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Précis historique de l'origine et des progrès de la rébellion d'Espagne

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196 pages

DEPUIS la mémorable lutte que la nation espagnole a soutenue contre Buonaparte avec tant d’enthousiasme, de persévérance et de gloire, le ciel a daigné couronner les héroïques efforts des Espagnols, en leur restituant miraculeusement Ferdinand VII, ce roi si tendrement chéri, dont la délivrance avait été le but unique de cette guerre mémorable, où le peuple entier s’était levé en masse.

En l’absence du roi, il y eut en Espagne différentes formes de gouvernement.

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Cecilio de Corpas

Précis historique de l'origine et des progrès de la rébellion d'Espagne

INTRODUCTION

EN écrivant cet ouvrage, je n’ai point eu le dessein de travailler pour ma réputation ; je n’ai point cherché à le parer des grâces du style, à le charger de vains ornemens. Je me suis oublié tout entier, pour laisser à mon sujet tout l’intérêt qui lui appartient. Je suis persuadé que le simple récit des faits est plus que suffisant pour attacher le lecteur et lui inspirer un vif intérêt. C’est le triomphe de la justice, de la raison et de la vérité que je me suis uniquement proposé. J’ai écarté ce nuage de mensonges, d’allégations et d’intrigues dont on a enveloppé jusqu’à ce jour le gouvernement de Sa Majesté Catholique, depuis la fin de sa captivité en France jusqu’au jour fatal qui a vu naître la révolution dont les fureurs s’étendent aujourd’hui sur toute l’Espagne.

Celui qui lira cet ouvrage avec impartialité, et qui portera un regard attentif sur la péninsule, sera bientôt convaincu que la masse du peuple espagnol n’a pas désiré cette révolution, puisqu’il combat avec tant d’énergie contre une soldatesque égarée et séduite qui en est le seul appui. Il verra également qu’un système imposé par la violence, soutenu par la trahison et par le parjure, ne saurait se consolider contre le vœu général ; et que si, comme le dit un apôtre du libéralisme, l’opinion est la reine du mondea, il faut nécessairement quelle triomphe de la nouvelle révolution d’Espagne.

Les baïonnettes de quelques soldats à la solde de je ne sais quels boulangers enrichis et révoltés, ne sont pas des élémens propres à fonder des lois et à rendre un empire heureux et florissant. Attendons tout de la Providence, qui remet chaque chose en place. Puisse-t-elle rendre à ma chère patrie, si souffrante, le calme et la paix dont ses enfans ingrats la privent, hélas ! depuis trop long-temps ! ! !

PREMIÈRE PARTIE

DEPUIS la mémorable lutte que la nation espagnole a soutenue contre Buonaparte avec tant d’enthousiasme, de persévérance et de gloire, le ciel a daigné couronner les héroïques efforts des Espagnols, en leur restituant miraculeusement Ferdinand VII, ce roi si tendrement chéri, dont la délivrance avait été le but unique de cette guerre mémorable, où le peuple entier s’était levé en masse.

En l’absence du roi, il y eut en Espagne différentes formes de gouvernement. D’abord chaque province eut une junte suprême, qualifiée de junte d’armement et de défense ; bientôt elles devinrent des juntes supérieures et envoyèrent à Aranjuez quelques-uns de leurs membres ; leur réunion s’appela junte centrale. C’est la première qui gouverna le royaume ; elle s’établit à Madrid, où elle resta jusqu’en décembre 1808, qu’elle se transféra à Séville ; elle y cessa ses fonctions en février 1810.

Ce fut dans cette assemblée que le parti libéral prit naissance ; ceux qui le composaient se proposèrent de réformer la législation ; mais ayant réfléchi, d’un côté, qu’ils étaient sans pouvoirs, et, de l’autre, que chaque jour les Français remportaient de grands avantages, ils se virent obligés de se retirer dans l’île de Léon, près Cadix.

Un décret du 6 mai 1808, rendu, par Ferdinand VIIa, autorisait le conseil de Castille, et à son défaut toute Cour royale de provinces, à convoquer les cortès conformément aux lois existantes.

