Québec insolite - Croque-morts et thanatologues
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Description

On les appelait croque-morts et leur métier inspirait crainte et dégoût. Avec des moyens rudimentaires et suivant les traditions de l’époque, ils accomplissaient leur tâche dans l’ombre.

Aujourd’hui, ils portent plutôt le nom de thanatologues, mais leurs pratiques sont encore bien souvent méconnues et taboues. Bienvenue dans l’univers insolite de la préparation des morts. Grâce aux témoignages empreints de respect de spécialistes de l’embaumement, pénétrez enfin dans les laboratoires où l’on s’efforce de donner à vos êtres chers leur dernière beauté. Découvrez aussi le difficile travail d’accompagnement des familles en deuil.

Comment restaure-t-on un visage défiguré dans un accident? Comment redonner à la peau une couleur «vivante»? Peut-on toujours répondre aux demandes les plus inusitées des proches? Que fait-on lorsqu’une dépouille est contaminée par une maladie contagieuse? Découvrez un monde complexe et fascinant: votre prochaine visite au salon funéraire en sera peut-être transformée...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 novembre 2014
Nombre de lectures 6
EAN13 9782894359563
Langue Français
Poids de l'ouvrage 12 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Danielle Goyette
Croque-morts et thanatologues
DANIELLE GOYETTE HISTOIRES MIRACULEUSES
DANIELLE GOYETTE CROQUE-MORTS ET THANATOLOGUES
« J’étais à laver ses grandes mains d’homme quand je me suis sur prise
à les comparer à celles de mon père. »
Marie Eve
« Pour retenir la bouche fermée qui, en l’absence de tonus muscu laire,
a tendance à s’ouvrir, on coud la mâchoire supérieure à la mâchoire
inférieure avec un fi l solide. »
Josée
« Une maman m’a demandé un jour de prendre une dernière fois son
enfant dans ses bras avant de fermer son cercueil pour toujours. »
Valérie
On les appelait croque-morts et leur métier inspirait crainte et dégoût.
Journaliste pigisteAvec des moyens rudimentaires et suivant les traditions de l’époque,
depuis plus de 20 ans, ils accomplissaient leur tâche dans l’ombre.
DANIELLE GOYETTE
Aujourd’hui, ils portent plutôt le nom de thanatologues, mais leurs
a rédigé une multitude pratiques sont encore bien souvent méconnues et taboues. Bienvenue
d’articles et remporté dans l’univers insolite de la préparation des morts. Grâce aux té moi gnages Croque-morts
divers prix dans les empreints de respect de spécialistes de l’embaumement, pénétrez enfi n
dans les laboratoires où l’on s’efforce de donner à vos êtres chers leur catégories où elle œuvre :
dernière beauté. Découvrez aussi le diffi cile travail d’accompagnement et thanatologues tourisme, culture,
des familles en deuil. encyclopédie. Elle a à son
Comment restaure-t-on un visage défi guré dans un accident ? Comment actif plusieurs titres déjà
redonner à la peau une couleur « vivante » ? Peut-on toujours répondre publiés dans la populaire
aux demandes les plus inusitées des proches ? Que fait-on lorsqu’une Danielle Goyette collection Québec insolite,
dépouille est contaminée par une maladie contagieuse ? Découvrez un ainsi que trois ouvrages
monde complexe et fascinant : votre prochaine visite au salon funéraire
inspirés de ses expériences
en sera peut-être transformée...
« Si les gens pouvaient comprendre que ce n’est pas moi, mais saint
Joseph qui les guérit ! » de vie. Avide de nouvelles
Frère André
« Étrangement, en cours de traitement, il m’est venu soudain la con
viction que David était guéri. »
Yolande Laberge
« Quelques secondes après mon saut en parachute, je m’évanouissais
en pleine chute libre. » découvertes, Danielle
Simon St-Hilaire
« Le médecin n’a pas compris, car l’hémorragie s’est arrêtée d’un
seul coup. »
Isabelle
Journaliste pigiste depuis
plus de 20 ans,
Avec la canonisation du frère André sur toutes les lèvres, ce livre bien
DANIELLE GOYETTE
à propos nous ouvre les portes d’un monde où l’impossible devient mord dans la vie et aime
possible. Les miracles existent-ils vraiment ? Dieu et ses saints en sont- a rédigé une multitude
ils les véritables et seuls instigateurs ? Ou ces faits inexpliqués sont-ils
d’articles et remporté
plutôt le résultat d’une force exceptionnelle de la pensée ?
