permettant de rentrer en communication avec des personnes lourdement handicapées corps et âmes… Elle nous indique comment, par le massage, dans certaines conditions, elle a pu rencontrer l’autre, là où il se trouvait.

En outre, cela aura eu comme effet, pour une part mais non la moindre, de redonner du sens à son rôle dans sa fonction de professionnelle.

Chantal avait déjà compris toute l’importance de la médiation corporelle dans la relation humaine. Intuitivement d’abord, puis ayant lu Frédéric Leboyer, elle avait massé ses propres enfants depuis leur naissance.

Il fallait seulement aider Chantal à découvrir comment elle pouvait, en intervenant sur les corps d’adultes devenant ou devenus, apaiser leurs âmes d’enfants demeurées.

« Demeuré » ! C’est un terme populaire pour désigner les personnes handicapées, les débiles. Quand dans les villages, les gens disaient de quelqu’un : « C’est un demeuré », ce n’était pas forcément péjoratif ou méprisant. C’était la constatation d’un état. Demeuré, c’est celui qui en était resté aux premiers instants de son émergence, celui qui n’avait pas pu avancer. J’ai parfois entendu dire aussi à la campagne : « c’est un moindre » ! C’est-à-dire celui qui n’a pas tout ce qu’il faudrait pour être comme nous.

Aider des « demeurés » ou des « moindres » à souffrir moins, à participer un peu mieux à la vie et trouver une parcelle de bonheur ici-bas, tel n’est-il pas l’objectif des professionnels qui s’en occupent, bien au-delà des routines souvent déprimantes du quotidien.

Philippe Costes avait développé ses aptitudes de potier avec Roland Dautry. Il a su exploiter cette découverte et en faire une médiation féconde dans son activité d’éducateur. Il avait compris d’abord pour lui-même, comment le toucher, le pétrir, le modeler la terre pouvaient conduire à des sublimations par la création.

Est-ce à partir de cette expérience, ou parce qu’il faisait partie d’une équipe où le massage était parfois utilisé par des éducatrices ou éducateurs, pour apaiser des enfants ou adolescents profondément perturbés ? Bref, Philippe eut l’idée d’expérimenter le massage, occasionnellement, dans une perspective bien particulière : le passage de l’état de veille à celui de sommeil pour des enfants ou adolescents pour lesquels ce moment était celui des mauvais souvenirs et des angoisses renouvelées. Il a accompagné des endormissements en utilisant diverses médiations. Il a raconté des histoires, murmuré des chansons. Il a su aussi masser des dos pour rassurer.

Tel qu’il nous l’a décrit, il m’a rappelé certains textes du Browndale{1} sur l’accompagnement aux moments de l’endormissement, et à ceux du réveil, au sortir parfois de cauchemars difficiles à assumer. Ce rappel et l’expérience de Philippe m’ont conduit à lui demander de témoigner dans cet ouvrage.

De toutes façons, même s’il est dit qu’il n’est pas de progressions sans frustrations, il y a toujours une part de don dans la fonction éducative. Là, il y a la relation de maître à élève pour l’initiation à la création par la poterie, par exemple. Ailleurs ce sera un accompagnement vers un sommeil apaisé.

Entre l’engagement de Chantal et celui de Philippe, il y a une grande différence. Pour Chantal, elle est essentiellement dans le « savoir-donner » à des personnes en mal d’épanouissement psychique et qui n’auront pas accès à des réalisations de nature à développer leurs narcissismes. Philippe, s’il apaise momentanément des anxiétés, entre sa tête pour comprendre et sa main pour le dire, il cultive surtout l’épanouissement des aptitudes créatrices.

D’un côté, nous sommes dans « aider à pouvoir naître » un peu plus, un peu mieux à soi-même par les mains et l’intelligence d’autrui avec le cœur que l’intervenant y met. De l’autre, il est question de « faire apparaître des talents » pour celui ou celle, néanmoins sujet à part entière, qui a du mal à les faire fructifier.

De toutes façons, dans tous les cas, du plus demeuré au mieux doté, il est question de renforcer, peu ou prou, la conscience de soi, pour favoriser un acheminement vers la conquête d’un peu plus d’identité.

C’est aussi ce dont il est question pour l’éducateur, pour l’éducatrice, le soignant ou la soignante : une renarcissisation par une revalorisation des aptitudes personnelles et professionnelles.

Pour ma part, j’essaie de montrer comment j’ai été bouleversé, à l’occasion d’un voyage, par la découverte des terres du nord.

Une sacrée rencontre ! Là, c’est la terre, telle qu’elle pouvait se présenter dans la nuit des temps, traces de son « archaïque » à elle. (Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux humains inaccomplis, enfants d’une autre nuit où il n’y a pas d’espaces, ni de temps pour devenir sujet.)

