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Qu'est-ce qu'un officier ?

De
396 pages

Rêves d’enfant. — Le régiment des généraux. — L’instruction des officiers. — Autrefois. — Le décret de la Convention : Tout officier doit savoir lire et écrire. — Aujourd’hui. — Progrès réalisés. — Pourquoi ? — Commençons de bonne heure ! — Nos voisins.

Qui de nous, étant enfant, n’a joué au soldat et n’a revêtu fièrement un uniforme galonné, très galonné, à l’occasion d’un mardi-gras ou d’une mi-carême quelconque ? Qui de nous n’a commandé à des soldats de plomb, n’a construit des forts de dominos, des redoutes de cartes à jouer, n’a mitraillé des bataillons ennemis à l’aide de boulettes de mie de pain.

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A. Froment
Qu'est-ce qu'un officier ?
I
Rêves d’enfant. — Le régiment des généraux. — L’instruction des officiers. — Autrefois. — Le décret de la Convention : Tout officier doit savoir lire et écrire. — Aujourd’hui. — Progrès réalisés. — Pourquoi ? — Commençons de bonne heure ! — Nos voisins.
Qui de nous, étant enfant, n’a joué au soldat et n’ a revêtu fièrement un uniforme galonné, très galonné, à l’occasion d’un mardi-gras ou d’une mi-carême quelconque ? Qui de nous n’a commandé à des soldats de plomb, n’a construit des forts de dominos, des redoutes de cartes à jouer, n’a mitraillé des bataillons ennemis à l’aide de boulettes de mie de pain. Au bruit enlevant d’une fanfare ou d’une musique militaire ; au rythme sourd du pas d’un régiment en marche s’unissant au chant du tambour, qui de nous ne s’est senti, alors que les notions de patrie et de devoir s’éveillent dans les cœurs, alors que l’adolescence touche à sa fin, qui de nous ne s ’est senti entraîné, n’a éprouvé une émotion joyeuse et fière et n’a envié le brillant c olonel chevauchant en tête de ses bataillons. En effet, c’est le colonel bien plutôt que le sous-lieutenant que l’on envie. Il a beau se redresser le petit sous-lieufenant, tenir la tête haute et le sabre droit ; il a beau avoir la moustache blonde et le regard vif, le jarr et ferme, l’air souriant de la jeunesse, l’enfant, ambitieux par instinct jusqu’à ce qu’il regrette le temps qui s’est enfui, l’enfant va droit à la moustache grise, à la poitrine chamarrée , aux manches couvertes de cinq galons. « Quand je serai grand, disait un petit garçon, je serai militaire ; je m’engagerai dans le régiment des généraux. » L’idée était bonne ; mais le moyen de la réaliser r estait à trouver, ou plutôt, tous les régiments peuvent être pour l’un ou pour l’autre, e régiment des généraux ; il s’agit de savoir soi-même conquérir les étoiles. Ce n’est pas difficile ; c’est une question de travail et de chance. Avouons que celle ci manque souvent de parole à celui-là ; mais le premier dépend de nous, tandis que la seconde... Parlons du premier. Pour être avocat, médecin, commerçant, industriel, il faut des études spéciales : connaissances générales, connaissances techniques, acquises les unes à l’école, au lycée, à la Faculté de Droit ou de Médecine, les au tres par l’expérience journalière, les rapports constants avec la clientèle, les recherches de chacun et de chaque jour. Pour être officier, il en va de même ; il y a deux sortes de connaissances à réunir : les connaissances générales, base de tout développement de l’intelligence, acquises avant l’entrée dans l’armée ; les connaissances technique s que donne celle-ci, soit dans ses établissements particuliers d’instruction, soit par les enseignements pratiques de la vie militaire. Actuellement, les connaissances exigées sont assez étendues ; tout en se rapprochant de la pratique, elles tendent à s’accroître de jour en jour et si nous jetons un coup d’œil sur le siècle passé, à l’aurore de cette Révolution dont le centenaire est proche, qui bouleversa tout et particulièrement le corps d’officiers, nous serons stupéfaits du chemin parcouru.