divers prix dans les
Comment survit-on à la foudre qui aurait dû nous tuer ? à un cancer catégories où elle œuvre :
incurable ? à une chute de plus de 4 000 m quand le parachute ne s’ouvre tourisme, culture,
pas ? Peut-on guérir de la polio ou éviter une inondation par des prières
encyclopédie. Elle a à son
à la bonne sainte Anne ? être surprise au détour
actif plusieurs titres déjà
Que l’on soit croyant ou non, on ne peut que reconnaître que notre vie publiés dans la populaire
est largement habitée de faits extraordinaires et d’événements incom- DANIELLE GOYETTE collection Québec insolite, Croque-morts
préhensibles qui font réfl échir... et qui nous poussent à nous demander : ainsi que trois ouvrages
« Et si c’était vrai ? »
inspirés de ses expériences
« J’étais à laver ses grandes mains d’homme quand je me suis sur prise
à les comparer à celles de mon père« Pour retenir la bouche fermée qui, en l’absence de ton. » us muscu Marie Eve laire, de vie. Avide de nouvelles
a tendance à s’ouvririnférieure avec un fi l solide, on coud la mâc. » hoire supérieure à la mâcJhoireosée du sentier...
« enfUne maman m’a demandé un jour de prendre une dernière fois son ant dans ses bras avant de fermer son cercueil pour toujours Valérie. » découvertes, Danielle mord
On les appelait croque-morts et leur métier inspirait crainte et dégoût.ils accomplissaient leur tâcAvec des moyens rudimentaires et suivant les traditions de l’époquehe dans l’ombre. , depuis plus de 20 ansJournaliste pigiste ,
Apratiques sont encore bien souvent méconnujourd’hui, ils portent plutôt le nom de thanatologues ues et taboues,. mais leurs Bienvenue Da rédigé une multitude d’articANIELLE GOles et remporté YETTE dans la vie et aime être
dans les laboratoires où l’on s’efforce de donner à vos êtres cdernière beauté.dans l’univers insolite de la préparation des mortsempreints de respect de spécialistes de l’embaumement, Découvrez aussi le diffi cile travail d’accompagnement. Grâce aux té pénétrez enfimoi hers leurgnages n catégories où elle œuvre divers prix dans les tourisme, culture, :
Comment restaure-t-on un visage défiredonner à la peau une couleur « des familles en deuil. vivante guré dans un accident » ? Peut-on toujours répondre ? Comment encycpubliés dans la populaire actif plusieurs titres déjà lopédie. Elle a à son surprise au détour
aux demandes les plus indépouille est contaminée par une maladie contagieuse monde complexe et fascinant usitées des proc: votre prochaine visite au salon funérairehes ? Que fait-on lorsqu’une? Découvrez un DANIELLE GOYETTE inspirés de ses expériences collection ainsi que trois ouvrages Québec insolite,
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CROQUE-MORTS être surprise au détourdu sentier...
ET THANATOLOGUES Photo : Michel Laloux HISTOIRES
Photo : Michel Laloux
editionsmichelquintin.ca
MIRACULEUSES
ISBN 978-2-89435-498-8 Photo : Michel Laloux
editionsmichelquintin.ca 9 782894 354988 et thanatologues
ISBN 978-2-89435-499-5
9 782894 354995editionsmichelquintin.ca
d’un La colunivers lection mystérieuxU C Net étran Tge n, oébrus anlé entrapar îne des dansphénomènes les coulisses La collection QUÉBEC INSOLITE nous entraîne dans les coulisses
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souvent inexpliqués. La collection QUÉBEC INSOLITE nous entraîne dans les coulisses
S’appuyant sur des témoignages bouleversants et captivants, les
livres de la collection donnent aussi la parole à des scientifi ques. À
la lumière de leurs connaissances, ces spécialistes jettent un regard
analytique sur des univers troublants. d’un univers mystérieux et étrange, ébranlé par des phénomènes
souvent inexpliqués.
