Presse, nations et mondialisation au XIXe siècle

Presse, nations et mondialisation au XIXe siècle

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Livres
476 pages

Description

De part et d'autre de l'Atlantique, la presse moderne a permis à la fois l'émergence des identités nationales et un mouvement irréversible de mondialisation culturelle : nous sommes tous les héritiers de ce double processus. Réunissant des spécialistes d'Amérique latine, d'Amérique du Nord et d'Europe, cet ouvrage s'efforce de prendre la mesure de cette évolution historique, sans précédent par son ampleur et sa rapidité. Il souligne à quel point les médias ont été au coeur de la prise de conscience politique qui a présidé à la naissance des États démocratiques (ou en voie de démocratisation). Il permet en outre de vérifier que les transferts culturels ne doivent jamais être pensés en termes d'influence unilatérale ou bilatérale entre deux pays, mais dans le cadre d'une économie ouverte des échanges symboliques, dont les médias sont les meilleurs garants, malgré la suprématie de quelques modèles nationaux (au XIXe siècle, celle des journaux anglais et français).

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Date de parution 01 janvier 2014
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EAN13 9782365838115
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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PRESSE, NATIONS ET MONDIALISATION e AU XIX SIÈCLE
Sous la direction de MarieÈve Thérenty et Alain Vaillant
PRESSE, NATIONS ET MONDIALISATION e AU XIX SIÈCLE
Publié avec le concours de l’Agence universitaire de francophonie, du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises de l’université de Montréal, du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, r de l’Institut de recherche D José Maria Luis Mora, Mexico, et de l’université PaulValéry, Montpellier.
NOUVEAU MONDE éditions
© Nouveau Monde éditions, 2010 24, rue des GrandsAugustins, 75006 Paris ISBN : 9782847364460 Dépôt légal : avril 2010 Imprimé en Espagne par Novoprint
MarieÈve Thérenty et Alain Vaillant
INTRODUCTION
Ce livre est le troisième volet d’un vaste programme de recherche qui a été lancé en 1999 à l’université PaulValéry de Montpellier. En 2001, un premier volume (1836. L’an I de l’ère 1 médiatique) avait choisi de fixer exclusivement son attention sur la première année du journalLa Presseet sur la révolution culturelle et littéraire dont le nouveau périodique d’Émile de Girardin était à la fois le témoin et l’acteur ; nous voulions aussi suggérer, en nous appuyant sur un dépouillement systématique et exhaustif du quotidien, que la mutation médiatique attribuée e à la presse massifiée de la III République était en en fait surve nue dès la monarchie bourgeoise de LouisPhilippe et peutêtre même, ajouterionsnous aujourd’hui, dans les toutes dernières années de la Restauration. En 2004, dans un livre collectif inti tuléPresse et plumes, nous avons cette fois élargi notre réflexion e à l’ensemble duXIXsiècle, pour offrir le panorama le plus com plet possible de toutes les interactions avérées entre la littérature et le journalisme – deux univers qui n’auront jamais été aussi proches ni aussi semblables qu’en ce temps où les écrivains les plus inquiets n’hésitaient pas à prophétiser la mort du livre au bénéfice du journal. En revanche, du fait même de l’ampleur de la tâche, nous avions délibérément choisi de circonscrire notre enquête à l’espace national français. Ce troisième ouvrage, cette fois consacré à la presse hors de France et à la dimension internationale de la culture médiatique,
1. Ce volume, comme les suivants, a été publié chez Nouveau Monde éditions, qui a été dès l’origine du projet notre partenaire fidèle.
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est donc l’aboutissement logique et nécessaire de cette explo ration historique du journalisme moderne. D’abord parce que l’histoire de la presse française ne peut se comprendre sans une constante confrontation avec les cultures étrangères et, notam ment, avec les modèles médiatiques qui se diffusent de plus en plus rapidement audelà des frontières nationales. Ensuite et surtout parce que la presse ellemême est le principal outil de transfert intellectuel, artistique et littéraire et le premier vecteur de la mondialisation qui, bien avant le monde ouvert et multi e culturel d’aujourd’hui, caractérise leXIXsiècle. Mais le processus de mondialisation engagé dans le prolongement des révolutions européennes, économiques ou politiques, est luimême double et dialectique, se signalantà la foispar l’émergence revendiquée d’identités nationales fortesetl’homogénéisation de l’im par primé périodique, qui impose les mêmes standards éditoriaux et rédactionnels et grâce à laquelle, en particulier, le débat poli tique laisse à peu près partout la place au divertissement, à la littérature, à l’image – au « culturel », pour le dire avec les mots actuels. C’est pourquoi il n’y a nulle contradiction à constater simultanément que le journal est le média essentiel à la consti tution des nations modernes, qu’on se représente cellesci selon le schéma théorique de l’espace public conceptualisé par Jürgen 2 Habermas ou par la notion plus historique d’imagined commu 3 nities, et qu’il favorise la mondialisation des formes de commu nication et des attentes culturelles. Car il s’agit bien de mondialisation : le parti que nous avons pris d’emblée dans cet ouvrage est, non seulement d’avoir exclu le domaine strictement français – à une exception près –, mais de sortir résolument du cadre européen pour nous ouvrir au Nouveau Monde (à l’Amérique du Nord aussi bien qu’à l’Amé rique latine). Il va de soi, en effet, que la dimension coloniale ou postcoloniale de pays comme le Canada ou le Mexique est riche d’enseignements, qui permettent à l’histoire des médias