La junte centrale, en vertu de ce décret, convoqua donc les cortès, mais en violant les lois rappelées par le prince ; et sans autre motif que le caprice de quelques meneurs libéraux, elle rédigea un règlement particulier pour cette convocation, favorisa de toutes ses forces l’esprite démocratique, et renversa par conséquent les anciennes Constitutions des royaumes d’Espagne.

Les Français ayant envahi l’Andalousie, la junte centrale cessa ses fonctions à l’île de Léon ; mais avant de se dissoudre, elle créa une régence à qui elle céda ses pouvoirs, et, en outre, révoqua aussitôt et le décret du roi et le règlement qu’elle venait de rendre, comme contraires aux lois, ordonnant que la convocation fût faite conformément à ce qu’elles prescrivaient.

La nouvelle régence, avant tout, s’occupa des moyens de s’opposer aux progrès des Français. Les libéraux membres de la junte ex-centrale, et leurs partisans, placés par prédilection dans les premiers emplois, profitant des circonstances critiques où l’Espagne se trouvait, n’adressèrent point aux autorités provinciales ce second décret de la junte centrale ; ainsi, on exécuta le premier décret.

En août 1810, quelques députés des provinces libres du joug du roi Joseph, se réunirent, et demandèrent leur admission aux cortès ; mais comme ils ne pouvaient former une assemblée légale, attendu qu’une partie des provinces de la péninsule et celles d’outre-mer (et c’était le plus grand nombre) n’avaient point envoyé de députés, le gouvernement d’alors n’osa se résoudre à la création d’une autorité aussi vicieuse. Toutefois les intrigues des députés et celles du parti libéral, qui existait au sein même du gouvernement, parvinrent, malgré la régence, à faire ordonner la convocation des cortès. On se servit, à cet effet, d’un moyen extravagant pour donner des représentans aux provinces qui n’avaient pas encore nommé de députation ; ce fut d’élire, parmi les habitans des provinces à représenter, ceux qui étaient nés dans ces provinces, et résidaient dans l’île de Léon. On les admit comme suppléans des citoyens qui ne pouvaient se présenter. Cette monstrueuse élection éleva aux honneurs de la représentation nationale une infinité de gens à peine connus dans leur pays, et dont quelques-uns même n’en étaient pas sortis sans que la justice ou la police n’eût éclairé leurs pas.

Ces soi-disant cortès se réunirent le 24 septembre. Le premier acte qu’elles firent, ce fut de prêter au roi un nouveau serment, ainsi qu’il était alors reconnu, et de maintenir les lois telles qu’elles existaient dans les différens Codes.

Il est à remarquer que les mandats des députés nommés par les provinces ne contenaient que la faculté de se réunir en cortès, pour repousser l’agression inouïe de Buonaparte, rassembler les moyens de soutenir la guerre, afin de conserver le trône de Ferdinand, jusqu’à ce que ce monarque fût rendu à ses peuples. Ces députés suppléans furent aussi investis des mêmes pouvoirs.

Ainsi, en supposant que la convocation des cortès fût légale ; que le second décret de la junte centrale n’eût pas existé ; en accordant même aux cortès le droit de changer l’ordre légal de la convocation ; en accordant encore que l’élection arbitraire des suppléans, qui composaient presque la majorité, fût légitime ; par le seul fait et l’énoncé des pouvoirs, ainsi que par le serment prêté, il est de toute évidence que ces cortès étaient sans mission et inhabiles à renverser l’ancienne législation. Or, l’ayant fait, elles sont donc parjures devant le ciel et devant les hommes.

Immédiatement après l’installation des cortès et le serment prêté, ces députés proclamèrent la souveraineté du peuple, et peu de jours après ils destituèrent la même régence qui les avait constitués.

On commença aussitôt à accorder aux libéraux et à leurs affidés, le peu de places qui restaient à donner. Ainsi, maîtresses absolues de quelques coins de l’Espagne que les Français n’avaient pas envahis, les cortès s’empressèrent de rédiger la Constitution, vif objet de leurs ardens désirs.

Pour cette tâche difficile, on nomma une commission de neuf ou dix libéraux des cortès, lesquels se concertèrent avec certain personnageb accrédité dans ce genre de production, par la promptitude avec laquelle il forgea à Bayonne celle dont Buonaparte fit cadeau à l’Espagne ; aussi, en très - peu de jours le grand œuvre fut - il achevé.