S’appuyant sur des témoignages bouleversants et captivants, les
livres de la collection donnent aussi la parole à des scientif ques. À
la lumière de leurs connaissances, ces spécialistes jettent un regard
analytique sur des univers troublants.
Q ÉBE I SOLI ECroque-morts
et thanatologues
Danielle GoyetteDanielle Goyette
Croque-morts
et thanatologuesCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives
nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
GoyetteGouvernement du Québec – Progr, Danielle, 1957- amme de crédit
d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC Croque-morts et thanatologues
La publication de cet ouvrage a été réalisée grâce au soutien fnancier (Québec insolite)
du Conseil des Arts du Canada et de la SODEC. De plus, les Éditions Comprend des réf. bibliogr.
Michel Quintin reconnaissent l’aide fnancière du gouvernement du
ISBN 978-2-89435-499-5Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs
activités d’édition. 1. Embaumement - Québec (Province). 2. Personnes endeuillées,
Services aux - Québec (Province). I. Titre. III. Collection : Québec Tous droits de traduction et d'adaptation réservés pour tous les pays.
insolite.Toute reproduction d'un extrait quelconque de ce livre, par procédé
mécanique ou électronique, y compris la microreproduction, est stric-GT3340.G69 2010 393’.309714 C2010-941601-5
tement interdite sans l'autorisation écrite de l'éditeur.
Édition : Johanne Ménard
ISBN 978-2-89435-499-5 (Version imprimée)Révision linguistique : Paul Lafrance
ISBN 978-2-89435-956-3 (PDF)Conception graphique : Céline Forget et Sandy Lampron
Mise en page : Sandy Lampron
Dépôt légal – Bibliothèque nationale du Québec, 2010
Bibliothèque nationale du Canada,
© Copyright 2010
Gouvernement du Québec – Programme de crédit Éditions Michel Quintin
d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC
4770, rue Foster
La publication de cet ouvrage a été réalisée grâce au soutien fnancier du
Waterloo (Québec)
Conseil des Arts du Canada et de la SODEC. De plus, les Éditions Michel
Canada J0E 2N0
Quintin reconnaissent l’aide fnancière du gouvernement du Canada par
Tél. : 450 539-3774 l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition.
Téléc. : 450 539-4905
Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute editionsmichelquintin.ca
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électronique, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans
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Téléc. : 450 539-4905
editionsmichelquintin.ca
09-GA-1
Imprimé au CanadaÀ toi, papa,
qui as quitté ce monde le 11 février 1965.
Il doit rester bien peu de ton corps en terre.
Tu as pourtant laissé tant de toi en moi,
ta persévérance, ta douceur, tes mots,
ton amour de la vie.
« Tous les jours vont à la mort, le dernier y arrive. »
Montaigne
« La mort lui a mis un clair de lune sur la face. »
Jules Renard
« Efforçons-nous de vivre de telle sorte que,
quand nous ne serons plus,
le croque-mort lui-même pleure à notre enterrement. »
Mark TwainAvertissement
Les faits et opinions ici publiés n’engagent en rien l’éditeur ni
l’auteure et ne concernent que les témoins cités.
Certains noms et lieux ont été changés ou présentés de façon
évasive dans le but de préserver l’anonymat de certains témoins.
TABLE DES MATIÈRES

Introduction – 9oduction – 8
Petite histoire de l’embaumement – 12e de l’embaumement – 13
Quatre générations de thanatologues – 22ations de thanatologues – 23
Contribuer à la paix des âmes – 46Contribuer à la paix des âmes – 47
T oute une vie à côtoyer la mort – 56t – 57
Une courte expérience inoubliable – 76te expérience inoubliable – 77
La vLa volonté d’embaumer ses pr oches – 90oches – 91
De père en... flles – 116e en... flles – 117
Conclusion – 166Conclusion – 167
RRemeremerciements – 169
Crédits photo – 170
Bibliographie –173
Notes – 175INTRODUCTION

« Ma mère a toujours entretenu un rapport
étonnamment serein avec la mort.
