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Psychiatrie et psychothérapie institutionnelle

De

Jean Oury, est-il besoin de le rappeler, est actuellement un des psychiatres qui connaît le mieux au monde la problématique de la psychose, à la fois sur les plans clinique, psychopathologique, et surtout thérapeutique. La création de la clinique de La Borde a été un des actes les plus significatifs de la psychothérapie institutionnelle, et le travail qui continue de s'y dérouler cinquante ans après sa fondation, sert de référence dans un nombre considérable de pays pour les équipes psychiatriques qui ont décidé de prendre en charge au long cours les patients psychotiques. L'intérêt de publier un tel corpus tient à sa structure de constellation: il rassemble en 24 textes à peu près tous les outils conceptuels que Oury a développés et développe encore aujourd'hui. Il part à l'aventure sur l'océan de la folie en abordant dans les principaux ports de la psychose et de l'institution, et, tel un découvreur de contrées nouvelles, il enrichit les espaces connus de nouvelles dimensions, de pistes novatrices.


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Psychiatrie et psychothérapie
institutionnelle

Traces et configurations précaires

Jean Oury

Préface de François Tosquelles

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : Jean Oury, est-il besoin de le rappeler, est actuellement un des psychiatres qui connaît le mieux au monde la problématique de la psychose, à la fois sur les plans clinique, psychopathologique, et surtout thérapeutique. La création de la clinique de La Borde a été un des actes les plus significatifs de la psychothérapie institutionnelle, et le travail qui continue de s'y dérouler cinquante ans après sa fondation, sert de référence dans un nombre considérable de pays pour les équipes psychiatriques qui ont décidé de prendre en charge au long cours les patients psychotiques. L'intérêt de publier un tel corpus tient à sa structure de constellation: il rassemble en 24 textes à peu près tous les outils conceptuels que Oury a développés et développe encore aujourd'hui. Il part à l'aventure sur l'océan de la folie en abordant dans les principaux ports de la psychose et de l'institution, et, tel un découvreur de contrées nouvelles, il enrichit les espaces connus de nouvelles dimensions, de pistes novatrices.

Auteur : Jean Oury est psychiatre et médecin-directeur de la clinique de la Borde. Il est un des fondateurs de la psychothérapie institutionnelle.

 

Préface

Introduction Traces et configurations précaires Points de repère dans le champ de la psychiatrie et de la psychothérapie institutionnelle

CHAPITREPREMIERLa désaliénation en clinique psychiatrique*

Un service libre rural : la clinique de Cour-Cheverny

La Commission des menus

Le Comité d’accueil

Les « Marionnettes-cancan »

CHAPITREIIAnalyse de l’entourage immédiat du malade dans le cadre de la thérapeutique institutionnelle*

CHAPITREIIILa participation de l’infirmier à la psychothérapie*

CHAPITREIVContribution au problème de la formation professionnelle en psychiatrie*

CHAPITREV Les Clubs thérapeutiques*

Introduction

Notre milieu de travail habituel

Le Club, support de la vie intrahospitalière

Bref historique des Clubs thérapeutiques et de quelques autres Essai d’une définition

Esquisse pour une théorie du club intrahospitalier

Quelques problèmes administratifs posés par les Clubs intrahospitaliers

Conclusion

CHAPITREVIPsychothérapie*

CHAPITREVIIProjet pour une rencontre entre psychanalystes de ville et psychiatres d’hôpitaux*

Unité de la théorie psychanalytique

Problème de la neutralité de l’analyste

Un exemple de recherche expérimentale à l’intérieur de l’institution hospitalière

Problème général Lieux d’existence :

CHAPITRE VIII Note sur les remaniements internes des Sociétés de psychanalyse*

CHAPITRE IX Le problème de la fatigue en milieu scolaire*

CHAPITREXTransfert et compréhension*

CHAPITRE XI Présence d’Aimable J.*

CHAPITRE XII Notes et variations sur la psychothérapie institutionnelle*

CHAPITRE XIII Peut-on parler de concept de réunion ?*

CHAPITRE  XIV Communication à l’occasion du Congrès de l’École freudienne de Paris

CHAPITRE  XV Quelques problèmes théoriques de psychothérapie institutionnelle*

CHAPITRE  XVI  Psychopharmacologie et psychiatrie*

CHAPITRE  XVII Dialectique du fantasme, du transfert et du passage à l’acte dans la psychothérapie institutionnelle*

CHAPITRE  XVIII Compléments théoriques*

Introduction

L’accueil

La lecture

Le lecteur

Les obstacles

CHAPITRE  XIV Le récit*

Ce jeu de parole

Mais qu’en est-il donc de l’enseignement ?