La commission l’admit avec reconaissance : on y ajouta quelques articles, on en libéralisa d’autres, on fit précéder cette production improvisée, d’un magnifique discours qui dormait depuis quelques années, et qu’avaient composé dans différentes vues plusieurs jurisconsultes ; on y fit les changemens convenables, et les éditeurs l’adaptèrent au nouveau système qu’on venait de créer1.

Le projet fut donc présenté, discuté et approuvé par la majorité dont nous venons de parler. Les discours, les protestations, les voix des bons royalistes ne furent point écoutés ; leurs réclamations et leurs cris fuirent étouffés par un déluge de pamphlets alarmans que l’on avait fait circuler ; et à la sortie des cortès, un groupe de gens soudoyés insulta impunément aux députés défenseurs du trône.

Cependant, les cortès voulaient capter la confiance des provinces par une politique particulière. De temps en temps elles lançaient des décrets fulminans contre les Espagnols qui servaient le roi Joseph, sans faire aucune distinction. Des listes de traîtres remplissaient les pages des gazettes. La première impression qu’elles firent sur le peuple, fut de lui inspirer une haine violente contre ceux qu’elles désignaient ; la proscription prononcée par le gouvernement exalta les passions, base essentielle à la formation des partis, à l’aide desquels les cortès voulaient renforcer le leur.

Au milieu des chances diverses que le cours de la guerre amena, le parti libéral s’était passablement augmenté ; mais lorsque les puissances du nord eurent fait contre la France une diversion efficace, la force oppressive commença à céder, la nation à respirer, et à regarder enfin comme très-rapproché le retour de Ferdinand VII dans ses États.

Le roi avait écrit à la régence, en lui adressant le traité qu’il venait de signer avec Buonaparte : la ratification de la régence était exigée ; celle-ci ne devait donc pas hésiter à l’accorder, puisqu’une simple signature faisait plus que ce que la nation entière n’avait pu faire en jonchant de cadavres toute l’Espagne ; et d’ailleurs, la régence devait bien imaginer que tout ce à quoi le roi avait consenti, n’avait pu avoir pour objet que son prompt retour en Espagnec. Or, lors même que la mauvaise foi et les violences de Buonaparte eussent déterminé le roi à ne rien exécuter de ce traité. toujours demeure-t-il évident que le traité était radicalement nul, faute de liberté de la part d’un des contractans.

Mais la régence ne daigna pas s’occuper de ces objets délicats ; elle en référa aux cortès, en leur communiquant une opinion contraire aux désirs du roi. Aussi, dans une séance secrète, les cortès refusèrent - elles leur ratification, tout en adressant au roi une lettre remplie d’idées chevaleresques qui n’avaient pas même le mérite de l’à-propos.

Ce mystère d’iniquité fut soigneusement caché à la nation, depuis le mois de janvier 1814 jusqu’au commencement de mars, attendu que les cortès et la régence craignaient avec raison la désapprobation générale du peuple, affamé du bonheur de revoir son souverain bien-aimé.

Pendant ces intrigues, on donnait les ordres les plus formels pour organiser le régime constitutionnel dans toutes les provinces évacuées par les Français. Mais comment se flatter d’y réussir ? Les peuples sentaient déjà les affreux effets de la guerre, du sang versé dans celte glorieuse lutte, et de l’épuisement général, qui en était la suite inévitable ; ils gémissaient sinçèrement de la ruine des temples à réédifier, de la persécution contre leurs pasteurs, de la continuelle proscription des défenseurs zélés du trône, et d’une contribution directe imposée à toute la nation, même avant d’avoir établi un cadastre, contribution répartie perfidement et arbitrairement, par les plus vils motifs2.

Les nouveaux gouvernans se flattaient néanmoins que cet impôt donnerait un abondant produit et serait d’une facile levée. Dans cette persuasion, ils abolirent les contributions directes et tous les autres genres de perception ; et il arriva qu’en épuisant le trésor de l’Etat par des dépenses urgentes, sans assurer des rentrées successives et régulières, la nation se trouva, au mois d’avril 1814, dans une banqueroute complète.