Quand j’étais jeune, je la voyais souvent partir
vers des destinations inconnues
avec une toute petite valise bleue.
Je ne savais pas ce qu’elle contenait.
Je ne savais pas ce qu’elle allait faire.
Elle agissait toujours rapidement.
Après un bref coup de téléphone.
Elle sortait la petite valise de la commode,
l’ouvrait, vérifait si tout y était,
la refermait et partait pour une heure ou deux.
Elle revenait avec un visage épanoui,
parfois même avec un léger sourire sur les lèvres.
Un jour, alors que je l’observais à son insu,
je l’ai vue prendre une mèche de cheveux
de la petite valise bleue et la caresser doucement.
Quel geste curieux...
Puis elle inscrivit un mot sur une étiquette
qu’elle attacha à cette mèche
pour la déposer dans la valise.
J’étais très intriguée.
Un soir où elle était absente,
j’ai donc laissé libre cours à ma curiosité.
J’ai sorti la petite valise bleue de la commode
et je l’ai ouverte. J’y ai découvert des peignes, des brosses, des ciseaux,
des pinces, un fxatif en aérosol...
À l’intérieur du couvercle de la valise,
une quinzaine de mèches de cheveux
étaient retenues par des élastiques.
Chaque mèche portait un nom.
Gertrude, Louise, Yvonne, Thérèse...
C’était si étrange.
Quelques années plus tard, j’ai compris.
Maman m’a expliqué.
Il faut savoir que ma mère était coiffeuse.
Quand l’une de ses clientes ou l’une de ses proches décédait,
elle allait la coiffer pour son dernier repos.
Elle les avait si souvent coiffées, pendant des années...
“ Comme ça, elle se ressemblera vraiment ”, pensait ma mère.
Puis, elle rapportait toujours une mèche
en souvenir de cette femme, de cette amie, de cette sœur.
Je me demande encore aujourd’hui comment elle faisait.
Peigner un cadavre...
Vous l’ai-je dit ?
Ma mère entretenait un rapport serein avec la mort. »
Danielle G.
Hier, ils s’appelaient croque-morts et embaumeurs.
Aujourd’hui, ils portent plutôt le nom de thanatologues et de
thanatopracteurs. Depuis toujours, leur pratique provoque
des sueurs froides chez certains ou suscite la fascination
chez d’autres. La populaire télésérie américaine Six pieds
sous terre (Six Feet Under) a aidé à démystifer leur métier.
Espérons que ce livre y contribuera également.
De nombreux thanatologues d’aujourd’hui n’apprécient pas
qu’on utilise encore le terme « croque-morts ». Ils font tout
pour le bannir de leur vocabulaire et de celui du public.
Le titre de ce livre en a même rebuté plusieurs, au point ­
de refuser d’y participer. Pourtant, l’histoire des
thanatologues d’aujourd’hui est tout aussi fascinante que celle des
c roque-morts d’hier. Vous le verrez bien en vous plongeant
dans ces pages.
Le terme « croque-mort » est né au Moyen Âge alors qu’un
volontaire, souvent le médecin du village, devait mordre
fermement l’orteil d’un présumé mort afn de s’assurer qu’il
avait vraiment quitté ce monde. Si le corps ne réagissait pas,
le croque-mort déclarait la mort offcielle. Il va sans dire
que cette pratique fait partie du passé, puisque la science a
établi depuis des protocoles beaucoup plus concluants pour
confrmer une mort clinique. Quant aux méthodes pour em -
baumer les dépouilles et leur donner un aspect serein, paisible
et presque en santé, elles ont elles aussi évolué au fl des ans.
Découvrons donc ensemble ces procédés ingénieux qui
permettent de conserver une dépouille, de redonner son visage à
un accidenté, de ramener la corpulence à un corps amaigri ou
de rendre un teint rosé à un mort à la peau bleuie ou jaunie.
Des thanatologues québécois ont accepté de nous ouvrir les
portes de leur laboratoire. Grâce à eux, vous pourrez mieux
comprendre ce métier encore si tabou et découvrir les
multiples facettes de leur travail comme jamais auparavant.
Bienvenue chez les thanatologues, un univers plus qu’insolite !