« Que les temps sont changés !... »
pourrait dire une fois de plus le brave Abner, vieux capitaine de l’ancien régime. Double changement, changement immense qui, chaque j our, croît en progression géométrique ; autrefois, sous l’ancien régime, tous les gentilshommes étaient officiers et, en principe, avaient seuls droit de l’être. Les nobles, eux-mêmes, se trouvaient divisés en deux grandes catégories : d’une part, la haute noblesse reçue à la Cour, montant dans les carrosses du roi, riche, protégée, privilégiée, ayant toutes les faveurs et tous les
grades, achetant les charges de capitaine et de colonel, se plaignant, et démissionnant, comme le duc de Saint Simon, parce qu’à vingt-sept ans il n’était que colonel, bien qu’il eût acquis cette charge dès l’âge de dix-huit ans au prix de 26.000 livres. D’un autre côté, la petite noblesse de province, arrivant à grand’peine, au bout de sa carrière, au grade de capitaine et à la croix de chevalier de Saint-Louis. Quant aux roturiers, il fallait des actions d’éclat, des services exceptionnels pour qu’ils obtinssent de passer lieutenants ; d’ailleurs, l’ob tention de ce grade les anoblissait et leurs enfants, reçus gratuitement dans les écoles m ilitaires, pouvaient, quelquefois, arriver à se faire nommer capitaines ou majors — emplois qui leur étaient réservés. De l’instruction, nous n’en parlerons pas. On s’était cependant montré plus exigeant à partir du dix-septième siècle ; les Académies, l’Éc ole militaire de Paris fonctionnaient, l’artillerie et le génie, longtemps considérés comm e des corps inférieurs, acquéraient de l’importance tant par les services qu’ils rendaient, dont l’utilité croissait chaque jour, que par les grands hommes qu’ils comptaient : Vauban, Gribauval, etc... Quand survint la Révolution, le bouleversement fut formidable dans l’armée ; à part l’artillerie et le génie, composés en majeure parti e d’officiers de basse extraction qui restèrent et sauvèrent la France des attaques des m onarchies coalisées, toutes les autres armes se virent dépourvues d’officiers. Carn ot, « l’organisateur de la victoire », capitaine du génie à cette époque, fit décréter la nomination des sergents aux grades de lieutenant et de capitaine ; l’élection des officiers par les soldats qu’ils commanderont « fit sortir, dit Jomini, de toutes les classes de la soc iété des hommes de génie... tels militaires qu’on n’aurait pas soupçonnés capables d e commander un régiment, apprennent l’art de diriger des armées ». On cite quarante-six de ces élus, sortis des rings, devenus plus tard officiers généraux ; parmi eux, les noms glorieux des Brune, des Championnet, des Lannes, des Gouvion Saint-Cyr. Malheureusement, si les intelligences remarquables, les grands caractères, s’imposèrent au suffrage de leurs camarades, ce sys tème d’élection eut aussi ses inconvéniants. « Avait-on besoin d’un caporal, dit Gouvion Saint-C yr, on nommait le plus ancien soldat ; c’était, le plus souvent, un blanchisseur de la compagnie ou du bataillon ; le lendemain, il fallait un sergent et ce même blanchi sseur, qui était le plus ancien de service, montait à ce grade. Jusque là,il n’y avait pas grand mal ; mais il est arrivé quelquefois qu’au bout de huit à dix jours ce serge nt est devenu le chef d’un bataillon d’infanterie ou d’une brigade de cavalerie. » Évidemment, ceux que nous avons cités plus haut, d’autres, comme Hoche, Jourdan, Marceau, qui parvinrent rapidement au généralat, po ssédaient ou acquéraient promptement les connaissances qui leur étaient néce ssaires pour tenir dignement le poste qu’ils occupaient ; mais que d’autres qui se contentaient de promener leur titre et leur sabre ! L’ignorance était si grande que la Convention Nationale dut rendre un décret par lequel elle prescrivait que : « Tout homme pourvu d’un gra de, depuis le caporal jusqu’au général, doit savoir lire et écrire. » Merlin de Thionville disait, après avoir exposé les désastres causés par l’ignorance des officiers : « Quelque expérience, quelque habitude qu’on ait, si on ne peut étudier, on ne sera jamais capable de commander des évolutions difficiles, qu’en forçant des hommes, d’ailleurs faits pour la guerre,à apprendre à lire et a écrire. » On le voit, à cette époque, le programme n’était pas élevé et, à l’heure actuelle, où les rares illettrés qui arrivent au régiment ne doivent être libérés que sachant lire, écrire et