C’est de ces concordances, implicites ou évidentes, que je parlerai. Confronté au corps de la terre, à sa surface, par association d’idées, j’ai été renvoyé au corps humain, corps de l’homme, corps de la femme, yin et yang partout ! Partout, masculine ou féminine, d’une façon ou une autre, en bonheurs ou en tristesses, la nature nous impressionne. L’âme terrestre échange avec l’âme humaine. En tous points, en tous lieux, l’intelligence de notre environnement, à l’état brut, ou façonné, nous stimule, nous incite, nous féconde, fut-ce pour une bonne part, à notre insu.

Il m’a semblé, il me semble que ce sont là des repères nous ouvrant des voies qui nous invitent à la relativité.

Comme je l’évoquerai à nouveau au fil des escales, en Islande ou au Spitzberg, la croûte terrestre témoigne.

Elle le fait par ses volcans en activité ou éteints, par les émanations de souffre au ras du sol, par ses roches bouleversées, par ses glaciers descendant inexorablement vers les eaux depuis des milliers de siècles, et encore par le partage entre six mois de jour continu et six mois d’obscurité.

Là où il n’y a plus de traces des champs de neige, nous étions en juillet, il y a celles du monde animal adapté à ce milieu : les oiseaux bien sûr, mais aussi les renards, les phoques, les ours blancs. la pauvreté végétale s’accroît plus on va en direction de la banquise. Il y a des petites plantes au ras du sol, des lichens, des mousses. On rencontre aussi des restes de plantes fragiles qui n’ont pas résisté. Des ossements légers signalent des combats pour une survie ou le témoignage d’animaux débiles qui sont morts sitôt nés…

Nous étions là devant toutes les douleurs et toutes les forces de résistance de ce corps terrestre. C’était dans des régions inhabitables, inhabitées où l’homme n’a pu être qu’un passant.

Tout cela n’était pas sans faire penser, avec l’évocation de la naissance de notre planète, à celle de l’homme avec les fécondations, les fécondités et les aléas pour l’une comme pour l’autre.

Des philosophes ne nous disent-ils pas que tout l’univers est contenu dans chaque être humain !

C’est pourquoi nous parlons de corps et d’âmes !

Le corps, c’est ce qui est. Il n’est de réel que la matière, fût-elle vivante ou apparemment inerte.

Réel de l’objet terrestre ou du sujet humain ? C’est ce réel qui permet de situer l’espace et le temps sous le regard de l’homme et avec toute son âme dans la mesure où l’on nous accordera que l’âme, quel que soit le sens qu’on y met, c’est ce qui fait naître !

ÂME

Nous employons le mot « âme » comme principe de vie. Pour nous ce serait plutôt un équivalent de « psyché » ou psychisme. Son versant spirituel s’exprime aussi volontiers dans une forme poétique. L’âme c’est ce qui identifie le corps. C’est encore ce qui donnera accès au symbolique mais qui recouvre aussi le mystère, l’inconnaissable. C’est l’évocation de toute l’énergie vitale car il n’est pas à nos yeux d’existence de la pensée si elle ne se fonde sur les aptitudes du sensible.

Nous n’y mettons pas de connotation religieuse, encore que les « croyants » puissent l’y mettre s’ils en éprouvent le besoin. Nous n’y voyons pas d’incompatibilités.

Du latin anima : souffle, vie, l’âme c’est ce qui vient habiter le corps dans les mouvements de l’histogenèse, entre deux mois et demi et le septième mois de la gestation et, partagé entre la génitrice-devenant-mère et le bébé en élaboration, s’exprimant par les connexions du sensoriel avec l’émotionnel, ce qui produira l’éprouvé, le sensible, l’affectif…

ÉCART

Ceux et celles qui nous liront pourront avoir véritablement accès à notre témoignage… s’ils ont compris que nous avons pris toute la mesure de l’écart entre le toucher soignant apaisant, vivifiant et d’autre part, le toucher génital producteur d’excitations, de tensions, du jouir, ce qui n’est pas l’objet de ce texte, mais peut-être faut-il en dire un peu plus à propos de l’écart.

Pour mieux comprendre les difficultés de certains, il est précieux de référer à l’individu dit normal, celui qui dispose de tous les moyens structurels, même si des aléas d’ordre névrotiques ne lui permettent pas d’en profiter pleinement.

Mesurons donc bien cet écart entre les données de l’archaïque du sujet dans l’ébauche de la structuration fondamentale d’une part, et d’autre part, l’avènement de sa maturité avec la fin biologiquement présumée de l’adolescence vers l’âge de vingt-cinq ans.

Entre l’origine et les aboutissements de cette étape dans la vie d’un homme ou d’une femme, il y a eu un mouvement relativement harmonique avec toutes sortes de variations d’un individu à l’autre.