11 
Le thanatologue peut exercer différentes fonctions dans
le domaine funéraire. Il accueille et conseille les familles,
prend en charge le transport des dépouilles, organise
les funérailles, occupe des tâches administratives et peut
pratiquer la thanatopraxie en tant que thanatopracteur.
Le thanatopracteur est celui qu’on appelle plus commu­
nément l’embaumeur. Le thanatopracteur est nécessaire­
ment thanatologue, mais certains thanatologues ne sont
pas nécessairement thanatopracteurs car, même s’ils exer
cent plusieurs fonctions dans une maison funéraire, ils
peuvent décider de ne pas pratiquer d’embaumements.
PETITE HISTOIRE
DE L’EMBAUMEMENT

Le mot embaumement vient du latin in balsamum, qui veut
dire « conservé à l’aide de baumes, d’aromates ». Confronté
à la mort depuis la nuit des temps, l’être humain tente
toujours de trouver mille moyens pour préserver le plus
longtemps possible les corps de la décomposition.
Les anciens Égyptiens excellent dans le domaine. Leurs
mom ies, dont certaines très bien conservées, en témoignent
encore aujourd’hui. Ils retirent tout d’abord une partie du
cerveau du défunt à l’aide de gros crochets de fer en passant
par les narines, puis liquéfent ce qui est resté à l’intérieur de
la tête avec de la résine très chaude. En retournant le corps,
l’excédent de matière fuide s’écoule alors par le nez. Ils
font ensuite une incision sur le fanc, enlèvent les viscères,
les purifent avec des herbes aromatiques et les remettent en
place. Parfois, les organes sont plutôt placés dans des va ses
scellés qu’on dépose près de la dépouille dans son caveau.
Les embaumeurs baignent également le corps dans une
solution très forte en sel et en carbonate de sodium appelée
natron. C’est un bon agent de conservation. Ils laissent
reposer le corps dans cette saumure durant 70 jours, puis
l’enduisent d’huile de palme, de cèdre, d’aloès ou d’autres
essences avant de l’envelopper de bandelettes de lin. Des
amulettes parent le corps. Celui-ci est fnalement couché
dans un cercueil de bois à l’effgie du défunt.
Dans la Chine ancestrale, le linceul est plutôt une immense
pièce de soie très fne imbibée d’huiles épicées qui enve -
loppe le corps en multiples couches. Un liquide contenant William Hunter (1718­1783), co­inventeur du liquide
d’embau mement, racontait aimer le travail sur les ca­
davres, car les morts avaient la gentille habitude de se
soumettre à lui sans aucune rébellion.
du cinabre, sulfure de mercure reconnu comme remède de
longévité ayant même certaines propriétés de résurrection,
croit-on, est coulé dans le cercueil avant sa fermeture. Le
tout est ensuite enterré très profondément, près du cœur
de la Terre, pense-t-on.
Comment préserver le corps...
Au fl des âges, des chercheurs réalisent de grandes dé -
couvertes qui vont changer l’approche de la mort et du
esoin apporté aux dépouilles. Au XVII siècle, le médecin
anglais William Harvey démontre pour la première fois
l’existence de la circulation sanguine. Un siècle plus tard,
le docteur néerlandais Frederik Ruysch trouve un moyen
de conserver un cadavre quelques jours en lui injectant une
substance dans les veines et les artères. Par contre, il ne
laisse aucune note qui précise en quoi consiste ce procédé
de conservation.
À la même époque, les médecins et anatomistes écossais
William et John Hunter font des recherches en parallèle
sur les principes de l’embaumement conçus par Ruysch, en
tentant d’injecter un liquide de conservation composé de
térébenthine et d’huiles essentielles comme la lavande. Ils
en concluent que cela contribue réellement à conserver le
corps dans un état acceptable durant quelques jours.