CHAPITRE XX Thérapeutique institutionnelle*

Historique Introduction

Vue d’ensemble

Quelques précisions

Quelques remarques théoriques

Quelques précisions à propos de certains éléments utilisés  en psychothérapie institutionnelle

Les réunions

Le constatif

Le club

Les groupes

L’argent

La hiérarchie

Le secteur

Pratique et analyse permanente

Quelques exemples

Reprise théorique

Conclusions précaires

CHAPITRE  XXI La notion de sujet dans la pratique de la psychothérapie institutionnelle*

CHAPITRE  XXII Le corps dans la phénoménologie de la sphère dépressive*

CHAPITRE  XXIII Exercices sur la psychothérapie institutionnelle*

 

Ce livre, paru en 1976 aux éditions Payot (après avoir été édité en italien chez Marsillo) reste d’actualité. Peut-être a-t-il une valeur didactique.

Essais pour cerner quelques invariants, pour se repérer dans un monde d’hyperségrégation où le simplisme, affublé des oripaux d’une pseudo-science, est devenu le maître des lieux.

On entend dire que la psychothérapie institutionnelle est dépassée depuis longtemps, que « ça » n’existe plus. En réalité elle n’a jamais « existé », car, comme le disait François Tosquelles, ce n’est qu’un « mouvement » qui ne peut vivre que si l’on y est. Exercice d’une dialectique concrète pour éviter toute hypostase définitive. Toujours en chantier, avec les moyens du bord. Ce qui exige une syntaxe opératoire, des concepts, une logique spécifique. C’est dans ce sens que nous espérons que ces textes rassemblés ici peuvent être matériaux utiles, en prise avec ce qui se passe dans ce champ toujours vulnérable de la psychiatrie.

 

Jean Oury

Préambule
à la nouvelle édition

 

Pourquoi rééditer un livre paru en 1976 rassemblant, à l’instar des Vingt-quatre préludes et fugues du clavier bien tempéré de Jean Sébastien Bach, 24 textes écrits par Jean Oury entre 1955 et 1975 ? La question désolerait plus d’un éditeur, et pourtant, les éditions du Champ social ont accepté d’y répondre positivement, sur notre proposition (Michel Balat et moi-même), pour inaugurer leur nouvelle collection Psychothérapie institutionnelle.

Une partie de la réponse à cette question est en rapport avec la dimension de l’auteur de cet ouvrage, un des fondateurs de la psychothérapie institutionnelle avec François Tosquelles qui en écrivit la première préface lors de sa parution chez Payot. Jean Oury, est-il besoin de le rappeler, est actuellement un des psychiatres qui connaît le mieux au monde la problématique de la psychose, à la fois sur les plans clinique, psychopathologique, et surtout thérapeutique. La création de la clinique de la Borde a été un des actes les plus significatifs de la psychothérapie institutionnelle, et le travail qui continue de s’y dérouler cinquante ans après sa fondation, sert de référence dans un nombre considérable de pays pour les équipes psychiatriques qui ont décidé de prendre en charge au long cours les patients psychotiques. Les stagiaires de tous ces pays témoignent bien sûr de l’extrême vitalité de cette expérience, mais aussi de sa longévité, indiquant ainsi avec force la qualité de ce qui s’y déroule pour les sujets en déshérence psychotique. Ils contribuent avec les très nombreux correspondants français à la permanence d’un réseau international de psychothérapie institutionnelle reposant sur la fédération des associations culturelles qui en constituent la cheville ouvrière.