compter, la chose peut sembler bizarre. « Quelle nécessité, disent certaines gens, quelle n écessité y a-t-il donc à apprendre tant de choses avant d’entrer au régiment ? A quoi bon ces mathématiques, cette géographie, cet art militaire, cette administration dont on farcit aujourd’hui le cerveau des jeunes gens ? Bonaparte sortait de Brienne, c’est vrai ; mais c’était un piètre élève, il n’y. avait rien fait de bon ; ça ne l’a pas empêché d’être le plus grand des conquérants et le premier des généraux. » Je vois d’ici la joie des aspirants à Saint-Cyr et à Polytechnique en entendant soutenir une pareille thèse ; il serait si doux de laisser l a théorie de côté pour la pratique. La pratique, on en prend et on en laisse ; pourvu qu’on soitdébrouillard,c’est l’essentiel, on er s’en tire toujours ! D’ailleurs, c’est encore un pr incipe de Napoléon I que la pratique passe avant tout : « Lorsqu’un élève pointera mieux que les soldats, é crit-il à propos des élèves de l’École d’artillerie, on ne lui contestera ni son d roit à l’avancement, ni les autres avantages de son éducation. » Mais aujourd’hui, il n’en saurait être de même ; au temps où Napoléon écrivait ceci, la guerre était une question de coup d’œil et dé valeu r personnelle ; on ne pourrait, en 1892, recommencer un Jemmapes. La guerre est devenue une science complexe : tous ses éléments ont été remaniés. Son succès dépend de mille causes diverses ; si le maréchal de Saxe le faisait résider dans les jambes des soldats, il faut reconnaître que la création et le perfectionnement des voies ferrées ont dû modifier ce coefficient. Tout s’est transformé qui existait autrefois ; comb ien de choses nouvelles se sont créées depuis ; combien, naissant chaque jour, se développent, trouvent une application imprévue ! Télégraphe et téléphone ; substances exp losibles, projectiles et armes de toute espèce, aérostation, tout vient apporter son aide aux anciennes combinaisons, les modifier, les bouleverser ; obliger à démolir pour reconstruire après ce que jadis on croyait édifié à tout jamais. Tout se tient, tout s’enchaîne ; à des projectiles plus redoutables il faut des défenses plus fortes ; à des substances explosibles plus puissantes, des canons plus résistants. La lutte est continuelle, perpétuelle, sans cesse renaissante. A l’artilleur qui le menace d’un obus nouveau, le sapeur (c’est le nom donné au soldat du génie) oppose un blindage plus solide, un systèm e nouveau de fortifications ; le fantassin modifie la formation de ses colonnes. Que demain la direction des ballons soit trouvée ; plus de sûreté pour l’ennemi ! Que peut-o n contre un espion semblable qui vous inonde de lumière électrique, voit ce qu’il a besoin de connaître, monte et disparaît ? On chasse un oiseau et on l’atteint dans un tourbillon de grains de plomb : le ballon s’élève et se met hors de portée. On le voit, il est absolument nécessaire de connaître aujourd’hui ce que l’on était en droit d’ignorer il y a un siècle, il y a même trente ans. D’ailleurs, quand il s’agit de guerre et d’armée, il est bon de voir ce qui se passe chez le voisin, ce que l’on fait autour de soi. Partout on travaille ; il n’est pas jusqu’à l’Espagne, où l’instruction générale est si arriérée qu’en 1885 on comptait dans son armée 90 pour cent d’illettrés, qui ne tende à se relever et n’ai t, depuis 1882, réorganisé ses écoles militaires. Il s’agit donc de faire, non pascomme lesmais mieux que les autres et, pour autres, cela, il faut travailler dès le début. Dans nos vieilles armées féodales, les fils de gran de maison faisaient un long apprentissage du métier des armes ; page, écuyer, chevalier-bachelier, ils s’instruisaient dans l’art de la guerre qui ne comprenait alors que le maniement des diverses armes et