14 
Au Moyen Âge, en Europe, on retire les viscères du
corps dont on remplit ensuite les cavités de différents
aromates ou herbes comme du musc ou du romarin.
eAu début du XIX siècle, Jean Nicolas Gannal crée à son tour
une solution à base de phosphate de sodium et d’arsenic qu’il
fera même breveter en 1837. En 1840, un certain Chauss ier
fait plutôt des essais avec du chlorure de mercure. À la
même époque, le médecin anatomiste américain Richard
Harlan se rend en Europe pour rencontrer les chercheurs
qui travaillent dans le domaine de l’embaumement. Il
revient aux États-Unis avec le livre de Gannal, Histoire des
embaumements, qu’il traduit en anglais. Alors que la guerre de
Sécession fait rage (1861-1865), Harlan met en pratique
différentes techniques d’embaumement apprises dans ce livre
ou livrées par les spécialistes rencontrés en Europe et il les
conseille à ses compatriotes américains. Inspiré par les
nouveaux procédés de préservation des corps qu’il trouve dans
ce livre, un médecin du nom de Thomas Holmes,
commissionné par le Corps médical de l’armée, traite directement
sur le champ de bataille pas moins de 4 000 dépouilles de
soldats. Mais c’est en 1868 que le chimiste allemand August
Wilhelm von Hofmann fait la plus importante découverte,
le formaldéhyde. Ce nouveau produit révolutionne le monde
de la thanatopraxie et surpasse par son effcacité toutes les
autres solutions employées auparavant. Par la suite, ces
méthodes d’embaumement commencent lentement à se
généraliser, mais elles ne deviendront plus fréquentes qu’à partir
1des années 1930 en Angleterre et 1960 en France .
L’embaumement d’autrefois au Québec
e eEn milieu rural, aux XVIII et XIX siècles, la famille
participe activement au rituel funéraire. La toilette du défunt
15 
est faite par un proche. Dans le cas d’un homme décédé,
c’est un homme qui s’acquitte de cette tâche; si c’est une
femme ou un enfant qui vient de mourir, c’est sa mère, une
parente ou une sage-femme qui procède. Avant l’existence
de l’embaumement, on remplit une cuvette de chaux pour
y déposer les sécrétions du cadavre. Après les années 1920,
s’il y a un croque-mort au village ou dans la région, on peut
espérer un embaumement. Les préparatifs sont très
rudimentaires. Le corps est exposé sur un chevalet recouvert
d’un drap blanc, que l’on installe au salon dans la demeure
du défunt. L’exposition dure entre un et trois jours. Le
corps est ensuite déposé dans un cercueil de bois fabriqué
2par un paroissien ou le croque-mort .
LE DÉBUT DES SALONS FUNÉRAIRES
Auparavant, le prêtre devait toujours se rendre à la maison du
défunt pour effectuer la « levée du corps » afn de le transporter
à l’église. Vers les années 1800, comme le prêtre a la charge
d’un très large territoire, il est entendu que deux ou trois mai­
sons centralisées seront dorénavant désignées pour recevoir
les dépouilles mortelles afn de réduire les distances à parcourir
3pour le prêtre. Ce sont là les ancêtres de nos salons funéraires .L’embaumement aujourd’hui
De nos jours, l’embaumement est régi par certaines lois.
Entre autres, un corps qui doit être exposé plus de 24
heures et dont l’exposition débute plus de 18 heures après son
décès doit nécessairement être embaumé. Cependant, le
thana topracteur doit attendre six heures après le décès
déclaré par constat offciel avant d’entreprendre son travail
sur la dépouille. Cela évite toute erreur de diagnostic. Le
corps embaumé peut ensuite être gardé sept jours avant sa
mise en terre ou son incinération, mais si on doit le
conserver plus longtemps, la loi oblige à ce qu’il soit entreposé
dans un lieu tempéré à 5 °C.
La première étape de l’embaumement consiste à désinfec ter
le corps. Pour éviter l’écoulement de fuides non désirés, on
agrafe, coud ou colle entre autres la bouche et
les yeux pour qu’ils ne s’ouvrent pas,
car la bouche au repos a tendance à
s’ouvrir toute seule. Le visage et
les mains sont hydratés afn de
conser ver leur aspect naturel
le plus longtemps possible sans
se dessécher. On injecte ensuite
un liquide de conservation dans
le corps à partir de l’artère
carotide, située près de la clavicule. Le sang
rep oussé par ce liquide est évacué par la veine jugulaire
qui a été incisée. Aucun organe n’est retiré à moins de cas
d’autopsie ou de dons d’organe. Un produit antibactérien est
17 