Mais l’essentiel de l’intérêt de republier un tel corpus tient à sa structure de constellation : il rassemble en 24 textes à peu près tous les outils conceptuels que Oury a développés et développe encore aujourd’hui. Il part à l’aventure sur l’océan de la folie en abordant dans les principaux ports de la psychose et de l’institution, et, tel un découvreur de contrées nouvelles, il enrichit les espaces connus de nouvelles dimensions, de pistes novatrices, d’horizons inapprochés. Pour ma part, avec de très nombreux soignants de ma génération, Psychiatrie et psychothérapie institutionnelle a été une rencontre avec une théorico-pratique et une épistémologie, celles d’un homme à l’intelligence et à l’humanité rares, totalement en rupture avec les logiques habituelles du pouvoir et du savoir.

Le chantier théorico-pratique explore les archéologies de la psychiatrie en faisant ressortir les dimensions aliénatoires à l’œuvre dans son exercice, et notamment les catastrophes qui résultent de la confusion entre aliénation mentale et aliénation sociale. Il insiste sur l’importance de l’entourage immédiat du malade dans la dynamique de la psychothérapie institutionnelle ; il rappelle la position prise en faveur de la participation des infirmiers à la psychothérapie, il étudie la phénoménologie du corps dans la sphère dépressive, il approfondit les notions de récit, de psychothérapie, de formation, de transfert… L’histoire d’Aimable J. est, à ce titre, la condensation exemplaire de multiples aventures cliniques et thérapeutiques ; elle peut servir d’emblème à l’approche ourienne de la psychose. Mais ces éléments de la vaste configuration de la psychothérapie institutionnelle ne constitueraient pas un ensemble recevable s’ils n’étaient articulés entre eux autour d’un axe à la fois éthique, scientifique et concret. Parler là d’une épistémologie semblera peut-être à certains un abus de langage, et pourtant, épistémologie veut dire : « étude critique des sciences visant à déterminer leur valeur, leur origine logique et leur portée ». Si vous relisez « Le problème de la fatigue en milieu scolaire » ou « Psychopharmacologie et psychiatrie », vous verrez qu’il s’agit bien là d’une étude critique de la science pédagogique ou de la psychopharmacologie, mais que, contrairement aux études qui sont souvent menées dans ces deux domaines, « l’étude critique visant à déterminer leur valeur, leur origine logique et leur portée » ne tient pas compte dans la plupart des cas, du contexte dans lequel elles s’enracinent. Il n’est que de voir les très grandes variations entre les constatations cliniques pédagogiques qui peuvent être effectuées dans une école, un collège ou un lycée du « centre ville » et ceux de la banlieue « chaude », ou bien entre les patients traités par des doses médicamenteuses équivalentes dans des ambiances institutionnelles différentes, pour se rendre compte que la pseudo-épistémologie actuelle fait l’impasse sur le contexte. La question épistémologique ne peut s’aborder dans le seul contexte d’un sous-ensemble qui ne serait pas articulé avec les autres sous-ensembles qui le « bordent » concrètement. La violence en milieu scolaire n’est pas seulement un problème psychopathologique ou pédagogique, elle est nécessairement articulable avec le contexte dans lequel elle émerge ; la dose efficace de neuroleptiques n’est pas isolable de l’ambiance psychothérapique dans laquelle elle s’inscrit, sous peine de vétérinariser la psychiatrie. Oury lui-même, même si parfois ses textes peuvent sembler « trop » foisonnants à certains, suit une ligne directrice qui m’a toujours paru strictement épistémologique. Tel le hibou qui voit la nuit quand les autres se cognent la tête dans les basses branches des arbres, tel l’aigle qui voit sa proie de très haut, et fond directement sur elle, Oury se dirige avec un rare talent vers ce qui nous apparaît ensuite comme la solution logique incontournable que nous cherchions vainement auparavant. Mais tant de lucidité intellectuelle ne pourrait pas nous être si utile aujourd’hui, si elle n’était pas au service d’une éthique sans faille : la psychiatrie est au service de l’homme en dérive psychopathologique, et tout ce qui serait fait pour lui, mais sans lui, ne pourrait que nous détourner de cette ligne directrice fondamentale.