l’équitation. Leur éducation commençait dès l’âge de sept ans et ce n’était qu’à vingt ou vingt-cinq qu’ils étaient armés chevaliers. Aujourd’hui, l’éducation militaire, proprement dite, commence plus tard ; ce n’est qu’à partir de dix-huit ans, qu’il entre dans une École ou.. il s’engage, que le jeune homme se prépare à cette carrière où il vivra et dont il vivra : c’est trop tard. Dès l’enfance, celui qui se destine à devenir officier doit former son espri t et son âme, diriger ses études, façonner son intelligence d’une façon spéciale. Ce qui, pour un autre, a peu d’importance, en a bea ucoup pour lui : c’est une vie particulière, une existence à part qu’il va mener. Je ne dirai pas qu’il entre dans une caste fermée ; non, à l’heure actuelle chacun pouvant devenir officier, chacun passant à son tour — plus ou moins longtemps — dans les rangs de l’armée, il n’y a plus là, comme autrefois, une catégorie d’individus étrangers à leurs concitoyens, comme ceux-ci l’étaient à eux-mêmes ; l’armée est une branche de la nation, une école de devoir, de discipline et de patriotisme dont les leçons profitent à chacun dans la carrière qu’il poursuit après les avoir reçues et que chacun va propager ou entretenir à son tour dans le reste du pays. L’A llemagne a dû ses succès à cette pensée constante, suggérée aux enfants dès leur naissance, qu’ils seraient tous soldats et qu’il fallait travailler dans ce but. A notre tour, maintenant, de nous souvenir et de tr availler afin de pouvoir redire un jour :
« Nous l’avons eu, votre Rhin allemand, Il a tenu dans notre verre ; Un couplet qu’on s’en va chantant Efface-t-il la trace altière Des pieds de nos chevaux baignés dans votre sang ? Nous l’avons eu, votre Rhin allemand, Son sein porte une plaie ouverte Du jour où Condé triomphant A déchiré sa robe verte. Où le père a passé, passera bien l’enfant !
II
L’esprit militaire. — Une pépinière d’officiers : les enfants de militaires. — Orphelinats de Liancourt, de Pawlet. — Les pupilles de la Garde. — L’orphelinat Hériot. — Les enfants de troupe. — Écoles préparatoires de sous-officiers. — Écoles préparatoires d’officiers : le Prytanée militaire de la Flèche. — Nécessité de perfectionner cette institution.
Plus encore peut-être que l’instruction, l’esprit m ilitaire est nécessaire à celui qui se destine à la carrière des armes. « La force réelle d’une armée ne croît pas en raiso n du nombre des soldats et des moyens matériels, a dit le maréchal Marmont, mais b ien plus en raison de l’esprit qui l’anime. » Cet esprit, c’est l’esprit militaire « qui a pour élément l’esprit de corps ; c’est un ressort puissant qui ne saurait être trop tendu. » C’est lui surtout qu’il faut faire naître et développer dès l’enfance ; c’est lui qui donne à l’ individu la tournure d’esprit, l’énergie, l’intelligence spéciales qui lui permettent de se c onsacrer uniquement à son but, d’accepter sans regrets et sans répulsion des ordres contre lesquels il serait tenté parfois de se révolter ; c’est lui qui donne aux armées la cohésion qui en est l’âme, ce queles tacticiens appellent lecoude à coude. « Sans l’esprit militaire, a dit M. Reinach, le patriotisme est platonique. » C’est ce but à atteindre qui a guidé les puissances voisines et les a amenées à créer pour leurs aspirants-offic iers deux catégories d’écoles : des écoles spéciales, se rapprochant plus ou moins des nôtres, et des écoles préparatoires destinées à fournir à celles-ci la totalité ou la m ajeure partie de leurs élèves. En somme, c’est l’ancien système français, le système d’avant 1789, que l’Autriche, l’Espagne, l’Allemagne, l’Allemagne surtout, ont repris et complété. La plupart des élèves reçus dans les écoles de cade ts allemandes sont des fils d’officiers ; ces établissements, au nombre de six, leur donnent l’instruction élémentaire qu’un septième, dit :École supérieure des cadets,complète. Leur but principal, mais non exclusif, est de préparer des candidats aux écoles de guerre ; les enfants y sont menés militairement, y entrent à partir de l’âge de dix ans et se façonnent ainsi de bonne heure à la carrière des armes qu’ils embrassent presque t ous vers leur vingtième année. En France, nous n’avons actuellement rien d’absolument semblable ; le Prytanée militaire de la Flèche, qui s’en rapproche le plus, en diffère e ncore sensiblement, comme nous le verrons tout à l’heure. Il n’a cependant pas manqué de tentatives pour doter notre pays d’établissements de ce genre, pourtant on s’est toujours proposé d’assu rer le recrutement des cadres de sous-officiers, plutôt que celui des cadres d’officiers. Le mouvement philosophique et humanitaire de la fin du dix-huitième siècle amena la monarchie à créer une école d’orphelins militaires appeléeÉcole des enfants de l’armée; mais la plus intéressante