2. Jürgen Habermas,L’Espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1978 (1962). 3. Benedict Anderson,L’Imaginaire national : réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996 (1983).
Introduction
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de contribuer à cetteconnected historyque Sanjay Subrahma 4 nyam a appelée de ses vœux . À cet égard, deux conclusions se sont rapidement imposées à nous à l’issue de notre pano rama qui place côte à côte l’Espagne, la GrandeBretagne, la Belgique, l’Allemagne et le Portugal mais aussi les ÉtatsUnis, le Canada, le Mexique, le Brésil et la Colombie. D’une part, les relations entre les anciennes colonies et l’Europe ne doi vent pas se penser en termes de simple imposition de modè les, mais plutôt d’hybridation et d’appropriation. D’autre part, et cela fut peutêtre notre principale surprise, les formes et les logiques médiatiques sont beaucoup plus similaires, leurs évo lutions beaucoup plus synchrones qu’on pouvait l’imaginer, malgré l’éloignement géographique et les particularités indui 5 tes par les diverses situations politiques . Mais ces convergen ces ne font que mieux apparaître, nous le verrons, les efforts réfléchis et concertés des élites nationales pour adapter ces modèles plus ou moins standardisés à leurs propres fins idéo logiques et culturelles. L’hybridation et la mutualisation des influences ont d’ailleurs leurs limites. Deux modèles nationaux dominent très largement tous les autres et marquent de leur empreinte toute la presse mondiale : il s’agit bien sûr des tradi tions journalistiques anglosaxonne et française. La suprématie des journaux britanniques est incontestable et se justifie par toutes les raisons qui expliquent par ailleurs e l’écrasante supériorité du RoyaumeUni, à partir duX VIIIsiè cle, sur tous les autres pays occidentaux : la prospérité écono mique fondée sur la toutepuissance maritime, l’habitude de la pratique parlementaire, le poids des classes moyennes, le
4. Voir en particulier Sanjay Subrahmanyam,Explorations in Connect ed History, Oxford, Oxford University Press, 2004. 5. Un tel panorama aurait été impossible sans le concours de deux équipes de recherche outreAtlantique, dès la préparation du colloque in ternational qui s’est tenu du 17 au 19 mai 2006 à l’université PaulValéry (Montpellier III) et dont cet ouvrage est l’émanation : le Centre de recher che interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ ; responsable : Micheline Cambron) et l’équipe animée par Laura Suárez de r la Torre au sein de l’Institut de recherche D José Maria Luis Mora de Mexico.
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niveau d’éducation des élites et la qualité des débats intellec tuels. Ces facteurs expliquent l’apparition d’une presse d’infor mation fondée très tôt sur la recherche d’une certaine objecti vité favorisée par une liberté notable de la presse.Comment is free, facts are sacred, telle est la formule associée au rédacteur en chef duManchester Guardian. Surtout,The Times, fondé en 1785, constitue un modèle journalistique pour la planète et engendre bien des volontés de copie commeLe Tempsen France en 1861. Du côté américain, ce modèle est développé dans le contexte d’une jeune nation, avide de modernité, qui invente très tôt, dès les années 1830, la grande presse, c’est àdire la presse à très grand tirage, bon marché, populaire. Fondé en 1833, le New York Sunà cet égard, pionnier, est, suivi deux ans plus tard par leNew York Heralddont le tirage atteint 40 000 exemplaires au bout de quinze mois, puis passe rapidement à 100 000 exemplaires. Sans que la presse ait à soutenir de longues et pénibles luttes pour l’émancipation, elle s’impose rapidement dans un pays soucieux de démocratiser sa politique, de protéger l’expansion de son marché économi que et sa classe moyenne « entrepreneuriale ». Le concept de newstrouve ici sa version populaire. À l’ère desnewssuccède dans les années 18801890 l’ère du reportage et de lagood story. Ce nouveau journalisme fut représenté parThe World, repris par Joseph Pulitzer en 1883, etThe New York Morning Journal, repris par Hearst en 1895. Ces journaux développent le reportage comme machine à sensation et àscoops, apte à créer une émotion et une expérience esthétique chez leurs lec teurs. Ils utilisent une illustration expressive et des gros titres. Ce modèle du reportage sensationnel s’exporte rapidement, notamment vers l’Europe.
Cependant, la presse française, qui n’a ni l’autorité intellectuelle ni l’assise sociale de la concurrente anglosaxonne, exerce néanmoins une influence au moins aussi grande : si elle fait moins référence et est sans doute moins respectée, elle est davantage aimée et imitée. À cela trois raisons, qui renvoient aux trois caractéristiques du journalisme français au