Le travail de groupe, la création d’institutions, l’organisation et le fonctionnement des clubs thérapeutiques, sont autant de praticables qui permettent de fabriquer du lien entre l’homme et la psychiatrie, entre l’homme et sa psychiatrie. « Peut-on parler d’un concept de réunions ? » illustre assez bien ce débat sur ce qui est nécessaire mais non suffisant à cette manière de voir les soins psychiatriques, de les envisager dans l’humble perspective du passage du malade de son monde de chaos à un monde partagé avec autrui. « Dialectique du fantasme, du transfert et du passage-à-l’acte » est à ce titre, un morceau d’anthologie, une magnifique polyphonie lacano-ourienne, dont on se prend à rêver que davantage l’aient lu et travaillé. Malheureusement, un grand nombre de psychanalystes semble s’en laver les mains et les prémonitions fulgurantes de la quasi-fable « Les psychanalystes des villes et les psychiatres de champs » sont là pour nous rappeler à quel point les rapports entre psychanalyse et psychose sont complexes et ne peuvent se satisfaire d’une réduction de la pensée à un manichéisme délétère. Aujourd’hui, plus encore qu’à la date de son écriture, la question devient celle de pouvoir et de vouloir justifier la nécessité du traitement de la psychose. Si Lacan parlait d’un traitement « possible » de la psychose, Oury et Tosquelles ont toujours « traité » les sujets psychotiques et ont « tordu » le cadre de la psychopathologie, ce que les modernes nomment la « compliance », pour le rendre compatible avec l’accueil des psychotiques, inférant ainsi l’exigence d’une réflexion approfondie sur le concept d’institution, et surtout aboutissant, non pas à en supprimer l’existence comme la mouvance antipsychiatrique était arrivée à le faire accroire, mais bien plutôt à en révolutionner l’approche concrète pour la mettre au service des hommes souffrant psychiquement.

Nous n’en sommes plus là. Désormais, soit le sujet psychotique peut bénéficier d’une thérapie légère, en soins ambulatoires, avec, de temps à autre, mais pas trop souvent, des décompensations « passibles » d’une à deux semaines d’hospitalisation (au cours de laquelle on lui demande à son arrivée dans combien de temps il compte sortir…), et dans ce cas, la sécurité sociale le prendra à sa charge (pour le moment), soit il se montre vraiment « trop » psychotique, et là, cher docteur, il va falloir sérieusement envisager une structure d’accueil dans le médico-social… Le drame réside dans le fait que la mise en place de guet-apens est très facile à organiser, tandis que le dispositif psychothérapie institutionnelle/psychiatrie de secteur demande une, voire deux générations.

Dans un tel contexte, rééditer ce volume de Jean Oury est une œuvre de salut public, car, en le mettant à nouveau à la disposition du plus grand nombre, les soignants pourront y trouver les concepts nécessaires pour l’accompagnement, pas à pas et à long terme, des personnes psychotiques dans leur lent travail de reconstruction toujours à refaire. Parmi quelques livres fondamentaux pour notre travail de psychiatrie de base, il en est quelques-unes qui sont indispensables, et Psychiatrie et psychothérapie institutionnelle en est un.

Pierre Delion,

Angers, 2001

Préface

 

Je souhaite de nombreux lecteurs, et surtout attentifs, aux textes d’Oury recueillis dans ce volume. Toutefois, il ne m’échappe pas qu’un certain nombre, parmi eux, éprouvera un certain dépaysement. Ceci est presque fatal si ces lecteurs ont subi avec passivité, ou avec une passion fascinante, l’empreinte de la médecine habituelle, pour ne pas dire classique. Ils pourraient penser que les écrits d’Oury n’ont rien à voir ni avec les objectifs ni avec les méthodes scientifiques dont on dispose pour soigner les malades en général et chacun d’eux d’après leur maladie. Il est vrai que les textes d’Oury transitent par des chemins qui n’ont été balisés ni par l’action médicale ni pour elle.

Le dépaysement, voire le rejet qui peut en résulter, ne surviendra alors seulement qu’à la suite de la nouveauté étrange des ancrages de la chose décrite par Oury. On sait que des malaises et des rejets de cette sorte surgissent presque toujours lorsqu’on touche de près ou de loin les faits et la problématique psychopathologiques. Cela résulte en premier lieu de la nature de l’« objet », et des résonances très diverses que cet objet éveille en nous.