de ces institutions est, sans contredit, celle que fonda un gentilhomme irlandais, le chevalier de Pawlet, q ui, recueillant les enfants des militaires de tout grade, se proposa de les faire entrer dans l’armée et de leur permettre, par leur instruction, d’arriver aux places d’officiers. . Louis XVI prit cet établissement sous sa protecti on plusieurs années après sa fondation et lui donna le nomd’École des Orphelins militaires ;tous les élèves y restaient jusqu’à leur seizième année, formant deux divisions ; la première comprenant les fils d’anciens officiers, chevaliers de Saint-Louis, nobles ou non nobles ; la seconde, les fils de bas-officiers ou soldats encore au service ou retirés à l’hôtel des Invalides. Ceux des élèves qui n’avaient pas la vocation milit aire étaient libres de choisir un métier ou de poursuivre leurs études ; les autres c ontractaient un engagement militaire
de huit années. La Révolution amena la suppression de la subvention royale grâce à laquelle l’orphelinat de Pawlet pouvait subsister ; celui-ci émigra et la Convention, reprenant son œuvre, mit à la tête un nouveau direc teur : L’état de l’établissement six mois après était déplorable. « Depuis quelques semaines, dit le rapport des comm issaires que le ministre de la guerre y avait envoyés, depuis quelques semaines, l es élèves avaient des cuillères ; avant ce temps, ils entouraient d’immenses chaudièr es pleines de soupe et d’autres aliments qu’ils mangeaient avec leurs mains et se désaltéraient à l’aide d’un seul vase de plomb à une citerne établie dans l’intérieur de ce réfectoire. Leur instruction était nulle et ils communiquaient avec les soldats. » Napoléon vit, lui aussi, une pépinière d’officiers dans les enfants de militaires morts en activité ; il créa le Prytanée français à Saint-Cyr et le destina à recevoir deux cent cinquante orphelins se trouvant dans ces conditions ; bientôt, le nombre des élèves fut porté à six cents et l’établissement complétement militarisé. En même temps, il organisait militairement les collèges et lycées, y faisant une grande part aux exercices et aux manœuvres de façon à pouvoir, en cas de besoin, y recruter des sous-officiers et même des officiers. A cette époque, le désir et l’amour de la guerre étaient partout ; dans les lycées on se battait, au récit des combats les esprits s’exaltaient, les classes se provoquaient et ces jeux d’enfants se terminaient par des blessures gra ves, quelquefois même par la mort d’un des belligérants. « Pendant les guerres de l’Empire, a dit Musset, ta ndis que les maris et les frères étaient en Allemagne, les mères avaient mis au mond e une génération ardente, pâle et nerveuse. Conçus entre deux batailles, élevés au co llège, au roulement des tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’u n œil sombre, en essayant leurs muscles chétifs...Ils savaient bien qu’ils étaient destinés aux hécatombes ; mais ils croyaient Murat invulnérable, et on avait vu passer l’empereur sur un pont où sifflaient tant de balles, qu’on ne savait s’il pouvait mourir. » Il n’était pas rare, avec les hécatombes de cette époque où périrent plus d’un million de Français, il n’était pas rare de voir des jeunes ge ns passer subitement des bancs du lycée dans les rangs de l’armée. En 1809, pour l’armée d’Espagne, quatre cents élèves de la Flèche et des lycées furent pourvus d’emplois de fourriers ; on juge de l’état de fièvre dans lequel vivaient ces écoliers et du peu d’attention qu’ils apportaient à tout ce qui ne touchait pas de près aux choses de la guerre . En réalité, Prytanée et lycées n’étaient donc que des écoles préparatoires dont le s élèves, les trois-quarts du temps, partaient comme sous-officiers, et étaient promus officiers sans passer par aucune école spéciale. La consommation d’officiers était si grande, dit le général Foy, que tout soldat sachant lire et écrire, exerçant sur ses camarades une influence quelconque d’opinion et qui ne sourcillait pas à l’approche du danger, était sûr d ’arriver, si la mort lui en laissait le temps. » A côté de ces pépinières d’officiers, les pupilles de la garde étaient également destinés à former, dès le jeune âge, des aspirants-officiers, mais, surtout, de bons sous-officiers : Leur nombre, d’abord peu considérable, finit par atteindre le chiffre de huit mille ; les plus âgés avaient quinze ans. Organisés en neuf bataillons, ils marchaient à la suite des régiments de la garde dont le troisième avait été n ommé leur tuteur et rendirent de grands services. Aveuglément dévoués à l’empereur, ils périrent tous dans les divers combats de la fin du règne ; les derniers se firent écraser à Waterloo. Le grand nombre de vieux soldats ou sous-officiers restant dans l’armée jusqu’à ce