Mais qui pourra se peindre la surprise des gouvernans, lorsqu’ils apprirent que le roi était à la frontière, libre de toute obsession, eux qui étaient dans la conviction que le refus de ratifier le traité devait éloigner une telle apparition ?

Les cortès changèrent alors de conduite et de langage ; elles ne respirèrent plus que patriotisme, qu’affection et que fidélité pour Ferdinand VII. Cela n’empêcha pas cependant que la régence et les cortès n’envoyassent près du roi quelques-uns de leurs satellites consommés dans les intrigues. D’accord avec le ministre d’Etatd, ils devaient déterminer Sa Majesté à se rendre sans délai à Madrid pour prêter serment à la Constitution et au nouveau régime, malgré le mépris et la haine que les peuples leur portaient en secret et commençaient même à manifester ostensiblement.

Mais le monarque, qui, par les lettres de la régence, par le langage des journaux et par les rapports de ses fidèles sujets, avait déjà une pénible idée de l’état déplorable où se trouvait la nation, jugea à propos, avant de se rendre dans sa capitale, de prendre une exacte connaissance des malheureuses conjonctures où se trouvait son royaume.

S’étant arrêté à Valence, ville qui lui avait donné tant de preuves de dévouement, il y reconnut que la Constitution décrétée par les cortès ne cadrait ni avec le caractère ni avec les mœurs des Espagnols ; que la nouvelle représentation nationale était vicieuse et opposée aux vrais principes émis par les plus habiles publicistes, en ce que, réduite à une seule Chambre délibérante, les droits du monarque étaient sans de justes appuis, et ses attributions presque sans réalité ; que la forme des élections avait pour base la population, au lieu de celle de la propriété foncière ; que par conséquent il pouvait arriver que cette Chambre unique se trouvât un jour composée d’hommes sans autre propriété que la cape sur le corps, et que le nombre des députés s’élevât à plus de mille, par l’augmentation successive de la population de la péninsule et des provinces d’Amérique. Cette conjecture n’était pas improbable, si on considère les causes physiques et morales qui peuvent produire cet effet ; le roi observa encore que, quoiqu’il y ait dans cette Chambre des députés d’Amérique et d’Asie, leur renouvellement devant avoir lieu chaque année, c’était une lacune grave ; enfin, le roi, considérant qu’outre ces vices et ces défauts, la Constitution avait admis une base illégale, il résolut formellement qu’elle serait proscrite.

Tandis que Sa Majesté pesait dans sa sagesse toutes ces considérations importantes, il lui arrivait à Valence, de tous les points de son royaume, des adresses où le peuple, accablé de charges monstrueuses, lui peignait sa triste situation ; chaque jour parvenaient au roi les gémissemens des ministres les plus respectables des autels, proscrits parce qu’ils avaient exercé leur saint ministère ; les représentations de la noblesse, dont les priviléges avaient été foulés aux pieds sans motifs comme sans compensation ; enfin les adresses des provinces, qui réclamaient leurs Constitutions particulières, abolies par les caprices des cortès : l’Aragon, la Navarre, la Biscaye et la Catalogne. Tous ces renseignemens établissaient jusqu’à l’évidence, l’état déplorable et la confusion où, par suite de ces antécédens, se trouvaient toutes les branches de l’administration publique, résultant de la précipitation avec laquelle on avait voulu introduire le nouveau régime ; ce qui avait mis une infinité d’entraves à la marche de toutes les affaires.

Le système constitutionnel se trouvait en même temps en opposition avec l’intégrité de la monarchie ; car l’Amérique méridionale s’étant soulevée, les nouveaux chefs constitutionnels rencontraient beaucoup de causes de dissension et de révolte, et sentaient déjà l’inconvénient des nouvelles élections, trop populaires, trop démocratiques, trop favorables à l’indépendance secrètement désirée, et au dogme de la souveraineté du peuple, reconnu par la Constitution, parfait bouclier pour toutes les révolutions populaires.

Le roi fut déterminé par tous ces motifs du plus puissant intérêt, et surtout par une représentation signée d’un grand nombre de députés des mêmes cortès, qui la lui adressèrent de Madrid. Ils le suppliaient de remédier à tant de maux, et lui indiquaient comme moyen le plus sûr, le rejet du système constitutionnel, beaucoup trop vanté.