qu’ils obtinssent leur retraite, s’y mariant et ayant une famille parfois nombreuse, à élever avec leur solde, fit un devoir à l’État de les assister dans cette tâche et de subvenir aux frais d’éducation et d’instruction de ceux-ci : ce fut ce qui motiva la création desenfants de troupe. Ces enfants, fils de militaires : soldats, sous-off iciers et même officiers subalternes, vivaient au régiment où ils étaient placés sous la direction d’un vieux sous-officier. L’école régimentaire du corps leur donnait l’instruction primaire ; ils étaient nourris par la cantine, recevaient des prestations en nature et une solde déterminée. On voit les inconvénients que présentait cette organisation et quelle éducation déplorable recevaient ces enfants, perpétuellement en contact avec les soldats. Il nous souvient avoir connu en Algérie, au troisiè me Zouaves, un vieux sergent chevronné qui, chargé de la surveillance des enfant s de troupe, leur apprenait à boire l’absinthe et à fumer dans sa pipe ; deux choses qu e ces gamine ne demandaient pas mieux que de pratiquer le plus possible, bien entendu. L’enfant de troupe, admis de deux à quinze ans, éta it, quand il montrait certaines dispositions spéciales, envoyé au collège de la loc alité comme interne. Il rentrait à la caserne avec ses camarades, y travaillait... à peu près, prenant part comme eux aux corvées et couchant à la salle de police avec les soldats à la moindre escapade. Les dangers de cette vie frappèrent l’autorité militaire il y a une dizaine d’années et l’on commença à penser qu’il valait mieux les réunir dan s des écoles spéciales où ils recevraient à la fois une instruction destinée à en faire dès sous-officiers et une éducation morale en rapport avec leur âge et le but que l’on se proposait. Une première École fut, à titre d’essai, organisée à Rambouillet en 1875 ; les résultats obtenus ayant été satisfaisants, une décision de 18 86 arrêta la création de cinq autres établissements semblables ; soit six en tout, dont quatre pour l’infanterie, un pour la cavalerie, un pour l’artillerie etle génie, sous le nom d’Écoles préparatoires. Ces écoles sont uniquement destinées à préparer pour les corps de toutes armes de bons soits-officiers ; les enfants y entrent à treize ans et restent jusqu’àdix-huit ; à cet âge, ils sont tenus de contracter un engagement de cinq ans ou leurs parents doivent rembourser à l’État les frais d’instruction et d’entretien qu’ils ont coûté. On le voit, il n’y a pas encore là ce qui existe en Allemagne ; il est vrai qu’avec notre système d’instruction secondaire qui comporte de nombreuses bourses et demi-bourses, les enfants de troupe chez lesquels on reconnaîtra des dispositions spéciales seront admis dans un lycée et pourront s’y préparer pour S aint-Cyr et Polytechnique, en supposant que notre organisation scolaire militaire ne soit pas modifiée, ce qui est peu probable. Avant de parler de la seule école préparatoire que nous ayons du Prytanée de la Flèche, nous ne saurions oublier un établissement d ont la création récente est un véritable bienfait pour toute une catégorie de malheureux enfants : l’orphelinat Hériot. Les Écoles d’enfants de troupe dont nous venons de parler ne reçoivent en effet ceux-ci qu’à partir de la treizième année ; en outre, les orphelins, jusqu’à cet âge, ne touchent aucune aide de l’État, sauf une pension minime si le père est mort ayant des droits à la retraite. L’orphelinat Hériot les recueille dès leur cinquième année ; ils y trouvent les soins dont ils ont besoin, les plus jeunes sont entre les main s de religieuses, tousy reçoivent l’instruction primaire jusqu’à ce qu’ils puissent entrer dans les Écoles préparatoires ; de plus, ceux qui travailleront et montreront des aptitudes spéciales, seront placés dans les lycées par les soins du fondateur. On le voit, il y a là un grand pas de fait ; certai nement, d’ici quelques années on